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G 096 - 29/10/08
PARIS (AFP) — Procès de l'Angolagate: exploration des sociétés de l'empire Pierre Falcone
Surveillance du territoire au Kazakhstan, hôtellerie en Colombie, huile de palme au Niger... le procès de l'Angolagate a tenté mardi de se frayer un chemin dans le maquis de l'empire de Pierre Falcone, nébuleuse de sociétés immatriculées dans des paradis fiscaux.
Après avoir exploré l'hôtel particulier parisien abritant Brenco France, le tribunal correctionnel de Paris s'est lancé à l'assaut de Brenco Group, pour le moins diversifié.
Avec cette exploration, le président Jean-Baptiste Parlos cherche à confronter la véracité d'un des principaux arguments de défense de Pierre Falcone, accusé avec son associé Arcadi Gaydamak, réfugié en Israël, d'avoir organisé de 1993 à 1998 un vaste commerce illicite d'armes de guerre vers l'Angola.
Pour Pierre Falcone en effet, ces ventes n'avaient pas besoin d'autorisation de Paris puisque les armes venues de l'ex bloc soviétique ne transitaient pas par la France.
"Brenco France n'a jamais produit un seul euro. La société ne servait que de bureau d'appui", assure l'homme d'affaires, selon qui son groupe réalisait ses affaires dans le reste du monde.
Les enquêteurs, en revanche, ont dénoncé "l'absence de consistance du groupe Brenco", avec ses sociétés off-shore, "coquilles vides, simples supports de comptes bancaires".
Pas facile en tout cas pour la justice de cerner l'empire Brenco. "Lors de l'instruction, le collège d'experts n'a trouvé aucun document sur l'existence de ces sociétés, ni compte-rendu de conseil d'administration, ni résultat", relève le président.
Il faut dire que les débats de la veille avaient mis en évidence une politique intensive de destruction de documents chez Brenco, au nom du respect du "secret défense" de l'Angola, selon Pierre Falcone.
Celui-ci "créait des sociétés off-shore comme des champignons", avait raconté aux enquêteurs un autre prévenu, Jean-Bernard Curial.
Le président s'interroge sur l'existence de deux sociétés Brenco Trading, l'une immatriculée aux Iles Vierges, l'autre à l'île de Man.
"Elles étaient au service de la république d'Angola. Je ne peux répondre à cette question", dit Pierre Falcone en brandissant une nouvelle fois "le secret défense" de Luanda.
A une question du président, il ira jusqu'à répondre : "J'espère que je ne trahis pas le secret de mes mandants mais je peux vous dire que je me souviens pas".
S'ils n'ont pas trouvé d'organigramme, les enquêteurs ont cependant mis la main sur une brochure avec l'implantation de sociétés sur une carte du monde.
Isabelle Delubac, secrétaire de M. Falcone, se rappelle avoir participé à son élaboration mais sur des données fournies par son patron. "Moi, j'avais travaillé sur la mise en page et les couleurs, c'est un peu ma spécialité", dit cette styliste diplômée.
Le président passe en revue les activités du groupe, de la gestion financière en Suisse au conseil en déminage en Angola, en passant par le développement d'un hélicoptère à réaction à Montréal ou des péages autoroutiers au Brésil.
Pierre Falcone opine mais sèche parfois.
Falcone and Brenco Investment ? "A ma connaissance cela n'existe pas".
Brenco Aviation Ltd ? "Ce n'est pas la société qui était propriétaire de notre avion ?", se demande-t-il. "Non, celle-là était du Luxembourg", répond le président.
Face à l'éclectisme de ses activités, Falcone explique sa spécialité : anticiper les développements économiques, comme en Colombie ou en Chine. "J'y suis arrivé quand il n'y avait que des bicyclettes" dit-il fièrement.
"Brenco, c'est là où je me trouve", avait-il résumé aux enquêteurs.

