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Dernière modification : le 27-Sep-2002 22:47 (GMT+1 / Bruxelles)

26/09/02 Le Conseil du GED, sous la signature de son Président, adresse une lettre ouverte à Monsieur Jacques Chirac, Président de la République française, au Premier Ministre et aux Présidents des Assemblées, à l'occasion de la visite de France de Monsieur Ismaël Omar Guelleh, en qualité de Président de la République de Djibouti.

Bruxelles le 25 septembre 2002

à Monsieur Jacques Chirac,
Président de la République française,

Monsieur Jean Pierre Raffarin,
Premier ministre et chef du gouvernement,

Monsieur Christian Poncelet,
Président du Sénat,

Monsieur Jean Louis Debré,
Président de l'Assemblée nationale.


Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de l'Assemblée nationale.

Dans quelques jours M ISMAËL OMAR GUELLEH, reconnu par la France comme Président de la République de Djibouti, va être reçu à Paris par les plus hautes instances de l'Etat et du Gouvernement.

Le peuple djiboutien, l'opposition politique au régime dictatorial en place à Djibouti et les membres du Gouvernement en exil de Djibouti tiennent à attirer votre attention sur la situation actuelle et sur ses conséquences graves pour l'avenir du pays.

La situation de catastrophe économique, politique et sociale qui prévaut en République de Djibouti ne saurait être imputable à une sorte de " fatalité africaine " mais elle est la conséquence directe de tous les détournements d'argent public dont se rend coupable le régime et son entourage.

Pour la seule personne d'ISMAËL OMAR GUELLEH, ces détournements ont été chiffrés par des économistes, à plus de cent quarante millions d'US dollars, dont plus de soixante millions d'US Dollars par prélèvement direct sur les Finances publiques depuis qu'il s'est attribué tous les pouvoirs après la falsification des élections présidentielles de 1999.

L'opposition djiboutienne unie et solidaire condamne :

  • toutes les atteintes graves aux Libertés politiques, à la Justice, aux Droits de l'Homme, ainsi qu'au Droit d'expression. Dans les conditions actuelles, l'exercice d'un débat démocratique dans le pays, libre et transparent est devenu impossible. Par exemple, l'ouverture annoncée au multipartisme intégral se heurte à des oppositions et à des conditions qui paralysent son application ….
  • la mise en œuvre anticipée, depuis quelques mois, de nombreuses manœuvres et opérations qui auront pour effet de fausser le résultat des prochaines élections législatives et régionales, prévues dans les mois à venir. Nous disposons d'informations suffisamment précises et concordantes pour que le doute ne soit plus permis.
  • la répression des opposants politiques qui doivent s'exiler car ils sont pourchassés ! Leurs familles lorsqu'elles restent à Djibouti sont soumises à des pressions policières inimaginables : pressions, licenciements, interrogatoires, tortures selon les cas et menaces à chaque instant d'emprisonnement arbitraire dans l'une des prisons du pays, sans motif ni jugement.
  • l'Etat de désastre et de crise constaté aux niveaux des administrations, quel que soit le ministère et/ou le service concernés, dont les fonctionnaires ou assimilés subissent de manière récurrente des retards de versements de leurs salaires allant jusqu'à neuf mois.

Tout cela provoque des grèves de plus en plus fréquentes et des manifestations, réprimées rapidement par les soldats de la Garde présidentielle, qui n'hésitent plus à utiliser leurs armes. Par exemple, c'est que grâce à l'intervention rapide des soldats allemands présents et de l'arrivée rapide des Forces françaises, que l'une des dernières manifestations ne s'est pas achevée sur un bilan encore plus dramatique : nous avons déploré 4 morts (au minimum) et de nombreux blessés, parmi les anciens militaires handicapés qui réclamaient le paiement de leurs pensions. Une autre manifestation, celle des retraités a aussi été réprimée par la force des armes chargées à balles réelles, provoquant de nombreux blessés, parmi les vieux travailleurs..

Toutes les souffrances, vécues au quotidien par les différentes couches de la population, qui subit depuis des années une inexorable paupérisation, ont créé une montée irréversible du mécontentement. Le résultat est le souhait largement partagé et clairement exprimé par la Nation djiboutienne de mettre un terme définitif au régime dictatorial d'ISMAËL OMAR GUELLEH et de ses quelques " Mandarins opportunistes " qui l'entourent. Le peuple veut instaurer un Etat de Droits dans notre pays, restaurer la Démocratie et les libertés fondamentales.

Nous condamnons avec la plus grande fermeté et sans équivoque possible la politique de " chantage à la pauvreté " entretenue par M ISMAËL OMAR GUELLEH. Il pille et il dilapide les finances publiques d'un côté et en même temps, il sollicite en permanence (comme il fera certainement au cours des entretiens que vous lui accorderez) les aides financières de la République française et de la Communauté internationale. Il ne fait aucun doute que ce Président autoproclamé sait que son régime arrive bientôt à son terme et désormais, il n'a même plus de raison pour se cacher lorsqu'il détourne toutes les subventions vers des comptes bancaires ouverts dans des paradis fiscaux où il entasse une fortune de première importance.

Nous imaginons bien que la diplomatie française doit se sentir interpellée, dès lors que le Président Guelleh, (comme il l'a fait encore dernièrement), pratique une deuxième forme de chantage : celle qui consiste à remettre en cause la présence militaire française.

Nul ne peut contester les liens historiques et amicaux qui unissent la République française à Djibouti et qui unissent nos deux Peuples.

Permettez-vous de vous dire alors, avec le plus grand respect que nous portons à votre pays et à ses institutions, que n'est pas en cédant au chantage du Président Guelleh et en lui envoyant de nouvelles subventions, que la France se maintiendra dans la durée à Djibouti.

Bien au contraire, ces subventions ne peuvent qu'avoir un effet éphémère et inverse, car elles sont détournées. Une partie sert à rémunérer les mercenaires de la Garde présidentielle et à les approvisionner en armes et en munitions, pour réprimer les manifestations et les rébellions.

La population de notre pays reste et demeure fondamentalement attachée au maintien de la présence française à Djibouti mais exprime, une fois encore, une grande incompréhension du fait que le pays des Droits de l'Homme et initiateur de la Francophonie puisse continuer à cautionner la politique suicidaire et scandaleuse, conduite à Djibouti par ISMAËL OMAR GUELLEH.

Beaucoup d'indicateurs nous permettent d'affirmer aujourd'hui que des changements fondamentaux se préparent dans notre pays.

Quelque soit la forme que prendront ces changements, nous demandons à toutes les forces militaires étrangères stationnées sur le territoire de la République de Djibouti de ne pas intervenir, en aucun moment ou de quelque manière que ce soit, pour porter assistance au régime dictatorial d'ISMAËL OMAR GUELLEH, mais de laisser la Nation djiboutienne seule, responsable et en toute souveraineté, prendre ses responsabilités et assumer toutes les dispositions qui seront nécessaires pour restaurer la démocratie et mettre en place un gouvernement légitime.

Nous sommes conscients, Monsieur le Président de la République, de l'attention toute particulière que vous portez à la Nation djiboutienne et aux respects de ses droits. Nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Président du Sénat, Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, à la confiance que nous avons dans la France, amie de longue date et nous vous adressons l'assurance de nos sentiments les plus respectueux, sachant que vous comprenez les objectifs et les finalités de notre combat pour que le Peuple djiboutien retrouve son honneur, ses libertés et ses Droits fondamentaux et que vous le soutiendrez, au nom de la Justice et de l'Equité, qui sont une grande tradition française.

pour le Gouvernement en Exil de Djibouti,
au nom de l'opposition politique
et de la Nation djiboutienne

le Président Mahamoud Idriss Ahmed


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