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mais pas celle à laquelle on pense ...

 

 

F 766 - 17/05/07 -

Le courage de changer les choses avant qu'un séisme "volcanique" ne vienne tout balayer ! (suite 2)

Bouh Warsama

 

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Les relations de camaraderie, de voisinage, de travail multiplient aussi cette " force des liens faibles " alors que les solidarités nées de l'appartenance à une même tribu, à la même région, à Djibouti ou dans les régions limitrophes, prennent aussi leur place et génèrent des liens parfois contraignants.

Or, non seulement ces diverses formes de relations interpersonnelles sont particulièrement étendues et procurent à chacun un capital de relations sociales nettement plus fourni que dans d'autres pays ou régions en Occident mais encore elles comportent une obligation morale quasi-généralisée d'assistance mutuelle.

On ne saurait refuser un service, une faveur, un "piston ", une complaisance, à un parent, à un voisin, à un ami. On ne saurait pas plus refuser tout cela à quelqu'un qui vous est recommandé et envoyé "de la part " de l'un quelconque d'entre eux.

Le cercle de ceux à qui on se sent obligé de rendre service est donc remarquablement large. Le système devient donc celui d'un " échange généralisé " de services, petits ou grands, qui ont en général la forme de " passe-droits "
officiellement illicites.

Appelons par convention "réseau " ces multiples formes d'appartenance car chaque individu est inséré dans de multiples réseaux, dont chacun est porteur de solidarités, et donc de pressions correspondantes.

Le problème est que l'exigence de solidarité de réseau est si forte que quiconque ne la respecte pas envers un membre d'un des réseaux auxquels il appartient est réprouvé, et fait l'objet d'une pression forte et soutenue
de la part de tous les membres du réseau.
S'il persiste, il sera objet de scandale, et sa réputation deviendra vite détestable.

En outre, dans un contexte de dysfonctionnement des appareils administratifs et bureaucratiques comme c'est le cas à Djibouti depuis de nombreuses années, et de rareté dramatique des ressources depuis le milieu des années 90 et dont on connaît les raisons, la multiplication des interventions en faveur de tel ou tel est devenu, peu à peu et par la force des choses, le mode normal de gestion des dossiers et des cas.

Malheur à celui qui ne connaît personne, ni directement, ni indirectement ; malheur à celui ou à celle qui n'appartient pas à la " bonne tribu " ou à la bonne famille car il ne lui restera plus que la solution du " pot de vin ", encore faudra t-il qu'il en ait les moyens. Au lieu de passer comme les autres par l'échange généralisé de services rendus, assortis ou non de " petits cadeaux ", il devra " acheter " financièrement le service dont il a besoin, directement ou par l'intermédiaire d'un courtier.

 

Pouvoirs et tentations despotiques !

Les régimes post-coloniaux, tels que Djibouti, ont propulsé et plus assurément autoproclamé parfois u pouvoir des supposées élites nationales devenues du jour au lendemain toutes puissantes, chaussant les bottes des anciens dominateurs européens, flattées par les deux camps de la guerre froide, sans contrepoids aucun à leurs tentations despotiques et prédatrices.

Du haut en bas de l'appareil d'état, l'assimilation d'une position de pouvoir à un droit de prélèvement personnel s'est vite généralisée - bien qu'il y ait eu et qu'il y ait encore d'heureuses et remarquables exceptions en Afrique, mais dont le caractère exceptionnel est justement noté par tous.

L'enrichissement illicite et le népotisme sont bel et bien sous-tendus par des valeurs sociales positives, à savoir la nécessité d'utiliser toute opportunité qui permette de manifester ces vertus cardinales que sont la générosité, la largesse, la reconnaissance. Ce n'est en effet qu'en accumulant qu'il est possible d'être généreux, de faire montre de largesse, et de témoigner de la reconnaissance à tous ceux qui, avant, quand vous étiez petit, faible, dans le besoin, vous ont aidé, encouragé, soutenu.

Or, pour un fonctionnaire, les postes de pouvoir sont les seuls moyens d'arriver à un enrichissement quelconque. S'y refuser, ce serait faire preuve à la fois d'ingratitude, d'égoïsme, d'orgueil, de naïveté, voire de stupidité.

La pression sociale qui pousse à l'accumulation à fins de redistribution est ainsi très forte, encore faudrait-il qu'il y ait ensuite véritable redistribution....

La corruption bénéficie d'un terrain favorable à sa routinisation et à sa banalisation, du fait qu'elle rencontre des logiques de comportement largement répandues au sein de la société djiboutienne.

L'adhésion très répandue aux normes abstraites et officielles d'origine européenne prônant l'impartialité de l'État et la nécessité d'une éthique de l'intérêt général, coexiste pacifiquement avec un comportement
tout aussi répandu qui se soumet à des normes sociales favorisant la prééminence des intérêts personnels et factionnels.

Chacun est sincèrement pour le respect de la chose publique, dans l'intérêt général, et pour que la bureaucratie soit au service des citoyens, mais chacun participe, plus ou moins et par ses actes quotidiens, à la reproduction du système qu'il dénonce.

D'où cette hypothèse, qui est aussi et surtout un grand risque.

En l'absence d'une auto-réformation improbable des élites politiques actuelles à Djibouti et de la nécessaire modification des comportements de gouvernance, le développement de mouvements de type " puritain " entendant réformer les mœurs publiques et qui peuvent puiser dans l'Islam fondamentaliste ou intégriste des raisons d'agir, pourraient apparaître comme étant l'ultime recours pour des populations acculées aux dernières extrémités et prétendre ainsi inverser le cours des choses.

 

Prenons garde que ce sentiment général d'impuissance exprimé largement par les populations djiboutiennes, face à une mécanique infernale imposée par Ismaïl Omar Guelleh, ne se traduise par une brusque explosion sociale pour ceux et celles qui n'ont " plus rien à perdre ".

 

 

 

 

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