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D
438 - 13/10/05 - DJIBOUTI - Pauvreté n'est
pas vice, mais la pauvreté n'a jamais été un sujet de gloire
nationale, encore moins de réconfort.




M
Ali Abdillahi Iftin.
Le
Tiers Monde reste le monde de la pauvreté de masse.
Selon la Banque
mondiale, 1,5 milliard de personnes sont toujours sous le seuil de pauvreté
absolue, c'est-à-dire qu'elles disposent de moins d'un dollar par jour
pour survivre.
D'exception,
touchant uniquement au départ un petit nombre de pays d'origine européenne,
le développement est devenu - bon gré mal gré - une réalité
mondiale certes mais pas pour tous.
LE
DÉVELOPPEMENT A DJIBOUTI ? NON, C'EST HÉLAS
LA RÉCESSION SUR TOUS LES PLANS !
De
1950 à 1980, les progrès accomplis furent considérables sur
les plans sanitaire et social au niveau mondial.
Selon le Programme des Nations
unies pour le développement (P.N.U.D.), "les
pays en développement ont réalisé en trente ans les mêmes
progrès humains qu'il avait fallu presque un siècle aux pays industrialisés
pour accomplir".
Mais
que peut-on dire des supposés progrès de Djibouti depuis 1990 ?.
Une
catastrophe que l'on masque derrière des chiffres falsifiés, trafiqués
au point de rendre ridicule ceux qui s'expriment sur ce sujet au niveau de l'État.
Bien
au-delà de ces chiffres, il suffit de poser la question aux Djiboutiens
et aux Djiboutiennes ; pas à ceux et celles qui vous écrasent de
leur ignorance ou de leur mépris.
Sur
ce sujet,
interrogez
les fonctionnaires, militaires, gendarmes, policiers et autres assimilés
fonctionnaires alors qu'ils attendent le versement de leur salaire ;
posez
leur la question du comment ils réussissent à faire survivre leurs
familles ?.
La
Vérité se trouve là dans leurs réponses et
pas chez les 5 % qui se partagent 90 % des richesses du pays comme les aides qu'ils
détournent.
En
Afrique subsaharienne le niveau moyen de revenus par habitant a légèrement
progressé depuis les années 90 alors qu'à Djibouti ce niveau
de vie régressait considérablement dès 1991 et que les instances
nationales n'ont de cesse de nous abreuver dans leur presse de chiffres falsifiés.
En
Afrique subsaharienne et en Afrique orientale l'espérance de vie a augmenté
de moitié en une génération, passant de quarante-trois à
soixante ans.
Les
niveaux de nutrition ont progressé de 20 p. 100 par habitant en ces régions,
sauf à Djibouti.
La
mortalité infantile a diminué de moitié et le taux brut de
mortalité est aujourd'hui quasiment le même dans les pays développés
et dans bon nombre de pays du Tiers Monde (10 p. 1 000), même si cette bonne
performance est à relativiser par la forte proportion de jeunesse dans
les populations des pays pauvres.
Plus
de 65 % de la population djiboutienne à moins de 25 ans alors
que 90 % de cette même population est confrontée aux affres du chômage.
C'est
là aussi que se trouve la pauvreté d'un gouvernement car sans programme
réaliste et son incapacité à anticiper comme à trouver
des solutions urgentes.
Que
va t-il faire de cette jeunesse ?.
QUANT
A LA COUVERTURE SOCIALE, C'EST LA ENCORE UNE CATASTROPHE, UN VIDE
!
Selon
l'U.N.I.C.E.F., 80 p. 100 des enfants du Tiers Monde (contre 10 p. 100
voici vingt ans) sont désormais vaccinés contre
les six principales maladies infantiles: poliomyélite, tétanos,
coqueluche, rougeole, tuberculose, diphtérie, et cela notamment grâce
au P.E.V. (Programme Elargi de Vaccination), lancé conjointement par l'O.M.S.
et l'U.N.I.C.E.F. en 1974 ; reconduit d'année en année.
Sur
ce point là on se doit d'admettre que les campagnes de vaccinations existent
à Djibouti mais sont le fait exclusif des interventions internationales
dans notre pays, civiles et militaires ; notamment françaises et américaines.
L'État
limite sa responsabilité à observer, à remercier et à
encenser " l'interventionnisme étranger " en
distribuant quelques décorations par ci, par là et en mettant en
avant la coopération bilatérale alors qu'elle n'est qu'unilatérale.
Quand aurons nous enfin ce courage de définir une véritable
politique de Santé publique, de nous prendre en charge, de ne plus nous
résoudre à la mendicité ?.
Ont-ils
si peu de confiance en notre médecine ?.
Cette
médecine a des compétences mais sans moyens elle ne peut pas faire
grand-chose ; elle en est réduite - elle aussi - à mendier des moyens
et des matériels.
Par
ailleurs, comment donner foi et crédibilité à un ministre
djiboutien de la Santé publique qui ose affirmer dans une déclaration
publique que " les soins de santé publique sont
gratuits pour tous à Djibouti ! ".
Cette
tromperie qu'il tente d'imposer dans les esprits de l'opinion publique et des
instances internationales est une insulte à la grande majorité des
familles djiboutiennes. Alors que - à l'instar des pratiques staliniennes
- les membres de la "nomenklatura" et leurs familles se font soigner
à l'étranger ou à l'hôpital militaire français
Bouffard et ce sans payer un seul franc.
Le
taux d'analphabétisme a été réduit presque de moitié
entre 1950 et 1985, passant en moyenne de 76 à 40 p. 100 de la population
des pays en développement ce qui n'est pas
le cas de Djibouti dont l'alphabétisation a plongé dans le gouffre
alors qu'il y avait jusqu'en 1990 des signes encourageants d'évolution.
PILLAGE
DES FONDS PUBLICS !.
C'est
le courant de pensée dominant à Djibouti qui se voit confirmer par
l'examen des faits qui montrent qu'une infime minorité
consomme, gaspille et mène un très haut train de vie.
Ce
groupuscule concentre la richesse parce qu'il pense détenir la maîtrise
des rouages de l'État et qu'aujourd'hui les pouvoirs qu'ils se sont octroyés
les dépassent dans un engrenage sans fin du " Toujours plus ".
Si
ceux qu'on appelle les "nouveaux riches étrangers d'importation "
NERI rejoignent peu à peu ce groupe des " sans limite ", accroissant
leur part du revenu et des pillages des fonds publics, les
Djiboutiens se trouvent au contraire de plus en plus marginalisés.
Ce
n'est pas l'étranger qui a obtenu la nationalité djiboutienne depuis
1977 que nous mettons en cause mais les quelques-uns et les quelques-unes qui
sont les pillards des fonds publics ; qui investissent
leurs profits financiers à l'étranger et qui n'ont que dédain
et arrogance pour les Djiboutiens que nous sommes.
Le
gouvernement actuel est confronté à toutes les difficultés,
chaque dossier ouvert est une boite à pandore. Ces dossiers contiennent
tous les maux, qui se dispersent à travers le pays.
Ils
sont là, évidents et criards.
De
par son incapacité récurrente, l'État actuel se limite à
des artifices de façade avec la création d'une multitude de Commissions
d'études
.etc.. puis referme le dossier pour en rouvrir un autre huit
jours plus tard.
Aux
quelques dix années de l'après indépendance, relativement
encourageantes où les raisons d'espérer semblaient devoir l'emporter
sur les raisons de craindre, a succédé
une seconde période dès 1991 marquée par l'incertitude et
les fortes tensions.
Entre
ces deux moitiés - ou à peu près : 14 années pour
l'une et 14 pour l'autre -, une brusque fracture s'est produite entre les populations
et le pouvoir politique en place, qui oblige à distinguer très nettement
un "avant" et un "après".
Entre
1999 et 2005, six années ont suffi pour
que les pièces du puzzle se détériorent à vitesse
grand V ; c'est leur configuration d'ensemble qui s'est très sensiblement
modifiée au point de brouiller toutes les idées reçues et
tous les pronostics même les plus optimistes de ceux et celles qui ont pu
croire au "miracle Ismaïl Omar".
Phénomène
paradoxal : au fur et à mesure que le pourcentage relatif des populations
de notre pays et de la misère augmentaient depuis 1990, la
part des richesses de la "Nomenklatura" augmentait de manière
considérable.
"J'ai
vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la
vie".
Devenir
adulte n'est jamais chose facile : les moins de 25 ans sont dans une période
personnelle difficile, de transition, où il faut construire de nouveaux
repères. Il existe un paradoxe qui s'exprime dans cette tranche d'âge,
qui souhaite de plus en plus d'autonomie, qui est de plus
en plus mûre, mais qui a de moins en moins
les moyens de cette autonomie car le
chômage est un véritable fléau pour la jeunesse djiboutienne.
Les modalités
d'accès à l'emploi ont fortement régressé ces dix
dernières années : l'intégration des jeunes ne passe plus
par un premier emploi stable, mais par une succession d'expériences
aussi précaires les unes que les autres, sur des postes dont la disponibilité
est directement liée à la conjoncture économique mais aussi
à l'incapacité de l'État à attirer des investisseurs
et à les fixer dans le pays.
A ceci s'ajoute le fait que - quel que soit le diplôme obtenu et le savoir
faire - trouver un emploi est une véritable galère dans notre pays
car les quelques rares postes disponibles sont
"RÉSERVÉS" aux enfants du pouvoir et à ceux de
la "Nomenklatura".
Une
nette régression de l'emploi dans le secteur marchand à laquelle
s'ajoute l'importation d'une main d'uvre et de cadres étrangers,
les mois qui viennent risquent d'être chauds pour le gouvernement en place.
Et
malheureusement, comme toujours, ce sont majoritairement les jeunes qui vont pâtir
de cette situation désastreuse. Rien ou si peu est
fait pour les accueillir, informer, orienter ces jeunes, et les accompagner, mais
les accompagner vers quoi ?.
Dans
le pays comme dans la capitale, nous sommes aux portes de l'insurrection.
Aujourd'hui
tout se conjugue contre le pouvoir en place car plus que jamais et malgré
ses tentatives de redorer son blason (campagne médiatique, images enjolivées,
faux bilans, projets et promesses sans lendemain
), la
fracture sociale et politique est là ; elle est d'autant plus flagrante
et dangereuse qu'elle implique la jeunesse.
Plus
de 4000 jeunes sans formation professionnelle adaptée
aux besoins arrivent chaque année sur un marché du travail déjà
gravement touché par le chômage qui augmente de manière exponentielle.
Que fait-on pour ces jeunes et comment pense t-on au niveau du gouvernement infléchir
la courbe du chômage ?.
A
cela nul ne répond alors qu'au niveau de l'État on se limite à
des promesses accompagnées "d'Inch'Allah" !.
Cette
jeunesse est plus exigeante que nous ne le fûmes en notre temps.
Remuante
elle risquerait de s'exprimer à sa manière et dans la rue, au moment
où l'État actuel s'y attend le moins.

Secrétariat
général du Gouvernement en Exil de Djibouti.
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