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Dernière modification : le 20-Sep-2005 17:56 (GMT+1 / Bruxelles)

 

 

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D 420 - 20/09/05 - DJIBOUTI - Le droit n'est qu'une médiation, mais cette médiation n'est-elle pas le véritable objet d'une activité juridique et politique soucieuse de bâtir cette Cité idéale ... où seraient enfin conciliées alors, justice et liberté.

 

Neïma Houssein Djilal


Lettre ouverte à la Justice française et aux autorités gouvernementales de mon pays.

 

Madame, Monsieur,

 

Constat est fait que depuis le début du mois de septembre 2005, à l'approche de l'audience du 18 octobre 2005 au Tribunal de Paris dans l'affaire Zakaria/ARDHD, nous observons à Djibouti comme au sein de notre communauté en exil la recrudescence d'une véritable campagne de menaces non voilées à l'encontre des femmes victimes et de leurs familles si ils/elles venaient à témoigner.

Bien plus que dans les pays occidentaux, la justice à Djibouti est sujette à controverse et à contestation. Ainsi on n'a pu donner la force et l'impartialité qui convenait à la justice dans notre pays, parce que la force a contredit la justice et a décidé arbitrairement qu'elle était injuste. Cette force dans un tel état de non droit a décidé que c'était elle qui était juste. Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort paraisse juste.

Dans de telles conditions vouloir faire émerger une vérité dans notre pays, réclamer ses droits, dénoncer les exactions et les crimes d'un " puissant " c'est s'exposer à une sanction.

C'est ainsi que des membres de la Sécurité militaire - aidés par quelques hommes des Services Djiboutiens de Sécurité affectés à nos Ambassades à l'étranger et notamment à Paris et à Bruxelles - ont reçu mission du général Zakaria aux fins de proférer des menaces directes, intimidantes voire utilisant la violence.

Le but est évident ; il s'agit d'assujettir les témoins potentiels à un concept ; celui de ne pas voir émerger une vérité sous la forme d'un témoignage devant le Tribunal de Paris au jour de l'audience.

 

ENQUÊTER, EST-CE POSSIBLE A DJIBOUTI ?.

Les violences qu'ont subi et subissent encore les femmes djiboutiennes au sein de nos Armées doivent faire l'objet d'enquêtes efficaces, indépendantes et impartiales, menées dans les meilleurs délais. Les victimes doivent être autorisées à aller en justice, bénéficier d'un soutien psychologique et de soins médicaux si nécessaire, réintégration dans nos Armées pour celles qui en ont été exclues injustement, obtenir réparation pour le préjudice subi et avoir accès à des informations circonstanciées concernant cette atteinte aux droits humains.

Sur ordre de la présidence de la république, le gouvernement djiboutien actuel doit mettre sur pied - sans délai - une commission d'enquête compétente, indépendante, impartiale et dotée des moyens d'agir. Elle sera chargée de diligenter à l'échelon national une enquête approfondie sur les viols imputables à quelques rares officiers de haut rang qui ont exercé et exercent encore des pressions sur les femmes militaires dans nos Armées nationales.

Le gouvernement djiboutien doit prendre à " bras le corps " ces affaires de déviances criminelles à l'intérieur de ses forces armées et qui ne concernent que quelques militaires de haut rang, avec en premier lieu la reconnaissance de ce fait indéniable dont se rendent coupables quelques-uns qui s'octroient des prérogatives que nul ne saurait leur consentir et demander à la communauté internationale - si nécessaire - de soutenir cette initiative en termes de ressources humaines et matérielles.

Parallèlement, ces mêmes autorités gouvernementales doivent prendre des mesures éducatives, administratives et judiciaires afin de combattre la violence contre toutes les femmes et, à terme, l'éradiquer.

 

QUASI IMPOSSIBILITÉ D'OSER TÉMOIGNER DES VIOLS SUBIS !

Le viol - y compris lorsque la relation sexuelle s'est effectuée par le chantage et sous la contrainte - engendre la honte chez la victime, son conjoint et les membres de sa famille proche. Bien que non consentantes, les femmes djiboutiennes victimes de tels actes sont généralement rejetées par leurs conjoints, peu désireux d'y être associés. Elles sont fréquemment perçues par les membres de leur propre communauté, au sein de leur tribu ou par leurs conjoints comme impures voire immorales, qu'elles aient ou n'aient pas consenti à ces relations sexuelles.

Ces femmes victimes hésitent à témoigner, par gêne et plus assurément par crainte d'être mises à l'index social et de la religion musulmane mais aussi à cause des chantages au licenciement, à la perte d'emploi dans l'administration djiboutienne dont la menace est omniprésente et pèse directement depuis des mois sur ces femmes mais aussi sur chaque membre de leur famille.

Redoutant d'être déconsidérées et rejetées si leurs témoignages étaient rendus publics, peu de femmes djiboutiennes - victimes des pressions exercées suivies d'une forme de viol par chantage perpétrées par certains officiers de haut rang, tel l'actuel général Zakaria, sont disposées à se confier aux organisations humanitaires et de défense des droits humains comme à témoigner devant un tribunal.

Encore moins à Djibouti que dans un État de droit du monde occidental.

 

AMÉLIORER LA CONDITION DE LA FEMME, DÉFENDRE SES DROITS !

Ce serait une utopie de penser que la situation de la femme à Djibouti puisse radicalement changer en 2005, mais le souhait qui m'habite est que notre position aille toujours en s'améliorant. Au sein de notre association, nous prônons toutes et tous un changement des consciences dans notre pays, long mais certain, pour arriver un jour à la femme émancipée. Émancipation signifiant obtention des droits et être responsable de ses actes face aux lois et à notre religion.

Souvenons-nous que les hommes de demain sont élevés par les femmes d'aujourd'hui.

C'est un véritable combat que nous devons donc mener ensemble pour faire de nos fils de futurs hommes, des époux, des pères et des citoyens exemplaires.

 

UN JUGEMENT DU TRIBUNAL DE PARIS QUI FERA DATE

Si - en son audience du 18 octobre 2005 - le Tribunal de Paris venait à condamner l'Association pour le Respect des Droits Humains pour une hypothétique diffamation à l'encontre du général Zakaria, un tel jugement aurait des conséquences importantes.

Il irait à l'encontre de vérités que nous n'avons de cesse de clamer et constituerait - sur le fond - un désaveu au désir d'inscrire véritablement notre action de femme dans le cadre du respect des droits de l'Humain dans notre pays.

Si nous considérons à juste raison qu'il convient de respecter les préceptes coraniques évolutifs, les femmes djiboutiennes de progrès souhaitent doter notre pays d'une législation originale et double : ouverte en matière de droit public comme en matière de droit privé.

Aujourd'hui, elles revendiquent une adaptation de leur condition juridique, toutes matières confondues, aux principes généraux des droits de l'Homme. Elles le font à travers leurs associations, de plus en plus nombreuses, et par leurs écrits, de plus en plus engagés.

 

Mesdames, messieurs les juges des tribunaux du pays des Droits de l'Homme, de cette France de notre enfance ; ne condamnez pas la liberté mais défendez nos droits car nous en avons le plus grand besoin !.


 

Secrétariat général du Gouvernement en Exil de Djibouti.

50 Avenue des Roses - 54630 - Richardménil - France.

Téléphone et télécopie : 00 33 (0)3 83 25 77 26.

exildj@gouv-exil.org

 

 

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