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G 101 - 30/10/08
Africain mon frère, la France te doit tout mais elle t'a trop longtemps oublié ; toi qui souvent s’est sacrifié pour que nous existions.(2éme partie)
Bouh Warsama
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- Un irréductible
En 1942, un Nigérien, Jean-Marc Coulibaly, détenu au Frontstalag 194 de Nancy, passe son temps au cachot. En effet, il refuse obstinément de travailler pour l'occupant. Il clame à qui veut l'entendre : " Je suis venu en France pour battre les Allemands et non pour travailler pour eux. " D'ailleurs, un an auparavant, en voulant s'évader, il saute du 3e étage d'une caserne à Strasbourg et se blesse grièvement.
Las, les Allemands le transfèrent au Frontstalag 141 de Vesoul, camp de représailles pour les indigènes coloniaux. Il y multiplie les refus d'obéissance envers les ordres de ses gardiens.
Durant l'été 1944, la Wehrmacht évacue le camp vers le Reich. Au cours du trajet, l'aviation américaine mitraille le train à Evette Salbert (Territoire de Belfort).
Les prisonniers s'évadent alors des wagons disloqués et rejoignent le maquis de la Planche des belles filles. Blessé au cours d'un combat, le Nigérien, conduit de l'autre côté du Rhin, aurait été fusillé. Toutes les recherches effectuées pour connaître son sort sont demeurées vaines.
- Bérets rouges et chéchias
Le 10 juin 1944, l'état-major du XXVe corps d'armée de la Wehrmacht signale dans la région d'Auray (Morbihan) la présence de trois prisonniers de guerre africains évadés. Ces hommes ont rejoint le 8e groupe de commandos, largué dans la nuit du 5 au 6 juin, sous les ordres du lieutenant français Villard.
Cette équipe est signalée comme composée de " terroristes très dangereux ". Le 18 juin suivant, lorsque les parachutistes du 2e régiment français combattent à la ferme du Bois Joly près de Saint-Marcel, deux Africains qui ont faussé compagnie à leurs gardiens viennent se mettre à la disposition du détachement commandé par l'aspirant Mariani. Ils se battent avec acharnement pour défendre la position. Lorsque les commandos pressés par un adversaire très supérieur en nombre doivent rompre le combat, ils refusent de quitter leurs camarades.
Ils déclarent au jeune officier : " On reste, on veut faire la guerre avec toi, Chef. " Trois jours plus tard, à la ferme Les Prioux, l'aspirant Mariani, le parachutiste Vautelin et le tirailleur Ibrahima, encerclés, résistent de 7 heures à 11 heures. Les trois combattants tomberont les armes à la main.
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La section franche des tirailleurs sénégalais du Vercors
En ce haut lieu de la Résistance, 3909 membres des Forces françaises de l'intérieur ont combattu pour la libération du pays. Parmi eux, 52 tirailleurs sénégalais ont partagé leurs sanglantes épreuves.
Jusqu'en juin 1944, ces Africains, anciens prisonniers de guerre, travaillent dans un port pétrolier de la Wehrmacht à Lyon. À l'instigation d'un de leurs sous-officiers, le Sergent Vilcheze, ils rejoignent le 24 juin, le plateau du Vercors occupé par les FFI. Formés en une section franche, ils vont désormais combattre avec les cavaliers du 11e régiment de cuirassiers. Lorsqu'ils reçoivent leurs fusils, un témoin remarque " leur fierté d'être à nouveau armés, alors que dans leurs yeux se lit l'expression des souffrances passées ".
Tout d'abord, les tirailleurs sont utilisés à des actions de harcèlement dans la Drôme où en traversant les villages, ils sont acclamés par la population ravie de les voir. À la mi-juillet, la 157e division d'infanterie de montagne de la Wehrmacht, sous les ordres du général Pflaum, s'apprête à investir le massif.
Les Africains sont alors englobés dans un système défensif avec deux compagnies de chasseurs alpins. Cet ensemble censé tenir un front de 15 kilomètres est placé sous les ordres du capitaine Goderville, pseudonyme du journaliste Jean Prévost. Dans la soirée du 20 juillet, ils reçoivent la mission d'interdire l'accès de deux cols. Dès le lendemain, ils subissent de plein fouet l'assaut d'un bataillon ennemi. Très éprouvés, ils doivent ensuite rejoindre la ferme d'Herbouilly, mais ils n'y parviennent pas, le dispositif FFI ayant été rompu par les Allemands. Ils sont alors contraints de se séparer en deux groupes.
Le premier de ces détachements progresse dans la forêt de Lente, affamé et sous des trombes d'eau. Se nourrissant de fraises des bois et buvant l'eau des ornières, les tirailleurs marchent trois jours en évitant les patrouilles ennemies qui parfois passent à quelques mètres d'eux. Enfin, ils retrouvent les cavaliers du 11e RC. Le 30 juillet, ils sont attaqués par surprise et le caporal SA Traoré est blessé. Après un engagement très violent, les chasseurs de montagne de la Wehrmacht sont repoussés. Puis, jusqu'au 10 août, privés de ravitaillement, la troupe africaine se déplace pour retrouver ses compatriotes.
Le deuxième groupe, fort de quatorze tirailleurs, participe le 23 juillet à une contre-attaque sur une position allemande située à 1873 mètres d'altitude. Par la suite, pour rompre l'étreinte de l'adversaire, les Africains marcheront dix jours sur des sentiers de haute montagne. Sans autre nourriture que quelques moutons récupérés, les tirailleurs en tête de la colonne FFI éventent les petits postes ennemis. Constituant désormais deux sections, ils participent le 16 août à la libération de Romans sur Isère où le tirailleur Samba M'bour est tué.
Le lendemain, il est inhumé au milieu d'une foule émue. Au cours de la libération de la ville, l'escadron africain du 11e RC a pris deux mitrailleuses immédiatement retournées vers l'assaillant et capturé plus d'une dizaine d'adversaires.
Cependant, le 27 août, la 11e division blindée de la Wehrmacht reprend Romans. Mis en difficulté par 18 chars lourds, les Africains se replient en traversant un canal à la nage. Ils reviennent dans la ville définitivement libérée trois jours plus tard. Le 3 septembre, ils prennent part à la prise de Lyon en occupant de vive force le quartier de la Part Dieu. À la fin du même mois, ils rejoignent le sud de la France pour être rapatriés.
De nos jours, au musée de la Résistance à Vassieux en Vercors, une fresque illustre l'épopée du massif. Parmi les personnages qui y sont représentés aux côtés des résistants, maquisards, chasseurs alpins et paysans ravitailleurs de clandestins, figure la silhouette d'un tirailleur sénégalais, juste hommage rendu au courage de ces Africains qui ont participé à un événement resté célèbre dans les annales de la libération de la France.
.... à suivre

