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F
750 - 08/05/07 -
Interview
du président du Gouvernement en Exil Djibouti, M Mahamoud Idriss Ahmed,
suite à l'élection de M Nicolas Sarkozy à la présidence
de la République française
Bouh
Warsama
-
BW.
Monsieur
le président, qu'elles sont les considérations que vous inspirent
les résultats des élections présidentielles en France ?
-
Président Mahamoud Idriss Ahmed.
"On
ne peut que féliciter Monsieur Nicolas Sarkozy pour son élection
comme nouveau président de la République française. C'est
le choix que la majorité des Françaises et des Français ont
fait en pleine conscience, donc librement lors de ces élections. Pouvoir
voter en toute liberté et transparence pour tel ou tel (le) candidat ou
candidate est l'un des privilèges de toute démocratie ; ce qui est
loin d'être le cas à Djibouti, hélas.
J'ai
d'ailleurs félicité de manière officielle Monsieur Nicolas
Sarkozy qui, comme sa concurrente, Madame Ségolène Royal, a exprimé,
tout au long de sa campagne, une volonté de changement par rapport au passé.
De
cette volonté de changement, donc de rupture avec le passé, j'en
ai pris bonne note.
-
BW.
Vous
avez tout de même une opinion sur tel ou tel candidat et sur le choix fait
par les Français, même si vous n'êtes pas intervenu dans le
déroulement de cette campagne présidentielle ?
-
Président Mahamoud Idriss Ahmed.
Ceux
et celles, qui parmi nous, ont la double nationalité de Djiboutien et de
Français ont eu toutes les informations nécessaires pour fixer,
eux aussi, librement leur choix le moment venu sur tel ou tel (le) candidat (e).
Pour
ce qui me concerne et contrairement à ce qui a été fait par
les divers gouvernements français qui se sont succédés depuis
l'accession de notre pays à l'indépendance en matière d'intervention
et de soutien à la dictature dans notre pays, je considère avoir,
en de telles circonstances d'élections en France, une obligation de réserve
sur l'opinion que je pourrais avoir sur tel ou tel (le) candidat (e). Ceci se
définit comme étant une forme de " respect de la démocratie
chez les autres ", même si c'est la dictature qui prévaut dans
notre propre pays.
-
BW.
Vous
parlez de changement mais celui ci pourrait-il concerner la politique étrangère
de la France, vis-à-vis de Djibouti, et d'espoirs pour notre pays en situation
de catastrophe ? Que pouvez-vous nous en dire ?
-
Président Mahamoud Idriss Ahmed.
Je
formule de réels et profonds espoirs pour un radical changement de la politique
étrangère du futur gouvernement français à l'égard
d'Ismaïl Omar Guelleh. Autoproclamé par deux fois à la présidence
en falsifiant toutes les élections, il a plongé en quelques 8 années
notre pays et ses populations dans un gouffre politique, économique et
social.
Djibouti
est aujourd'hui dans la tourmente car c'est le régime de la terreur qui
s'est substitué à celui de la République. Comment et pourquoi
le futur pays des Droits de l'Homme pourrait-il continuer de ne pas voir et de
cautionner ce qu'il se passe dans notre pays ?
Comme
nous l'avons rappelé notamment lors de récents entretiens, Djibouti
est au bord de l'implosion sociale avec le risque de soulèvement des populations
que nul ne conteste sur le plan international. Les populations djiboutiennes sont
pourtant pacifiques par nature mais elles sont arrivées à un état
de lassitude voire de désespérance jamais atteint.
En
quelques 8 années, l'habitude du désespoir est devenue plus terrible
dans l'ensemble de la société djiboutienne que le désespoir
lui-même, mais souvent, dans l'histoire du monde, ce même désespoir
poussé à son extrême a gagné les plus difficiles batailles.
Malgré
la propagande mensongère et superficielle entretenue à coups de
dizaines de millions de francs djibouti par le pouvoir en place, les réalités
émergent au grand jour sur le plan de l'opinion publique internationale.
Tous les droits fondamentaux ont été confisqués aux populations
de notre pays par la dictature d'IOG qui contraint ainsi chacune et chacun à
la révolte ; j'ose dire intentionnellement, pour mieux réprimer
alors que le régime s'écroule.
C'est
en m'appuyant sur ce constat criard de catastrophe politique, économique
et sociale dans notre pays avec des risques imminents de soulèvement des
populations qui sont évidents, que je lance un pathétique appel
au nouveau président de la République française, Monsieur
Nicolas Sarkozy tout en formulant l'espoir d'être entendu.
Djibouti
et ses populations asservies souhaitent être enfin entendues par la France,
par cette France attachée aux fondements et aux valeurs de la Constitution
française ; cette Constitution née de la Vème république
et qui fut instituée en des temps pas si lointains par un grand chef d'Etat,
le Général Charles de Gaulle.
-
BW.
Comment
pouvez-vous espérer que ce qui ne s'est pas fait depuis l'autoproclamantion
d'Ismaïl Omar Guelleh en 1999, puisse se faire après l'élection
de Monsieur Nicolas Sarkosy après son élection à la présidence
de la République française ? N'y aurait-il pas en cela une certaine
naïveté ?
-
Président Mahamoud Idriss Ahmed.
S'il
est bien un point qui nous a uni dans ces élections, Djiboutiens et Français,
c'est qu'ensemble nous avons l'espoir en un changement des méthodes et
des pratiques d'antan par le futur Chef de l'Etat et, d'évidence, par son
gouvernement.
Les
Françaises et les Français veulent un véritable changement
profond de la société et ils l'ont clairement exprimé ; pour
ce qui nous concerne ce changement nous le souhaitons dans le domaine de la politique
étrangère vis à vis de notre pays et de sa dictature.
Français
et Djiboutiens auront-ils enfin raison d'avoir fait confiance à cette volonté
de changement, qu'ensemble nous appelons de tous nos voeux et qui a dominé
ces élections, ou auraient-ils eu tort et les aurait-on bernés ?
Patience
n'est point insouciance ou naïveté mais confiance. Djiboutiennes et
Djiboutiens ont conservé à l'esprit qu'elles/ils sont membres à
part entière de la Francophonie et que, de ce fait, ceci impose des droits
et des obligations de réciprocité. Notamment à la France
avec le respect des droits fondamentaux des populations des pays ayant accédé
à l'indépendance, mais aussi à l'égard de ceux qui
ont combattu pour libérer la " mère patrie " d'alors du
joug de la dictature.
Nul
gouvernement français n'est donc en droit de soutenir une telle dictature
qui perdure dans notre propre pays comme ceci se fait aveuglément depuis
bien trop longtemps.
Il
convient de prendre pleine conscience que, Français et Djiboutiens, sommes
aujourd'hui à la croisée des chemins.
Il
y a des combats justes ; ceux pour la liberté et le respect des Droits
des Djiboutiennes et des Djiboutiens sont essentiels pour nous.