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F 777 - 21/05/07 -

Lipsky, l'ex-"escroc du siècle", à nouveau jugé.

Ndlr : article publié par le journal Le Figaro, sous la signature d'ANGÉLIQUE NÉGRONI

 

Âgé, aujourd'hui, de 74 ans, Claude Lipsky est poursuivi pour avoir escroqué 400 militaires.

Claude Lipsky reprend le chemin des tribunaux ce matin à Versailles, où celui que l'on a surnommé « l'escroc du siècle » est jugé pour avoir détourné 30 millions d'euros au préjudice de plus de 400 victimes, principalement des militaires. Au cours de ce procès, qui s'achèvera le 15 juin, deux anciens hauts gradés - un colonel et un général - sont également jugés ­ainsi qu'une banque genevoise.

Portrait d'un septuagénaire dont le nom a été associé à l'un des plus grands scandales financiers des années 1970.

IL SE CONSIDÈRE comme un homme d'affaires qui a joué de malchance. D'autres le voient comme un arnaqueur de haut vol. Seule certitude, Claude Lipsky, 74 ans aujourd'hui, n'a jamais eu les ambitions d'un gagne-petit. Chaque fois qu'il a défrayé la chronique, des sommes colossales ont été évoquées.

Tout commence dans les années 1970. Après avoir fait fortune en montant une affaire spécialisée dans la récupération de vieux métaux, Lipsky apparaît dans l'affaire du Patrimoine foncier, une société ci­vile de placements immobiliers. Selon l'organigramme, il en est le directeur financier. Il en a d'ailleurs l'allure : cheveux noirs plaqués en arrière et costume sombre soigné. Mais en a-t-il la rigueur ?

Entre 1969 et 1971, 14 000 épargnants lui confient 151 millions de francs (23 millions d'euros) et très vite l'affaire sent le soufre. Les fonds qui devaient servir à l'achat d'im­meubles financent en réalité des entreprises douteuses. Des centaines de souscripteurs floués réclament leur dû. En vain : 43 millions de francs sont détournés. En 1976, la justice condamne Claude Lipsky à huit ans de prison. Le scandale éclabousse la sphère politique : un proche conseiller du président Pompidou est lui aussi condamné, ainsi qu'un avocat.

Le destin joue ensuite un tour singulier à cet homme qui s'est installé dans les Yvelines. En 1984, il est enlevé et séquestré durant cinq jours. Persuadé qu'il détenait toujours le butin du Patrimoine foncier, ses ravisseurs réclament cinq millions de francs contre sa libération, menaçants de lui couper une oreille s'ils n'obtiennent pas la rançon. Petite délicatesse des malfrats : Lipsky aurait pu choisir laquelle garder... Mais il parvient à fausser compagnie à ses tortionnaires.

Après avoir été du côté des prévenus, voilà Lipsksy sur le banc des parties civiles lors du procès aux assises en 1991. « Mon seul souci était de reprendre une vie normale », dira-t-il aux jurés.


Où est parti l'argent ?

La suite, on la connaît : en 2000, un juge de Versailles est saisi de centaines de plaintes de militaires basés en Afrique qui se disent victimes de placements financiers bidons. Le nom du responsable de cette supercherie présumée fait sursauter le magistrat : Lipsky. Ses cheveux ont blanchi et sa santé est chancelante, mais l'homme a toujours cet air de respectabilité et cette mise soignée qui rassurent l'épargnant.

Un volet de cette affaire soumise à la justice aujourd'hui a déjà donné lieu à un procès à Monaco en janvier 2006. Le septuagénaire, qui ne s'était pas présenté, y a écopé de cinq ans de prison. Saura-t-il cette fois convaincre ses nouveaux juges, lui qui a toujours clamé son innocence ? Où est parti l'argent ? Lipsky a toujours répondu à cette question, doctement, en homme d'affaires : les placements ont été perdus lors de la grande crise financière qui a secoué l'Asie à la fin des années 1990.


NDLR :

Après avoir été condamné en 1976 à huit années de prison, dès l'année 1987 il écumera le continent africain et principalement Dakar et Djibouti en proposant des placements immobiliers mirobolants à des militaires français (à la retraite ou en service).

Plus de 400 familles de militaires feront partie de ses victimes. Pour se faire aider et convaincre les militaires et leur famille, Claude Lipsky s'adjoindra les services du lieutenant-colonel Claude Derusco et du général Pierre Haubois qui sont également mis en examen dans cette affaire.

Ce trio, parfaitement rôdé, promettait ainsi un rendement de 10% minimum net d'impôt. Au total ce sont près de 30 millions d'euros qui vont s'évaporer dans la nature.

Aujourd'hui les deux militaires affirment s'être faits manipulés par Claude Lipsky mais sont soupconnés d'avoir touché 8% pour chaque placement. Quant à Claude Lipsky il se dit innoncent et victime d'un "renversement de conjoncture".

On notera que Claude Lipsky a déjà été condamné dans cette affaire par la Cour d'Appel de Monaco en Janvier 2006 à cinq ans de prison et 20.000 euros d'amende. Cette cour d'appel avait également condamné le lieutenant-colonel Claude Derusco à 2 ans de prison et 20 000 euros d'amende. Quant au général Pierre Haubois, il avait été finalement relaxé. Une centaine de militaires avaient en effet déposé plainte en principauté en 2003 et 2004. pour un préjudice estimé à 3.5 millions d'euros.

Toutefois la justice française craint que Claude Lipsky ne se présente pas à l'audience pour des raisons de santé tout comme cela s'était déjà produit en 2006 à Monaco.

 

Affaire à suivre

 

 

 

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