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469 - 07/12/05 - DJIBOUTI - Version officielle
et réalités. La propagande d'Ismaïl Omar Guelleh ne se pose
pas de questions morales sur le respect de la dignité humaine.
Bouh
Warsama.
"
Il y a deux histoires, l'une officielle qu'on enseigne "ad usum Delphini":
une histoire menteuse;
l'autre
qui contient les véritables causes des événements: une
histoire honteuse ".
Honoré
de Balzac (Les Illusions
perdues).
Les
diverses manifestations de revendications - syndicales ou autres - qui ont eu
lieu cette année à Djibouti ont démontré
que la liberté d'expression demeure systématiquement réprimée
par l'emploi de la force, parfois par celui des armes avec
des arrestations, des incarcérations, des tortures et des disparitions.
DES
DÉCÈS, DES DISPARITIONS INEXPLIQUÉS !!
La
disparition forcée ou involontaire est une technique de terreur bien connue
à Djibouti et pratiquée par la Police politique SDS (Services Djiboutiens
de Sécurité).
Faire
disparaître une personne est un crime odieux doublement paralysant : pour
les victimes potentielles directes qui se sentent menacées, ne savent pas
quel sera leur sort et qui sont souvent torturées voire parfois froidement
assassinées après arrestation. Mais aussi pour les membres de leurs
familles qui vivent tantôt l'espoir de revoir leur parent tantôt le
désespoir, car ils vivent dans l'incertitude, souvent durant des années.
Cette pratique
porte pourtant atteinte à tout un ensemble de droits inscrits dans la Charte
de la Francophonie ; plus encore dans la Déclaration
universelle des droits de l'homme et énoncés dans de nombreux
instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme, notamment et pas seulement,
dans les Pactes internationaux relatifs, l'un, aux droits civils et politiques
et l'autre aux droits économiques, sociaux et culturels (la disparition
concerne souvent le principal soutien de la famille).
La
disparition forcée (que
l'on déclarera être officiellement une... fuite de la " victime
" dans l'urgence et vers l'exil
) porte ainsi atteinte au droit
à des conditions d'arrestation et de détention humaines, au droit
de ne pas être soumis à des peines ou traitements cruels ou dégradants,
au droit à la liberté, à la sécurité et aux
droits connexes (droit au procès équitable par exemple), au droit
de ne pas être soumis à la torture ainsi qu'au droit à la
vie.
En
cas de " disparition forcée " d'opposant politique sur le territoire
de la République de Djibouti, aucune plainte n'est recevable devant les
juridictions, les administrations
ainsi qu'aucune éventuelle " protestation " portée à
la connaissance des plus hautes autorités du pays n'a eu de suite conforme
à la loi. Ce qui signifie qu'il y a une
programmation, une approche organisée.
LA
PAUVRETÈ PAR TROP CRIARDE OCCUPE DES ESPACES VITAUX DANS LA CAPITALE.
ALORS
IL FAUT L'EN CHASSER PAR TOUS LES MOYENS !.
Les
populations des quartiers défavorisés sont - une à une et
quant à elles - victimes de tentatives d'expulsions manu militari hors
de la capitale, alors que les femmes et les enfants demeurent des victimes encore
plus vulnérables, surtout avec un climat social qui devient de plus en
plus catastrophique.
C'est
aussi une mort lente. Une mort qu'on inflige parfois à coups de fusil certes
mais plus généralement une mort par malnutrition, par manque de
soins. Une sorte de mort par asphyxie. La
souffrance infligée à la population djiboutienne est à la
fois physique et psychologique.
La
faim et la maladie sont les corollaires de la peur et du désespoir
; ce désespoir qui conduit à de vives réactions des populations
pauvres envers les forces de police qui tentent - sur ordre - de les chasser de
leurs abris de fortune. Alors vient à l'esprit la question de savoir à
qui revient l'entière responsabilité des morts et des blessés
de ces derniers jours ?.
Cette
responsabilité n'incombe ni aux populations pauvres qui tentent de protéger
ce qui fait office de logis, ni aux policiers chargés d'appliquer des ordres
iniques mais au gouvernement et tout particulièrement
au président autoproclamé Ismaïl Omar Guelleh.
Dans
ses rêves dépassant de loin l'utopie, IOG veut faire de la capitale
djiboutienne un Dubaï en en chassant - par les armes - la pauvreté.
Faire
tirer sur des êtres et ensuite présenter des " sincères
condoléances " aux familles des victimes
- tel que vient de le faire le ministre de l'Intérieur - relève
soit de la provocation, soit de l'inconscience insultante la plus totale.
A
Djibouti, les gouvernants actuels entretiennent la spirale de la
violence politique par leurs atteintes constantes aux droits humains et
au droit international humanitaire.
Cette violence est alimentée par une nomenklatura au pouvoir pour des intérêts
non point nationaux mais exclusivement d'ordre de profits privés. Par une
politique gouvernementale, qui est contraire au droit international.
Alors
que la société internationale n'a cessé de se doter d'instruments
juridiques de protection des populations, force est de constater les difficultés
rencontrées dans l'application de ce Droit International Humanitaire. L'article
1 commun aux 4 Conventions de Genève de 1949, qui engage les hautes parties
contractantes à " respecter et faire
respecter " ce droit, est toujours resté
lettre morte à Djibouti. Un mirage !, un mirage comme bien d'autres
alors que toutes les falsifications sont déployées pour donner l'illusion
trompeuse que "tout va bien et dans le meilleur des mondes".
"L'ordre
doit règner à Djibouti !". Alors cet ordre des désordres
règne même s'il se nourrit de la pauvreté qu'il génère
et entretient.
Ces
" opérations de nettoyage "
visant des civils sans défense constituent une grave violation des principes
fondamentaux du droit international humanitaire, ainsi qu'une forme non déclarée
de crime de guerre ; génocide contre la
pauvreté - djiboutienne comme étrangère au pays - étalé
dans le temps et qui ne veut pas dire son nom.
Toutes
ces "opérations de nettoyage de la capitale" constituent une
preuve supplémentaire du mépris flagrant que
vouent aux droits humains et au droit international humanitaire les gouvernants
opportunistes qui se sont accaparés indûment tous les pouvoirs de
l'État et du secteur privé.
Elles
ne sont malheureusement qu'un exemple des violences survenues au cours de ces
derniers mois, et il est à craindre qu'elles ne soient pas les dernières
du conflit entre les populations des quartiers défavorisés et le
Palais de l'Escale ; conflit qui dure depuis bien des années.
