En dépit des lois et de toutes les recommandations internationales, notamment sur la liberté d'expression et l'accés libre à Internet, seules la Police politique et les hautes autorités djiboutiennes peuvent se connecter sur notre site dans le "pays des braves".


De quelle bravoure peut ainsi se réclamer le Gouvernement d'Ismaïl Omar Guelleh ?



 

 



 

G 113 - 03/11/08

Peut être ne reste t-il plus de journalisme d’opinion à Djibouti par ce qu’il ne reste plus d’opinion tout simplement ?

Africanman


Il m’a toujours semblé que dans le journalisme d’Etat à Djibouti il ne peut y avoir qu’une seule idée à la fois en marche et sous contrôle de la Police Politique (les SDS d'Hassan Saïd) dès l’instant où cela touche la politique dans le pays, quelle soit financière, économique ou sociale.

Précisons avant toute chose que mes propos ne s’adressent pas à tous les journalistes Djiboutiens - dont ceux qui sont attachés à une presse libre mais muselée ne pouvant s'exprimer qu'à l'extérieur du pays - qui comptent parmi eux des membres sérieux sans pour cela qu’ils fassent de l’héroïsme car surveillés qu’ils sont par leur rédacteur en chef à La Nation et par une cohorte des hommes des SDS prêts à les embarquer direction les geôles de Gabode.


- A balayer, balayons donc devant toutes les portes.


A Paris Presse, l’un des plus célèbres grands reporters, du journal dont le premier numéro paraissait le 13 novembre 1944, avait été milicien sous le régime de Vichy puis il passa au journal Minute.

Il est vrai que le terme de « collaboration » est universel et n’est pas spécifique aux journalistes djiboutiens qui vont chaque jour à la « gamelle du Palais de l’Escale ».

Nous sommes parfaitement conscients qu’hormis les militaires au combat, pour autant qu’on le sache il n’y a pas de profession du secteur privé impliquant intrinsèquement un héroïsme devant aller jusqu’à la mort pour défendre des valeurs et des libertés par la plume.

Ce par quoi on est en droit d’être surpris c’est la forte propension qu’à une certaine presse non affiliée à l’Etat djiboutien à se laisser happer par l’émanation du pouvoir et l’argent facilement gagné pour qu’elle se taise et qui ne se limite qu’à des banalités de second voire de troisième ordre en essayant de nous faire croire qu’elle fait encore partie de la presse libre et donc de l’opposition.

Par ailleurs, les supposés journalistes - qui sont officiellement à la solde du pouvoir - estiment effectivement avoir réussi sur le plan social, alors que leur seule réussite consiste à être les champions du « coup de brosse à reluire ».

Pour ces hommes c’est désespérant car ils ont dépassé de très loin le rôle du journaliste pour verser dans la « flagornerie professionnelle », et en arrivent même à fournir le cirage.


- Si le journalisme, digne de ce nom..........


Si le journalisme, digne de ce nom, refusait d’enfreindre certains principes ou de les sacrifier aux exigences du Palais de l’Escale, nul ne pourrait les contraindre ; encore faudrait-il qu’ils s’assurent le soutien de la Ligue Djiboutienne des Droits de l’Homme, de syndicats indépendants du pouvoir et de l’opinion tant nationale qu’internationale.
Oui mais là, nul ne prendra ce risque.

Certains experts estiment que les journalistes Djiboutiens seraient les premiers responsables de leur « mise au pas » par le pouvoir d’Ismaïl Omar et que c’était bien avant 1999 qu’il convenait de montrer les limites des droits du Palais de l’Escale en matière de libertés publiques et de droit d'expression.

On assiste aujourd’hui dans la presse locale à une forme d’autocensure molle.
Aux menaces physiques contre les « journalistes potentiellement dissidents » s’ajoute incontestablement cette autocensure dictée par la loi de bon sens ; vais-je accuser la main qui me nourrit – Le Palais de l’Escale – et écrire un brulot contre Ismaïl Bobard, sous le prétexte que le climat social et économique est désastreux menantle pays à la catastrophe ?

Certes pas et c’est là qu’est le piège de la propension du journalisme à se faire happer par le pouvoir politique en place à qui on ne peut plus rien refuser.

Le journalisme d’aujourd’hui à Djibouti me semble refuser d’aborder les grands sujets de préoccupations auxquels est confrontée toute la société djiboutienne, à l’exception des 2 ou 3 % de « nantis ».

Ce journalisme là c’est spécialisé dans la « noyade du poisson » dont on va très vite se débarasser alors qu’il n’a certes pas les moyens, financiers d’abord, moraux ensuite, de se payer le luxe d’être rebelle au pouvoir tyrannique exercé par le Palais de l’Escale.

Ce journalisme là à fait le choix de circonstance en se glossant et jacassant comme cela se fait au Palais d’Haramous lors des soirées de galas offerts par leurs Excellentissimes Sérénités sans pour cela aborder les « vrais sujets ». Sujets qui dérangeraient le pouvoir en place s’ils étaient étalés et débattus démocratiquement dans le pays ; alors que de toute façon ce journalisme là se refuse à toute opinion, tout point de vue qui pourrait faire ombrage à Ismaïl Omar Guelleh.

Il se limite donc à un rôle de glorificateur du pouvoir et il a tout intérêt à l’être sinon les gens de la communication du Palais de l’Escale risqueraient de faire « débarquer » illico presto le chef de rédaction et le rédacteur coupable de ce crime de lèse majesté.


Peut être ne reste t-il plus de journalisme d’opinion à Djibouti par ce qu’il ne reste plus d’opinion tout simplement ? La pensée unique ayant parfaitement joué son rôle de filtrage des informations autres que les siennes.

Ce journalisme là me semble n’être que contemplatif du pouvoir en place.

Du journalisme d’opinion de jadis nous sommes passés à un journalisme sans opinion qui se contente de ne faire que de petits « papiers » de si peu d’importance pour tenter de croire qu’il existe encore à Djibouti. Journalisme mou et consensuel, inféodé au Palais de l’Escale.


- Le contrepoids à la mainmise du pouvoir

En l’occurrence, le contrepoids à la mainmise du pouvoir d’Ismaïl Bobard sur la presse et les médias, ce devrait être le marché.

Or que constate t on ?
Simplement que ce qu’exige le marché – c'est-à-dire ce que veulent lire, voir et entendre les Djiboutiens (nes) est refusé au profit de l’Etat, en l’occurrence l’Etat Guelleh.

C’est cela que l’on appelle un acte héroïque …au « pays des braves » ?.

Le pire c’est que l’on est tout à la fois au début d’un nouveau processus d’encadrement de la presse et des médias et tout à la fois à la fin d’un régime autoritaire dont tout le monde se plaint et qui devrait rendre l’âme d’ici peu.
Dès l’instant où la presse et les médias viendront enfin à s’unir et à amorcer leur véritable indépendance, les choses risqueraient bien d’aller très vite car l’impopularité du Palais de l’Escale il la devra alors à un plus grand nombre qui lui fera face dans l’union ; aidé en cela par une plus grande liberté de tous les médias.

Ceci étant dit, nous sommes convaincus que l’excès même de l’uniformatisation et de la normalisation des médias qui sont opposés sur le net à Ismaïl Omar Guelleh entraînent déjà de vives réactions d’égarement qui engendrent des manœuvres afin de tenter de mettre un terme par tous les moyens à la liberté d'expression. Des démarches auraient été effectuées à l’égard de certains serveurs internet en Europe et en Angleterre afin de bloquer la diffusion de certains sites opposés à Ismaïl Bobard.

Au moment où la tyrannie affronte son propre ridicule en aggravant de plus en plus toutes les contraintes à Djibouti, les institutions internationales semblent quant à elles conditionner leurs aides en poussant l’Etat djiboutien actuel à infléchir sa position et marque des points.

Le journalisme actuel à Djibouti est devenu de l’actualité son propre théâtre dérivatif ; coupé, comme il l’est, de ses lecteurs il n’est que le miroir de ses silences complices.

 

 


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