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G 107 - 01/11/08
Si la tempérance représente la justice des appétits, le courage est la justice de la volonté et enfin la sagesse celle de l'esprit (suite et fin)
Bouh Warsama
- La cité idéale selon Platon
Ainsi parce qu'existent pour Platon ce monde des Idées et la possibilité, pour celui qui veut être l'ami de la Sagesse, de redécouvrir la vérité, la cité ne doit être laissée ni à l'immoralisme et l'intérêt matériel des sophistes, ni à l'injustice générée par des sociétés déréglées qui produisent des industries de luxe, flattant les désirs les plus bas et suscitant jalousies et séditions.
Avec Platon, la philosophie ne s'arrête pas à une pure contemplation des essences et n'est pas ce discours coupé de tout rapport à la réalité auquel Ismaïl Bobard et ses comparses nous ont habitués, mais se donne bien comme cette réflexion rationnelle qui a pour fin les préoccupations quotidiennes des hommes en recherchant l'harmonie dans leurs rapports à l'intérieur de la cité.
Platon nous propose en effet un modèle de cité idéale, une République, qui aurait pour fin la justice et qui représente la critique des formes de gouvernements de son époque. Lui-même croyait à ce point à la possibilité de réaliser une telle société qu'il entreprit plusieurs voyages et démarches auprès des tyrans de Syracuse, mais à ses dépens et sans succès.
Au niveau individuel, la justice n'est autre que la répartition mesurée et harmonieuse de ces trois parties qui composent l'âme que sont les appétits, la volonté et l'esprit.
Si la tempérance représente la justice des appétits, le courage est la justice de la volonté et enfin la sagesse celle de l'esprit. Dès lors, la véritable justice au niveau du politique ne sera rien d'autre que cette tripartition de l'âme de chaque individu mais écrite à l'échelle de la société.
La cité parfaite, nous dit Platon dans « La République », sera composée de trois classes, celle des producteurs, celle des gardiens et celle des magistrats, chacune traduisant par analogie une des parties de l'âme: les producteurs ou artisans auxquels correspond la tempérance, les gardiens ou guerriers dont la fonction nécessite le courage, et les chefs ou magistrats qui doivent posséder la sagesse pour gouverner.
Cette correspondance entre les fonctions principales de l'âme et les classes de la société propose ainsi une définition non arbitraire et objective de la justice idéale qui se trouve exprimée mathématiquement, chaque individu trouvant sa juste place selon son tempérament et l'éducation qu'il reçoit.
Une Cité s'appliquant à élaborer les meilleures lois possibles afin d'établir un ordre à l'intérieur duquel chaque citoyen, chaque citoyenne puisse prétendre à une existence libre et juste.
- Résister
Comment mettre un coup d’arrêt à cette régression anti démocratique qui s’est abattue depuis 1999 sur le pays ? Régression insoutenable, imitant l’accès aux véritables décisions politiques qui sont devenues l’apanage d’une petite caste qui concentre TOUT entre ses mains.
Si les vertus d’une opposition djiboutienne, unie et constructrice, devait se perdre dans le seul intérêt privé de quelques uns, comme les oueds se perdent dans la mer, alors il en serait fini des espoirs des Djiboutiens et des Djiboutiennes en un Etat de droit, en une véritable république.
D'évidence, il est primordial que les opposants à Djibouti assument leur statut pour faire de l’opposition, une institution stable.
Ce faisant, son rôle dans le multipartisme politique ne se trouvera renforcé qu’à la condition de l’acceptation d’une démocratie faite de tolérance, d’acceptation de l’autre et de débat, sur fond d’un pacte républicain garantissant effectivement l’alternance démocratique au pouvoir.
- Statut de l’opposition : état des lieux
Les Constitutions post-parti unique à Djibouti comme ailleurs en Afrique francophone, en se contentant de recopier la Constitution française de 1958 n’ont pas institutionnalisé l’opposition politique dotée d’un véritable statut juridique, comme on peut l’observer dans les « meilleures » démocraties (en Angleterre, au Japon, au Canada…).
Certes, l’opposition est inscrite dans la Constitution implicitement et depuis peu (reconnaissance du multipartisme…). Mais il est unanimement admis qu’un tel statut est à même de favoriser la démocratisation de Djibouti et de prévenir les conflits pour autant que le multipartisme soit effectivement appliqué et respecté ; ce qui est loin d’en être le cas à Djibouti.
La nomination d’un membre de l’opposition à la tête de la commission des finances comme en France est insuffisante.
Cette institutionnalisation du statut de l’opposition revient à consigner dans un document unique, les droits et sujétions, les moyens et responsabilités devant permettre à l’opposition d’assumer sa fonction d’alerte, de critique et d’alternance à la majorité qui exerce le pouvoir d’Etat.
- Institutionnalisation de l’opposition : moyen de prévenir les conflits
La prévention des conflits est devenue une préoccupation majeure de la communauté internationale.
Rares sont les organisations internationales qui n’ont pas de politique dans ce domaine avec la mise en place de mécanismes d’alertes précoces.
Il est indéniable que la reconnaissance juridique de l’opposition avec l’instauration d’un chef de file ou d’un porte-parole jouissant des droits, serait à même de favoriser l’effectivité démocratique à Djibouti avec la possibilité offerte à ce dernier d’accéder au pouvoir par le jeu d’alternance ou bien de rétrograder et laisser la position à un autre leader en cas de défaite électorale.
Dans ces conditions, les élections constitueraient l’occasion pour le peuple djiboutien d’arbitrer réellement entre la majorité et l’opposition, en confiant le pouvoir d’État à la majorité et en donnant une prime d’encouragement au second parti dont le leader deviendrait chef de l’opposition.
D’autre part et pour renforcer l’effectivité du statut de l’opposition, il faudrait une institution tierce entre la majorité et l’opposition - une forme de médiateur d’État (dont la fonction doit être différente du médiateur de la République chargé de la médiation administrative) - qui serait chargé de contrôler que des mesures visant à promouvoir les droits de l’opposition sont bien appliquées et de faire la médiation politique interne entre l’opposition et la majorité en cas de besoin, surtout lors des élections qui sont source de conflits et de répressions.
L’institutionnalisation du statut de l’opposition serait le meilleur facteur de prévention des conflits à Djibouti.
Il n’est pas trop tard d’agir avant que le mécontentement général grandissant ne se transforme subitement en un « tsunami social » emportant tout sur son passage.

