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Dernière modification : le 27.11.2005 (GMT+1 / Bruxelles)

 

 

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D 480 - 15/12/05 - DJIBOUTI - Interview du Général de division (à titre temporaire) Ali Abdillahi Iftin, commandant le Mouvement Djiboutien de Libération Nationale. (suite et fin)

 

" La République est notre Droit,
la rétablir est notre Devoir
"

M Ali Abdillahi Iftin

Ancien Officier supérieur, commandant la Garde Présidentielle

Général de Division ( à titre temporaire),
commandant le Mouvement Djiboutien de Libération Nationale.

 

Question

Certains vous prêtent l'intention de négocier avec le pouvoir d'Ismaïl Omar Guelleh ou d'avoir tenté de le faire afin de trouver une issue pacifique à cette crise.

Si c'était le cas, quel sens donneriez-vous au terme de " négociations " ?.

 

Réponse de M Ali Abdillahi Iftin.

Comme je l'ai toujours affirmé, " ne négocions jamais avec nos peurs " mais n'ayons jamais peur de négocier pour autant qu'Ismaïl Omar Guelleh accepte une ouverture à la véritable démocratie et non des promesses sans lendemain ; promesses dont il a abreuvé largement tous ses discours jusqu'à ce jour.

Pour répondre plus précisément à votre question, il est vrai que sur sollicitation indirecte émanant d'IOG j'ai rencontré - à diverses reprises en Belgique - des émissaires qui étaient porteurs de propositions. Propositions - qui de loin et hélas - ne correspondaient pas à ce que toutes les populations djiboutiennes sont en droit d'attendre pour un avenir proche.

J'insiste sur les termes de " toutes les populations " de notre pays et non point une caste limitée à quelques uns et qui ferait démonstration - une fois encore - de clanisme et d'affairisme privé qui serait portée au pouvoir en oubliant que c'est l'intérêt de la nation et celui de notre pays qui sont en jeu et qu'il convient de défendre par priorité.

Je vous confirme que de ces entretiens rien de constructif pour l'avenir n'est sorti à ce jour. J'ajoute à cela qu'Ismaïl Omar Guelleh avait - avant les élections d'avril 2005 - l'opportunité d'infléchir sa politique intérieure et de mettre en place une véritable ouverture à la démocratie dans notre pays. Mais il ne l'a pas fait !. Un virage était à prendre afin de tenter de gommer dans le temps les erreurs du passé et de réparer ce qui doit l'être et le sera demain sans lui ; il est allé tout droit dans le mur !.

Question

Selon vous, quelles sont les raisons qui l'ont incité à ne pas le faire ?.

 

Réponse de M Ali Abdillahi Iftin.

Les problèmes auxquels est confronté Ismaïl Omar Guelleh sont bien plus complexes qu'ils ne pourraient y paraître a priori.

En tout premier lieu, l'affaire de l'assassinat du Juge Bernard Borrel en octobre 1995 et ses conséquences pèsent de tout son poids dans les raisons de son enfermement. J'ai témoigné en temps et en heure devant la justice compétente de ce que j'ai vu et entendu tout en précisant que j'ai bonne mémoire d'avoir été formé à l'école des officiers de la gendarmerie française ; ceci expliquant cela, nul n'est en droit de cautionner l'assassinat de la justice intègre, fut-elle étrangère à son propre pays.

En second lieu, Ismaïl Omar Guelleh semblerait ne plus maîtriser tout ce qui se décide au nom du Palais de l'Escale. Il est devenu ces dernières années le " responsable " de tout ce qui s'y décide alors que j'ai la conviction que Kadra Mahamoud Haïd a la plus grande part dans tous les " désordres de la république ".

Curieusement et contrairement aux lois et aux coutumes instaurées dans notre pays, une épouse de président dépasse de loin ses attributions et fait démonstration d'ingérence, exerce des pressions dans les affaires de l'Etat et pour son seul intérêt. Elle fait démettre de ses fonctions qui elle veut et nommer qui elle veut et - là encore - dans son seul intérêt. De plus elle s'est créé sa propre cour constituée d'opportunistes et de pleutres qui ont peur pour leur avenir alors qu'elle contraint l'entourage de la présidence par la terreur qu'elle fait régner tant au Palais de l'Escale qu'au Palais d'Haramous et dans les ministères.

En troisième lieu : se sont créé depuis quelques années de vastes " jardins d'intérêts privés " au niveau des ministères et des grands services de l'État tout comme au sein du haut commandement de nos Armées.

A très haut niveau de responsabilités, chacun et chacune y fait ses petites et surtout ses grosses affaires tout en reversant partie des profits au Palais de l'Escale.

Comment peut-on parler d'amélioration des conditions de vie, de progrès social et économique des populations de Djibouti dans de telles conditions d'existence, sous un tel régime des mascarades et des détournements de fonds publics comme des aides financières internationales ?.

Ajoutez à cela le fort endettement du pays avec des fonds qui s'évaporent des comptes de la Banque centrale au niveau de laquelle des lignes complètes de crédits sont effacées alors que l'argent des détournements est perdu pour nos finances publiques. Profits là encore illégitimes et qui viennent conforter des comptes bancaires privés à Dubaï comme ailleurs dans des paradis fiscaux. Dans un tel contexte où la fonction n'est en fait qu'une façade encostumée vous comprendrez que beaucoup ont tout intérêt à ce qu'un tel régime perdure à Djibouti.

Les profondes réformes, pourtant nécessaires, ne viendront pas d'Ismaïl Omar Guelleh qui est pris dans un étau. Tous les scandales qui émergent au niveau de l'État et impliquant l'un, l'une ou l'autre membre de la nomenklatura au pouvoir ou un membre de leurs clans respectifs sont systématiquement étouffés.

Quand bien même Ismaïl Omar Guelleh voudrait changer les choses en restaurant son autorité - donc celle de l'Etat qu'il dirige - et dans Etat de Droit, il serait dans l'incapacité de le faire ou s'exposerait à un renversement de son régime. Les premiers à le faire seraient ses propres " amis ", les poignards sont prêts et cela il le sait parfaitement !.

 

Question

Dans un tel contexte, avez-vous une solution à proposer ?.

 

Réponse de M Ali Abdillahi Iftin.

Je pense qu'il n'y a pas une solution mais plusieurs options envisageables. Actuellement des entretiens ont lieu à haut niveau avec des diplomaties étrangères. Ces entretiens sont fructueux, il reste quelques points à finaliser.

Vous comprendrez aisément que je n'en dise pas plus sur ce sujet si ce n'est que les autorités que nous sommes amenés à rencontrer - que ce soit au nom de Gouvernement en Exil ou à celui du Mouvement Djiboutien de Libération Nationale - sont unanimes pour admettre que la situation actuelle est très préoccupante à Djibouti. Les risques d'un soulèvement massif des populations et d'une jeunesse désoeuvrée déferlant dans les rues de la capitale comme dans les villes de l'arrière pays sont plus que jamais omniprésents et ceci aurait malheureusement des conséquences gravissimes dont on ne peut mesurer l'ampleur aujourd'hui.

 

Question

Quelles consignes souhaiteriez vous donner aux membres du Mouvement Djiboutien de Libération Nationale ainsi qu'aux militaires, gendarmes et policiers qui ont reçu ordre de réprimer toutes les manifestations pacifiques à Djibouti ?.

 

Réponse de M Ali Abdillahi Iftin.

Tout dabord je souhaite témoigner à nouveau de ma compassion et de mon soutien aux familles des victimes de ces dernières semaines et à celles dont l'un des membres est encore incarcéré. Chacun et chacune doit savoir que nous effectuons des démarches auprès des grandes diplomaties étrangères présentes sur le sol national.

Comme tous les membres du MDLN et les populations de notre pays que nous soutenons, je fais le constat que le pouvoir d'Ismaïl Omar Guelleh est arrivé à un tel point de saturation qu'il ne doit sa survie qu'aux mesures répressives d'une rare violence qu'il impose. Nous ne reconnaissons au régime d'Ismaïl Omar Guelleh aucune légitimité car il a obtenu son pouvoir par la falsification de toutes les élections qui se sont succédés dans le pays depuis avril 1999.

Dans ces opérations - que ce soit contre le FRUD historique et le MDLN qui expriment ensemble leur mécontentement dans le pays - IOG ne recherche pas le dialogue et la résolution pacifique des problèmes mais engage sciemment dans des opérations de répression les unités de nos Armées, de notre Gendarmerie et de notre Police nationales en contrevenant ainsi à notre constitution et aux lois en vigueur dans notre pays tout comme sur le plan international.

Loin de prêcher un soulèvement général des populations de notre pays et notamment dans la capitale nous avons prôné et prônons plus que jamais de fédérer les énergies de l'opposition au sein du Mouvement Djiboutien de Libération Nationale et de présenter un front uni du refus.

Dans ces conditions, nul ne devrait se satisfaire aujourd'hui du fait que des hommes tombent - de part et d'autres - sous les balles.

Les balles qui frappent aveuglément ne sont pas celles du Mouvement Djiboutien de Libération Nationale mais tous les morts et tous les blessés - sans distinction aucune - sont les nôtres. Ce sont nos frères et nos soeurs, nos enfants que l'on torture, que l'on blesse ou que l'on tue ainsi impunément. La faute incombe exclusivement au pouvoir d'Ismaïl Omar Guelleh.

Ceci n'a que trop duré et nous ne pouvons l'accepter car c'est le sang des Djiboutiens - toutes ethnies confondues - qui est versé et ce pour l'intérêt de quelques-uns et non point pour celui du pays et de ses populations. Ces quelques-uns qui sont bien à l'abri dans leur palais des artifices et de toutes les falsifications des vérités.

 

Je demande solennellement et publiquement à nos officiers des Forces Armées, à ceux de la Gendarmerie et de la Police nationales de prendre conscience de la situation actuelle et de sa gravité mais aussi des conséquences futures qu'impliquerait une répression aveugle par l'usage d'armes à feu face à une population manifestant pour le respect de ses droits républicains.

Les ordres reçus du Palais de l'Escale ou du commandement fussent-ils ineptes, il doit exister en chacun d'entre nous - dans notre esprit comme dans nos comportements en de telles situations dont on mesure la gravité - un espace à ne pas franchir entre opération de maintien de l'ordre public et ordre donné à des subordonnés pour une répression aveugle et par emploi d'armes à feu.

 

A l'ordre amoral imposé du haut du Palais de l'Escale par un quarteron d'opportunistes - hommes et femme de circonstances - aux "gens d'en bas", nous - officiers des Armées, de la Gendarmerie ou de la Police nationales - devons préférer une société républicaine garante de nos institutions et de nos lois, celle du respect de la dignité, celle de la responsabilité partagée par tous.


 

Secrétariat général du Gouvernement en Exil de Djibouti.

50 Avenue des Roses - 54630 - Richardménil - France.

Téléphone et télécopie : 00 33 (0)3 83 25 77 26.

exildj@gouv-exil.org

 

 

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