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Le
Général de Division (à titre temporaire)
M ALI ABDILLAHI IFTIN
Commandant
le Mouvement Djiboutien
de Libération Nationale
04/03/05
- AFRIQUE - L'épineux problème
des frontières en Afrique. Des vérités mais aussi
souvent des idées préconçues.
Mme Aïcha WARSAMA AÏDID.
A
la question posée " Que pense-t-on en général
des frontières africaines et des frontières en général
?" vous aurez comme réponses souvent des oppositions d'arguments,
chacun allant chercher dans un fragment de l'histoire une vérité
qu'il ou elle voudra absolue.
Pourtant
nul ne peut démontrer qu'il puisse y avoir de " frontières
naturelles " car elles résultent toujours de choix humains.
Pour cette raison, elles sont à la fois absurdes et logiques,
légitimes ou illégales, selon les accords qui ont présidé
à leur création.
Il
y a donc en conséquence des frontières " qui fonctionnent
" et des frontières " qui ne fonctionnent pas. "
Dans
ce dernier cas, la raison en est peut être que les délimitations
de frontières ont été tracées avec la concertation
des peuples concernés qu'environ dans 2% des cas seulement.
Les frontières sont des objets historiques et elles évoluent,
même dans les mentalités. Il existe par ailleurs un bon
nombre de stéréotypes en ce qui concerne les frontières
africaines.
On a souvent tendance à considérer qu'elles ont balkanisé
l'Afrique et qu' " elles sont la seule source de conflits ".
Les experts placent souvent leur origine au Congrès de Berlin
( 1885 ), alors que cette conférence ne portait que sur des accords
commerciaux.
On insiste souvent sur le fait qu'elles ont été tracées
sans l'accord des populations concernées. Mais comme nous l'avons
dit c'est le cas pour la plupart des frontières.
On en conclue souvent un peu hâtivement que les frontières
africaines sont la source de conflits et de sous développement.

Il
faut tout de même noter un certain nombre de spécificités
des frontières africaines :
o
Elles
ont été tracées dans une espace de temps réduit
( environ 75% des frontières ont été tracées
entre 1885 et 1910 )
o
Ce
sont des frontières tracées par des puissances exogènes
o
Ce
sont des frontières-ligne
On
pense souvent qu'il n'y avait pas de frontières avant la colonisation.
C'est une idée reçue.
En
effet, de nombreux explorateurs ont dû rebrousser chemin devant
une frontière. En 1898, une frontière de 300 km existait
entre les Mossi et les Peuls, elle a été reconnue par
la France et reprise par les colonisateurs pour tracer la limite entre
le Dahomey et le Soudan français
Il est bien évident que si l'on considère les frontières
comme uniquement politiques, c'est à dire comme un mode de délimitation
de fonctions politiques, on retrouve souvent la vulgate européenne
de l'absence de frontière sous la plume d'auteurs africains et
tout un travail reste à faire sur ce sujet.
Mais il faut savoir qu'il existait des confins, des marches, des collines-frontières,
des fleuves-frontières
Les frontières n'étaient
pas si rigides qu'on veut bien le penser. Et elles ne constituaient
pas un élément incontournable. Le critère de parenté
est très fort lui aussi : un fleuve peut éventuellement
séparer deux royaumes mais unir une parenté
En
ce qui concerne l'Afrique du Nord au XIXè siècle, on se
demande souvent dans quelle mesure les frontières existaient
avant 1834.
Pour
répondre à cette question, on peut s'appuyer sur deux
éléments :
-
la continuité des Etats ou des royaumes ( le Maroc est un Etat
très anciennement constitué et il a construit une identité
territoriale à partir des différentes capitales ) et les
accords préexistants.
Ainsi,
à l'époque turque, il existait une convention de limites
entre la régence d'Alger et la régence de Tunis au XVIIè
siècle. Mais ce ne sont pas les Turcs qui ont tracé les
frontières, ni même les Français qui ont pourtant
cru innover en la matière.
Après
la victoire de Bugeaud, un acte diplomatique trace les frontières
mais repose sur une interprétation du milieu géographique
et historique de l'Afrique du Nord.
La
France y lit trois espaces :
"
Au nord, la limite est topographique : elle suit les collines, les cours
d'eau.
" Au sud, les frontières délimitent les aires des
tribus.
"
A l'extrême sud, qui s'ouvre sur les profondeurs du Sahara, les
délimitations sont superflues
Certaines
zones du Sahara sont en effet supposées être vides de tout
occupant, mais elles sont en réalité peuplées par
des gens qui fonctionnent par zones de nomadisme, en fonction de la
présence de puits. S'il n'y a pas de puits, c'est un confins.
Entre
l'Algérie et le Niger, il existait une frontière-zone
depuis toujours, là où on a tracé une frontière-ligne.

Peut-on faire une typologie des frontières
?
En
s'appuyant sur les travaux de Michel Foucher on peut distinguer :
"
Les frontières intra-impériales qui délimitent
les colonies dominées par une même puissance. Ce sont des
limites administratives et des frontières qui jouent un rôle
de trait d'union. Elles sont parfois tracées sur d'anciennes
limites.
"
Les frontières inter-impériales : elles marquent la limite
de la colonisation de deux colonies rivales. Elles sont issues de conventions
et sont immuables sauf guerre ou négociation.
Selon
les cas, l'impact sur le vécu des populations est très
variable. Soient elles fuient, soient elles se lancent dans la contrebande
Les incidents sont souvent réglés à l'amiable.
Le jeu des populations a pu faire bouger les frontières. Dans
le cas des nomades qui pouvaient poser problème, il a existé
des accords entre chefs de subdivisions. Paradoxalement, il existait
des nomades " assignés à résidence "
!

Que
s'est-il passé après les indépendances ?
En
Afrique, avant la colonisation, les frontières, même les
frontières-zone entre les empires ou les royaumes, étaient
des frontières mouvantes en fonction du rayonnement de l'autorité
centrale.
C'était
en réalité des zones-tampon qui se rebellaient parfois
si l'administration centrale était plus faible.
Cette
notion est balayée par les colonisateurs. Mais l'indépendance,
a supprimé les frontières internes et les a transformées
en frontières internationales, c'est à dire en frontières-lignes,
en frontières-limites rigides.
Quelle
est la fonction de ces frontières ?
"
Elles délimitent un espace territorial, un marché national
et une appartenance nationale.
"
Elles ont une fonction de délimitation d'un Etat et une fonction
fiscale. Il faut intégrer ces frontières car les Etats
ont pris conscience de leur souveraineté. Ils ont cherché
à former une nationalité à l'intérieur de
ces frontières. La territorialité crée une nationalité.
"
Elles ont une fonction de contrôle des relations avec l'extérieur,
des personnes et des marchandises. Il faut des hommes pour les surveiller.
On
comprend pourquoi les Etats s'arc-boutent sur ces frontières.
Cependant les ex-frontières intérieures des empires coloniaux,
qui n'étaient pas délimitées précisément,
doivent être précisées. Elles sont porteuses de
beaucoup de contradictions et on interprète souvent les cartes
en fonction d'arguments ethno-linguistiques.
C'est
ainsi que les frontières sont devenues des bombes à retardement.
Par
exemple entre le Mali et le Burkina-Faso, il y a 1275 km de frontière
mais les territoires qu'elle traverse sont très variés.
La frontière Nord-Ouest du Burkina est le sujet d'une contestation
car elle partage une zone vitale pour les populations de la région.
Elle
était pour ces agriculteurs et ces éleveurs une zone de
convergence autour d'oasis et reste une région très convoitée.
La frontière avait été tracée de façon
arbitraire et a été la source de conflits en 1975 et en
1985.

Une
frontière est primordiale pour la gestion d'un pays et la richesse
du sous-sol est déterminante.
Une
frontière est aussi une porte.
A
l'époque coloniale, l'AOF rencontrait déjà des
conflits en interne. Certains des territoires étaient de véritables
passoires : pour échapper au fisc, pour faire de la contrebande
Le
Togo a longtemps critiqué le Ghana qui ne protégeait pas
les frontières, mais chacun sait qu'aucun pays n'a les moyens
de protéger réellement les frontières.
Il
y a également, une contradiction entre le désir de création
de communauté et la nécessité qui en découlerait
de partager les ressources
.
On
rencontre les mêmes problèmes entre le Nigeria et le Bénin
: personne n'est prêt à renoncer aux frontières
et chacun s'accuse de laisser passer les opposants politiques
..
On
le voit bien en ce qui concerne le conflit au Sahara Occidental.
Une frontière est l'acceptation d'une convention. Pour qu'il
y ait convention, il faut accepter l'autre. Ce n'est pas non plus un
problème de frontière, car il n'y a pas d'Etat. C'est
plutôt un problème d'existence identitaire.

Ce
territoire existe-t-il en tant que souveraineté ?
L'acceptation
de frontières est une intégration mentale.
En
1963, le Groupe de Casablanca voulait une refonte des frontières,
le groupe de Monrovia ne le souhaitait pas. Finalement, en 1964 au Caire,
l'OUA a tranché en faveur de l'intangibilité des frontières.
Mais il n'y a presque pas de pays qui n'ait pas de problèmes
de frontières. Sur 1200km de frontières qui ont été
la cause de conflits, environ 175 km l'ont été en raison
du pétrole
Mais
ne dédouanons pas non plus les colonisateurs, l'Afrique fait
partie du jeu diplomatique mondial
En
ce qui concerne les nationalismes, les frontières sont des sujets
sensibles. La nationalité s'exprime vers l'extérieur pour
faire passer les problèmes intérieurs. C'est ainsi que
le football permet l'émergence d'une identité nationale.
Les
chefs d'Etat africains ont tout de suite eu conscience de l'importance
de l'intangibilité des frontières et souhaitent leur maintien.
Cependant
cette notion d'intangibilité est vite dépassée
: quels sont les documents fiables ?
Ce
sont les cartes, les textes qui donnent aux frontières une existence
légale. Sinon, on leur demande de tenir compte des réalités
sur le terrain ( ce sont alors des frontières " de facto
" )
Aujourd'hui, les frontières sont intégrées dans
la plupart des cas, et les gouvernements agissent en connaissance de
cause.
Toute
violation de frontière est réprimée.
C'est
quand on veut créer des espaces régionaux que se repose
le problème des frontières. En effet, la disparition de
certaines frontières induit des baisses de revenus fiscaux et
douaniers.
Mais
les problèmes que rencontrent les pays enclavés les poussent
à rechercher des regroupements et la création de la CEDEAO
a permis une très nette progression des échanges.
La
guerre civile du Biafra correspondait à son époque à
une demande de frontière fondée sur des problèmes
économiques.
Les
conflits entre le Togo et le Ghana sont à rapprocher des conséquences
du partage que firent la France et la Grande Bretagne à la suite
de la Première Guerre Mondiale. Le Togo sous colonisation britannique
fut intégré au Ghana. Mais la frontière correspond
à une identité ethnique, une identité fondée
sur des aspects culturels. Il y a un clivage sur les relations avec
les colons
Conclusion.
Ce
ne sont pas les frontières qui sont un problème. Le problème
est celui de l'Etat et de sa souveraineté ou de sa capacité
à intégrer les populations. Les Touaregs du Mali sont
en conflit d'intégration. On assiste à une marginalité
interne. L'Etat doit accepter qu'ils en fassent partie ( armée,
administration )
Difficulté à créer des ensembles plus vastes. On
se crispe sur les frontières. Il faudra pourtant en arriver à
des frontières pacifiées pour conclure des alliances supranationales.

L'Afrique se dirige-t-elle vers l'union ou vers le morcellement ? Quels
sont les critères de jugements en Europe ?
L'existence
de micro Etats pose problème : certains pays ne vont pas pouvoir
survivre dans cette situation.
Pour
gérer les conflits, les ont plutôt recours à la
Cour Internationale de La Haye plutôt qu'à l'OUA de l'époque
qui a souvent échoué ( par exemple en 1986, le Mali et
le Burkina y ont déposé un mémoire pour une reconnaissance
des frontières au moment de l'indépendance )
L'histoire
donne quelques leçons : il faut un moment de consolidation des
frontières, et cette consolidation doit se faire le plus vite
possible pour avoir des frontières pacifiées et sereines.
Il
faut impérativement éviter les morcellements qui mènent
au désastre. Ce n'est qu'une fois que les frontières sont
acceptées que l'on peut envisager la création d'autres
ensembles, comme cela s'est produit en Europe.
Les
deux doivent coexister.
L'intégration
a de plus vastes ensemble pose problème au niveau des Etats,
pas au niveau des peuples.
Il
existe des chefs coutumiers dont l'autorité s'étend sans
difficultés sur deux pays.

Secrétariat
général du Gouvernement en Exil de Djibouti.
50
Avenue des Roses - 54630 - Richardménil - France.
Téléphone
et télécopie : 00 33 (0)3 83 25 77 26.
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