M Mahamoud Idriss Ahmed
Passer sa vie dans
l'opposition est pour un homme politique ce que serait pour un homme de lettres
se condamner à lire et à juger la littérature des autres.
La volonté
que de ne condamner dans des déclarations, dans des banalités désespérantes
- sans émettre une idée, un programme de remplacement
- emploie toujours l'arme qu'elle a sous la main et montre ses limites.
Aujourd'hui,
toutes les composantes de l'opposition - véritables et sincères
- doivent sortir de leurs carcans fixistes, de leurs palabres pour retrouver ce
qu'il se fit en un temps contre Hassan Gouled Aptidon du temps de Mohamed Djama
Elabeh (Amin) ; pour mémoire " Action,
Autorité et Unité de l'opposition d'alors".
Chacun
doit y voir clair en ce qu'il est et veut, à partir de cela savoir exactement
quelle est la démarche à mener en commun, les limites des uns et
des autres, sans pour cela abandonner les différences de valeurs qui ne
sauraient être les déterminants fondamentaux mais des sujets de discussion
et d'avancée vers l'émergence d'un gouvernement futur et commun.
Un
gouvernement d'union nationale, celui de l'action - se substituant à la
dictature de la pensée unique -
et qui ne pourra aboutir que si l'idée est dès à présent
soutenue, portée réellement avec convictions, stimulée par
la volonté des uns et des autres, par le courage et la générosité.
Ce
futur modèle de gouvernement que propose le GED depuis plus de 4 années
se doit de répondre aux désarrois des populations djiboutiennes,
par des actes forts fondés sur des convictions profondes unitaires, sur
des valeurs et des ambitions consistant à SERVIR
d'abord le pays et ses populations. Non point à s'égarer
dans la recherche de profits financiers individualistes ou de l'accomplissement
d'une quelconque ambition d'ordre exclusivement personnel.
Tel
un leitmotiv que nous n'avons de cesse de répéter dans le programme
de futur gouvernement d'Union nationale, il faut rendre tout d'abord son autorité
et sa pleine efficacité à l'action publique sans verser dans l'autoritarisme.
A savoir que nous ne devrions pas pour l'avenir favoriser un Etat qui mettrait
- par ses excès de " fonctionnarisation " et son diktat d'une
nomenklatura d'un autre temps - un frein, un obstacle à toute initiative
émanant des investisseurs privés potentiels.
L'idée
des Zones Franches est en elle-même facteur de création d'emplois
et nous y adhérons pour autant que l'Etat y conserve sa place, s'impose
et impose au secteur privé un véritable rôle de Partenaire.
Ce n'est pas
à l'Etat de financer le secteur privé, c'est par ailleurs par son
dynamisme, sa créativité, la pertinence de ses activités
et son bon développement comme par son maintien dans notre pays que ledit
secteur privé doit contribuer au fonctionnement de l'Etat. C'est ainsi
que nous rendrons aussi sa pleine efficacité à l'action publique.
C'est
donc dans un véritable Pacte de l'Action de l'opposition que doit être
élaborée la base globale d'une action commune en mouvement.
Les
diverses mouvances de cette opposition doivent s'impliquer au plus tôt -
en prospectant en préalable et dans les meilleurs délais - toutes
les voies pour créer une plate forme et une position responsable au service
de l'intérêt national.
Le
discours de l'excuse, que se sont opposés les uns et les autres fut trop
souvent l'alibi - pour diverses raisons - à l'inaction et aux actions ponctuelles
à l'efficacité et à la portée internationale relatives
car agissant en ordre dispersé. Toute action politique - aussi sincère
puisse t-elle être - est impuissante si elle nie la réalité
de l'Union nationale de l'opposition, si elle ne se paye que de mots, si elle
confond sciemment idéologie politique venue de l'étranger et efficacité
par, pour notre Nation.
Il
est aussi une réalité qu'Ismaïl OMAR GUELLEH ne saurait admettre
- tout le moins jusqu'à ces dernières semaines - qui est celle d'une
obligation de changement de sa politique.
Nos
voisins lui tournent le dos, aujourd'hui plus que jamais !. ceci il ne peut le
nier car les faits sont là et parlent d'eux-mêmes.
Nous
ne devons pas être incohérents, nous disperser, et parfois nous diluer
dans de sempiternelles palabres qui - s'il est vrai sont un héritage culturel
- doivent donner toutefois plus de sens et d'unité à l'action, à
l'action avec détermination.
C'est
par une action forte et opiniâtre, c'est par la solidarité de la
Nation, c'est par l'efficacité des premiers résultats obtenus concernant
l'image d'une opposition unie que nous offrirons aux regards extérieurs,
que nous pourrons gagner en crédibilité, lutter contre l'intolérance,
faire reculer l'extrémisme (tous les extrémismes), garantir l'émergence
et la vitalité d'une amorce de démocratie dans notre pays.
Cette
exigence s'impose à chacun/chacune d'entre nous.
Elle impliquera, au
cours des prochaines semaines, vigilance et mobilisation de la part de tous car
- plus que jamais - la situation est grave dans notre pays.
Il est temps de
retrouver le sens de l'action au service de chaque Djiboutienne et de chaque Djiboutien
qui attendent de nous un meilleur dialogue entre nous et avec le pouvoir pour
le faire revenir à la raison, pour autant qu'il accepte des conditions
préalables à toute réunion officialisée.
La
prudence politique est de mise et impose des règles strictes ? Elle vient
quand le présent n'est pas à la hauteur des promesses du passé.
C'est
donc un gouvernement d'Union nationale que chaque opposant en vient à souhaiter
; un "gouvernement d'action" reposant sur "trois piliers":
"l'autorité républicaine restaurée
dont sa justice",
"le respect de toutes les libertés publiques, donc politiques"
et "le véritable dialogue social".
Nous
estimons que l'heure n'est pas à une mobilisation d'une partie de Djibouti
contre l'autre mais au contraire que la politique agisse davantage sur
le terrain et qu'elle permette un pluralisme des idées sans se retrouver
emprisonnée dans l'heure.
Nous
avons un devoir d'action au service des Djiboutiens. Nous devons travailler pour
tout le monde et non point pour les intérêts de quelques-uns.
Parmi
les divergences subsistant au sein de l'opposition, je n'en vois aucune qui puisse
durablement résister à une action claire, forte et déterminée,
dès lors qu'elle est puissamment appuyée par les populations de
notre pays pour redonner tout son sens à l'instauration d'une véritable
vie démocratique :
pour placer l'action au cur du pacte républicain
;
pour remettre l'Etat au service de chaque Djiboutien, de chaque Djiboutienne.
Il
ne suffit pas de proclamer des principes, d'invoquer les vertus civiques et républicaines,
d'affirmer des valeurs. Il faut les faire vivre. Il faut les incarner.
Il faut leur donner toute leur portée, toute leur force pour que, de nouveau,
ces principes, ces vertus, ces valeurs, servent de référence à
l'action.
C'est
en passant de la théorie aux exigences concrètes de la vie quotidienne,
de l'incantation à l'action, d'un pacte virtuel à un véritable
contrat de l'opposition unie, que la démocratie va pouvoir émerger
dans notre pays et jusqu'au bout d'elle-même pour exprimer toute la puissance
de service qui est en elle.
C'est
par l'action au service de chaque Djiboutien/Djiboutienne que l'on fera reculer
les dérives extrémistes. C'est grâce à l'action que
tous nos compatriotes qui se sont levés pour lutter avec leurs moyens contre
la dictature de la pensée unique et scander sans cesse pour l'émergence
de la démocratie lors des récentes présidentielles, que tous
ceux et celles, particulièrement ces jeunes qui manifestaient à
Djibouti comme ailleurs ont fait avec gravité leur apprentissage de la
citoyenneté et trouveront des raisons supplémentaires d'être
fiers de leur engagement.