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F 779 - 22/05/07 -

Le devoir de témoigner du pire et de transmettre le plus noble à nos enfants, à tous les enfants

Justicia

 

La Justice est le baromètre de la démocratie

Ce qui fait office de justice - notamment depuis 1999 - est au coeur de la situation socio-politique de Djibouti.

Les " affaires " qui sont venues se greffer au dossier sur l'assassinat du Juge Bernard Borrel ont contribué à faire du Palais présidentiel - dit de l'Escale - un véritable centre d'intérêt.

Pendant les périodes de crises politiques, la fixation que les uns et les autres font sur le Palais de Justice le baromètre de la démocratie ; or ce n'est pas là que se prennent les décisions mais par Ismaïl Omar Guelleh, du haut de son Palais.

Dès lors, on comprend que la Justice se fait désirer.

Tant et si bien que les dossiers pendants à défaut d'être pendus s'amoncellent dans les tiroirs au fur et à mesure que l'impunité et la tyrannie enfantent leurs crimes.

Lorsque de guerre lasse, les proches des victimes et des citoyens s'émeuvent face à "l'inactivisme " de ce qui fait office d'appareil judiciaire, leurs vis-à-vis se font le plaisir de leur réciter une litanie sur " l'indépendance de la justice " conséquence de la séparation des pouvoirs, etc. De quoi rassurer les plus sceptiques et les pessimistes de tout bord qui pensent à tort ou à raison que le temps et les différentes manoeuvres sont en train d'avoir raison sur la soif de la justice qui anime l'opinion publique djiboutienne.

Il est vrai que la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, est un principe fondamental de la démocratie alors qu'un régime tyrannique, comme c'est le cas actuellement à Djibouti, ne reconnaît que ses propres lois dont celle de toutes les formes de terreur qu'il impose et qu'il tente de masquer derrière des images idylliques qui ne résistent pas à la plus élémentaire analyse.

En effet, l'indépendance de la justice - et son strict respect - est nécessaire à la légitimité judiciaire comme garantie des libertés et des droits. Chaque citoyen à Djibouti doit pouvoir compter sur une justice indépendante et impartiale et doit pouvoir bénéficier du principe majeur que représente la possibilité d'être jugé au terme d'un procès transparent et équitable.

L'indépendance de la justice n'est pas une prérogative des juges mais un privilège pour le justiciable qui entend vivre en paix dans une société protégée par la loi.

Les Cours et les Juges n'en sont que les interprètes. L'indépendance de la justice est opposable au pouvoir politique. Les citoyens comme les institutions doivent pouvoir compter sur une justice qui ne les surprend pas, libre de toute ingérence politique ou économique.

Pour respecter ces principes pour et au nom de la société, les juges ont besoin de respect et de confiance. La confiance publique est un des piliers de base pour la justice, elle doit exister dans l'exercice indépendant et impartial de la justice comme dans la mise en oeuvre par le juge de principes éthiques reconnus.

Ceci conduit le juge à ne pas se mêler dans les conflits de nature politique, et à ne pas donner cours à des positions subjectives, mais à veiller au respect de la loi, des règles statutaires, et des principes généraux du système légal ou Constitutionnel.

La réalité quotidienne de la justice djiboutienne est bien différente !

En rappel, dans bon nombre de nos écrits et preuves à l'appui nous avons campé le décor en démontrant que l'appareil judiciaire fonctionne sur la base de la cooptation ; le choix des hommes et leur promotion se font non point au mérite mais sur la base de la dévotion au maître du pays.

On peut même en dire que dans le choix des hommes de justice, le principe imposé par Ismaïl Omar est : " qu'à compétence égale, le Palais de l'Escale choisit des juges qui lui sont inconditionnellement acquis". Ça c'est très clair !". Cela a au moins le mérite de clarifier la supposée " impartialité et l'indépendance de la justice " de même que les conséquences les plus illogiques qui en découlent.

Ces conséquences, quand nous les dénonçons, au mieux nous sommes des " renégats, opposés à la pensée unique ", au pire des apatrides et opposants politiques. Car tout se qui ne se "couche" pas devant Ismaïl Omar Guelleh est forcément un "ennemi à abattre!".

Aujourd'hui, c'est avec plaisir que nous prenons acte que la famille des " renégats", s'agrandit de jour en jour. Les nouveaux arrivants, qui ont choisi plutôt l'exil que la forfaiture et le déshonneur ne sont pas du monde des plumitifs, mais celui de la toge.

Ecoutons-les !

" … Si je dis que la magistrature djiboutienne va mal, on me reprochera d'être un défaitiste et un éternel insatisfait. Mais comment ne pas le clamer quand des postes de responsabilités ne sont plus le reflet de la compétence mais celui du degré d'allégeance à Ismaïl Omar Guelleh et à ses représentants locaux au sein des juridictions ?

Comment ne pas le dire quand l'obtention d'une simple mutation, d'une participation à un séminaire ou d'un stage à l'extérieur dépend de la seule acceptation ou du refus du Palais de l'Escale ? Comment rester muet quand la promptitude des autorités judiciaires ou leur volonté délibérée de sanctionner ou non est fonction du degré de soumission du magistrat en déphasage avec la déontologie ?

Comment ne pas être triste quand les collègues sont désormais prêts à quitter notre pays pour tenter de survivre en exil dans les pays occidentaux ? A ceux de nos collègues qui sont la cause de la détérioration de l'image jadis noble de la justice, parce qu'ils se sont mués en magistrats de service et en représentants agrées du potentat local et de ses serviteurs je les invite à se ressaisir pendant qu'il en est encore temps ".

" Nous avons des magistrats inféodés au pouvoir politique qui s'octroient le privilège de faire des consultations à leur domicile et décident en fonction du montant du bakchich octroyé par les accusés. Dans ces conditions, de quelle justice pouvons-nous parler. Nous avons des magistrats qui disent haut et fort : " Ce n'est pas la peine de prendre un avocat, c'est moi qui décide ".

"Oui, je prends le risque de le dire. Ce qui revenait normalement à l'avocat reviendra à celui qui décide.
Vous avez des magistrats qui dans le panel des avocats ont des avocats précis avec lesquels ils travaillent sur ordre du pouvoir politique. Quand ils ont un avantage particulier, c'est toujours aux mêmes avocats qu'ils s'adressent. Il y a des magistrats qui font des conclusions pour que les justiciables viennent déposer. Il y a des justiciables même qui viennent à l'audience pour dire que le juge un tel a dit d'aller voir l'avocat un tel.

Tout ça, nous le vivons. Mais même dans cette crasse-là, il y a fort heureusement des magistrats qui sont dignes. Vous les voyez à l'audience appliquer la loi malgré les pressions exercées sur eux, mais ils restent dignes et honnêtes. Mon souhait actuellement c'est que les indignes ne dépassent pas les dignes. Parce qu'il y en a qui ne le sont pas du tout.

Quand vous dites qu'un magistrat tel le nouveau Procureur Général Djama Souleïman Ali a acheté un 4 X 4 du dernier modèle, il a eu l'argent où ? Où il peut avoir l'argent pour acheter un tel véhicule en le payant cash alors que s'ajoute à cela un train de vie que son salaire ne lui permet pas d'avoir ?

D'où tire t-il ses ressources ?....."

(à suivre)

 

 

 

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