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796 - 26/06/07 - Commentaires d'Ali Iftin et de Mohamed Alhoumekani au sujet d'un article de Jeune Afrique, dans lequel Guelleh se pose en victime de la France dans l'instruction pour l'assassinat du Juge Borrel.
Monsieur Ismaël Omar Guelleh,
Vous êtes un lion au sens du vieux proverbe africain. Nous comprenons votre peur et votre inquietude. Mais n'avez-vous pas souvent pratiqué vous-même, le chantage contre la vieille puissance coloniale ?
C'était plus facile à une époque où vos "vieux amis" étaient encore aux commandes de la France. Aujourd'hui, il faudra bien que vous finissiez par admettre que les temps ont changé et que le contexte n'est plus le même.
Certains de vos vieux amis sont morts, d'autres doivent répondre à la Justice. Les opinions publiques deviennent beaucoup plus exigentes face au respect des Droits de l'Homme, de la démocratie et de la Justice. La Justice française a avancé lentement jusqu'aujourd'hui, car vos vieux amis avaient tout fait pour la retarder.
Depuis quelques semaines, la Justice française a marqué de nombreux points, en partie à cause des fautes commises par vos vieux amis qui voulaient vous donner satisfaction à n'importe quel prix, cédant certainement à des chantages dont les conditions sont toujours restées secrètes.
Nous tenons à vous rappeler que Mohamed Alhoumekani avait obtenu le statut de réfugié en Belgique, bien avant de s'exprimer en qualité de témoin de la réunion qui s'est tenue au Palais de l'Escale. Il n'y a aucun lien chronologique entre ces deux points.
Si Ali Iftin et Mohamed Alhoumekani ont obtenu ce statut, c'est bien en raison des conditions tyranniques que vous imposez au pays et qui sont connues et reconnues par les autorités belges.
Nous ne sommes pas les seuls. C'est votre politique qui contraint tant de jeunes à l'exil, en Europe, aux USA et au Canada en particuler, privant ainsi notre pays de ses forces vives. N'avez-vous jamais songé un seul instant à tous ces dégâts dont vous êtes responsable envers ces jeunes : séparations déchirantes de leurs familles, de leur culture et de leurs traditions ?
Votre manière de respecter les Droits de l'Homme, c'est de les interner de façon arbitraire à Gabode. Dernièrement vous avez :
- enfermé le Président de la LDDH Jean-Paul NOEL ABDI,
- détruit tous les journaux d'opposition en incarcérant les journalistes,
- fait interdire l'accès à tous les sites de l'opposition et des Droits de l'Homme ,
- etc...
Pour quelles raisons ?
Pour maintenir les Djiboutiennes et les Djiboutiens dans l'ignorance de vos crimes.
Seul, vous vous êtes présenté à l'élection présidentielle, refusant de laisser à l'opposition la place qu'elle doit avoir dans une véritable démocratie et falsifiant de surcroît les scrutins.
Comment osez-vous parler d'asile politique, de Droits de l'Homme ou de respect de la population dans ces conditions ? Briguez-vous un poste à responsabilité au sein de l'ONU ou du HCR, au titre de votre reconversion ?
N'oubliez pas qu'avec Hassan Saïd, vous n'êtes pas des Djiboutiens de souche, mais des exilés éthiopiens ayant trouvé refuge à Djibouti. Cela vous autorise-t-il à vider le pays de toutes ses forces vides, à aliéner toutes ses richesses, à détourner tous les financements et à asservir la population d'une terre qui vous a accueillis avec générosité ?
Ne parlez pas de la fameuse Convention de coopération judiciaire avec la France. C'est votre Procureur qui l'a lui-même dénoncé. Elle est donc "inactive" pour le moment. Comme à votre habitude, vous demandez l'application des traités lorsque cela vous arrange et vous les refusez lorsqu'il vous en coûte quelque chose.
Pour vous c'est le régime de tous les Droits pour moi et de tous les Devoirs pour les autres.
Avant de vous saluer, je vous rappelle que la France a changé de Président, probablement de politique et surtout de façon d'aborder les problèmes. Elle ne vous protégera plus. Le compte à rebours est lancé et vous devrez assumer vos actes en pleine responsabilité.
L'opposition que vous avez tenté de diviser, tant de fois, a maintenant compris son avenir. Elle s'unit pour proposer une solution démocratique, qui soit l'alternative à la dictature et au règne par la terreur. La fin est proche et vous le savez. Inutile de mentir dans des journaux dont vous assurez le financement.
___________________ Extrait AP au sujet de l'article de Jeune Afrique
Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire "Jeune Afrique" à paraître lundi, le président djiboutien Ismael Omar Guelleh estime que l'affaire Borrel, du nom de ce magistrat français retrouvé mort en 1995 à Djibouti, est "une affaire franco-française".
Mardi, le président de la République Nicolas Sarkozy a reçu Elisabeth Borrel, la veuve du magistrat, et le même jour le parquet de Paris a, via un communiqué, précisé que les "éléments recueillis notamment depuis 2002 militent en faveur d'un acte criminel".
"J'ai l'impression que, dans cette affaire, l'opinion française cherche un bouc émissaire africain, un dirigeant de préférence (...) Comme si nous avions pour habitude de tuer nos invités ou de perpétrer des assassinats politiques", relève M. Guelleh, désigné par Elisabeth Borrel comme l'un des commanditaires présumés de l'assassinat de son mari.
Très virulent, le président djiboutien assure qu'il "n'y a pas le moindre début de mobile crédible", l'affaire reposant sur les "les déclarations de soi-disant 'témoins' qui se sont emparés de cette histoire pour raconter des fables et obtenir de la Belgique l'asile politique auquel ils n'avaient pas droit".
L'enquête sur les circonstances de la mort de Bernard Borrel a donné lieu à deux affaires annexes, instruites à Versailles et à Paris, l'une pour subornation de témoin, l'autre pour pression sur la justice.
Dans la première, le procureur général de Djibouti et un responsable des services secrets de ce pays, visés par des mandats d'arrêts internationaux, sont soupçonnés d'avoir fait pression sur un témoin pour qu'il revienne sur ses déclarations mettant en cause des officiels de djiboutiens dans la mort de M. Borrel.
Dans la seconde enquête, ouverte pour tentative de pression sur la justice, les juges ont saisi mi-avril au Quai d'Orsay et au ministère de la Justice des documents montrant que la France aurait suggéré à Djibouti de saisir la Cour internationale de justice afin d'avoir une décision lui permettant de transmettre le dossier principal.
Une requête que la juge Sophie Clément a toujours refusé.
"Comme si nous étions des enfants ou des mineurs qui avions besoin qu'un Blanc nous tienne par la main", réfute M. Guelleh. "Trente ou cinquante ans après les indépendances, on continue à considérer les Africains comme de grands enfants".
Sur l'avenir des relations franco-djiboutiennes, le président Guelleh note que "la France est à Djibouti de son plein gré" au terme d'une convention entre les deux pays. "Si les termes de cette convention ne nous intéressent plus, nous la dénoncerons. Et les Français feront de même. Mais nous n'en sommes pas encore là, du moins de notre côté."
Par ailleurs, indique-t-on vendredi de sources judiciaires, les deux juges instruisant l'enquête pour pression sur la justice ont saisi la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris des suites à donner au refus du chef de la section de recherche de la gendarmerie de Paris de perquisitionner au ministère des Affaires étrangères et à la Chancellerie pour des raisons électorales.