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Dernière modification : le 27.11.2005 (GMT+1 / Bruxelles)

 

 

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D 472 - 08/12/05 - DJIBOUTI - Gravité de la situation actuelle qui porte non seulement sur la disponibilité et le prix des aliments essentiels, mais également sur l'accès aux aliments en général et à d'autres produits de base.

 

Abdourahman Yassin.

Chargé des Finances et de la Planification.


Alors que le Sommet mondial sur la société de l'information s'est terminé il y a de cela deux semaines, les Nouvelles technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) dominent les discours sur la justice sociale et les pénuries alimentaires dont souffrent les pays dits " en voie de développement ".

Bien qu'elles ne constituent pas un remède miracle permettant à l'humanité d'éradiquer toute la gamme de fléaux et d'injustices qui l'affligent en ce début du millénaire, les NTIC peuvent tout de même contribuer à l'atteinte éventuelle des objectifs du Millénaire pour le développement, notamment en matière de réduction de la pauvreté et de la famine.
En effet, les agriculteurs des pays en voie de développement, tout comme ceux des pays industrialisés, peuvent bénéficier des avancées dans le secteur de l'information et de la communication pour augmenter le rendement, améliorer la profitabilité et la stabilité de leurs systèmes agricoles aussi modestes soient-ils comme c'est le cas à Djibouti.

Le potentiel des NTIC à ce niveau est appréciable. Au niveau de l'accès à l'information, un paysan du Tiers-monde qui a accès à la toile peut avoir droit aux prévisions météorologiques à court terme et à long terme, en apprendre au sujet de l'amendement des sols, du pH, de l'irrigation et de la gestion de l'eau, des options disponibles en cas de sécheresse ou de désastres naturels, du contrôle des insectes, des maladies et des espèces indésirables, des nouvelles technologies agricoles et des techniques agricoles plus écologiques, de l'entretien de l'équipement, etc.

 

FORTE AUGMENTATION DES PRIX ET INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE

Plutôt que parler directement de très fortes augmentations des prix des denrées en général à Djibouti - tout en disséquant ladite augmentation pour chaque produit étudié - nous aborderons sur un plan plus crucial celui de l'insécurité alimentaire dans le pays.

Il s'agit là de problèmes politiques graves, car les pénuries alimentaires et les hausses soudaines et répétitives des prix de l'alimentation en général ont donné lieu - ces dix derniers mois - dans la capitale comme dans les régions de l'arrière pays à des protestations, voire à des soulèvements qui dépassent de loin la politique et les affrontements inter tribaux.

L'histoire se répétant éternellement, de telles conjonctures difficiles finissent dans la rue et conduiraient inévitablement à renverser le gouvernement, voire le régime si rien n'était fait.

Nul ne saurait contester tout de même la gravité de la situation actuelle à Djibouti avec des protestations émises aujourd'hui par l'ensemble de la société djiboutienne qui portent non seulement sur la disponibilité et le prix des aliments essentiels, mais également sur l'accès aux aliments en général et à d'autres produits de base.

 

DJIBOUTI N'EST PAS L'EXCEPTION EN LA MATIÈRE MAIS DOIT FAIRE DÉMONSTRATION DE PRAGMATISME ET REFORMER SES ...PRATIQUES.

De telles protestations ont éclaté en Afrique pendant les années 80 et au début des années 90. Comme on peut s'y attendre, c'est dans les pays d'Afrique les plus urbanisés, notamment la Côte-d'Ivoire et la Zambie, que ces bouleversements politiques ont été les plus graves.

En outre, contrairement à la croyance populaire, les protestataires n'étaient pas nécessairement les personnes les plus pauvres, mais celles qui percevaient de la façon la plus marquée la nouvelle conjoncture économique et politique qui menait à l'appauvrissement et à la perte de leurs droits alors même que les différences dans l'accès des particuliers et des familles aux aliments s'amplifiaient. Ainsi, l'insécurité alimentaire est un problème croissant pour les populations urbaines pauvres, mais elle a été curieusement évacuée de la scène politique.

L'insécurité alimentaire est devenue " politiquement invisible " à Djibouti comme dans les grandes villes africaines d'aujourd'hui pour plusieurs raisons.

Premièrement, pour les gestionnaires urbains, l'insécurité alimentaire en milieu urbain est éclipsée par des problèmes urbains considérés comme bien plus urgents : le chômage, l'essor du secteur parallèle, la surpopulation, la dégradation des infrastructures et le déclin des services (dont celui de la santé publique), même si l'insécurité alimentaire est directement liée tous à ces problèmes.

Deuxièmement, les dirigeants nationaux ont tendance à moins se concentrer sur l'insécurité alimentaire en milieu urbain que sur la sécurité alimentaire en milieu rural où elle est généralement un problème plus saisonnier à l'échelle de la collectivité.

Troisièmement, l'insécurité alimentaire en milieu urbain échappe aux gestionnaires urbains et aux dirigeants nationaux parce que dans la dernière décennie, sauf lorsque d'importants problèmes d'approvisionnement ou de soudaines flambées des prix frappent simultanément un grand nombre de citadins, l'insécurité alimentaire doit être abordée au palier des familles ou des particuliers.

Elle devient rarement une question politique. Dans la mesure où l'insécurité alimentaire reste un problème purement domestique, elle n'attire pas l'attention des décideurs qui semblent s'en désintéresser.

En résumé, les populations et la pauvreté à Djibouti comme dans les autres villes d'Afrique connaissent une croissance rapide et les inégalités s'accentuent d'autant.

Les principaux problèmes liés à l'alimentation en milieu urbain dans les années 70 et 80, pénuries alimentaires et flambées des prix, semblaient avoir été essentiellement réglés dans les années, du moins à court terme.

Mais les voici qui resurgissent, bien plus amplifiés. La sécurité alimentaire en milieu urbain, qui a longtemps été perçue comme la nécessité de nourrir les villes (approvisionnement et prix), a donc disparu des programmes politiques des planificateurs et des gestionnaires urbains ; de fait, les planificateurs nationaux des politiques alimentaires s'attardent peu aux problèmes liés à la sécurité alimentaire en milieu urbain.

Ainsi, même s'il semble que l'insécurité alimentaire à Djibouti comme dans les grandes villes africaines s'aggrave fortement depuis 2000, cette question est relativement invisible, parce qu'elle n'est généralement pas liée aux processus saisonniers et communautaires et parce qu'elle est évacuée par la croyance de longue date selon laquelle les citadins sont mieux nantis ou plus favorisés.

Cependant, l'insécurité alimentaire est directement liée à la pauvreté et aux inégalités en milieu urbain et pour cette raison, la recherche sur la sécurité alimentaire en milieu urbain doit porter sur la question de l'accès, non seulement aux denrées alimentaires, mais également aux processus politiques.

Afin de comprendre les problèmes liés à la sécurité alimentaire et à la qualité de vie en milieu urbain et de formuler des recommandations pertinentes en matière de politiques, il faut répondre à plusieurs questions :

1. Les problèmes touchant l'offre globale de denrées alimentaires ont-ils été réglés ?

2. Qu'est-il arrivé aux prix réels des denrées alimentaires en milieu urbain et au revenu réel au fil des ans ?

3. Qu'est-il advenu des programmes de protection sociale destinés aux pauvres ?

4. Comment les familles ont-elles réagi aux baisses du revenu réel ? Qu'est-il arrivé à la qualité de vie, à l'organisation des ménages et au travail des femmes ?

5. Quelle a été la réaction du gouvernement et des administrations locales aux changements qui ont touché les ménages ? Qu'arrive-t-il lorsque la qualité de vie et les activités de survie des populations urbaines pauvres entrent en conflit direct avec les mesures et les politiques élaborées par les gestionnaires urbains et les dirigeants nationaux pour améliorer les infrastructures, attirer les investisseurs et jeter les bases d'une croissance économique durable ?

6. Peut-on retrouver des exemples de " réciprocités constructives " entre le gouvernement et les administrations locales d'une part et la société civile d'autre part ?.

Y a-t-il des modèles de collaboration entre le gouvernement et les administrations locales, les organismes locaux et les collectivités pour protéger les plus vulnérables ?

Il ne peut y avoir de réponse générale à ces questions ; il faut y répondre au cas par cas. C'est là une tâche essentielle pour comprendre l'insécurité alimentaire dans le Djibouti d'aujourd'hui.
Compte tenu des ressources limitées dont on dispose et du fait qu'il sera probablement impossible de financer des programmes structurés de protection sociale, le défi devrait consister à intégrer les réponses à ces questions dans le processus de formulation de la politique gouvernementale.

Lorsque les réformes ont été partielles et que le gouvernement joue toujours un rôle actif au niveau de la production et de la commercialisation, la libéralisation doit être complétée. Lorsque le gouvernement cesse de monopoliser le commerce et qu'un secteur privé véritablement concurrentiel émerge, l'efficacité des marchés s'améliore et les coûts de commercialisation diminuent. De même, les marchés de matières premières et de produits agricoles doivent être liés et l'application des contrats doit être soutenue pour que les agriculteurs Djibouti soient encouragés et qu'ils aient accès au crédit. Des cadres institutionnels doivent être mis sur pied pour mener ces actions, notamment en créant des associations de négociants, des institutions de fermage à contrat, des organisations de prêt à des groupes et des associations d'agriculteurs.

 

Des politiques stables et prévisibles sont essentielles pour la réussite de la libéralisation à cause de leur importance au niveau de la mobilisation de l'épargne et de l'investissement.

Elles sont également nécessaires pour renforcer l'activité du secteur privé, ainsi que pour offrir des mesures incitatives claires et transparentes aux consommateurs et aux agriculteurs djiboutiens.

 

 

 

Secrétariat général du Gouvernement en Exil de Djibouti.

50 Avenue des Roses - 54630 - Richardménil - France.

Téléphone et télécopie : 00 33 (0)3 83 25 77 26.

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