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D
443 - 04/11/05 - DJIBOUTI - Si dans certains pays
on tue les journalistes à bout portant, dans d'autres, comme Djibouti,
on assiste à une mort lente de la profession, par asphyxie.
Bouh
Warsama.
La
gestion et la manipulation de l'information sont une arme moderne très
redoutable qui est employée pour gérer une situation de crise, s'essayer
à façonner l'opinion publique et même tenter de retourner
celle-ci lorsqu'elle est hostile à la politique en cours dans un pays déterminé.
C'est une spécialité bien établie dans tous les services
secrets du monde, appelée "Média Management ou Crisis Management"
et qui a démontré son efficacité dans bien des situations.
A
Djibouti, la police politique n'est pas en marge dans ce domaine, les exemples
sont nombreux, mais la pratique la plus connue de tous est la censure classique
qui couvre tout le champ politique. Cette opération est assurée
par l'intermédiaire du service presse de la présidence et de manières
différentes, mais le but final reste la manipulation psychologique de l'opinion
publique nationale et même internationale lorsque le sujet a une dimension
qui dépasse et de loin les frontières du pays comme dans le cas
de l'affaire de l'assassinat du Juge Bernard Borrel.
On
y atteint souvent des sommets dans le ridicule tant les tentatives de mystifications
sont grossières.
La
censure active y est importante car elle nécessite des moyens financiers
(ponctionnés à partir des aides internationales détournées)
et humains importants à savoir des agents et des spécialistes en
communication, capables de créer l'événement et de tenter
de renverser une situation médiatique hostile.
Ce
sont des spécialistes, le plus souvent des étrangers (spin docteurs
: ce qui veut dire, des docteurs en renversement de crise), qui
tracent les démarches à suivre pour minimiser les retombées
médiatiques d'une situation catastrophique mettant en jeu la responsabilité
d'un chef d'Etat ; en l'espèce, Ismaïl Omar Guelleh.
Ce
travail de " maître-manipulateur " ne pourrait jamais aboutir
sans l'apport considérable de ces agents extérieurs, qui signent
de pseudonymes et souvent d'initiales des articles tous faits en un même
lieu. Ces plumes mercenaires s'emploient à donner de la crédibilité
à des faits ou à des évènements factices, concoctés
par la cellule analyse du Palais de l'Escale dans le but de tenter damner le pion
à tous ceux qui résistent ou combattent le totalitarisme d'Ismaïl
Omar Guelleh.
Le
recrutement des " plumes " est réalisé grâce à
la collaboration directe d'une classe de supposés journalistes (disons
plutôt de "journaleux") totalement dévouée aux thèses
d'Ismaïl Omar moyennant des avantages matériels très importants
grâce à leurs protecteurs à la condition qu'ils les encensent
et qu'ils leur cirent les pompes au quotidien. Une deuxième classe
de journalistes est recrutée sous la compromission, à la suite de
grandes pressions, sous la menace ; ils et elles écrivent ce qu'on leur
dit d'écrire et baissent la tête pour autant qu'ils/elles aient leur
" gamelle quotidienne ".
Il
existe cependant des journalistes qui ont su rester fidèles à l'esprit
de déontologie mais qui ont payé - parfois chèrement - leur
refus d'être achetés. Soit de leurs vies, soit en abandonnant le
journalisme pour se fondre dans la masse des Djiboutiens/Djiboutiennes vivant
dans le pays, soit en étant obligés (es) de quitter le pays et d'opter
pour l'exil.
ETOUFFER
L'INFORMATION ET LE JOURNALISME A DJIBOUTI.




Les
méthodes utilisées à Djibouti pour étouffer et sanctionner
un journaliste qui n'applique pas à la lettre les ordres du palais de l'Escale
vont du harcèlement - avec licenciements des membres de sa famille - aux
pressions économiques et fiscales en passant par l'application d'une législation
riche de possibilités en matière d'entraves au libre exercice de
la profession. Allant même jusqu'à l'incarcération
immédiate du " subversif " et réticent journaliste à
la " pensée unique " rappelant les heures les plus sombres du
stalinisme ; et ce pour " atteinte à la sacro sainte sécurité
de l'Etat ".
Qu'un
article échappe au contrôle et paraisse dans La Nation et il n'est
pas rare de voir un journaliste privé des facilités nécessaires
à l'exercice de son métier. En
clair : on le vire !.
Résultats
: une opinion publique privée du droit élémentaire
à l'information et un pouvoir classé parmi les plus hostiles à
la liberté de la presse et les mieux outillés en matière
de désinformation que compte l'Afrique dite francophone.
La
presse étrangère y est sévèrement contrôlée.
Tout journal qui publie la moindre analyse critique contre la Nomenklatura locale
est interdit de vente dans le pays. Les programmes de télévision
étrangère ont été souvent brouillés ou interrompus
par les services techniques de la Radio et Télévision Djiboutienne.
Plusieurs journalistes ont quitté Djibouti, au cours des dernières
années, sous l'effet de pressions ou de mesures d'expulsion, comme les
correspondants de RFI.
Rien
d'étonnant, dès lors, si la peur et l'autocensure se répandent
parmi les correspondants de la presse étrangère, qui passent souvent
sous silence les procès d'opinion, les grèves et la mort de prisonniers.
Quant
à la presse djiboutienne, (pour le moins ce qu'il en reste), elle parle
d'une seule voix - celle du pouvoir. Cette presse reçoit pour directive,
entre autres, d'ignorer les activités et les prises de position de l'opposition
politique comme de la Ligue des droits de l'homme. Sauf quand il s'agit de verser
des larmes de crocodile sur la situation des droits de l'homme... et de la misère
ailleurs
mais pas à Djibouti !!!.
La
majeure partie de l'opinion est ainsi exclue de la démocratie.
Ne restent ainsi sur le " marché restreint de la presse locale "
que les titres de La Nation et de l'Agence Djiboutienne d'Information à
la gloire du " seigneur bananier "et maître du pays. Les rares
journaux partisans d'une solution politique ont été soit exilés
soit placés sous haute surveillance par la Police politique selon l'expression
même d'un ancien journaliste réfugié en France depuis les
années 80. " Ce paysage médiatique remodelé préfigure
la nouvelle carte politique, issue du nouveau simulacre d'élection présidentielle
d'avril 2005 qui est censée avoir définitivement gommé les
résultats falsifiés des élections passées ".
Le
passé, c'est une ombre qui reste attachée aux basques d'Ismaïl
Omar Guelleh alors que la mission assignée par le pouvoir aux médias
sous sa coupe tient en une phrase : préparer
l'opinion nationale et internationale aux grandes manoeuvres d'un régime
passé maître dans l'art de manipuler le réel.
Sans
autre pouvoir que celui de dire, la presse privée exilée et les
journalistes qui continuent à la concevoir, malgré
les menaces, la peur et les assassinats, jouent le rôle d'une agora
de papier.
C'est elle qui publie et commente au travers de l'ARDHD, de l'ARD,
du GED ou sous la plume d'intellectuels tels qu'Ali Couba les positions des différents
partis, les communiqués, la politique du gouvernement, des syndicats, des
citoyens, en l'absence de toute institution démocratique
dans le pays.
Dernier
témoin de ce qui reste de la démocratie, elle en est aussi le baromètre.
Suivant
la manière dont les opposants politiques sont traités par les autorités
djiboutiennes, c'est encore elle qui indique de quel côté le vent
des libertés va tourner à Djibouti, c'est
encore elle qui n'a de cesse de tirer la " sonnette d'alarme " quant
à une explosion sociale imminente avec la perspective d'un soulèvement
faisant tâche d'huile. Le sort qui lui est réservé
et la montée des mécontentements depuis la mystification de réélection
d'IOG en mai dernier ne laissent malheureusement peu de place à l'optimisme.
Emprisonnements,
assassinats, grèves, censure : le cauchemar des opposants dans le pays
ne semble pas vouloir finir. Réclamer le respect de ses
droits, comme faire grève c'est être un " subversif ",
un " terroriste ".
Contrairement
à certains commentaires, l'heure n'est pas à l'immobilisme, mais
à la marche en arrière, à la régression.
Au
nom du " diplomatiquement correct " on y décore l'indignité
humaine et le déshonneur afin de le " rassurer ", on les farde
de mots dérisoires, encourageant ainsi une minorité
à persister dans une société des artifices fallacieux, hantée
par un flot d'images cachées.
C'est
- plus que jamais - le retour à l'autoritarisme aveugle et cautionné
de l'extérieur du pays par ceux qui à haut niveau et dans leur tour
ne veulent pas voir ce qu'il s'y passe.
"
L'ordre doit régner - à n'importe quel prix - à Djibouti
"
mais
sans autre projet que celui d'aider Ismaïl Omar à survivre ; par et
pour les mensonges d'Etat et les " petits arrangements communs ". Même
si cela a coûté la vie par assassinat d'un Mohamed Djama Elabeh et
d'un Juge Bernard Borrel.
On
peut craindre le pire (...). On a finalement le bien pire et qui est à
venir à court terme.
Un
Crime international qui est incontestablement un joyau d'une maîtrise admirablement
perverse, véritable bombe à fragmentation en préparation
sur l'administration d'Ismaïl Omar Guelleh.
Gare
aux débordements et aux éclats !!! qui ne seront plus des "éclats
de voix".

Secrétariat
général du Gouvernement en Exil de Djibouti.
50
Avenue des Roses - 54630 - Richardménil - France.
Téléphone
et télécopie : 00 33 (0)3 83 25 77 26.
exildj@gouv-exil.org