


http://www.gouv-exil.org/

D
480 - 15/12/05 - DJIBOUTI - Interview du Général
de division (à titre temporaire) Ali Abdillahi Iftin,
commandant le Mouvement Djiboutien de Libération Nationale. (suite
et fin)


"
La République est notre Droit,
la rétablir est notre Devoir "
M
Ali Abdillahi Iftin
Ancien
Officier supérieur, commandant la Garde Présidentielle
Général
de Division ( à titre temporaire),
commandant le Mouvement Djiboutien
de Libération Nationale.
Question
Certains
vous prêtent l'intention de négocier avec le pouvoir d'Ismaïl
Omar Guelleh ou d'avoir tenté de le faire afin de trouver une issue pacifique
à cette crise.
Si
c'était le cas, quel sens donneriez-vous au terme de " négociations
" ?.
Réponse de M Ali Abdillahi
Iftin.
Comme
je l'ai toujours affirmé, " ne négocions jamais avec nos peurs
" mais n'ayons jamais peur de négocier pour autant qu'Ismaïl
Omar Guelleh accepte une ouverture à la véritable démocratie
et non des promesses sans lendemain ; promesses dont il a abreuvé largement
tous ses discours jusqu'à ce jour.
Pour
répondre plus précisément à votre question, il est
vrai que sur sollicitation indirecte émanant d'IOG j'ai rencontré
- à diverses reprises en Belgique - des émissaires qui étaient
porteurs de propositions. Propositions - qui de loin et hélas - ne correspondaient
pas à ce que toutes les populations djiboutiennes sont en droit d'attendre
pour un avenir proche.
J'insiste
sur les termes de " toutes les populations " de notre pays et non point
une caste limitée à quelques uns et qui ferait démonstration
- une fois encore - de clanisme et d'affairisme privé qui serait portée
au pouvoir en oubliant que c'est l'intérêt de la nation et celui
de notre pays qui sont en jeu et qu'il convient de défendre par priorité.
Je
vous confirme que de ces entretiens rien de constructif pour l'avenir n'est sorti
à ce jour. J'ajoute à cela qu'Ismaïl Omar Guelleh avait - avant
les élections d'avril 2005 - l'opportunité d'infléchir sa
politique intérieure et de mettre en place une véritable ouverture
à la démocratie dans notre pays. Mais il ne l'a pas fait !. Un virage
était à prendre afin de tenter de gommer dans le temps les erreurs
du passé et de réparer ce qui doit l'être et le sera demain
sans lui ; il est allé tout droit dans le mur !.
Question
Selon
vous, quelles sont les raisons qui l'ont incité à ne pas le faire
?.
Réponse de M Ali Abdillahi
Iftin.
Les
problèmes auxquels est confronté Ismaïl Omar Guelleh sont bien
plus complexes qu'ils ne pourraient y paraître a priori.
En
tout premier lieu, l'affaire de l'assassinat du Juge Bernard Borrel en octobre
1995 et ses conséquences pèsent de tout son poids dans les raisons
de son enfermement. J'ai témoigné en temps et en heure devant la
justice compétente de ce que j'ai vu et entendu tout en précisant
que j'ai bonne mémoire d'avoir été formé à
l'école des officiers de la gendarmerie française ; ceci expliquant
cela, nul n'est en droit de cautionner l'assassinat de la justice intègre,
fut-elle étrangère à son propre pays.
En
second lieu, Ismaïl Omar Guelleh semblerait ne plus maîtriser tout
ce qui se décide au nom du Palais de l'Escale. Il est devenu ces dernières
années le " responsable " de tout ce qui s'y décide alors
que j'ai la conviction que Kadra Mahamoud Haïd a la plus grande part dans
tous les " désordres de la république ".
Curieusement
et contrairement aux lois et aux coutumes instaurées dans notre pays, une
épouse de président dépasse de loin ses attributions et fait
démonstration d'ingérence, exerce des pressions dans les affaires
de l'Etat et pour son seul intérêt. Elle fait démettre de
ses fonctions qui elle veut et nommer qui elle veut et - là encore - dans
son seul intérêt. De plus elle s'est créé sa propre
cour constituée d'opportunistes et de pleutres qui ont peur pour leur avenir
alors qu'elle contraint l'entourage de la présidence par la terreur qu'elle
fait régner tant au Palais de l'Escale qu'au Palais d'Haramous et dans
les ministères.
En
troisième lieu : se sont créé depuis quelques années
de vastes " jardins d'intérêts privés " au niveau
des ministères et des grands services de l'État tout comme au sein
du haut commandement de nos Armées.
A
très haut niveau de responsabilités, chacun et chacune y fait ses
petites et surtout ses grosses affaires tout en reversant partie des profits au
Palais de l'Escale.
Comment
peut-on parler d'amélioration des conditions de vie, de progrès
social et économique des populations de Djibouti dans de telles conditions
d'existence, sous un tel régime des mascarades et des détournements
de fonds publics comme des aides financières internationales ?.
Ajoutez
à cela le fort endettement du pays avec des fonds qui s'évaporent
des comptes de la Banque centrale au niveau de laquelle des lignes complètes
de crédits sont effacées alors que l'argent des détournements
est perdu pour nos finances publiques. Profits là encore illégitimes
et qui viennent conforter des comptes bancaires privés à Dubaï
comme ailleurs dans des paradis fiscaux. Dans un tel contexte où
la fonction n'est en fait qu'une façade encostumée vous comprendrez
que beaucoup ont tout intérêt à ce qu'un tel régime
perdure à Djibouti.
Les
profondes réformes, pourtant nécessaires, ne viendront pas d'Ismaïl
Omar Guelleh qui est pris dans un étau. Tous les scandales qui émergent
au niveau de l'État et impliquant l'un, l'une ou l'autre membre de la nomenklatura
au pouvoir ou un membre de leurs clans respectifs sont systématiquement
étouffés.
Quand
bien même Ismaïl Omar Guelleh voudrait changer les choses en restaurant
son autorité - donc celle de l'Etat qu'il dirige - et dans Etat de Droit,
il serait dans l'incapacité de le faire ou s'exposerait à un renversement
de son régime. Les premiers à le faire seraient ses
propres " amis ", les poignards sont prêts et cela il le sait
parfaitement !.
Question
Dans
un tel contexte, avez-vous une solution à proposer ?.
Réponse de M Ali Abdillahi
Iftin.
Je
pense qu'il n'y a pas une solution mais plusieurs options envisageables. Actuellement
des entretiens ont lieu à haut niveau avec des diplomaties étrangères.
Ces entretiens sont fructueux, il reste quelques points à finaliser.
Vous
comprendrez aisément que je n'en dise pas plus sur ce sujet si ce n'est
que les autorités que nous sommes amenés à rencontrer - que
ce soit au nom de Gouvernement en Exil ou à celui du Mouvement Djiboutien
de Libération Nationale - sont unanimes pour admettre que la situation
actuelle est très préoccupante à Djibouti. Les
risques d'un soulèvement massif des populations et d'une jeunesse désoeuvrée
déferlant dans les rues de la capitale comme dans les villes de l'arrière
pays sont plus que jamais omniprésents et ceci aurait malheureusement des
conséquences gravissimes dont on ne peut mesurer l'ampleur aujourd'hui.
Question
Quelles
consignes souhaiteriez vous donner aux membres du Mouvement Djiboutien de Libération
Nationale ainsi qu'aux militaires, gendarmes et policiers qui ont reçu
ordre de réprimer toutes les manifestations pacifiques à Djibouti
?.
Réponse de M Ali Abdillahi
Iftin.
Tout
dabord je souhaite témoigner à nouveau de ma compassion et de mon
soutien aux familles des victimes de ces dernières semaines et à
celles dont l'un des membres est encore incarcéré. Chacun
et chacune doit savoir que nous effectuons des démarches auprès
des grandes diplomaties étrangères présentes sur le sol national.
Comme
tous les membres du MDLN et les populations de notre pays que nous soutenons,
je fais le constat que le pouvoir d'Ismaïl Omar Guelleh est arrivé
à un tel point de saturation qu'il ne doit sa survie qu'aux mesures répressives
d'une rare violence qu'il impose. Nous ne reconnaissons au régime d'Ismaïl
Omar Guelleh aucune légitimité car il a obtenu son pouvoir par la
falsification de toutes les élections qui se sont succédés
dans le pays depuis avril 1999.
Dans
ces opérations - que ce soit contre le FRUD historique et le MDLN qui expriment
ensemble leur mécontentement dans le pays - IOG ne recherche pas le dialogue
et la résolution pacifique des problèmes mais engage sciemment dans
des opérations de répression les unités de nos Armées,
de notre Gendarmerie et de notre Police nationales en
contrevenant ainsi à notre constitution et aux lois en vigueur dans notre
pays tout comme sur le plan international.
Loin
de prêcher un soulèvement général des populations de
notre pays et notamment dans la capitale nous avons prôné et prônons
plus que jamais de fédérer les énergies de l'opposition au
sein du Mouvement Djiboutien de Libération Nationale et
de présenter un front uni du refus.
Dans
ces conditions, nul ne devrait se satisfaire aujourd'hui du fait que des hommes
tombent - de part et d'autres - sous les balles.
Les
balles qui frappent aveuglément ne sont pas celles du Mouvement Djiboutien
de Libération Nationale mais tous les morts et tous les blessés
- sans distinction aucune - sont les nôtres. Ce sont nos frères et
nos soeurs, nos enfants que l'on torture, que l'on blesse ou que l'on tue ainsi
impunément. La faute incombe exclusivement au pouvoir d'Ismaïl
Omar Guelleh.
Ceci
n'a que trop duré et nous ne pouvons l'accepter car c'est le sang des Djiboutiens
- toutes ethnies confondues - qui est versé et ce pour l'intérêt
de quelques-uns et non point pour celui du pays et de ses populations. Ces
quelques-uns qui sont bien à l'abri dans leur palais des artifices et de
toutes les falsifications des vérités.
Je
demande solennellement et publiquement à nos officiers des Forces Armées,
à ceux de la Gendarmerie et de la Police nationales de
prendre conscience de la situation actuelle et de sa gravité mais aussi
des conséquences futures qu'impliquerait une répression aveugle
par l'usage d'armes à feu face à une population manifestant pour
le respect de ses droits républicains.
Les
ordres reçus du Palais de l'Escale ou du commandement fussent-ils ineptes,
il doit exister en chacun d'entre nous - dans notre esprit comme
dans nos comportements en de telles situations dont on mesure la gravité
- un espace à ne pas franchir entre opération de maintien de l'ordre
public et ordre donné à des subordonnés pour une répression
aveugle et par emploi d'armes à feu.
A
l'ordre amoral imposé du haut du Palais de l'Escale par un quarteron d'opportunistes
- hommes et femme de circonstances - aux "gens d'en
bas", nous
- officiers des Armées, de la Gendarmerie ou de la Police nationales -
devons préférer une société républicaine garante
de nos institutions et de nos lois, celle du respect de la dignité, celle
de la responsabilité partagée par tous.