


http://www.gouv-exil.org/





Le
Général de Division (à titre temporaire)
M ALI ABDILLAHI
IFTIN
Commandant
le Mouvement Djiboutien
de Libération Nationale







27/04/05
- Affaire Borrel, lenquête impossible.
David
Servenay - RFI.

Le
juge Bernard BORREL
Dix
ans après la mort de Bernard Borrel à Djibouti, la justice sait
que ce juge français a bel et bien été assassiné,
le 18 ou le 19 octobre 1995. Par qui ? Pourquoi ? Deux questions encore sans réponse.
Seule certitude : en France, de nombreuses autorités se sont efforcées
de freiner lenquête ou den arrondir les angles saillants. Enquête
de David Servenay.
L«
échec » des meilleurs policiers de France
De
tous les enquêteurs sétant penchés sur laffaire
Borrel, ceux de la Brigade criminelle ont été les plus convaincus
à défendre la thèse du suicide du juge Bernard Borrel. Pourtant,
dans lécheveau des indices, des témoignages et des fausses
pistes, il fallait envisager toutes les possibilités : suicide, meurtre
ou assassinat ? Mobile privé ou raison dEtat ? Vengeance professionnelle
ou règlement de comptes personnels ?
En
effet, tout semble confus, le 19 octobre 1995, lorsque des gendarmes français
découvrent le corps sans vie de Bernard Borrel, magistrat français
détaché par la coopération à Djibouti pour assister
le ministre de la justice, Moumin Badon. Et surtout cette image spectaculaire
dun cadavre à moitié calciné retrouvé au pied
dune falaise à 80 kilomètres au nord-ouest de Djibouti, face
à lîle du Diable.
En
reprenant le dossier après les gendarmes et trois ans après les
faits, les policiers pouvaient relever un vrai défi denquêteur
ou accomplir un simple exercice judiciaire, passage obligé du quotidien
judiciaire. Entre les deux, les enquêteurs de la Criminelle nont pas
hésité longtemps. En témoigne, cette simple phrase. Une phrase
ciselée, comme si son rédacteur avait soigneusement pesé
chaque mot, chaque virgule et chaque qualificatif. Un modèle du genre,
à la dernière page du rapport de synthèse rédigé
par la section anti-terroriste de la Brigade criminelle, en novembre 1999, après
un an et demi denquête sur le dossier :
«
Sauf à envisager lexistence dun vaste complot politico-judiciaire,
impliquant dissimulation déléments denquête par
les premiers intervenants, procès-verbaux volontairement erronés,
examens médicaux orientés et conspiration généralisée
du silence, lhypothèse dun assassinat ne peut à ce jour
être sérieusement retenue. »
Un
modèle du genre, car au fil des vérifications, les policiers ont
balayé une à une les différentes pistes du dossier. Dans
leur sabir, ils ont « fermé les portes » avec efficacité,
mais parfois aussi avec une naïveté étonnante de la part de
la prestigieuse brigade du 36 Quai des Orfèvres. Le rédacteur de
cette sibylline conclusion a-t-il voulu montrer aux destinataires du rapport quil
nétait pas dupe de la supercherie ? Laisser une trace aux historiens
? Un hameçon aux journalistes fouineurs ? En tout cas, les enquêteurs
concluent, sans ambiguïté, au suicide.
Ce
faux-semblant fait rire Elisabeth Borrel, la veuve de Bernard Borrel (elle-même
juge des enfants depuis 23 ans) : « C'est assez amusant, parce que, quand
on reprend chacun des termes -dissimulation déléments, PV
erronés, examens médicaux orientés- je peux vous donner pour
chacun dentre eux des preuves dans le dossier de ce quils existent.
» Le rire sarrête brusquement. «En fait, ces policiers
nont jamais envisagé la thèse de lassassinat et ils
nont jamais enquêté dessus. » Et Elisabeth Borrel de
se souvenir dun autre procès-verbal surprenant, le premier PV de
constatations rédigé par les gendarmes de la prévôté*
où il est question « détayer la version du suicide ».
*
Les gendarmes de la prévôté ont pour mission denquêter
sur les crimes et délits commis ou subis par les militaires français
en opération extérieure. Bernard Borrel étant un civil, ils
navaient aucune compétence judiciaire pour enquêter sur cette
affaire. Pourtant, ce sont deux gendarmes de la prévôté qui
découvrent le corps de Bernard Borrel le 19 octobre 1995, à 7h30,
en contrebas dun parking au lieu-dit du Goubbeh, à 80 kilomètres
de la capitale de Djibouti. Puis, cest leur chef qui rédige le premier
procès-verbal de constatations.
Si
la France est aussi présente sur le territoire de cette ancienne colonie,
indépendante depuis 1977, cest que Djibouti abrite la plus importante
base militaire française en Afrique : 2 800 hommes stationnés en
permanence et une énorme station découtes captant tout le
Proche-Orient.
Les
juges se succèdent, au détriment de lenquête
Dix
ans déjà que la veuve de Bernard Borrel lutte pour « savoir
la vérité », pour comprendre, pour « transmettre des
valeurs à ses enfants », précisent ses amies, un petit groupe
de femmes rencontrées à son arrivée au tribunal dinstance
de Toulouse à lhiver 1995. Elisabeth Borrel a alors 37 ans, plus
de mari et deux enfants, Louis-Alexandre, 8 ans et François-Xavier, 5 ans.
Mais surtout, un énorme poids sur la conscience : le « suicide »
de son mari, Bernard, 40 ans.
«
Quand elle est arrivée, se souvient Josée Nicolas, cétait
une femme cassée ». Josée fait partie du « village gaulois
» -le surnom quelles ont choisi- le village de celles qui lont
crûe immédiatement et soutenue, car au départ personne na
vraiment envie découter Elisabeth Borrel. Elle pleure, souvent. Elle
évoque des noms inconnus, les Djiboutiens au pouvoir. Elle na plus
personne avec qui échanger. Les coopérants français ont reçu
lordre de ne plus lui parler.
Face
à ce désespoir et aux doutes de cette catholique -pratiquante sans
être bigote- la justice toulousaine ouvre une enquête pour «
recherche des causes de la mort ». Myriam Viargues, juge dinstruction
à lexcellente réputation, prend le dossier. Les experts traînent,
lautopsie na lieu que trois mois plus tard, en février 1996.
Une
commission rogatoire internationale est envoyée à Djibouti pour
récupérer les premiers éléments de lenquête.
Elle ne reviendra jamais. Au bout dun an, la juge a une conviction -ce nest
pas un suicide- mais pas de preuves. Le dossier est finalement « dépaysé
», il passe entre les mains de deux magistrats parisiens, Marie-Paule Moracchini
et Roger Le Loire. En janvier 1998, les deux juges démarrent leur enquête,
convaincus eux aussi de la thèse de lassassinat. Pourquoi ? Sans
doute parce quils ont lu le rapport des gendarmes toulousains :
«
La thèse du suicide est en opposition avec des éléments dont
certains sont inconnus ou inexpliqués. A ce stade, les aspects conjugaux
ou extra-conjugaux paraissent pouvoir être écartés. Catholique
pratiquant, jouissant dune bonne santé, Bernard Borrel avait de grandes
qualités humaines et professionnelles unanimement reconnues. (
) le
contexte socio-politico-économique de Djibouti pourrait ne pas être
étranger à la mort violente de Bernard Borrel, si aucune autre voie
nest trouvée relevant de son entourage ou de ses relations. »
Pour
vérifier ces éléments, les juges lancent leurs recherches
en confiant lenquête aux limiers de la Criminelle. Tout est repassé
au peigne fin : témoins, comptes bancaires, constatations matérielles,
examen des téléphones mobiles
Les magistrats se rendent à
Djibouti avec un expert, le docteur Dominique Lecomte, directrice de lInstitut
médico-légal de Paris, mais sans les avocats de la partie civile.
Une erreur de procédure qui sera fatale au tandem, puisque les deux juges
seront dessaisis à la suite de cette reconstitution. Plus grave : à
lautomne 1999, alors quils prévoient de boucler leur dossier
par un non-lieu, les deux juges font la sourde oreille à un témoin-clé.
A
Bruxelles où il sest réfugié, Mohamed Alhoumekhani
sest adressé aux magistrats français, sans résultat.
Il se décide alors à parler, à visage découvert
aux journalistes.
En
janvier 2000, cet ancien officier de la garde présidentielle raconte toute
son histoire au Figaro. Deux mois plus tard, Marie-Paule Moracchini et Roger Le
Loire viennent lentendre à Bruxelles. Cette audition se déroule
sans son avocat, mais en présence de deux officiers de police judiciaire
belges.
«
Le climat nétait pas bon avec la juge, madame Moracchini était
très nerveuse, dit le témoin, lorsque jai terminé,
elle ma dit de faire attention à la mafia corse et à la mafia
libanaise et elle a ajouté "vous savez que votre président
est très méchant et que ses gardes du corps aussi, et il paraît
même quils sont partis contre vous" ».
Cette
adresse -menace, mise en garde ou simple conseil ?- sera confirmée par
les policiers belges. Marie-Paule Moracchini na pas souhaité nous
répondre, estimant que son «statut de magistrat [lui] interdit de
parler à des journalistes d'une affaire dont [elle a] eu la charge en tant
que juge d'instruction ». Elle dit préférer lenceinte
judiciaire pour défendre son point de vue. Elle a dailleurs intenté
de nombreux procès en diffamation, contre des journalistes et contre les
avocats dElisabeth Borrel. Aucune procédure nest, à
ce jour, définitivement terminée. Roger Le Loire, quant à
lui, na pas répondu à nos relances, après nous avoir
indiqué quil allait « réfléchir » à
notre sollicitation.
Les
services secrets français brouillent le jeu
Un
nouveau juge dinstruction, Jean-Baptiste Parlos, sera le redresseur de la
procédure. Après un nouveau transport à Djibouti, il décide
dexhumer le corps une seconde fois pour procéder à une nouvelle
expertise confiée à un collège de quatre légistes.
Une mesure décisive, car elle va permettre deux ans plus tard davoir,
enfin, des preuves dans un dossier qui en manquait singulièrement. Puis
il passe la main au juge Sophie Clément qui sattaque à la
dimension étatique de laffaire.
Le
juge dinstruction a beau être, selon le mot attribué à
Napoléon, «lhomme le plus puissant de France », ses prérogatives
pèsent peu face à lintérêt supérieur de
lEtat tel que le définit le secret-défense.
En
suivant à la lettre la procédure de déclassification des
documents détenus par les services secrets français, la juge obtient
une petite partie des rapports rédigés par les hommes de lombre.
Rien pour les années 95 et 96, à lépoque des faits.
Puis, pour les années 93-94 et la période sétalant
de septembre 1997 à mai 2003, quatre documents de la DGSE (Direction générale
de la sécurité extérieure / espionnage) et dix documents
de la DPSD (Direction de la protection et de la sécurité de la défense
/ renseignement militaire). Des documents qui napportent pas grand chose
à la compréhension des événements, laissant même
parfois apparaître lironie bienveillante de leurs rédacteurs.
Par exemple, une note rédigée par le chef de poste de Djibouti détaille
les pérégrinations dune équipe de journalistes de Canal
+ enquêtant sur place*.
*
Sans intérêt autre que celui de savoir jusquoù les enquêteurs
de la chaîne de télévision iraient dans leurs recherches et
leurs rencontres. Juge Borrel : révélations sur un suicide impossible,
diffusé en décembre 2002, est la première enquête journalistique
à révéler les mensonges de la version officielle.
Pour
ce qui est de la production de la DGSE, le contenu des notes transmises par le
ministère de la Défense tient en deux axes : premièrement,
il faut plutôt retenir la thèse du suicide ; deuxièmement,
cette affaire met en péril les relations franco-djiboutiennes. Cest
lessentiel de lanalyse fournie, à lépoque, au
gouvernement Jospin. La DST (Direction de la surveillance du territoire / contre-espionnage)
nest pas en reste, puisque sur un classeur épais dune dizaine
de centimètres, seuls deux feuillets ont été déclassifiés.
Lembarras
des espions français devient franchement perceptible à la lecture
de leurs auditions face à Sophie Clément. Tous les hommes présents
à lépoque des faits ont été interrogés.
Ils ne disent pas toute la vérité, cest leur métier.
Ils ont aussi une obligation légale, puisque tous sont habilités
« secret-défense » qui leur interdit formellement de dévoiler
certaines informations. Plus gênant : ils nont pas du tout la même
vision des faits. Et ce, dès le début. Le 21 octobre, deux jours
après la découverte du corps de Bernard Borrel, ils se rassemblent
pour leur traditionnelle réunion hebdomadaire déchange dinformations.
Au
menu de la discussion : Bernard Borrel, suicide ou assassinat ? « Les
gens connaissant monsieur Borrel nimaginaient pas quil ait pu se suicider
par le feu », dit lun des hommes de la DPSD.
Pourtant
les principales autorités expatriées soutiennent mordicus la thèse
du suicide, thèse annoncée dès le 19 octobre à 13h
par un premier télégramme diplomatique signé du chef de la
mission de coopération : « M. Borrel a mis fin à ses jours
», écrit Jean-Jacques Moulines. En fait, cette réunion
se passe mal, car les espions -DGSE et DPSD en tête- ne croient pas du tout
à la version officielle donnée par les autorités françaises
locales. M. A. le dit sans ambages à la juge Clément :
«
Je peux dire quil sagit dune affaire politique et que la réponse
à cette question ne peut être que politique. Cest une réponse
qui ne peut être faite que dEtat à Etat. » On ne
peut être plus explicite, le dossier Borrel gêne autant Djibouti que
Paris.
Malaise
persistant lorsque la juge auditionne un autre agent secret. Celui-ci na
pas été en poste à Djibouti, mais il est sans doute lun
des premiers de la DGSE à avoir eu
des doutes. Voici comment M. B.
entame son récit : «Fin 1995, jai reçu, dans le cadre
de mes activités professionnelles, des informations selon lesquelles Bernard
Borrel serait mort, que cette mort serait due à un suicide fondé
sur des tendances pédophiles (
) ».
Parmi
toutes les rumeurs qui ont couru sur les déviances supposées de
Bernard Borrel (adultère, jeux, drogue) la pédophilie sera celle
qui reviendra le plus fréquemment. Or, aucun élément du dossier
judiciaire ne vient étayer un commencement de début de preuve en
la matière. Deux témoins évoquent effectivement le cas dun
coopérant à lhomosexualité notoirement connue, à
qui il est effectivement prêté des « tendances pédophiles
».
Mais
ces témoins sont formels, il ne sagit pas de Bernard Borrel. Là
encore, cette rumeur est la marque dun savant travail de sape des «
services ».
«
En réalité, poursuit le témoin, il aurait été
assassiné en raison dinformations compromettantes quil aurait
recueillies dans le cadre de ses activités professionnelles à Djibouti.
» Lespion ne va pas plus loin sur les faits, mais il précise
: « cette source ma donné des détails sur la légende
construite autour de la mort de Bernard Borrel pour dissimuler lassassinat
et également pour que sa mort serve dexemple. » La légende,
dans le jargon de la « Piscine », cest la couverture donnée
à un agent ou à une cible pour justifier une version officielle
crédible.
La
« Piscine » est le surnom donné au siège de la DGSE,
située boulevard Mortier à Paris, juste à côté
de la piscine des Tourelles.
Question
de la juge :
«
vous a-t-il dit si des membres du personnel politique djiboutien étaient
impliqués dans cet assassinat ?
Réponse
de lagent : Il ma dit que des membres des services spéciaux
étaient directement impliqués, au moins dans lexécution
de lopération. » En se retranchant derrière le secret-défense
et la protection des sources du service, ce témoin ne va pas plus loin
dans lexplication de texte, mais il conclut son audition par ces phrases
sibyllines :
«
Le sens de la DGSE, son seul sens, cest la raison dEtat. Elle travaille
en dehors de la légalité nationale et internationale, avec des procédures
clandestines pour obtenir des renseignements. Sa seule légitimité
est la raison dEtat. Il peut arriver, comme partout ailleurs, quil
y ait des dérives personnelles ou des coalitions dintérêt.
Dans ce cas, son travail peut être dévoyé, voire dévergondé.
Je pense que cela a dû aussi être le cas à propos du décès
de Bernard Borrel. »
Que
faut-il comprendre à ce commentaire ? Les services spéciaux français
ou certains de leurs membres ont-ils une responsabilité dans la mort dun
juge, le troisième* magistrat français assassiné depuis le
début de la Ve République ? Auraient-ils reçu lordre,
dix ans après les faits, de brouiller une nouvelle fois les pistes ? Pour
protéger quel secret ? Ou quels intérêts ?
*
Le 2 juillet 1975, le juge Renaud, lun des fondateurs du Syndicat de la
Magistrature, est abattu en pleine rue à Lyon par trois tueurs. Le 21 octobre
1981, Pierre Michel, juge à Marseille, est abattu par deux tueurs, alors
quil enquête sur le réseau de la French Connection, un réseau
de trafiquants dhéroïne. Bernard Borrel fut major de sa promotion
de lENM, promotion « Juge Michel ».
David Servenay
Article
publié le 27/04/2005
Dernière mise à jour le 27/04/2005
à 11:33 (heure de Paris)

Notes
de la rédaction du site du GED.
"
Le mensonge est une pratique détestable contre laquelle nos démocraties
occidentales sont largement protégées, grâce, notamment, à
l'action de la presse." Jacques Chirac.
"
On rétablira la morale publique, pas seulement en donnant l'indépendance
au juge. On la rétablira en réhabilitant l'éducation civique."
Jacques Chirac.
"Face
à l'intolérance et à la haine, il n'y a pas de transaction
possible, pas de compromission possible, pas de débat possible. "
Jacques Chirac.
"
On ne peut pas être un homme d'Etat si l'on ne sait pas garder un certain
équillibre." Jacques Chirac.
"
Quand le peuple perd l'espoir, sa colère finit toujours par s'exprimer"
Jacques Chirac.
"Les
droits de l'homme ne valent que parce qu'ils sont universels." Jacques
Chirac.
"Les
grands décisions ne peuvent être prises contre un peuple." Jacques
Chirac.
"C'est
le déclin quand l'homme se dit "Que va-t-il se passer ?", au
lieu de dire "Que vais-je faire ?" . Jacques
Chirac.
"Il
ne faut pas blesser une bête : on la caresse ou on la tue." Jacques
Chirac.
"Le
courage, c'est de ne pas avoir peur." Jacques
Chirac.