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G 108 - 02/11/08
Leçon de vie - Une « Affaire » de famille (1ère partie)
Bill Bonner
Nous avons décidé de parler argent aux enfants.
Pas d'argent dans l'absolu, mais dans le sens concret du terme. Notre argent. De l'argent personnel. De l'argent direct, immédiat, tangible. Il est temps d'expliquer à nos enfants ce que nous avons, ce qu'ils peuvent attendre, et ce qu'on attend d'eux. Ils grandissent, se lancent dans la vie professionnelle, fondent leur propre famille, entament leurs propres projets -- et il est temps pour eux d'apprendre.
Cette pensée nous est venue durant une session avec Jules, qui affirmait ne voir aucune raison pour laquelle travailler l'été. Ses riches amis n'en avaient pas besoin ; pourquoi lui ?
"Tu sais, tu me fais juste travailler pour satisfaire une de tes envies à toi. On n'a pas besoin de fabriquer une roulotte... ou de construire ce mur. On peut se permettre de payer des gens pour tout ça. Quelqu'un vient nettoyer la maison, après tout. Toi, tu veux juste que je fasse des choses pour tes propres raisons... pour exercer ton pouvoir sur moi. Et parce que tu penses que d'une manière ou d'une autre, c'est vertueux de travailler. Eh ben, grande nouvelle : ça ne l'est pas. Les gens ne travaillent que parce qu'il faut de l'argent pour vivre. Ce n'est pas le cas pour moi, parce que je suis encore à l'école et que tu paies pour moi. Alors pourquoi ?"
A 18 ans, Jules semble avoir beaucoup appris, en un an d'université... et au cours des nombreuses années précédentes, à Paris. C'est un gamin intelligent, et il pose de bonnes questions.
Nous avons donc décidé que nous devions lui donner de bonnes réponses. Nous avons décidé de lui expliquer ce que nous avons fait, et pourquoi nous l'avons fait. Nous voulons qu'il sache ce que nous faisons aujourd'hui. Nous voulons qu'il sache d'où vient l'argent (et là, nous vous tirons notre chapeau, cher lecteur, en signe de chaleureux remerciements), où il va, et ce qu'il peut en attendre à l'avenir.
Et comme vous, très cher lecteur, pourriez éventuellement vouloir en savoir un peu plus sur l'entreprise dont la Chronique Agora fait partie -- et que dirige votre serviteur -- nous vous incluons dans cette présentation... comme un membre de la famille.
Mais pour cela, nous devons revenir en arrière.
Du côté de notre mère, nous descendons d'un des chevaliers de Guillaume le Conquérant, nous disait notre tante préférée en décrivant l'illustre domaine d'un cousin en Angleterre -- possédant salles de bal majestueuses, calèches dorées et un jardin conçu par Isaac Newton.
Des années plus tard, nous avons découvert que tout cela était vrai -- mais à l'âge de huit ans, au milieu des années 50, tandis que nous transpirions dans une maison sans eau courante, entouré par les rudes champs de tabac du sud du Maryland, tout cela était difficile à concevoir.
Nous n'avions aucun mal à imaginer, par contre, que la richesse et le statut valaient mieux que d'aller cueillir des plans de tabac à six heures du matin, pour retourner les suspendre dans la grange à dix heures du soir. Notre tante, qui parlait souvent de telles choses, réussit à nous instiller un objectif singulier : reconstruire la formule familiale. Nous nous sommes attelé à cette tâche en sortant de l'université, sans idée précise sur la manière dont nous nous y prendrions. Mais nous comprenions instinctivement que ce n'était pas quelque chose que nous accomplirions en nous lançant dans une carrière traditionnelle. Les docteurs, par exemple, gagnaient bien leur vie, avions-nous entendu, mais nous soupçonnions qu'ils ne gagnaient tout de même pas assez pour s'offrir des châteaux en Europe et des calèches dorées.
Nous ne pensions pas non plus pouvoir faire notre ascension dans les rangs d'une entreprise traditionnelle, pour finalement en prendre la tête. La concurrence était trop intense. Trop de gens cherchaient à obtenir ce genre de poste. Et ceux qui y parvenaient avait souvent fait de meilleures études que les nôtres. Ils parlaient mieux... en savaient plus long... et étaient bien plus sociables. Non, notre instinct nous disait depuis le début que nous étions un marginal, un contrarien, un inadapté. Si nous voulions reconstituer la fortune familiale, il nous faudrait le faire d'une manière un peu non-conventionnelle... originale... voire audacieuse.
Nous avons donc décidé de fonder notre propre entreprise. Mais dans quel secteur ? Par goût, nous avons dérivé vers le monde de l'écrit... et celui des outils. Depuis toujours, nous aimions construire des choses... et écrire.
Pour commencer, nous nous sommes essayé à la construction. Nous vous épargnerons les détails, et dirons simplement que nous avons préféré en faire un passe-temps. Les maisons que nous voulions construire n'étaient pas des maisons que les gens voulaient acheter. Et lorsque nous trouvions un bout de terrain agréable, nous hésitions à le défigurer en construisant le genre de maison que les gens voulaient bien acheter. Nous avons donc laissé tomber la construction en tant que profession, mais l'avons gardée en tant que hobby.
Après nous être frotté à la construction, nous sommes revenu à l'écrit. Et là, dans le monde de l'édition, nous avons pu avancer. Dans les années 70, le secteur des lettres d'information était jeune et ouvert aux innovations. Nous y sommes entré de manière bizarre et maladroite. Heureusement, l'industrie était indulgente, à l'époque. Vous pouviez faire beaucoup d'erreurs et rester en activité.
Ce que nous avons découvert, c'est qu'il s'agissait d'un secteur où les erreurs payaient. Et puisque nous avions une vaste propension à faire des erreurs, nous avons trouvé que c'était un environnement chaleureux et accueillant pour nos talents -- un peu comme les marécages de Floride pour un rat des marais. Le secret était de faire des erreurs rapides et bon marché. Puisqu'on ne savait jamais à priori ce que pouvaient vouloir les clients, il fallait expérimenter pour le trouver. Cette méthode coûtait du temps et de l'argent, mais il fallait s'y tenir -- en espérant trouver par hasard quelque chose que les gens soient prêts à payer avant que l'imprimeur du coin ne vous traîne en justice (la poste ne faisant jamais crédit).
Expérimenter, apprendre, former, trouver de bons partenaires et accumuler de l'expérience a pris des années. Nous avions largement dépassé la quarantaine avant d'avoir vraiment de l'argent. Ce fut la première fois de notre vie que nous avons vécu dans une maison avec l'air conditionné. Mais à l'époque, les vents avaient tourné... et ils soufflaient en poupe. Lorsque nous avons atteint 50 ans, notre entreprise était florissante, et nous avons entamé une toute nouvelle phase de notre vie. Nous avons emménagé à Paris, et les enfants sont entrés dans des écoles privées. Nous avons acheté une maison de campagne. Les choses commencèrent à avoir l'air favorable.
.............à suivre

