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F
753 - 11/05/07 -
S'estimant
être victime d'ingérences étrangères, Sanaa met en
accusation la Libye et l'Iran.
Bouh
Warsama
Après
l'Algérie, qui a rompu samedi ses relations diplomatiques avec l'Iran et
a rappelé son ambassadeur au Soudan en invoquant " l'ingérence
de quelques pays dans les affaires intérieures de l'Algérie ",
c'est au tour du Yémen de rompre toute relation diplomatique avec la Libye
de Mouammar Kadhafi (en arabe Mu'amar Al-Qadhafi).
Cette
rupture des relations entre les deux pays fait suite aux déclarations du
gouvernement yéménite qui mettent en accusation la Libye et l'Iran
pour les fomentations de conflits entre les communautés yéménites
sunnites et chiites dans la région de Saada (nord du Yémen).
Comme
nous l'a confié un ancien ministre yéménite et grand dignitaire
de l'État :
"
La cité de Saada est une des plus anciennes cités médiévales
du Yémen et d'une grande importance pour sa valeur historique, architecturale,
urbaine et spirituelle. Elle fut fondée par l'Imam AI-Hadi Yaya au 9ème
siècle, puis elle est devenue le berceau du "zaydisme", puissante
école spirituelle de la pensée de la religion de l'Islam au Yémen
et qui réunit les musulmans sunnites et chiites tout en respectant les
valeurs différentes et les pratiques religieuses des uns et des autres.
Je
me permets de rappeler que le Yémen, " l'Arabie heureuse ",
fut de tous temps et au cours de sa longue histoire la terre de l'accueil par
excellence mais aussi celle du refuge pour ceux qui furent pourchassés
ailleurs dans le monde, notamment pour leur appartenance à telle ou telle
religion.
C'est
ainsi que dans notre communauté yéménite, chrétiens,
juifs et musulmans vivent ensemble et qu'ainsi toutes les religions, sans exception
d'aucune sorte, se côtoient librement depuis des centaines d'années
sans que cela pose un problème insoluble. C'était d'ailleurs le
cas à Saada où, comme je vous l'ai dit, les musulmans sunnites et
chiites vivaient au quotidien en bonne entente tout en se respectant mutuellement
avant que des ingérences étrangères ne tentent d'y semer
la discorde et ne viennent y prôner des valeurs fondamentalistes religieuses
et extrémisantes qui ne sont pas les nôtres.
Vous
n'êtes pas sans savoir que le Yémen est constitué de 19 régions
avec, pour chacune d'elle une gouvernance locale (en arabe : muhafazah) placée
sous l'autorité du gouvernement central de la République.
Dans
chaque région vivent ensemble des tribus différentes et ces différences
peuvent parfois générer de petites querelles de voisinage. L'État,
dirigé par le président Ali Abdallah Saleh, s'est toujours efforcé
de privilégier, avant tout, le dialogue lors de l'émergence de ces
petits conflits pour qui, le plus souvent, nous trouvons rapidement une solution
équitable pour les uns et les autres. Ce qui n'empêche pas le gouvernement
d'intervenir parfois fermement lorsque fermeté et équilibre sont
nécessaires.
On
peut même affirmer que ce dialogue, prôné par l'État,
s'effectue suivant une formule ancestrale qui est celle qui doit d'évidence
s'imposer entre les membres d'une même famille, qui est la " grande
famille yéménite ".
C'est
avec ce même esprit de volonté de maintien de la paix et d'équilibre
que, quelques pourraient en être les motivations, le président Ali
Abdallah Saleh n'a jamais accepté, et n'acceptera pas, une quelconque ingérence
étrangère dans les affaires intérieures du Yémen ;
a fortiori lorsque ces ingérences ont pour but d'y fomenter des conflits
qui n'ont pas lieu d'être.
Les
tentatives récentes de la Libye de susciter des conflits entre les communautés
chiites et sunnites à Saada se sont traduites par une réaction immédiate
du président Ali Abdallah Saleh qui n'a pas pour habitude d'utiliser la
" langue de bois " ; ce qu'il a à dire il le dit,
ce qu'il a à faire il le fait ! Et ceci dans l'intérêt
des populations concernées et de la stabilité de l'État yéménite
".

Les
chiites représentent à peine 15% des musulmans de la planète,
ce qui les rend très minoritaires. Cependant, contrairement à des
querelles d'ordre politique, ethnique ou raciste, les querelles religieuses entretenues
par ce que nous considérons être les " nouveaux ultras chiites
" débouchent systématiquement sur des campagnes de conversion
et de transgression des lois des pays pris comme cibles.
Ce
chiisme là séduit aujourd'hui certaines masses exaltées et
il existe sans nul doute des sympathisants de cette mauvaise interprétation
du message de Muhammad dans tous les pays arabes de même qu'en Iran 95%
de la population, soit plus 60 millions d'iraniens, rejettent globalement le chiisme
sans pour autant renoncer à la foi et à la pratique religieuse.
Si
officiellement, les chiites sont donc plus de 130 millions, concrètement,
plus de la moitié de ce nombre (des Iraniens) n'en veulent plus malgré
ce qu'il en est dit par la propagande locale. Mais en échange, une forme
de chiisme séduit des musulmans ultras intégristes ou anti-Israéliens
du monde entier.
Les
Yéménites s'inquiètent, à justes raisons, de l'apparition
de ces sectes religieuses d'obédience chiite et qui dépassent, de
loin, les valeurs traditionnelles des chiites que l'on connaissait. Nouvelles
sectes, se réclamant à tort des saines valeurs de l'Islam et qui
s'adonnent à des campagnes de prosélytisme en faveur de ce courant
religieux étranger à la société yéménite.
Certaines
sources font état de l'apparition de comportements nouveaux dans certaines
écoles dans le nord du Yémen.
Le gouvernement yéménite
est très attentif sur ce sujet car il en connaît les risques.
On
sait par ailleurs que le Yémen, l'Algérie, le Maroc, la Tunisie
et la Mauritanie sont les cibles de cette poussée du courant des chiites
ultras qui serait l'oeuvre d'anciens étudiants ayant fréquenté,
par le passé, des universités de Qom en Iran.
Le
régime des mollahs met à la disposition de " ces étudiants
" des formations islamiques de prédication mais aussi des connaissances
en armurerie et en fabrication d'engins explosifs. Certains sont aujourd'hui des
"soldats aguerris" car ils ont aussi fréquenté par le
passé et acquis une expérience dans les écoles et les camps
d'entraînement chiites implantés au Pakistan et en Afghanistan et
ont participé à la guerre afghane contre les Russes.
L'Egypte
avait elle aussi récemment, et à la suite de la campagne d'attentats
déclenchée sur son territoire, accusé Téhéran
de vouloir exporter sa " révolution intégriste ", par
l'entremise des plus ultras, en utilisant le Soudan comme " tremplin "
privilégié sur le territoire africain.
Le
salut viendrait donc de la disparition de ce régime qui finance tous les
"réseaux dormants", génère l'ultra intégrisme
dans les pays musulmans sunnites pour uniquement semer la zizanie, au moment choisi,
et se poser en arbitre du désordre qu'il tente d'y instaurer.
Quant
au jeu joué par la Libye de Mouammar Kadhafi, on peut le qualifier de nébuleux
pour ne pas dire pervers.
Les
États-Unis annonçaient, le 15 juillet 2006, et à la quasi
surprise du monde occidental la normalisation de leurs relations avec la Libye.
Cet État
considéré longtemps outre atlantique comme "Voyou" et
classé parmi les régimes politiques entretenant le "terrorisme
international" et hier dénoncé, entre autres, pour ses multiples
violations des droits humains, est adoubé par Washington depuis qu'il a
renoncé officiellement à la fabrication et à l'utilisation
des armes de destruction massive ; et seulement à partir de cette seule
décision de Tripoli.
L'administration
US semble, par ailleurs, ne pas vouloir voir et intervenir contre toutes les ingérences
de Mouammar Kadhafi dans les " affaires intérieures
" du Yémen et ailleurs dans les pays du monde arabe dit " modéré".
Bizarre
! vous avez dit bizarre ? Pas si bizarre que cela pourrait paraître
La
politique menée par l'administration Bush ne manque pas d'alléguer
la "défense du monde libre" et la "lutte contre le terrorisme
international" pour s'autoriser tout ce qu'elle fait par ailleurs et pour
d'obscures raisons.