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D
472 - 08/12/05 - DJIBOUTI - Gravité de la
situation actuelle qui porte non seulement sur la disponibilité et le prix
des aliments essentiels, mais également sur l'accès aux aliments
en général et à d'autres produits de base.

Abdourahman
Yassin.
Chargé
des Finances et de la Planification.
Alors
que le Sommet mondial sur la société de l'information s'est terminé
il y a de cela deux semaines, les Nouvelles technologies de l'Information et de
la Communication (NTIC) dominent les discours sur la justice sociale et les pénuries
alimentaires dont souffrent les pays dits " en voie de développement
".
Bien
qu'elles ne constituent pas un remède miracle permettant à l'humanité
d'éradiquer toute la gamme de fléaux et d'injustices qui l'affligent
en ce début du millénaire, les NTIC peuvent tout de même contribuer
à l'atteinte éventuelle des objectifs du Millénaire pour
le développement, notamment en matière de réduction de la
pauvreté et de la famine.
En effet, les agriculteurs des pays en voie
de développement, tout comme ceux des pays industrialisés, peuvent
bénéficier des avancées dans le secteur de l'information
et de la communication pour augmenter le rendement, améliorer la profitabilité
et la stabilité de leurs systèmes agricoles aussi modestes soient-ils
comme c'est le cas à Djibouti.
Le
potentiel des NTIC à ce niveau est appréciable. Au niveau de l'accès
à l'information, un paysan du Tiers-monde qui a accès à la
toile peut avoir droit aux prévisions météorologiques à
court terme et à long terme, en apprendre au sujet de l'amendement des
sols, du pH, de l'irrigation et de la gestion de l'eau, des options disponibles
en cas de sécheresse ou de désastres naturels, du contrôle
des insectes, des maladies et des espèces indésirables, des nouvelles
technologies agricoles et des techniques agricoles plus écologiques, de
l'entretien de l'équipement, etc.
FORTE
AUGMENTATION DES PRIX ET INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE
Plutôt
que parler directement de très fortes augmentations des prix des denrées
en général à Djibouti - tout en disséquant ladite
augmentation pour chaque produit étudié - nous
aborderons sur un plan plus crucial celui de l'insécurité alimentaire
dans le pays.
Il
s'agit là de problèmes politiques graves, car les pénuries
alimentaires et les hausses soudaines et répétitives des prix de
l'alimentation en général ont donné lieu - ces dix derniers
mois - dans la capitale comme dans les régions de l'arrière pays
à des protestations, voire à des soulèvements
qui dépassent de loin la politique et les affrontements inter tribaux.
L'histoire
se répétant éternellement, de telles conjonctures difficiles
finissent dans la rue et conduiraient inévitablement à renverser
le gouvernement, voire le régime si rien n'était fait.
Nul
ne saurait contester tout de même la gravité de la situation actuelle
à Djibouti avec des protestations émises aujourd'hui par l'ensemble
de la société djiboutienne qui portent non seulement sur la disponibilité
et le prix des aliments essentiels, mais également sur l'accès aux
aliments en général et à d'autres produits de base.
DJIBOUTI
N'EST PAS L'EXCEPTION EN LA MATIÈRE MAIS DOIT FAIRE DÉMONSTRATION
DE PRAGMATISME ET REFORMER SES ...PRATIQUES.
De
telles protestations ont éclaté en Afrique pendant les années
80 et au début des années 90. Comme on peut s'y attendre, c'est
dans les pays d'Afrique les plus urbanisés, notamment la Côte-d'Ivoire
et la Zambie, que ces bouleversements politiques ont été les plus
graves.
En
outre, contrairement à la croyance populaire, les protestataires n'étaient
pas nécessairement les personnes les plus pauvres, mais celles qui percevaient
de la façon la plus marquée la nouvelle conjoncture économique
et politique qui menait à l'appauvrissement et à la perte de leurs
droits alors même que les différences dans l'accès des particuliers
et des familles aux aliments s'amplifiaient. Ainsi, l'insécurité
alimentaire est un problème croissant pour les populations urbaines pauvres,
mais elle a été curieusement évacuée de la scène
politique.
L'insécurité
alimentaire est devenue " politiquement invisible " à Djibouti
comme dans les grandes villes africaines d'aujourd'hui pour plusieurs raisons.
Premièrement, pour les gestionnaires urbains, l'insécurité
alimentaire en milieu urbain est éclipsée par des problèmes
urbains considérés comme bien plus urgents : le chômage, l'essor
du secteur parallèle, la surpopulation, la dégradation des infrastructures
et le déclin des services (dont celui de la santé publique), même
si l'insécurité alimentaire est directement liée tous à
ces problèmes.
Deuxièmement, les dirigeants nationaux ont tendance
à moins se concentrer sur l'insécurité alimentaire en milieu
urbain que sur la sécurité alimentaire en milieu rural où
elle est généralement un problème plus saisonnier à
l'échelle de la collectivité.
Troisièmement, l'insécurité alimentaire
en milieu urbain échappe aux gestionnaires urbains et aux dirigeants nationaux
parce que dans la dernière décennie, sauf lorsque d'importants problèmes
d'approvisionnement ou de soudaines flambées des prix frappent simultanément
un grand nombre de citadins, l'insécurité alimentaire doit être
abordée au palier des familles ou des particuliers.
Elle
devient rarement une question politique. Dans la mesure où l'insécurité
alimentaire reste un problème purement domestique, elle n'attire pas l'attention
des décideurs qui semblent s'en désintéresser.
En
résumé, les populations et la pauvreté
à Djibouti comme dans les autres villes d'Afrique connaissent
une croissance rapide et les inégalités s'accentuent d'autant.
Les
principaux problèmes liés à l'alimentation en milieu urbain
dans les années 70 et 80, pénuries alimentaires et flambées
des prix, semblaient avoir été essentiellement réglés
dans les années, du moins à court terme.
Mais
les voici qui resurgissent, bien plus amplifiés.
La sécurité alimentaire en milieu urbain, qui a longtemps été
perçue comme la nécessité de nourrir les villes (approvisionnement
et prix), a donc disparu des programmes politiques des planificateurs et des gestionnaires
urbains ; de fait, les planificateurs nationaux des politiques alimentaires s'attardent
peu aux problèmes liés à la sécurité alimentaire
en milieu urbain.
Ainsi,
même s'il semble que l'insécurité alimentaire à Djibouti
comme dans les grandes villes africaines s'aggrave fortement depuis 2000,
cette question est relativement invisible, parce qu'elle n'est généralement
pas liée aux processus saisonniers et communautaires et parce qu'elle est
évacuée par la croyance de longue date selon laquelle les citadins
sont mieux nantis ou plus favorisés.
Cependant,
l'insécurité alimentaire est directement liée à la
pauvreté et aux inégalités en milieu urbain et pour cette
raison, la recherche sur la sécurité alimentaire en milieu urbain
doit porter sur la question de l'accès, non seulement aux denrées
alimentaires, mais également aux processus politiques.
Afin
de comprendre les problèmes liés à la sécurité
alimentaire et à la qualité de vie en milieu urbain et de formuler
des recommandations pertinentes en matière de politiques, il faut répondre
à plusieurs questions :
1.
Les problèmes touchant l'offre globale de denrées alimentaires ont-ils
été réglés ?
2.
Qu'est-il arrivé aux prix réels des denrées alimentaires
en milieu urbain et au revenu réel au fil des ans ?
3.
Qu'est-il advenu des programmes de protection sociale destinés aux pauvres
?
4.
Comment les familles ont-elles réagi aux baisses du revenu réel
? Qu'est-il arrivé à la qualité de vie, à l'organisation
des ménages et au travail des femmes ?
5.
Quelle a été la réaction du gouvernement et des administrations
locales aux changements qui ont touché les ménages ? Qu'arrive-t-il
lorsque la qualité de vie et les activités de survie des populations
urbaines pauvres entrent en conflit direct avec les mesures et les politiques
élaborées par les gestionnaires urbains et les dirigeants nationaux
pour améliorer les infrastructures, attirer les investisseurs et jeter
les bases d'une croissance économique durable ?
6.
Peut-on retrouver des exemples de " réciprocités constructives
" entre le gouvernement et les administrations locales d'une part et la société
civile d'autre part ?.
Y a-t-il des modèles de collaboration entre le gouvernement et les administrations
locales, les organismes locaux et les collectivités pour protéger
les plus vulnérables ?
Il
ne peut y avoir de réponse générale à ces questions
; il faut y répondre au cas par cas. C'est là
une tâche essentielle pour comprendre l'insécurité alimentaire
dans le Djibouti d'aujourd'hui.
Compte tenu des ressources limitées
dont on dispose et du fait qu'il sera probablement impossible de financer des
programmes structurés de protection sociale, le
défi devrait consister à intégrer les réponses à
ces questions dans le processus de formulation de la politique gouvernementale.
Lorsque
les réformes ont été partielles et que le gouvernement joue
toujours un rôle actif au niveau de la production et de la commercialisation,
la libéralisation doit être complétée. Lorsque
le gouvernement cesse de monopoliser le commerce et qu'un secteur privé
véritablement concurrentiel émerge, l'efficacité des marchés
s'améliore et les coûts de commercialisation diminuent. De
même, les marchés de matières premières et de produits
agricoles doivent être liés et l'application des contrats doit être
soutenue pour que les agriculteurs Djibouti soient encouragés
et qu'ils aient accès au crédit. Des cadres institutionnels
doivent être mis sur pied pour mener ces actions, notamment en créant
des associations de négociants, des institutions de fermage à contrat,
des organisations de prêt à des groupes et des associations d'agriculteurs.
Des
politiques stables et prévisibles sont essentielles pour la réussite
de la libéralisation à cause
de leur importance au niveau de la mobilisation de l'épargne et de l'investissement.
Elles
sont également nécessaires pour renforcer l'activité
du secteur privé, ainsi que pour offrir des mesures incitatives claires
et transparentes aux consommateurs et aux agriculteurs djiboutiens.