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F
791 - 31/05/07 -
L'ONU
crée un tribunal international spécial pour le Liban

Journal
Le Figaro
La
cour doit punir les coupables de l'assassinat de l'ancien premier ministre Rafic
Hariri.
LE
CONSEIL de sécurité de l'ONU devait se prononcer hier soir sur la
mise en place du tribunal international du Liban, qui se trouve au coeur de la
crise politique actuelle. Cette juridiction spéciale est destinée
à juger l'assassinat de l'ex-premier ministre, Rafic Hariri, le 14 février
2005, et plusieurs autres assassinats ou tentatives dont ont été
victimes, entre octobre 2004 et décembre 2005, des opposants aux visées
syriennes sur le Liban. Le rôle de personnalités syriennes ou libanaises
alliées à la Syrie a été évoqué par
les rapports d'étape d'une enquête de l'ONU. Mais l'éventuelle
incrimination du régime de Damas reste suspendue au rapport définitif,
attendu en janvier, du magistrat belge Serge Braemertz, qui conduit l'enquête
onusienne.
Si le projet de tribunal n'est pas amendé, la cour
devrait être composée suivant un panachage libano-étranger.
Un juge étranger serait chargé de mettre en place le tribunal et
de définir la procédure. Le tribunal serait composé de trois
juges, un Libanais et deux étrangers. Le procureur serait également
étranger, mais assisté d'un adjoint libanais. Une cour d'appel devrait
être créée, composée de deux juges libanais et de trois
étrangers. Les magistrats non libanais seraient nommés par le secrétaire
général de l'ONU. La cour, pour des raisons de sécurité
et de sérénité, devrait siéger hors du Liban. Chypre
a proposé son territoire.
«
Directive américaine »
La
majorité au pouvoir, issue du « mouvement du 14 mars » anti
syrien, souhaite aller vite. Elle a déposé le projet malgré
la démission de six ministres, dont cinq appartenant aux partis chiites,
Hezbollah et Amal. Selon des sources gouvernementales, la majorité souhaiterait
que le tribunal soit mis en place avant la publication du rapport Braemertz, afin
de pouvoir commencer immédiatement son travail.
Il
reste pourtant plusieurs étapes. Après l'aval de l'ONU, le projet
doit être ratifié par le parlement - une formalité, puisque
le gouvernement y possède une majorité -, mais aussi par le président
de la République Émile Lahoud, ami de la Syrie. Les règles
permettraient de passer outre à un éventuel refus présidentiel,
dit-on dans la majorité ; mais la mise en place du tribunal pourrait s'en
trouver retardée.
Les
opposants démissionnaires, les partis chiites et Amal, se défendent
d'avoir quitté le gouvernement pour ne pas avoir à signer le projet.
Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a affirmé qu'il était «
impossible d'étudier l'avant-projet du tribunal dans le délai imparti
par la majorité ». Puis il a accusé le gouvernement d'avoir
agi « sur une directive de l'ambassade américaine », expliquant
: « Voilà pourquoi nous avons démissionné, pas à
cause du tribunal. » Nasrallah a mis au défi la majorité de
former un gouvernement d'union nationale où figurerait le Courant patriotique
libre (CPL) de son allié chrétien Michel Aoun, et de lui proposer
l'avant-projet de tribunal : « Si nous bloquons en quoi que ce soit, faites
un scandale et dévoilez le tout à l'opinion publique. » Mais
le projet était hier sur la table de l'ONU.