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D
479 - 20/12/05 - DJIBOUTI - Les hold-up "légalisés"
du clan Guelleh sur les terrains et les espaces publics comme privés ne
se comptent plus tant ils sont nombreux.
Omar
Awaleh. Haut fonctionnaire.







ISMAÏL
ESCROC-ARNAQUEUR ET LES QUARANTE VOLEURS.
Idriss Omar Guelleh.
(décédé
depuis dans des conditions
particulières). Frère
d'IOG, il s'est approprié illégalement la plage publique
dite de " la Siesta " pour y faire construire un ensemble immobilier
à deux niveaux (rdc+étage). De même, en 1978 il a procédé
sous la menace de mort à la confiscation à son profit d'une villa
- située dans la zone industrielle - et appartenant à un propriétaire
européen qu'il a fait immédiatement expulser de Djibouti. Cette
maison lui a servi de résidence principale.
Ismaïl Omar Guelleh.
Actuel
président autoproclamé de la République de Djibouti.
C'est le plus riche propriétaire immobilier (directement et
indirectement
par des prête-noms) à Djibouti. Un article lui sera consacré
sur ce sujet.
Ibrahim Omar Guelleh.
Frère
d'IOG, ancien fonctionnaire. S'est approprié illégalement
un large terrain public sur la route de l'aéroport pour y faire construire
- avec de l'argent public - une station à carburants.
Moulouko Omar Guelleh.
Sur
d'IOG, commandant de la police
nationale (en tenue civile). Elle s'est appropriée illégalement
un poste de police à Balbala (construit à partir d'aides financières
internationales) et un terrain attenant pour y faire construire un restaurant
et un magasin d'alimentation générale.
Mahamoud Hassan.
Ex-gendarme.
S'est approprié illégalement un vaste jardin situé à
Ambouli et appartenant au ministère de l'Agriculture pour y faire construire
3 grands bâtiments à deux niveaux (rdc+étage).
Djama Abdi Bakal.
Ex-
ministre. S'est approprié illégalement un vaste terrain appartenant
au Ministère des Finances et situé dans la " cité ministérielle
". Il y a fait bâtir un complexe immobilier à deux niveaux (rdc+étage).
Daher Ismaïl Kahin.
Ancien
directeur de la police nationale et récemment maire de Djibouti. S'est
approprié illégalement plusieurs terrains et jardins publics ; du
Héron jusqu'à Balbala.
Halah Omar Hildid.
Ex
Commissaire de la République, occupait dernièrement le portefeuille
de Ministre des Transports. S'est approprié illégalement tous les
terrains de la " fontaine publique " et a fait construire des toilettes
privées du Quartier 1 jusqu'à Balbala. De surcroît, il s'est
approprié illégalement le " jardin du gouvernement " à
Wéa ainsi que plusieurs terrains publics dans la capitale.
Ibrahim Wabéri.
Ex
époux de Moulouko Omar Guelleh, sur d'IOG.
Capitaine de la police nationale. S'est approprié illégalement de
vastes espaces publics de la rue de Brazaville et a fait des toilettes privées
juqu'à la place Mahamoud HARBI.
Abdo Farah Badar et
Abdillahi Elmi Houdone.
Se
sont appropriés illégalement de vastes terrains publics - face à
la pharmacie de l'indépendance - pour y faire construire plusieurs magasins
privés.
..
ACTES,
FAITS ET PHÉNOMÈNES FONCIERS.
Quelles définitions
peut-on donner des actes, des faits et des phénomènes fonciers.
Premièrement, les actes fonciers
sont les actes accomplis par les acteurs urbains ayant pour objet ou pour effet
l'appropriation du sol. Le sol que s'approprie l'un est toujours (sauf peut-être
le cas particulier du plein désert) dans la main, sous la maîtrise,
dans le patrimoine d'un autre.
Chaque
terrain a des qualités et des défauts spécifiques qui en
font un bien spécifique et unique. Chaque fois que je m'approprie un terrain,
j'en élimine l'ancien maître (propriétaire foncier) et je
tente de mettre ensuite le bien à l'abri d'une revendication concurrente
émanant d'un tiers.
Pour
faire image, on peut dire que toute appropriation est en même temps et nécessairement
"expropriation" d'autrui, de l'ancien propriétaire, de ses éventuels
ayant-droits...voire de l'État et "élimination" (au sens
étymologique, éliminer : sortir des limites) de tous tiers. Ces
quelques traits caractérisant la question foncière la situent immédiatement
comme une question conflictuelle.
Deuxièmement, ces biens fonciers sont dans un perpétuel mouvement
de valorisation et de dévalorisation. La valeur des biens fonciers ne cesse
d'évoluer, du fait de la conjoncture mais aussi et surtout du fait de leurs
" appropriants ".
La
hausse des valeurs foncières d'un quartier est pour une large part le résultat
d'une volonté des habitants d'en interdire l'accès à d'autres,
plus pauvres, dont les comportements seraient inconvenants, dommageables, dépréciants...
Cette hausse est renforcée par les investissements des pouvoirs publics
; la bourgeoisie urbaine (djiboutienne en particulier mais elle n'est pas la seule)
est très habile à capter l'effort public d'équipement,
à faire admettre à la puissance publique qu'elle doit affecter tous
ses moyens à l'équipement des quartiers investis par les gens qui
font "l'effort de construire de belles maisons".
Et
si on ajoute le fait que c'est le pouvoir dictatorial (et non les " pouvoirs
publics "), son clan, sa famille et les familles inféodées
qui imposent leurs propres lois, alors tous les excès et les transgressions
sont.... permis.
Troisièmement,
le fait d'accéder à
un terrain, à un bien immobilier, est une chose, le fait de s'y maintenir
en est une autre.
Tout
le monde n'a pas la même capacité à résister à
une expropriation ou à un déguerpissement/expulsion fondés
sur l'illégalité de l'établissement, ou bien sur le reproche
que le sol occupé est un obstacle à l'aménagement "
rationnel " de la ville, ou enfin sur le projet d'améliorer les conditions
de vie et d'équipement d'un quartier dit défavorisé qui pour
ce faire doit être, dit-on, dédensifié...
Lorsque
l'on occupe un espace durant plus de 20 années - voire bien plus - ne serait-on
pas en son " chez soi " ?.Tous les prétextes, même les
plus rationnels, sont capables de vous chasser de votre " chez-vous ".
Sans parler évidemment de la pression foncière la plus perverse
qui soit : le prix du sol du quartier que vous occupez depuis toujours a tellement
grimpé que vous voilà presque contraint de vendre pour aller plus
loin.
Ajoutez
à cela que - comme c'est le cas à Djibouti pour la quasi-totalité
des " expulsions " - bien qu'appartenant au domaine public les sols
vont être " récupérés " et revendus symboliquement
et indirectement à Ismaïl Omar Guelleh, à sa famille et à
ses amis pour y réaliser des opérations immobilières très
rentables.
Très
rentables pour qui ?. Certes pas pour l'État
!.
Quatrièmement,
les phénomènes fonciers comprennent également les conséquences
des actes fonciers évoqués plus haut : conséquences sociales
(les différences foncières sont ou deviennent des différences
sociales), économiques (l'accès au foncier est dans les conditions
djiboutiennes la première étape de l'accès au logement),
urbaines (les clivages socio-spatiaux ont une très forte composante foncière)
et évidemment politiques.
L'IMPUISSANCE
FONCIÈRE DE LA " PUISSANCE PUBLIQUE " !
La
question foncière dans la capitale Djibouti est fondamentalement marquée
par la présence formelle et l'absence réelle de l'État.
La
puissance publique obéit à une idéologie très forte
de filiation coloniale : la ville est à la pointe de la modernité
foncière. La tenure coutumière est rurale, archaïque... Elle
ne doit pas franchir le périmètre urbain.... Le
sol de la ville devrait être régi par un droit écrit, instrumenté
et respecté ...par des spécialistes de la topographie, de la conservation
des actes, du crédit hypothécaire...
Il
revient donc à l'État d'urbaniser le sol rural,
en le "purgeant" des droits
d'usage et autres pratiques ...., puis de le lotir après avoir proclamé
son droit de propriété sur l'ensemble du territoire inclus dans
le périmètre urbain, pour enfin l'affecter à des usages publics
(domaine public) ou à des usages privés (habitation, commerce, activités
industrielles...).
Les
usagers fonciers privés reçoivent ces terrains à titre de
permission (mise à disposition sans possibilité pour le permissionnaire
d'accéder à la propriété pleine et entière
du bien) ou, le plus souvent, à titre de concession, donnant finalement
lieu à cession au profit du concessionnaire qui a satisfait aux obligations
que le cahier des charges de concession avait mises à sa disposition afin
qu'il le respecte.
Depuis
l'accession du pays à l'indépendance, l'État djiboutien n'a
pas su exercer pleinement, en temps et en heures, en quantité et en qualité,
cette fonction de grand maître et grand producteur
du sol urbain. En matière d'urbanisation comme ailleurs, l'Ordre
des désordres s'y est établi et conforté.
Les
raisons de cette inaction sont au nombre de quatre :
l'État - exclusivement politique et privé
- a été dépassé par les événements.
Les vagues successives d'urbanisation ont submergé les gouvernements
successifs (comment faire face à une urbanisation qui prend la forme de
doublement tous les dix ans des surfaces urbanisées par suite de la conjonction
de fortes progressions démographiques et de propensions à l'étalement
périurbain)
l'État - exclusivement politique et privé
- a été submergé par les injonctions ultra-libérales
des organismes de coopération de se contenter de reléguer
au second plan l'urbanisation cohérente de la capitale, de jouer exclusivement
le rôle d'Etat-gendarme " façon Chicago " et de cesser
de jouer les " producteurs responsables " de l'espace et du sol urbains
;
l'État - exclusivement politique et privé
- s'est désintéressé des catégories sociales les moins
nanties qui forment le gros des troupes à installer dans les espaces
en cours d'urbanisation.
l'État - exclusivement politique et privé
- a relégué en arrière plan l'intérêt public,
l'intérêt général au profit des intérêts
privés des gouvernants, des familles au pouvoir et en périphérie
de celui-ci.
Mais
la puissance publique est pourtant en droit une puissance foncière qui
détient un véritable monopole de la production foncière urbaine.
Elle dispose de tous les pouvoirs
et instruments pour constituer une offre foncière différenciée
(quant aux niveaux d'aménagement et aux statuts juridiques des sols qui
peuvent aller de la simple permission d'occuper à la concession puis à
la cession) adaptée aux diverses demandes qui se manifestent localement.
La
puissance publique a également en droit la charge de l'organisation de
l'espace urbain. Elle est urbaniste
et aménageur. Dans la tradition coloniale et historique de l'Afrique post
coloniale la puissance publique se trouve donc disposer non seulement du pouvoir
de produire le sol mais aussi du pouvoir d'organiser l'espace de la ville selon
des plans dressés à cet effet. Il n'est pas de puissance plus complète
et plus efficace que celle qui résulte de l'addition de ces deux pouvoirs.
Cette
capacité productive et normative de la puissance publique est constituée
de pouvoirs mis à sa disposition par les constitutions, les lois, les institutions...
Ce sont des pouvoirs "offerts". Rien n'oblige la puissance publique
à s'en servir, rien ne l'oblige à s'en servir de manière
politiquement judicieuse.
Ces
capacités virtuelles ne donnent lieu à des actes effectifs qu'à
certaines conditions politiques. On pourrait même dire que ce sont les conditions
politiques qui déterminent les conditions d'exercice des pouvoirs conférés
à l'autorité publique. Or dans la capitale de Djibouti qui nous
intéresse ici, ces conditions politiques ont été peu favorables
à un emploi judicieux de ces pouvoirs.
Échappant
à toute pression démocratique ou au moins populaire,
les services domaniaux et fonciers se sont inféodés
aux dirigeants et au clan au pouvoir dont ils reçoivent directement les
ordres. Ils n'interviennent plus que dans les secteurs "rentables"
: foncier résidentiel à l'usage des classes supérieures et
moyennes supérieures, équipement urbain de prestige, quelques
actions d'éclats à vocation sociale montées de toutes pièces
par la propagande et dont la fonction est de ne pas désespérer le
peuple, de garnir la vitrine et de livrer une image rassurante
à l'opinion publique internationale.
Le
foncier à usage populaire ou moyen (classes moyennes) est délaissé
car considéré comme étant de " peu d'importance ".
L'action
publique foncière ne structure plus que la ville utile, centrale et résidentielle.
Elle ignorera
durant des années et des années la ville populaire, la ville foncièrement
et urbanistiquement inutile, c'est à dire les quatre cinquième de
la capitale en superficie et en population.
Oui
mais voilà qu'aujourd'hui et de par leur positionnement stratégique
dans les plans d'urbanisation à titre privé (et
non d'intérêt public)
qui intéressent au plus au point Ismaïl Omar
Guelleh et le clan au pouvoir, ces quartiers populaires doivent être restructurés,
donc d'évidence vidés de leurs habitants. Habitants
que l'on repousse en dehors de la capitale afin de ne pas voir la misère.