En dépit des lois et de toutes les recommandations internationales, notamment sur la liberté d'expression et l'accés libre à Internet, seules la Police politique et les hautes autorités djiboutiennes peuvent se connecter sur notre site dans le "pays des braves".


De quelle bravoure peut ainsi se réclamer le Gouvernement d'Ismaïl Omar Guelleh ?



 

 

 


 



G 151 - 20/01/09

Il est une vérité profonde et universelle consistant à affirmer qu’il ne peut y avoir d’accroissement de la force politique, économique et sociale d’un pays que si les efforts des générations s’additionnent dans un Etat de Droit.

M Ali Abdillahi Iftin
Commandant le Mouvement
Djiboutien de Libération Nationale

 


Il est dit que par absence de culture démocratique dans bien des pays d’Afrique, la médiation internationale d’après des élections difficiles - dont le but est d’amener tous les acteurs politiques concurrents à former un gouvernement « d’Union nationale » - mettrait en péril l’avenir politique des partis d’opposition qui seraient contraints alors d’apporter leur caution au régime en place et « d’entrer dans le rang ».

On pourrait épiloguer longtemps sur un tel sujet.

Ce qui est certain c’est que dans de telles conditions – dans un Djibouti au bord de l’explosion sociale dont on ne peut mesurer ce qu’en seraient les conséquences - il y a urgente nécessité d'établir et de reconnaître un statut à la véritable opposition politique à Ismaïl Omar Guelleh.

Un statut d’une grande clarté aux fins, pour le moins, d’admettre en tout premier lieu que cette opposition doit exister et s’exprimer autrement qu’à Gabode ou en exil ; de la rendre stable, d’assurer l’effectivité de la démocratie et la prévention des conflits.


- Force est d’admettre que les droits de l'humain ont une valeur universelle et sont indivisibles.


Ces droits n’ont aucune appartenance particulière ; ils sont européens tout autant qu’ils sont africains ou asiatiques.

Les grandes démocraties occidentales et les institutions internationales admettent aujourd’hui ne pas avoir le droit d’ignorer, de regarder ailleurs, de détourner leurs regards, lorsque les droits de l'homme sont bafoués, insultés ouvertement, foulés au pied, où que ce soit - à Djibouti comme ailleurs.

Au travers de toutes les intimidations, face à tous les camouflets et à tous les chantages dont est victime l'opposition politique, les entraves à la liberté d’expression et à celle de la presse dans notre pays, Ismaïl Omar Guelleh nuit gravement à l'image de Djibouti, à celle des Djiboutiens mais aussi à l’ensemble de la communauté des Issas et tout particulièrement à celle des Mamassan.


- Réformer profondément l’Etat en chassant les « mauvaises habitudes » instaurées et entretenues !


Tout particulièrement sur cette région « en perpétuel mouvement » - et chamboulée par des bouleversements pleins d'incertitudes - qu'est la Corne Est de l’Afrique, les Chefs d’Etats qui composent l’Union Européenne ont convenu récemment de mettre en œuvre des projets de réformes profondes.

C'est d’ailleurs dans cet esprit et à ce titre que l'UE est unanime pour souhaiter aider l'ensemble du continent noir.
Par exemple, en ce qui concerne la mise sur pied d'institutions démocratiques, avancer en matière d’Education, de Santé publique et de vie sociale, relancer les relations commerciales, les infrastructures, l'énergie, la protection du climat, l'éco-systéme et les migrations.

Un plan d'action – remis à l’ordre du jour ces derniers mois - indique la voie à suivre dans tous ces domaines.


- A la suite d’élections conflictuelles et du refus de l’opposition de participer à une mascarade de scrutin, sous l’égide d’Instances internationales, que faire ?

Il convient de définir et de mettre en place des « Accords de partage des pouvoirs »


Constat est fait qu’après le Togo, à la suite des élections sanglantes d’avril 2005 puis au Kenya, c’est récemment au Zimbabwe que fut mis en place un accord de partage des pouvoirs. Ce ne fut point chose facile, mais observons que cela s’est fait sous la pression des Instances internationales et de grands pays occidentaux.

Cette généralisation du système de gouvernement d'union nationale - ajoutée à la dérive monarchique des régimes politiques se manifestant par le report répétitif d’élections ad vitam eternam, la suppression de la limitation des mandats présidentiels dans les Constitutions et une présidence devenue une affaire de famille conduira, si l'on ne prend pas garde, au retour à un système à parti unique hybride.

D’autant que, grande est la difficulté pour ces partis de l’opposition - qui cohabitent « à l’africaine » - de renaître de leurs cendres.

Ainsi au Togo, au lendemain de la signature de l’Accord Politique Global du 20 août 2006, les deux partis d’opposition qui avaient participé au soi-disant gouvernement d’union nationale y ont laissé des plumes, pour ne pas dire toutes leurs plumes.

C’est ainsi que le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) s’est retrouvé avec 4 députés et la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA), avec aucun député à la suite des élections législatives de 2007.

Ce qui nous fait dire que les dirigeants de ces formations politiques ou organisations se retrouvent fragilisés à deux niveaux.

- Premièrement, ils sont en manque d’arguments par rapport aux dérives du pouvoir et sont condamnés à cet effet, malgré eux, à servir de béquilles à un régime chancelant.

- Deuxièmement, (ils) deviennent à tort ou à raison, aux yeux des populations, des « lâches » ou pire des « traîtres… » pour avoir choisi, au cours du combat démocratique, de collaborer avec ceux que d’aucuns désignent au mépris des principes démocratiques comme « ennemis du peuple ».

Il est donc primordial que les opposants politiques en Afrique assument leur statut pour faire de l’opposition, une institution stable.

Ce faisant, son rôle dans nos multipartismes se trouverait renforcé pour une démocratie faite de tolérance, d’acceptation et de respect de l’autre et de débat ; tout ceci sur fond d’un véritable pacte républicain garantissant effectivement l’alternance démocratique au pouvoir.


- Statut de l’opposition : état des lieux

Les Constitutions post-parti unique en Afrique, en se contentant de recopier les constitutionnalistes français de 1958 n’ont pas institutionnalisé l’opposition politique dotée d’un véritable statut juridique, comme on peut l’observer dans les « meilleures » des grandes démocraties que sont l’Angleterre, le Japon, le Canada….

Certes, l’existence de l’opposition et sa représentativité sont inscrites à Djibouti dans notre Constitution nationale - implicitement avec la reconnaissance du multipartisme - mais son existence même dans notre pays a été rendue fictive.
La méthode a consisté à lui substituer une artificielle opposition de façade (comme pour les syndicats) – fabriquée de toutes pièces par l’actuel gouvernement - afin d’éviter toute contestation et d'y gagner en tranquillité.....

Pourtant, il est unanimement admis qu’un tel statut – s’il était effectivement appliqué et respecté – serait à même de favoriser l’émergence de la démocratisation dans notre pays tout en limitant les conflits ; à défaut de les éviter.


- Institutionnalisation de l’opposition politique

Cette institutionnalisation du statut de l’opposition revient à consigner dans un document unique, les droits et sujétions, les moyens et responsabilités devant permettre à l’opposition d’assumer sa fonction d’alerte, de critique et d’alternance à la majorité qui exerce le pouvoir d’Etat.

Si elle est totalement inexistante à Djibouti, elle est encore balbutiante sur le continent africain.

Néanmoins.....au Burkina Faso, une loi portant statut de l’opposition politique a codifié ledit statut en le dotant d’un chef de file de l’opposition qui « est le premier responsable du parti de l’opposition ayant le plus grand nombre d’élus à l’Assemblée nationale.

D’autre part, au Benin, la loi portant statut de l’opposition prévoit plusieurs chefs de l’opposition, étant entendu que ces derniers choisiront en leur sein un porte-parole.

Au Congo Démocratique, la loi portant statut de l’opposition prévoit l’élection du porte-parole de l’opposition qui représente l’opposition au niveau national sans qu’il ne soit nécessairement parlementaire….

- Moyen de prévenir les conflits

La prévention des conflits est devenue une préoccupation majeure de la communauté internationale. Rares sont les organisations internationales qui n’ont pas de politique dans ce domaine avec la mise en place de mécanisme d’alerte précoce.

La littérature est abondante sur la notion de prévention des conflits.

On peut en retenir la définition d’une stratégie à long terme, menée par divers acteurs, et destinée à créer les conditions favorables à un environnement sécuritaire stable et plus prévisible.

Il est donc indéniable que la reconnaissance juridique de l’opposition avec l’instauration d’un chef de file (ou des ?) et d’un porte-parole de l’opposition jouissant des droits, est à même de favoriser l’effectivité démocratique à Djibouti avec la possibilité offerte à ce dernier d’accéder au pouvoir par le jeu d’alternance ou bien de rétrograder et laisser la position à un autre leader en cas de défaite électorale.

Dans ces conditions, les élections constitueraient l’occasion pour les électrices et électeurs djiboutiens d’arbitrer entre la majorité et l’opposition, en confiant le pouvoir d’État à la majorité qu'elle aurait librement choisie et en donnant une prime d’encouragement au second parti dont le leader deviendrait alors chef de l’opposition.


- Renforcer l’effectivité du Statut de l’Opposition

Aux fins de renforcer l’effectivité du statut de l’opposition, il conviendrait de créer une institution tierce entre la majorité et l’opposition, tel un médiateur d’État.

Institution totalement indépendante du pouvoir en place et qui serait chargée de contrôler que toutes les mesures visant à promouvoir les droits de l’opposition sont bien appliquées et d’assurer la médiation politique interne entre l’opposition et la majorité en cas de besoin ; surtout lors des élections qui furent, trop souvent par le passé, source de conflits et de répressions.

Pour conclure,, l’institutionnalisation du statut de l’opposition est donc le meilleur facteur de prévention des conflits politiques à Djibouti, comme ailleurs en Afrique.