
En dépit des lois et de toutes les recommandations internationales, notamment sur la liberté d'expression et l'accés libre à Internet, seules la Police politique et les hautes autorités djiboutiennes peuvent se connecter sur notre site dans le "pays des braves".
De quelle bravoure peut ainsi se réclamer le Gouvernement d'Ismaïl Omar Guelleh ?





G 109 - 02/11/08
Leçon de vie - Une « Affaire » de famille (seconde partie et fin)
Bill Bonner
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Nous reconnaissons notre nouveau style de vie pour ce qu'il est, bien entendu : simplement une manière de vivre différente, pas nécessairement meilleure ou pire que les autres. Depuis six décennies ou presque que dure notre vie, nous n'en avons passé qu'une à vivre ainsi ; nous ne pouvons dire que nous sommes plus heureux maintenant, dans la décennie grasse, que nous l'avons été durant les cinq maigres.
Nous ne sommes pas vraiment riche, mais nous en sommes certainement venus à nous permettre un style de vie aisé. Est-il heureux ? Oui, mais pas particulièrement. Parce que, comme nous le dit notre ami Félix Dennis dans son nouveau livre, "les riches ne sont pas heureux. Je n'ai encore jamais rencontré une seule personne riche qui soit heureuse -- et j'ai rencontré beaucoup de gens riches. Suis-je heureux ? Non -- ou du moins seulement à l'occasion"...
C'est seulement quand on a de l'argent qu'on peut vraiment apprécier tout le plaisir que l'on avait quand on était pauvre. Et c'est seulement lorsqu'on a été très pauvre qu'on savoure vraiment le plaisir de poser ses pieds sur une chaise Louis XVI.
Mais la dernière décennie est la seule dont les enfants se souviennent vraiment. Avant cela, ils étaient trop jeunes. Jules était dans une école publique, par exemple, quand il était petit garçon. Mais ses années lycée se sont déroulées soit dans des écoles françaises privées, soit à l'Ecole Américaine de Paris, qui accueille de riches étudiants en provenance du monde entier. Ses amis ne sont pas des Américains moyens... ni les rustauds avec qui nous avons grandi. Non, ce sont les fils et filles de l'élite européenne... qui possèdent souvent des résidences secondaires dans des pays étrangers. Certains de ces amis ont de l'argent de poche quasiment sans limites. Tout est plutôt confortable pour ces jeunes. Ce qui leur donne une vue limitée du monde réel.
"Tu te rappelles de Brynley", nous a dit Elizabeth l'autre jour. "Son fils, qui a 26 ans, voulait qu'il lui paie sa facture de téléphone portable.
Brynley a refusé. Le garçon lui a dit : 'Papa, reprend pied avec la réalité'. Brynley et moi avons bien ri. Ces enfants sont si privilégiés qu'ils n'ont pas la moindre idée de ce qu'est la réalité".
Votre correspondant a le bénéfice de 40 ans de pauvreté. Pas ses enfants. Mais leur monde est réel aussi -- au moins pour eux. Ils doivent y vivre. Et pour les y aider, nous leur dirons comment notre entreprise s'est développée, et comment elle fonctionne. C'est un peu comme un fonds de capital-risque, se spécialisant dans une branche bien spécifique de l'édition. C'est aussi un peu comme une association d'étudiants.
Nous avons plus d'une douzaine d'unités réparties dans sept pays différents, chacune ayant une activité séparée, certaines ayant un pays entier à leur disposition. D'autres sont en concurrence directe les unes avec les autres sur un marché donné. N'importe qui peut commencer une nouvelle unité, et une fois lancée, elle peut suivre son propre chemin.
La société-mère, toujours située à Baltimore, dans le Maryland - mais qui travaille beaucoup depuis le siège de Londres - fournit les services principaux : juridique, comptabilité et informatique.
Elle fournit aussi ce qui compte vraiment : les idées, les opinions et les recommandations. Parce que, voyez-vous, même si la Chronique est gratuite, elle n'est pas bon marché.
Les lecteurs investissent beaucoup de temps et d'attention rien que pour arriver jusqu'à la fin, et nous devons faire en sorte que cela en vaille la peine.
Quelles idées, opinions et recommandation valent la peine d'être lues ? Eh bien, celles qui ont des chances de se révéler exactes... celles qui ne sont pas facilement disponibles ailleurs... celles qui sont soigneusement pesées et profondément ressenties.
Les gens nous paient pour que nous réfléchissions, fassions des recherches et écrivions -- non parce qu'ils ne peuvent réfléchir, faire des recherches et écrire eux-mêmes, mais parce qu'ils préfèrent utiliser leur temps à d'autres choses. Ils pourraient très bien vouloir explorer par eux-mêmes les effets de la croissance économique chinoise, mais ils n'en ont pas le temps. Donc, dans les faits, ils nous embauchent pour que nous le fassions.
Et rappelez-vous : cette information n'est en général pas disponible dans les médias grand public, qui, assez naturellement, s'adressent à des penseurs grand public. C'est-à-dire des gens qui réfléchissent rarement, où pour qui "réfléchir" revient à lire quelques pages du Wall Street Journal de temps en temps.
Mais nos lecteurs ne tardent pas à apprendre que la majeure partie des opportunités et des dangers ne se trouvent pas dans la presse grand public -- parce que si une société y apparaît, trop de gens sont déjà au courant. Les bons investissements sont les choses que les gens ne connaissent pas vraiment ; voilà pourquoi les petits médias spécialisés sont si précieux.
Nous conseillions aux gens d'acheter de l'or des années avant que la lumpen-presse ne mentionne le métal jaune. Nos rédacteurs ont chanté les louanges des matières premières - argent-métal, ressources naturelles, Chine, Inde et énergie - bien avant le brouhaha actuel. Nous avons averti les gens de la bulle des technologiques des années avant que la bulle n'explose - tout comme nous parlons de la bulle immobilière aujourd'hui. Lorsque la presse y arrive, par contre, il est en général trop tard pour y faire quoi que ce soit.
Pour accomplir tout cela, nous n'avons que des mots. Des mots exprimant des idées, des pensées, des recommandations, des conjectures, des opinions, des informations et même des hallucinations. Notre activité consiste à vendre des mots, contrairement à l'industrie financière, dont l'activité consiste à vendre des actions... et qui est en plus affligée de conflits d'intérêt. A la fin des années 90, des gourous comme Abby Joseph Cohen vantaient les actions "pour le long terme", parce que c'est ce pour quoi ils étaient payés.
Mais nous ne vendons que des mots. Nous ne nous soucions pas vraiment de voir les actions grimper... ou les gens les acheter.
Il est difficile de vendre des mots, cependant, lorsqu'ils sont si facilement disponibles gratuitement sur internet ; voilà pourquoi nos mots à nous doivent toujours valoir leur pesant d'or. Ils doivent être véridiques. Voilà pourquoi nous avons tant d'analystes défendant tant de points de vue différents. Nous n'avons pas la prétention de savoir qui aura raison et qui aura l'air d'un idiot. Tout ce que nous savons, c'est que les mots doivent être pesés, intelligents, francs et copieux.
Nous pensons qu'ils le sont ; ils dégringolent de notre plume... par centaines... par millions... des noms, des adjectifs, des adverbes, des prépositions. Tous apparaissent sur l'écran de notre ordinateur aussi nus que des stars du X. Ce sont des mots sans détour. Il n'y a rien de caché derrière... et rien devant. Ce que vous voyez, c'est ce que vous obtenez.
"Oh, Papa", nous interrompra certainement Jules. "Qu'est-ce que tu essaies de nous dire ?"
"Je décris simplement l'entreprise familiale", expliquerons-nous.
"Peut-être que tu devrais dire ce que tu as à dire", suggérera-t-il.
"Mais c'est exactement ce que je veux dire", répondrons-nous. "C'est l'entreprise familiale. Je t'en parle, parce que c'est comme ça que nous pouvons vivre comme nous le faisons, et que nous pouvons t'envoyer à l'université à Boston l'année prochaine. Tu dois comprendre comment elle marche parce que tu pourrais vouloir t'y intéresser toi-même, un jour ou l'autre. Ou tu pourrais vouloir être certain qu'elle est bien gérée, parce qu'elle pourrait aider à te faire vivre, toi et le reste de la famille."
"Mais Papa, je ne m'intéresse pas à l'entreprise familiale", pourrait répondre Jules.
"Eh bien", rétorquerons-nous, "voilà pourquoi je t'en parle. Parce que tu devrais t'y intéresser..."

