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D
479 - 14/12/05 - DJIBOUTI - Interview du Général
de division (à titre temporaire) Ali Abdillahi Iftin,
commandant le Mouvement Djiboutien de Libération Nationale.


"
La République est notre Droit,
la rétablir est notre Devoir "
M
Ali Abdillahi Iftin
Ancien
Officier supérieur, commandant la Garde Présidentielle
Général
de Division ( à titre temporaire),
commandant le Mouvement Djiboutien
de Libération Nationale.
Question
En
préalable à ma question, on observe que des
manifestations populaires de grande envergure ont été organisées
dans la capitale - avec une nette recrudescence ces derniers mois - pour protester
contre les conditions de vie désastreuses.
Des
fonctionnaires ou assimilés comme tels sont incarcérés chaque
jour alors que le président de la Ligue Djiboutienne des Droits de l'Homme
- Jean Paul Noël Abdi - vient à son tour d'être emprisonné
ce matin. L'Etat policier et répressif s'exprime pleinement depuis quelques
semaines ; nombreux sont ceux et celles qui sont incarcérés dans
les sinistres prisons de Djibouti sans autre forme de procés - comme cela
se fait chez Castro - pour avoir osé dénoncer les graves errements
du régime.
De
partout s'élèvent des protestations virulentes contre notamment
les opérations dites de " décasement " dans la capitale
sans possibilité de relogement pour les exclus alors que les services publics
essentiels ne sont plus en mesure d'assumer leur rôle. Le climat de révolte
est dans l'air, toutes ces manifestations et expressions de forts mécontentements
sont globalement contre la politique du gouvernement.
Dans
un tel contexte, quelles sont les considérations exprimées par le
Mouvement Djiboutien de Libération Nationale que vous dirigez ?.
Réponse de M Ali Abdillahi
Iftin.
Que
ce soit sur le plan humain, économique ou politique, la situation dans
notre pays a atteint un tel niveau de gravité que l'on a peine dans le
monde occidental à en percevoir les conséquences à court
et moyen termes.
A
Djibouti peu de gens mangent à leur faim, toutes les classes sociales sont
touchées par une paupérisation galopante et présentent aujourd'hui
dans ces manifestations la facture au pouvoir d'Ismaïl Omar Guelleh et à
sa nomenklatura. Le triomphe des démagogies d'IOG est passager, mais les
ruines sont là .. on oserait dire presque éternelles. Il faut y
mettre un terme et c'est contre cela que s'opposent ceux et celles qui ont le
courage dénoncer ce qui doit l'être.
Pour
expliquer succinctement la situation, il est à noter que diverses études
effectuées récemment sur place par des experts occidentaux ont montré
que plus de 80 % de la population djiboutienne vit actuellement dans la pauvreté
pour ne pas dire la grande misère pour 50 % d'entre eux, alors que plus
de 60 % des enfants souffrent de malnutrition.
Question
Pourtant
et d'après ce qu'on en lit dans l'ADI et le journal La Nation - organe
propagandiste du pouvoir d'Ismaïl Omar Guelleh - " tout va bien à
Djibouti !!!" où l'on observerait une amorce d'amélioration
des conditions de vie des familles djiboutiennes
Réponse de M Ali Abdillahi
Iftin.
A
l'inverse de ce qu'ose prétendre la propagande gouvernementale qui n'en
est plus à une mystification près, la situation est dramatique dans
notre pays alors que le chômage s'aggrave de jour en jour pour toucher aujourd'hui
plus de 85 % de la population djiboutienne dite en âge de travailler.
Pensez-vous
que lorsque l'on est chômeur et sans possibilité de trouver un emploi
on puisse être "heureux" ?. Pensez-vous que lorsque l'on est fonctionnaire,
militaire ou gendarme les gouvernants d'un pays soient en droit de vous imposer
des retards incessants de versement de salaires ou de soldes...voire de vous supprimer
les arriérés de plus de 6 mois d'impayés ?. Je passe sur
les augmentations exponentielles des prix des denrées alimentaires, surtout
celles de première nécessitée.
Quand
la grande majorité des populations d'un pays est contrainte d'acheter le
lait au verre et non au litre, le riz au contenu d'un verre et non au kilog...comment
peut on avoir l'outrecuidance d'affirmer qu'il pourrait y avoir "amélioration
des conditions de vie des familles djiboutiennes" ?.
Si
la supposée amélioration des conditions de vie des populations djiboutiennes
se résume à observer la construction d'une multitude d'hôtels,
de restaurants, d'autres logements et de bâtiments appartenant à
Ismaïl Omar Guelleh, au clan des Haïd et à leur nomenklatura
affairiste mais que - par ailleurs - les bâtiments publics, nos casernes,
nos écoles et 95 % des quartiers de la capitale sont à l'abandon,
alors je considère que l'on a pas la même vision du progrès
qu'IOG et de la situation dans laquelle survivent les familles djiboutiennes dans
notre pays.
Malgré
ses discours falsificateurs de toutes les vérités, le principe Guelleh
n'est pas de lutter contre la pauvreté et de tenter pour le moins de la
réduire dans le temps mais d'essayer effrontément de la masquer
aux yeux du monde extérieur.
Lorsque
les experts des instances internationales ou les journalistes étrangers
viennent à Djibouti, le pouvoir leur déroule le " tapis rouge
" sous les pieds mais parallèlement leur impose un " circuit
" déterminé pour leur visite et ce pour des raisons de supposée
sécurité avec hébergement au Sheraton et séjour sur
les îles. Ce n'est ni au Sheraton, ni au Palais d'Haramous,
ni à Musha que vivent les populations de notre pays.
Pour
comprendre quelles sont les grandes difficultés et le peu qu'ont dans leur
assiette les familles djiboutiennes c'est dans tous les quartiers de la capitale
- sans exception aucune - qu'il faut se rendre et interroger librement les familles,
hors de la présence de la police politique. Là on
comprend vite ce qu'est Djibouti sous le régime actuel !. Un pays pris
en otage de par la volonté de quelques-uns.
Question
Peut-on
parler d'échec de la propagande d'Ismaïl Omar Guelleh sur le plan
national et bien plus sur le plan international ?.
Réponse de M Ali Abdillahi
Iftin.
Depuis
qu'il s'est accaparé tous les pouvoirs par la falsification des élections
présidentielles en 1999 et qu'il vient de réitérer en avril
2005, IOG a toujours eu - à justes raisons - une très
mauvaise image dans le monde entier. Et cela il le supporte difficilement.
Afin
de tenter d'améliorer cette image, il investit depuis quelques années
des sommes phénomènales pour sa propagande, dans ses médias
et dans sa presse à Djibouti. C'est peine perdue car l'opinion publique
- tant nationale qu'internationale - a compris que Djibouti sous IOG c'est un
Etat de non droit.
Comme
le soulignent Reporter sans Frontières et la presse internationale dans
son ensemble dans leurs analyses, aucun autre journal, aucun autre média
n'a la possibilité d'exister et de s'exprimer librement dans notre pays
car Ismaïl Omar fait interdire toute création d'organe
de presse qui ne lui serait pas totalement inféodé.
Que
le contenu d'un article de la presse internationale lui déplaise et il
fait aussitôt saisir tous les journaux concernés dans le pays et
va même jusqu'à exiger des excuses et un démenti. Faute de
quoi ; le journal étranger concerné est interdit de parution à
Djibouti.
Internet
est venu fort heureusement contrebalancer cette mainmise sur l'information. Pour
preuve, comparez les taux de fréquentation quotidienne des sites internets
tels que celui du GED et de l'ARDHD avec ceux de l'ADI et de La Nation et vous
comprendrez alors que la propagande d'Ismaïl Omar n'intéresse quasiment
personne.
Que ce
soit sur le plan humain, économique
ou politique, la situation est extrêmement grave dans notre pays et le gouvernement
dirigé par Guelleh n'a d'autre alternative que de tenter de survivre par
l'étalage de contre vérités au travers de sa propagande en
attendant l'issue inéluctable qui ne saurait attendre compte tenu du degré
élevé de putréfaction qui règne au niveau de l'Etat.
Ismaïl Omar
a trompé beaucoup de gens très longtemps par la simple raison que
- selon des considérations externes au pays - "l'ordre
devait absolument régner" à Djibouti et que certains
pays du monde occidental ne voulaient pas voir ce qu'il se passait à Djibouti.
Le "
régime du bâton ", tel était le choix qui fut
fait par des conseillers peu inspirés et en périphérie de
l'Elysée en 1996. Aujourd'hui ils en mesurent les conséquences.
Mais
ceci n'avait qu'un temps et les considérations sembleraient avoir bien
changé dès l'instant où IOG a dévoilé sa véritable
personnalité de maître chanteur et de dictateur ne respectant pas
certaines règles, fussent-elles diplomatiques.
Aujourd'hui
il ne trompe plus personne quant aux effets pervers de la dictature tous azimuts
qu'il impose. Bien qu'ignorées
ou dont les motivations sont transformées par sa propagande afin de tenter
maladroitement de donner le change, les manifestations populaires de grande envergure
qui se succèdent à Djibouti sont le signe d'un profond malaise des
populations de notre pays alors que les risques d'une explosion
populaire dans les rues de la capitale et dans les villes de l'arrière
pays sont plus que jamais omniprésents.
............................................
(à
suivre)