http://www.gouv-exil.org/











F 603 - 22/12/06.
Djibouti
- L'évolution catastrophique de l'insécurité alimentaire
à Djibouti serait-elle, une nouvelle fois, un " Secret d'Etat "
comme le sont tous les détournements d'aides internationales et de produits
alimentaires ?
Omar
Ossoweh Boulhan.
Commission Développement et Solidarité Nationale.
Les
données chiffrées et les statistiques concernant le niveau de l'insécurité
alimentaire dans le monde nous informent, d'une année sur l'autre, des
efforts déployés aux échelons tant mondial que national pour
atteindre l'objectif adopté au Sommet mondial de l'alimentation de 1996
; c'est-à-dire réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées
dans le monde d'ici à 2015.
Si
le Département Economique et Social de la FAO a pour mandat de suivre et
de publier les progrès concernant la réduction de la faim pays par
pays, grâce à des méthodes fiables et opportunes qui mesurent
la prévalence de la faim, de l'insécurité alimentaire et
de la vulnérabilité et qui montrent leur évolution dans le
temps, on ne peut que s'étonner de l'absence totale de données
statistiques et de renseignements précis pour ce qui concerne Djibouti.
Ne
cherchez pas car vous n'y trouverez rien !.
Si
vous tentez d'interroger le site internet de la FAO sur Djibouti vous aurez la
désagréable surprise de lire " données non connues ",
donc non communiquées, ce qui rend théoriquement, je dis bien "
Théoriquement ", tout à fait aléatoire toute analyse
sur l'évolution, positive ou négative, de l'état de l'insécurité
alimentaire dans le pays.
La
Mauritanie, la Somalie et Djibouti sont les seuls pays d'Afrique qui semblent
être " oubliés " dans la quasi-totalité des études
publiées sur l'insécurité alimentaire. Pourtant et selon
les experts internationaux consultés sur ce sujet, les études, les
analyses et les propositions qui en découlent, existent bel et bien mais,
je cite l'un d'entre eux : " Elles ne seraient pas
publiables !!!
" ; alors que celles concernant nos voisins d'Ethiopie et de l'Erythrée
sont aisément consultables sur le site de la FAO.
On
peut comprendre que pour ce qui concerne la Somalie il y ait effectivement de
grandes difficultés à aller chercher l'information sur place pour
produire ensuite des comparaisons avec les années antérieures et
des statistiques fiables car une partie du pays est en guerre permanente depuis
la chute de Syaad Barré, mais pour la République de Djibouti
on comprend difficilement cette forme de " chape du silence " qui occulte
ce qu'il s'y fait. Et si nous parlons sciemment de l'évolution catastrophique
de l'insécurité alimentaire à Djibouti c'est que nous disposons
de nos propres observateurs sur place ; observateurs qui sont unanimes sur ce
point de l'aggravation d'une situation de dégradation pour l'année
2006, déjà existante et difficile depuis bien des années.
Serions-nous,
une fois encore, en présence d'un sempiternel " Secret d'Etat ",
cautionné de l'extérieur du pays, afin de ne pas mettre Ismaïl
Omar Guelleh dans une position politique bien plus périlleuse qu'elle ne
l'est actuellement ?
Malheureusement
trop rares sont, sur le plan international, les figures de probité et de
courage qui, dans des circonstances particulièrement tragiques pour Djibouti
et ses populations, savent se distancer des imposteurs, rompre avec " l'hypocrisie
d'Etat ", tenir un langage de sincérité et de justice.
Il
y a hélas les grands discours trop souvent déclamatoires et les
tristes réalités.
Il
est un fait incontestable que les facteurs qui déterminent les progrès
ou les reculs dans la lutte contre la faim dans la région de la Corne Est
de l'Afrique sont variés. L'insécurité alimentaire a été
une conséquence directe de catastrophes humaines qui n'ont rien de naturel,
tels que les conflits larvés sur une région déterminée,
les guerres et l'instabilité tant politique qu'économique qui engendrent
des problèmes de réfugiés et de personnes déplacées.
Les catastrophes naturelles telle qu'une sécheresse prolongée ont
également joué et jouent encore de nos jours un rôle important.
Un autre
facteur important de la crise alimentaire dans la région de la Corne Est
de l'Afrique est l'épidémie permanente de SIDA, qui influe sur l'insécurité
alimentaire, entraînant un soi-disant "nouveau variant de la famine".
Il y a, dans la région sub-saharienne, vingt-six millions de personnes
porteuses du virus, ce qui a entraîné en 2005 près de deux
millions et demi de décès dus à cette maladie ; mais, là
encore, aucune étude n'est publiée au niveau des instances internationales
pour ce qui concerne Djibouti.
Nous
sommes donc contraints de nous contenter du néant et du " silence
d'Etat ".
Pour
ce qui concerne plus particulièrement l'insécurité alimentaire
dont souffrent les populations en République de Djibouti, celle-ci résulte
de facteurs comme une récession du développement économique
dû à l'absence de politique de moyen et de long terme et d'infrastructures
de soutien mais aussi de l'effondrement du programme de protection sociale suite
à la déliquescence du système économique et politique
imposé par les gouvernants en place. Déliquescence, particulièrement
sous la gouvernance peu éclairée d'un Ismaïl Omar Guelleh bien
plus " affairiste privé " que président d'une République
à la tête de laquelle il s'est autoproclamé à deux
reprises.
Selon
nos sources d'informations, entre 1990 et 2005 la "pauvreté extrême",
c'est-à-dire la misère et non la pauvreté, qui est mesurée
à partir du pourcentage de la population vivant avec moins de 1 dollar
US par jour, serait passée de 12 à plus de 60 pour cent.
Il
y a en cela un paradoxe qui doit nous interpeller car bien qu'étant le
pays africain francophone qui reçoit le plus d'aides internationales par
habitant, et ce dans tous les domaines, Djibouti a le triste " privilège
" d'être l'un des pays où le taux de pauvreté extrême
est exceptionnellement élevé ; ce qui le place dans les trois derniers
rangs des pays pauvres en Afrique.
Mais
où passe la majorité des aides internationales fournies au pays
?
Le
détournement d'aides financières internationales et de denrées
alimentaires a été institué en véritable sport national
réservé au haut niveau de responsabilités
à Djibouti.
Cette " discipline " si peu sportive compterait aujourd'hui bien
plus de pratiquants que pour le foot ball local ; elle est, de plus, bien plus
lucrative.
Tout ceci sous le contrôle et " l'arbitrage intéressé
" d'un Ismaïl Omar Guelleh, squatter occasionnel du Palais de l'Escale,
qui prélève au passage son pourcentage, octroie quelques miettes
et témoignages de satisfaction à ses " Arbitres adjoints "
et subordonnés alors que, parallèlement, il ne distribue de cartons
rouges qu'aux fonctionnaires intègres, conscients de leurs responsabilités
et les " met sur la touche " pour en faire des " bras cassés
".
Depuis
bien des années, les affaires de détournements de denrées
alimentaires et des Aides Internationales, entre autres celles attribuées
dans le cadre du Programme Alimentaire Mondial (PAM), n'ont cessé de se
succéder sur la place publique en défrayant la chronique. Quant
à la revente de centaines de tonnes de denrées alimentaires, le
Palais de l'Escale dispose, depuis plus de 15 années, d'un réseau
de commerçants qui lui sont " affiliés " et qui n'hésitent
pas à passer des annonces, notamment dans des journaux étrangers
de pays limitrophes tels que la Somalie et l'Erythrée. Fort de l'impunité
dont ils bénéficient, il n'hésitent pas à livrer ces
denrées et vivres dans leur emballage d'origine sur lesquels on peut lire
" Don du peuple des USA, de l'Europe, de la France
.etc ".
Une
partie de ces denrées alimentaires est revendue à Djibouti, sur
les marchés ou dans certains commerces ; ce sont ces mêmes commerçants
qui imposent les tarifs des divers produits avec la caution financièrement
intéressée du Palais de l'Escale qui perçoit de fortes commissions
au passage et certainement la plus grande part.
Pour
ne prendre qu'un exemple étayant nos affirmations, prenons le cas de M
Abdillahi Miguil qui fut, en un temps, Directeur de l'Office National d'Aide aux
Réfugiés et Sinistrés (ONARS) et y fit fortune malgré
qu'il y percevait un salaire relativement moyen.
Il détient encore
de nos jours le triste record des détournements d'aides financières
internationales et de denrées alimentaires qui furent estimés à
plus de 600 millions de FD. Faisant fi des sanctions pénales demandées
à son encontre par le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR),
en remerciement pour ses " bons et loyaux services " rendus à
la cupidité humaine dans ce qu'elle a de plus abject car affamant les populations
les plus miséreuses, Ismaïl Omar Guelleh lui a attribué une
promotion en lui octroyant le portefeuille du Ministère de la Santé
Publique.
Après
avoir acquis une solide expérience dans les détournements de l'alimentaire
et des aides internationales qui y sont affectées, M Abdillahi Miguil sévit
depuis dans le domaine sensible de la Santé publique et suivant les mêmes
principes.
L'accroissement
de la pauvreté est un facteur clé de la crise alimentaire.
Il
est un fait indéniable que dans les crises alimentaires et répétitives
que subit Djibouti, la nourriture est disponible mais simplement, comme nous l'avons
dit, à un prix inabordable.
Entre
2005 et 2006, le prix de la baguette de pain a augmenté de 50%, celui du
lait (importé) de 100 % tout comme le litre de gaz-oil utilisé comme
combustible pour préparer les repas. Durant la même période,
le coût du transport par bus pour un aller simple entre Djibouti ville et
Balbala a plus que doublé alors qu'en quelques années le prix d'un
kg de poisson a été multiplié par un coefficient de 15 tout
comme le prix du kg de riz.
Quant
à la viande, peu de familles djiboutiennes, y compris les fonctionnaires,
militaires, gendarmes et policiers, ont les moyens financiers d'en acheter tant
les prix sont exorbitants.
Les
tarifs de l'EDD (Electricité) et de l'ONED (Eau) ont eux aussi doublé
au point que dans la capitale la situation est grave et suscite bien des manifestations
mais qu'elle l'est encore bien plus dans les villages et les villes de l'intérieur
qui subissent un exode massif.
C'est
donc à un véritable " racket " organisé auquel
nous assistons et qui est cautionné par les gouvernants actuels qui en
tirent de larges profits. De par l'augmentation des prix qui leur est imposée
arbitrairement, les populations djiboutiennes sont prises en otage par le pouvoir
en place alors que les plus pauvres n'ont pas de quoi s'acheter ne serait-ce qu'un
morceau de pain.
Des
études récentes faites par la Banque mondiale confirment toutes
les affirmations faites par le Gouvernement en Exil de Djibouti. En effet, ces
études ont démontré que la mauvaise gouvernance et la corruption
affaiblissent de manière très importante la mission de la BM quant
à la réduction de la pauvreté, car elles rendent inaccessibles
les services sociaux de base aux pauvres, soit parce qu'ils ne veulent pas mais
surtout ne peuvent pas payer les prix imposés.
Que
propose le Gouvernement en Exil de Djibouti ?
Pour
redresser la situation de la sécurité alimentaire, les efforts doivent
être
ciblés sur de véritables stratégies de développement
en faveur des pauvres, et non se solder par de grandes déclarations tonitruantes
comme c'est le cas depuis bien des années et derrière lesquelles
se masquent l'incompétence et la cupidité.
Redresser
cette situation c'est commencer par réduire la misère dans certains
quartiers de la capitale et notamment dans les zones rurales qui regroupent plus
de 50 pour cent de la population djiboutienne et où la faim y est omniprésente.
Afin
de se rapprocher au plus près de l'auto suffisance, l'agriculture doit
devenir pour l'Etat le secteur prédominant dans l'ensemble des régions
de l'arrière pays. Comme l'a indiqué le GED à maintes reprises,
les résultats du secteur agricole détermineront les progrès
futurs de la lutte contre la pauvreté et l'insécurité alimentaire.
Un
pays qui se prétend démocratique, moderne et civilisé ne
doit jamais se résigner face à la pauvreté. En privant ses
citoyens les plus fragiles de la plus élémentaire dignité,
ce drame social insulte nos valeurs les plus profondes comme musulmans, en même
temps qu'il fait le lit de graves problèmes sociaux et celui des extrémismes.
Des
huit objectifs retenus par le Gouvernement en Exil de Djibouti, le premier vise
expressément à rétablir l'Etat de Droit et mener un combat
contre la corruption, la lutte contre la pauvreté absolue c'est à
dire réduire la proportion de la population dont le revenu est inférieur
à 1 dollar US par jour. Cet objectif cible également la faim tandis
que six autres concernent les questions sociales, d'éducation et de santé
publique , la promotion du rôle des femmes et le développement durable,
le dernier objectif traitant du nécessaire partenariat mondial pour le
développement.
Ces
objectifs proposés par le Gouvernement en Exil de Djibouti seront abordés,
un à un et dans le détail sur ce site, et dans les jours à
venir.
Conclusion.
Nous
pouvons affirmer sans risque de nous tromper que le plus grand souhait des populations
djiboutiennes est d'en finir pour toujours avec les vérités escamotées,
avec les sempiternelles souffrances attachées à la mauvaise gouvernance,
à la prédation inconsidérée des ressources et des
richesses du pays par tous les gouvernants et acteurs socio politiques qui se
sont succédés à la tête de l'Etat depuis l'indépendance
ou l'ont servi.
Ces
problèmes gravissimes et ces débats ne sont pas nouveaux.
À
cause de tous ces " mensonges d'état ", trop souvent cautionnés
de l'extérieur du pays, Djibouti est au bord de l'explosion. A l'instar
d'un volcan réveillé et secoué dans un premier temps par
toute une série de secousses telluriques de moyenne importance, un tremblement
de terre provoqué par la révolte des populations risquerait fort
bien de tout balayer sur son passage.
Ces
"mensonges d'état" et les cautions qu'ils suscitent se répandent
comme un venin mortel, comme un virus qui, lentement mais sûrement, gangrène
tout le pays.







