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F
790 - 30/05/07 -
Germaine
Tillion, un siècle d'humanité. Bon anniversaire "Madame"

Née
le 30 mai 2007 à Allègre, Haute Loire, Ethnologue formée
par deux maîtres, Marcel Mauss et Louis Massignon, elle part en Algérie
en 1937.
Germaine
Tillion n'a pas 27 ans lorsque, motivée par son maître en ethnologie
Marcel Mauss, elle rejoint l'un des contrées les plus reculées de
l'Algérie, les plus difficiles d'accès et ayant toujours refusé
l'envahisseur étranger : l'Aurès, en plein pays Chaouïa (berbérophone).
Pendant
six ans, elle découvre et analyse les murs, les rites et l'organisation
du peuple avec lequel elle vit.
Elle y accumule des quantités de notes
et d'analyses sur l'ethnie berbère en vue d'une thèse - travail
sera confisqué lors de sa déportation en Allemagne.
C'est
dans une France défaite de 1940 qu'elle revient à Paris au moment
même de la demande d'armistice formulée par le maréchal Pétain.
L'idée de résistance s'impose alors, se structure, et Germaine Tillion
anime, avec d'autres, le réseau du Musée de l'homme, qui travaille
à l'évasion de prisonniers et à la recherche de renseignements.
Parmi les membres du réseau, certains seront fusillés, d'autres
seront déportés comme elle.

Elle
refusera d'arrêter le combat.
Il
y avait danger à se rebeller dès le 17 juin 1940 contre le maréchal
Pétain, ce " vieux dégonflé " dira-t-elle,
qui venait d'annoncer : " Le combat doit cesser ". Ils
ne sont qu'une poignée à agir autour d'elle, l'inspiratrice du réseau
du Musée de l'Homme, l'un des tout premiers de France.
De
Gaulle, celui qui est " du même avis que nous ", est leur
aiguillon.
Arrêtée
sur dénonciation en 1942, emprisonnée de longs mois, Germaine Tillion
est déportée à Ravensbrück, marquée du signe
NN (Nacht und Nebel, Nuit et Brouillard). Elle comprend aussitôt ce qui
attend les détenus : " Quelque chose que l'on recevait en pleine
gueule, aussi complètement évident que la " devinance "
de la mort qui fait hurler les bêtes que l'on va tuer ".
Résistante
de la première heure lors de la Seconde Guerre mondiale, elle est arrêtée
puis déportée à Ravensbrück où elle luttera chaque
jour pour survivre et dont elle ressortira par miracle. A Ravensbrück, éreintée,
l'ethnologue étudie le fonctionnement du camp. Ravensbrücksera le
titre de trois ouvrages publiés en 1946, en 1973 et en 1988 - les deux
derniers ayant été remaniés et augmentés du fait de
l'avancée des recherches effectuées par Germaine Tillion et d'autres
sur cette période. La volonté de vivre pour témoigner
insuffle le sursaut de vie nécessaire pour tenir jusqu'à la fin,
pour représenter ses camarades dans les procès, pour écrire
et pour défendre cette vérité si chèrement vécue
à la face de ceux qui veulent la nier.
Après
la fin de la seconde guerre mondiale, elle est parmi les premiers à alerter
l'opinion à propos des camps soviétiques puis de la torture en Algérie
L'Algérie,
à nouveau, en 1954, pour une mission d'observation, puis pour la mise en
place de centres sociaux, par lesquels elle espère enrayer la " clochardisation
" de cette société qu'elle redécouvre.
En
1966, Germaine Tillion publie "Le Harem et les cousins", étude
sur l'endogamie des sociétés méditerranéennes, dont
l'oppression des femmes marque la plus révoltante des illustrations.
Loin
de condamner, elle cherche à comprendre les fondements de la culture méditerranéenne
- remontant bien avant l'islam - pour mieux démontrer les mécanismes
injustes et violents des systèmes familiaux et claniques envers les femmes.
L'ethnologue
se montre toujours prête à entrevoir de nouvelles perspectives, à
modifier son regard - refus de considérer la responsabilité collective
de l'Allemagne, remise en question du statut de l'Algérie encore française
-, et à rechercher la compréhension de l'Autre. De cette thèse
" perdue " sur les Chaouïas et des missions qu'elle a entreprises
durant sa carrière au CNRS puis à l'Ecole des hautes études
en sciences sociales (EHESS), Germaine Tillion tira un ouvrage,
Il
était une fois l'ethnographie. Ce livre retrace ses recherches sur les
sociétés humaines, comme celle des Chaouïas, d'où elle
a rapporté des contes, de petites anecdotes autant que des enquêtes.
Et cette vision ethnologique si personnelle, " de la plus équitable
douceur, la mesure et la raison " montre qu'aujourd'hui encore d'autres combats
restent à mener : les sans-papiers, les minorités ethniques, l'esclavage
moderne, etc. Pour le troisième millénaire, il faut " inventer
autre chose ".

Le
combat direct
"
Observatrice engagée pour la cause de l'humanité et non pas militante
encartée dans un parti ", comme le dit Tzvetan Todorov, la rescapée
n'a de cesse ensuite de rassembler des documents sur la Résistance et la
déportation
Mais
elle ne s'arrête pas là.
Elle
dénonce aussi les crimes de Staline, se met au service de ceux qui luttent
contre la misère extrême.
A la signature d'une pétition,
elle préfère toujours le combat direct. C'est elle, dressée
avec virulence contre la torture de l'armée française en Algérie.
On la voit sur tous les fronts, pour les droits des Palestiniens, contre l'esclavage
moderne, pour les sans-papiers, pour l'émancipation de la femme méditerranéenne.
Germaine Tillion se poste toujours en première ligne : " Elle n'est
jamais devenue une donneuse de leçons et a toujours traversé les
pires épreuves avec le sourire, ce qui fait d'elle un personnage si lumineux
", assure Tzvetan Todorov.

Germaine
Tillion, une héroïne d'aujourd'hui.
Aller
à la rencontre de Germaine Tillion, c'est découvrir l'uvre
et la pensée d'une des plus grandes figures humanistes du XXe siècle,
un modèle de droiture et de justice pour le XXIe balbutiant.