Pour
reprendre une image bien connue, " de l'eau a coulé sous les ponts
" au cours de l'année 2005 dans notre pays, mais
cette eau avait souvent la couleur et l'odeur de l'insipide.
Année
des espoirs déçus avec une nouvelle
autoproclamation d'Ismaïl Omar Guelleh à la tête d'un Etat de
toutes les mascarades et des falsifications les plus honteuses. Un pays dit du
bout du monde, oublié là bas et qui d'Etat n'a que le nom mais point
l'effectivité tant la déliquescence est grande et gagne tous les
niveaux de notre société.
Une
année sans pour cela noter l'amélioration - entre autres et loin
de là - des conditions de travail et de vie de nos enseignants.
C'est
un frère, c'est une soeur qui vous parlent.
Un
frère, une soeur bien vivants, amoureux, comme vous, de leur métier
si difficile ; un frère, une sur faits d'inquiétudes et de
joies, des amis, des témoins, des proches.
Et
cette voix qui vous parle, vous dit : " Ami/amie,
fais ton travail comme tu sais que tu peux le faire, comme tu sais que tu dois
le faire, TOI.
N'écoute
pas les petits ou le grand tyran qui te diront comment tu dois enseigner. Tu
sais, ces gens qui ont oublié d'où ils viennent, ce qu'ils sont
et qui ont pourtant un peu peur des enfants ; un peu peur de ces enfants
qui ont soif et faim d'apprendre autre chose.
Ces
doctes messieurs qui disent penser tout le temps à nos élèves
et à leurs parents, penser à leur bien mais qui sacrifient quasiment
toutes nos écoles et les enfants de la république au profit de quelques
rares écoles dans la capitale et au seul bénéfice de leurs
propres enfants qui les fréquentent....".

Ces
supposés grands spécialistes de l'éducation (dans un ministère
peuplé de fantômes à haut niveau de responsabilités
), qui s'autoproclament trop souvent et qui pourtant fuient les classes, préférant
l'art si peu subtil du discours pompeux et de l'inaction falsificatrice de toutes
les vérités. Hommes et femmes accoutumés à l'absence
de grands risques, notamment celui d'aller poser "la bonne question"
aux maîtres du pays. Ou encore ces " assis " de l'enseignement,
qu'il ne faut pas faire lever de leur chaire si haute, de crainte des plus horribles
naufrages
Caricature
? Presque pas
car les réalités dépassent parfois
et de loin la fiction la plus extrême ; tant sont grandes certaines incompétences
cautionnées par "esprit de famille"...
C'est
toi, professeur des écoles, de collège ou de lycée, qui accomplis,
jour après jour, la tâche épineuse et presque impossible qui
est la tienne actuellement et dans telles conditions désastreuses d'exercice.
N'écoute
pas les donneurs de leçon, éconduis-les poliment et remets-t'en
à ta conscience, c'est à dire aussi à l'autorité légitime
des maîtres compétents qui formèrent l'intelligence et la
sensibilité du maître que tu es toi-même devenu.
Ces
aînés que tu respectes avec lesquels tu formes une chaîne solidaire.
Le sel de l'école, si tu préfères. Quant
aux pontifes du pouvoir d'Ismaïl Omar Guelleh qui jacassent et s'étalent
devant le pouvoir du Palais de l'Escale, paye-les de mots,
s'il le faut vraiment, mais n'en fais finalement qu'à ta tête
et
selon TA conscience.
Esprit
de résistance, passive ou active, esprit d'insolence, esprit de rébellion.
Un vent de fronde qui souffle depuis des années dans nos cours d'écoles.
Esprit d'insubordination. Refus des normalisations arbitraires à la "
Ismaïl Omar " et parfois imbéciles ou criminelles, tout cela
au nom, bien entendu, d'une certaine idée de l'enseignement.
L'école
est une chose trop sérieuse pour qu'on la confie aux " cloportes "
du pouvoir actuel
ou encore, comme on dit de nos jours, aux " experts ". L'école
est une idée trop belle pour qu'on ne la confie pas à ceux qui humblement
la font vivre, tous les jours
Ceux qui font passer l'intérêt
de leurs élèves avant le "prétentieux verbiage politique
" et fallacieux des " vendeurs de vent " ; ceux qui savent que
" tout cela n'est qu'une mode du moment " dont le but est d'obtenir
des aides internationales afin de les détourner.
Hypocrisie
de l'institution actuelle, " les errements bureaucratiques et
mortifères " - qui sont à l'uvre dans notre Education
Nationale - reposent sur une liquidation sans états d'âme d'un certain
humanisme de l'enseignement
Déconnectée de toute visée
de civilisation ou d'humanisme, la récession intellectuelle imposée
par la pensée unique d'Ismaïl Omar Guelleh et de ses "serviteurs"
n'a plus d'autre justification que sa propre inaction et l'esprit de fatalité
qu'elle impose.
L'Enseignement
délivré à nos enfants n'est pas un état à subir
avec la déconstruction des méthodes pédagogiques et celle
des enseignants C'est une dignité à conquérir. C'est
ainsi que l'enseignant/enseignante généreux/se invente même
des raisons de donner sans attendre, de transmettre son savoir.
Le
fait est que de plus en plus de nos collègues à Djibouti, par la
quasi absence des moyens mis à leur disposition, expriment ouvertement
un refus des diktats, d'où qu'ils viennent. L'esprit de résistance,
venu de fort loin, se transforme et se durcit à mesure que se précisent
les mobiles peu avouables des " falsificateurs " du pouvoir d'aujourd'hui
qui ont programmé la destruction d'une certaine école ; l'école
des classes moyennes et celle des pauvres en commençant par les quartiers
les plus déshérités de la capitale.
Et
cet esprit de résistance est à présent un esprit de combat
pour nombre d'entre-nous alors que ces derniers temps voient beaucoup
de ralliements à notre cause : le vent tournerait-il ? Nous en sentons
les prémices
Un certain pharisaïsme
de l'enseignement, tout occupé d'ostentation, de simagrées et de
protocoles vides, des détournements des enveloppes budgétaires s'en
inquiète grandement : son heure est passée.
Agissons,
donc ! Au
delà de l'enseignement, c'est l'école tout entière qu'il
faut aujourd'hui libérer par le moyen de notre volonté obstinée
et de notre insoumission, justement.
Insoumission aux
mauvais exemples et habitudes du pouvoir de l'argent - par l'argent, pour l'argent
- , celui de toutes les corruptions, y compris de l'âme humaine ;
insoumission au
changement sans changement profond. Tromperie de façade et qui tourne en
rond, à la réformite brouillonne et fallacieuse ;
insoumission au
mercantilisme et au consumérisme ;
insoumission
à la tyrannie du présent permanent et des médias locaux à
la solde du pouvoir ;
insoumission à
la non culture qui s'infiltre sournoisement à l'école ;
insoumission à
l'idéologie de la médiocrité et à la résignation,
à la spirale du " toujours moins " ;
insoumission à
la crise sociale, économique et politique ; et à toutes les fatalités
fabriquées.
C'est
beaucoup d'insoumission il est vrai. Mais la littérature elle même,
n'enseigne-t-elle pas la Liberté ?.
La
terre de Djibouti n'est pas une colonie pénitentiaire où nous aurions
à subir une peine pour des crimes commis par les gouvernants du pays. Ceux
qui cherchent à dénaturer radicalement la mission de l'école,
à rabaisser ses ambitions au nom du l'immobilisme, ces gens-là
nous trouveront toujours sur leur route.
Alors
une Réforme s'impose ?
Oui,
celle qui réinstituera une école digne de ce nom, qui ne soit plus
la servante et l'otage humiliée
des sectes tyranniques et mafieuses au pouvoir, des
idéologues dogmatiques de la pensée unique ou de tous les calculs
du cynisme politique.
Une
école de la Connaissance et de la transmission des savoirs ;
une
école de l'esprit critique mais aussi celle du sens civique ;
une
école des intelligences et des talents qui redonnerait, entre autres, une
place cardinale aux humanités.
Une
école neuve, en somme.
Bonne
année 2006 à tous !
Bonne
année aux élèves,
aux parents qui soutiennent, ouvertement ou secrètement notre cause, aux
collègues, à tous les vrais amis de l'école de la République
; celle de l'égalité des Droits et des Chances pour
TOUS les enfants.