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Dernière modification : le 27.11.2005 (GMT+1 / Bruxelles)

 

 

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D 479 - 14/12/05 - DJIBOUTI - Interview du Général de division (à titre temporaire) Ali Abdillahi Iftin, commandant le Mouvement Djiboutien de Libération Nationale.

 

" La République est notre Droit,
la rétablir est notre Devoir
"

M Ali Abdillahi Iftin

Ancien Officier supérieur, commandant la Garde Présidentielle

Général de Division ( à titre temporaire),
commandant le Mouvement Djiboutien de Libération Nationale.

 

Question

En préalable à ma question, on observe que des manifestations populaires de grande envergure ont été organisées dans la capitale - avec une nette recrudescence ces derniers mois - pour protester contre les conditions de vie désastreuses.

Des fonctionnaires ou assimilés comme tels sont incarcérés chaque jour alors que le président de la Ligue Djiboutienne des Droits de l'Homme - Jean Paul Noël Abdi - vient à son tour d'être emprisonné ce matin. L'Etat policier et répressif s'exprime pleinement depuis quelques semaines ; nombreux sont ceux et celles qui sont incarcérés dans les sinistres prisons de Djibouti sans autre forme de procés - comme cela se fait chez Castro - pour avoir osé dénoncer les graves errements du régime.

De partout s'élèvent des protestations virulentes contre notamment les opérations dites de " décasement " dans la capitale sans possibilité de relogement pour les exclus alors que les services publics essentiels ne sont plus en mesure d'assumer leur rôle. Le climat de révolte est dans l'air, toutes ces manifestations et expressions de forts mécontentements sont globalement contre la politique du gouvernement.

Dans un tel contexte, quelles sont les considérations exprimées par le Mouvement Djiboutien de Libération Nationale que vous dirigez ?.

 

Réponse de M Ali Abdillahi Iftin.

Que ce soit sur le plan humain, économique ou politique, la situation dans notre pays a atteint un tel niveau de gravité que l'on a peine dans le monde occidental à en percevoir les conséquences à court et moyen termes.

A Djibouti peu de gens mangent à leur faim, toutes les classes sociales sont touchées par une paupérisation galopante et présentent aujourd'hui dans ces manifestations la facture au pouvoir d'Ismaïl Omar Guelleh et à sa nomenklatura. Le triomphe des démagogies d'IOG est passager, mais les ruines sont là .. on oserait dire presque éternelles. Il faut y mettre un terme et c'est contre cela que s'opposent ceux et celles qui ont le courage dénoncer ce qui doit l'être.

Pour expliquer succinctement la situation, il est à noter que diverses études effectuées récemment sur place par des experts occidentaux ont montré que plus de 80 % de la population djiboutienne vit actuellement dans la pauvreté pour ne pas dire la grande misère pour 50 % d'entre eux, alors que plus de 60 % des enfants souffrent de malnutrition.

 

Question

Pourtant et d'après ce qu'on en lit dans l'ADI et le journal La Nation - organe propagandiste du pouvoir d'Ismaïl Omar Guelleh - " tout va bien à Djibouti !!!" où l'on observerait une amorce d'amélioration des conditions de vie des familles djiboutiennes…

 

Réponse de M Ali Abdillahi Iftin.

A l'inverse de ce qu'ose prétendre la propagande gouvernementale qui n'en est plus à une mystification près, la situation est dramatique dans notre pays alors que le chômage s'aggrave de jour en jour pour toucher aujourd'hui plus de 85 % de la population djiboutienne dite en âge de travailler.

Pensez-vous que lorsque l'on est chômeur et sans possibilité de trouver un emploi on puisse être "heureux" ?. Pensez-vous que lorsque l'on est fonctionnaire, militaire ou gendarme les gouvernants d'un pays soient en droit de vous imposer des retards incessants de versement de salaires ou de soldes...voire de vous supprimer les arriérés de plus de 6 mois d'impayés ?. Je passe sur les augmentations exponentielles des prix des denrées alimentaires, surtout celles de première nécessitée.

Quand la grande majorité des populations d'un pays est contrainte d'acheter le lait au verre et non au litre, le riz au contenu d'un verre et non au kilog...comment peut on avoir l'outrecuidance d'affirmer qu'il pourrait y avoir "amélioration des conditions de vie des familles djiboutiennes" ?.

Si la supposée amélioration des conditions de vie des populations djiboutiennes se résume à observer la construction d'une multitude d'hôtels, de restaurants, d'autres logements et de bâtiments appartenant à Ismaïl Omar Guelleh, au clan des Haïd et à leur nomenklatura affairiste mais que - par ailleurs - les bâtiments publics, nos casernes, nos écoles et 95 % des quartiers de la capitale sont à l'abandon, alors je considère que l'on a pas la même vision du progrès qu'IOG et de la situation dans laquelle survivent les familles djiboutiennes dans notre pays.

Malgré ses discours falsificateurs de toutes les vérités, le principe Guelleh n'est pas de lutter contre la pauvreté et de tenter pour le moins de la réduire dans le temps mais d'essayer effrontément de la masquer aux yeux du monde extérieur.

Lorsque les experts des instances internationales ou les journalistes étrangers viennent à Djibouti, le pouvoir leur déroule le " tapis rouge " sous les pieds mais parallèlement leur impose un " circuit " déterminé pour leur visite et ce pour des raisons de supposée sécurité avec hébergement au Sheraton et séjour sur les îles. Ce n'est ni au Sheraton, ni au Palais d'Haramous, ni à Musha que vivent les populations de notre pays.

Pour comprendre quelles sont les grandes difficultés et le peu qu'ont dans leur assiette les familles djiboutiennes c'est dans tous les quartiers de la capitale - sans exception aucune - qu'il faut se rendre et interroger librement les familles, hors de la présence de la police politique. Là on comprend vite ce qu'est Djibouti sous le régime actuel !. Un pays pris en otage de par la volonté de quelques-uns.

 

Question

Peut-on parler d'échec de la propagande d'Ismaïl Omar Guelleh sur le plan national et bien plus sur le plan international ?.

 

Réponse de M Ali Abdillahi Iftin.

Depuis qu'il s'est accaparé tous les pouvoirs par la falsification des élections présidentielles en 1999 et qu'il vient de réitérer en avril 2005, IOG a toujours eu - à justes raisons - une très mauvaise image dans le monde entier. Et cela il le supporte difficilement.

Afin de tenter d'améliorer cette image, il investit depuis quelques années des sommes phénomènales pour sa propagande, dans ses médias et dans sa presse à Djibouti. C'est peine perdue car l'opinion publique - tant nationale qu'internationale - a compris que Djibouti sous IOG c'est un Etat de non droit.

Comme le soulignent Reporter sans Frontières et la presse internationale dans son ensemble dans leurs analyses, aucun autre journal, aucun autre média n'a la possibilité d'exister et de s'exprimer librement dans notre pays car Ismaïl Omar fait interdire toute création d'organe de presse qui ne lui serait pas totalement inféodé.

Que le contenu d'un article de la presse internationale lui déplaise et il fait aussitôt saisir tous les journaux concernés dans le pays et va même jusqu'à exiger des excuses et un démenti. Faute de quoi ; le journal étranger concerné est interdit de parution à Djibouti.

Internet est venu fort heureusement contrebalancer cette mainmise sur l'information. Pour preuve, comparez les taux de fréquentation quotidienne des sites internets tels que celui du GED et de l'ARDHD avec ceux de l'ADI et de La Nation et vous comprendrez alors que la propagande d'Ismaïl Omar n'intéresse quasiment personne.

Que ce soit sur le plan humain, économique ou politique, la situation est extrêmement grave dans notre pays et le gouvernement dirigé par Guelleh n'a d'autre alternative que de tenter de survivre par l'étalage de contre vérités au travers de sa propagande en attendant l'issue inéluctable qui ne saurait attendre compte tenu du degré élevé de putréfaction qui règne au niveau de l'Etat.

Ismaïl Omar a trompé beaucoup de gens très longtemps par la simple raison que - selon des considérations externes au pays - "l'ordre devait absolument régner" à Djibouti et que certains pays du monde occidental ne voulaient pas voir ce qu'il se passait à Djibouti.

Le " régime du bâton ", tel était le choix qui fut fait par des conseillers peu inspirés et en périphérie de l'Elysée en 1996. Aujourd'hui ils en mesurent les conséquences.

Mais ceci n'avait qu'un temps et les considérations sembleraient avoir bien changé dès l'instant où IOG a dévoilé sa véritable personnalité de maître chanteur et de dictateur ne respectant pas certaines règles, fussent-elles diplomatiques.

Aujourd'hui il ne trompe plus personne quant aux effets pervers de la dictature tous azimuts qu'il impose. Bien qu'ignorées ou dont les motivations sont transformées par sa propagande afin de tenter maladroitement de donner le change, les manifestations populaires de grande envergure qui se succèdent à Djibouti sont le signe d'un profond malaise des populations de notre pays alors que les risques d'une explosion populaire dans les rues de la capitale et dans les villes de l'arrière pays sont plus que jamais omniprésents.

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(à suivre)


 

Secrétariat général du Gouvernement en Exil de Djibouti.

50 Avenue des Roses - 54630 - Richardménil - France.

Téléphone et télécopie : 00 33 (0)3 83 25 77 26.

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