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G 102 - 30/10/08

Africain mon frère, la France te doit tout mais elle t'a trop longtemps oublié ; toi qui souvent s’est sacrifié pour que nous existions.(3éme partie et fin)

Bouh Warsama

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- La mort d'un caporal africain

Au printemps 1944, le caporal Souleymane Diallo, ancien prisonnier de guerre rejoint la 23e Compagnie de FFI comptant au maquis Latourette fort de 400 hommes. Le 19 août 1944, la formation se dirige vers Saint-Pons (Hérault) afin d'y intercepter un important convoi ennemi battant en retraite. Le combat qui se déroule au Pont de Rach est très violent. Au bout d'une heure d'affrontement, l'adversaire est gêné dans ses mouvements par le tir du mortier confié au caporal Souleymane Diallo. Les soldats de la Wehrmacht mettent alors un canon de 37 en batterie qui prend à partie l'engin de l'Africain. Celui-ci, impavide, continue à envoyer ses obus sur l'adversaire. Mais, touché par un gros éclat, il s'écroule, mortellement atteint sur la pièce. Peu après, l'ennemi rompt le combat en laissant le canon de 37 aux mains des FFI, ainsi que deux mitrailleuses. Aujourd'hui, à Saint-Pons, la mémoire du courageux Africain est honorée chaque 19 août.


- Le sacrifice du caporal Idrissa Diana

Le 20 août 1944, trois prisonniers de guerre africains, le caporal Idrissa Diana qui s'est déjà illustré en 1940 et les tirailleurs Coulibaly Dossè et Bokou Fofana s'évadent du camp de Suippes (Marnes). Ayant préalablement établi un contact avec la résistance locale, ils gagnent après trois jours de marche le maquis de Lancon (Ardennes). Le chef de ce dernier, le capitaine Werner note que " ses trois nouvelles recrues se font remarquer par leur tenue impeccable, leurs valeurs morales et leurs aptitudes au combat ", ajoutant : " Lorsqu'ils perçoivent leur armement, ils pleurent de joie et de fierté retrouvée. "

Le 29 août au matin, les trois nouveaux maquisards marchent en tête d'une colonne qui escorte un chargement d'armes parachutées durant la nuit. Alors qu'ils vont arriver aux avant-postes FFI, ils se retrouvent devant un blindé allemand à la recherche du convoi. Sur le champ, le caporal Idrissa Diana s'élance tout seul impétueusement à l'assaut et, parvenu à 10 mètres du char, vide sur lui, dans un geste dérisoire, le chargeur de son pistolet-mitrailleur Sten. Le panzer riposte d'une longue rafale de mitrailleuse de 13,2 qui atteint mortellement le gradé au bas-ventre. Devant une action aussi téméraire et croyant à une contre-attaque plus fournie, les Allemands renoncent au combat. Les armes convoyées dans les deux tombereaux tirés par des chevaux sont ainsi sauvées de même qu'est préservée la vie des maquisards de l'escorte.

Le caporal Idrissa Diana a été inhumé à la Nécropole nationale de Floing. Jusqu'à la fin de sa vie son chef, le capitaine Werner est venu pieusement fleurir la tombe de son gradé africain.


- Les maquisards africains de Bavière

Le 19 avril 1945, le brigadier-chef Sanou Badian, fait prisonnier en juin 1940, se présente à l'officier français de liaison auprès du 106e régiment de rangers de l'armée des Etats-Unis, qui vient d'occuper Nuremberg.

Le militaire africain déclare au capitaine interloqué avoir pris une grave décision au début avril, étant le gradé le plus ancien du détachement de travail auquel il était affecté. Il avait en effet donné l'ordre à ses 46 compagnons de captivité de surprendre leurs sept gardiens, de les désarmer et de les enfermer dans leur ancien cantonnement. Le programme avait été réalisé à la lettre très rapidement la nuit suivante.

Le lendemain, les 300 habitants de Klein Schwartzenlohe avaient été réveillés à leur grande surprise par les tirailleurs qui venaient de se libérer eux-mêmes. Revolver au poing, Sanou Badian avait convoqué le maire de la localité et lui avait rudement enjoint de lui obéir. Il avait consigné les villageois chez eux afin de garder secrète la présence de ses camarades en cas de passage d'une troupe ennemie dans la région. En même temps, il avait réquisitionné de la nourriture et des logements confortables pour ses hommes.

A la suite de ce récit, l'officier français part avec le gradé africain en reconnaissance vers le bourg nouvellement occupé par les anciens prisonniers. Arrivé à destination, Sanou Badian siffle et ses hommes, vêtus de toutes sortes de pièces d'uniformes mais solidement armés, se rangent impeccablement sur la place du village.
L'officier de liaison passe alors la troupe en revue. tirailleurs sénégalais rescapés des combats de la Somme, Malgaches vétérans de la bataille des Ardennes, Tchadiens des bataillons de marche de la France libre capturés en Italie, tous ces militaires sont fiers d'avoir repris les armes après tant d'humiliations endurées.

Les anciens prisonniers formeront ensuite deux sections de combat qui sont incorporées au 121e groupe de rangers américain.
Avec cette formation, les tirailleurs nettoient les bois autour de Nuremberg en faisant en deux jours 36 prisonniers dont deux officiers. À la fin du mois de mai 1945, tous rejoignent la première armée française.

 


Combattants humiliés par la défaite de 1940, souvent témoins impuissants des exécutions de leurs camarades, assassinés au mépris des lois de la guerre par un ennemi rendu furieux, tant la résistance opposée par les corps de tirailleurs se montrait opiniâtre, tous les résistants évoqués ici ont voulu retrouver leur fierté de soldat lors de la libération du territoire.

Avec leurs camarades de souffrances, Indochinois, Maghrébins, et Malgaches, ils ont, en des circonstances tragiques, illustré les vers de Léopold Sédar Senghor :


" Aux champs de la défaite si j'ai replanté ma fidélité c'est que Dieu de sa main de plomb avait frappé la France. "

Léopold Sédar Senghor et son épouse (AMIN)

 



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