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Le
Général de Division (à titre temporaire)
M ALI ABDILLAHI
IFTIN
Commandant
le Mouvement Djiboutien
de Libération Nationale

30/11/04
- DJIBOUTI - Une autre conception de la Justice, une autre façon d'envisager
le Droit à Djibouti, le retour de se nos juristes en exil sont parmi les
premières exigences concomitantes à une reconstruction de l'État
djiboutien.
Par
Hussein BOULALEH ABDILLAHI
Depuis
bien des années, il est devenu presque banal de dénoncer les dysfonctionnements,
la crise économique et sociale, le dépérissement, les carences
en matière de Justice voire la disparition de l'État en tant que
tel dans notre pays.
Si
nous donnons parfois l'impression de nous répéter c'est que rien
n'a changé, bien au contraire, alors que le régime protectionniste
de la " Pensée unique " et des " Artifices de façade
" perdure en se maintenant dans l'erreur..

L'héritage
des incohérences entretenues, la facture est lourde de par les " mauvaises
habitudes " qui se sont instaurées tel que le recours à lune
forme de " mendicité de l'Etat " vis-à-vis des pays étrangers
:
Le tableau - hélas
du désastre constaté - ne serait pas achevé si l'on oubliait
de mentionner notre Education nationale et la Formation professionnelle avec des
milliers d'enfants sans école, des écoles publiques laissées
à l'abandon par l'Etat et qui sont sans cesse réhabilitées
par des unités militaires étrangères, installées dans
notre pays..
A l'instar des autres secteurs de la fonction publique et de
par l'immobilisme récurrent de quelques ministres se confortant dans l'irresponsabilité
et l'incompétence, notre Education nationale et la Formation professionnelle
sont au fond du gouffre de toutes les incohérences.
Aux arriérés
de versement des soldes et des salaires, impayés depuis des mois dans toute
la fonction publique, s'ajoutent les conditions d'existence et notamment de logement
de nos fonctionnaires, militaires, gendarmes et policiers.
Rien de change,
mais en pire.
Aucune amélioration à espérer dans ce domaine,
le pire étant que l'on ne peut guère en attendre d'un tel régime
politique qui - malgré ses discours aussi mensongers qu'anesthésiques
- privilégie quelques uns et quelques unes au détriment de tous
les autres.
Face un immobilisme politique avec une opposition sans droit de
parole et servant de caution internationale à toutes les élections
falsifiées par le pouvoir, il convenait d'agir.
Pour de multiples raisons
ayant trait à la situation à Djibouti - notamment l'absence de Droit
d'expression et toutes les atteintes aux Droits de l'Humain - des hommes et des
femmes se sont rassemblés dès l'année 2000.
Deux années
plus tard et sur la base d'un programme de substitution - largement discuté
- pour proposer le moment venu une alternative au diktat politique imposé
par Ismaël OMAR GUELLEH associé à un quarteron d'affairistes
mafieux qui pillent les patrimoines et les " caisses de l'Etat " comme
ils le font avec toutes les Aides internationales dans un pays placé sous
perfusions financières externes et constantes.
La conséquence
de ce rassemblement en sera l'émergence officialisée du Gouvernement
en Exil qui dés lors va introduire dans les esprits quatre postulats synchroniques
qui seront :
changement de régime politique sous la pression constante
exercée par le Mouvement Djiboutien de Libération Nationale,
mise
en place d'un Gouvernement d'Union Nationale privilégiant par priorité
les compétences de tout en harmonisant au mieux les représentativités
ethniques et tribales,
restaurer l'autorité de l'Etat, la Justice et
toutes les institutions nationales. Faire en sorte que chacun retrouve sa place
donc sa dignité,
appliquer un programme de " bonne gouvernance
" dans un Etat de Droit et Républicain, respectant les libertés
publiques.
Le bilan des échecs doit inciter à la réflexion.
Changement de régime, ne pas produire les mêmes erreurs qui auraient
indubitablement les mêmes conséquences ?
Est-ce dire pour autant
que la société djiboutienne devrait entrer dans une " liberté
à outrance " ou qu'il y règnerait demain et avec ce gouvernement
d'Union nationale, comme certains pourraient le penser, la "loi de la jungle"
avec tout ce que le terme implique de péjoratif pour les Djiboutiens qui
passeraient ainsi de Charybde en Scylla ?.
À l'évidence, non.
Sans poser en postulat, comme le font certains, que le droit est la discipline
sociale par excellence, nous sommes cependant tentés d'affirmer le constat
que les sociétés ont besoin d'une certaine mesure " de respect
de droit comme de pain ". On constate donc - et le constat est presque unanime
- que dans le Djibouti d'aujourd'hui, des réseaux normatifs se sont créés
au fil des ans, fondés sur toutes espèces de solidarités
et d'intérêts personnels et sur l'émergence de personnalités
vers lesquelles les individus se sont tournés plus ou moins spontanément
pour satisfaire leur besoin d'une forme de tentative de rétablir une justice
sociale pour leur survie quotidienne et celle de leur famille.
Se sont juxtaposés
ainsi et depuis ces dernières années un grand nombre de réseaux
" normatifs ", complémentaires ou concurrents sous la mainmise
de l'État de la " pensée unique " vouée à
un seul homme s'étant arbitrairement investi de tous les pouvoirs - publics
comme privés - qui, précisément, n'ont en rien contribué
à la constitution d'une Justice responsable et oeuvrant dans l'intérêt
de la société djiboutienne dans son ensemble.
Un tel système
mis au banc de la société - qui fait fi de la Constitution nationale
comme de nos lois - contredit non pas seulement la législation introduite
par le colonisateur, mais encore un certain ordre public ou une certaine idée
de la justice, voire de la morale, qui sont propres aux valeurs universellement
reconnues tout comme celle sur lesquelles s'appuie la Francophonie.
Passe
encore que ce " système Ismaïlien " ait été
condamné pour lui-même, si, au moins, il n'avait eu, sur l'État,
à travers l'administration de la justice qui relevait de lui, un effet
désastreux de caution à tous les excès de l'un vis-à-vis
de l'autre ; vice et versa.
Dans un tel système de " monopole étatique
" de la pensée comme de l'action uniques, les hommes et les femmes
ayant la responsabilité d'appliquer les lois - donc les juges -- se sont
vus discrédités d'abord, ignorés ensuite par les justiciables
; qu'ils soient Djiboutiens ou Etrangers au pays..
Dire le Droit a, dans le
modèle juridique importé par le colonisateur en Afrique, toujours
été tellement associé a la fonction étatique, qu'il
était impossible que le déclin de l'un
fût sans incidence
sur l'autre et vice-versa.
La reconstruction de l'État djiboutien par
la restauration de la Justice..
Il serait totalement erroné de croire
que l'État djiboutien ou son organisation judiciaire ait totalement disparu
ou encore que l'on puisse s'en passer. D'une part certains champs particuliers
du droit étatique continuent à exister; tel est le cas, par exemple,
de
certaines parties du droit administratif et du contentieux qui s'y attache.
Il
conviendra de voir dans le " nouvel Etat " un outil permettant de sortir
les populations de la condition -- n'ayons pas peur des mots -- de grande misère
matérielle et morale dans laquelle la société se débat
à l'heure actuelle.
L'État demeure l'interlocuteur de la communauté
internationale organisée et il serait difficile même d'imaginer qu'il
abandonne ce rôle.
Sans doute les ambassades et consulats, les sièges
dans les organismes internationaux, les participations aux grands forums mondiaux
peuvent-ils paraître vains, voire offensants, face à la situation
des populations, mais il est, dans l'état actuel des choses, impossible
de les ignorer.
Le faire serait définitivement condamner la République
de Djibouti au silence sur une scène où se joue en partie l'avenir
de ses populations. Même si son rôle y est réduit, elle se
doit d'y être présente pour y faire entendre sa voix. Il ne viendrait
donc à l'esprit d'aucun pluraliste de faire disparaître l'État.
Reste à voir de quel État il pourrait s'agir.
Au vu de plus
d'un demi-siècle d'évolution et de l'état actuel tant de
la conjoncture que des ressources disponibles, nous avons la conviction intime
que les défis qui attendent les " futurs gouvernants " sur le
simple plan de la survie matérielle des populations sont tels qu'il sera
difficile à cet État convalescent de consacrer une partie significative
de ses ressources à l'administration de la justice.
Ce ne sont d'ailleurs
sans doute pas les complexes organigrammes de cours et tribunaux ou les élaborés
statuts de la magistrature concoctés par des experts débarquant
avec des solutions d'importation clefs en main qui permettront de restaurer la
confiance perdue des justiciables dans les juridictions d'État.
On
en reviendrait dans ce cas au droit de papier qui a causé tant de dégâts
après avoir si bien démontré sa totale inefficacité.
Le travail -- pour ne pas dire le véritable labeur -- à accomplir
est autrement complexe et de longue haleine.
Oserais-je dire qu'il faut avoir
le courage de demander à la plupart des juristes djiboutiens,
formés
-- si l'on peut parler ainsi-- à notre image, de renouveler entièrement
la conception que
nous leur avons présentée du droit et de sa
mise en oeuvre.
N'est-il pas temps de les convaincre que notre système
actuel est en crise profonde particulièrement depuis 5 années.
L'encombrement
des rôles, avec son corollaire, l'extrême lenteur de la justice civile
ou la saturation des établissements pénitentiaires, au sujet desquels
on tend de plus en plus
à convenir qu'ils contribuent bien peu à
une éventuelle réinsertion sociale, quand ils ne sont pas
criminogènes,
de même que la pauvreté des moyens consentis à la justice
avec la conséquence
que ses services sont souvent en retard d'une guerre
par rapport à certaine délinquance dans le
champ financier, n'en
sont que des exemples.
Et, face à ces constats d'échec, apparaît
le recours de plus en plus fréquent à des modes de règlement
alternatif des litiges, au premier rang desquels figurent les diverses formes
que peut prendre la médiation ou encore le recours à des solutions
originales susceptibles de resocialiser le processus pénal.
Le rôle
de certains piliers traditionnels du système juridique positif tend ainsi
à être remis en question ou redéfini. On en trouve un exemple
dans la manière dont, par exemple, les notaires en viennent à repenser
leur place dans la société. Si les notaires, symboles pendant des
siècles d'une certaine tradition juridique européenne, en viennent
à trouver nécessaire un aggiornamento de leur profession, plus particulièrement
en direction de la médiation, n'est-il pas temps d'encourager les juristes
africains à repenser leur rôle social ?
Nous serions en effet
tentés de croire qu'à l'instar de certains notaires français
que leurs clients abandonnent pour des interlocuteurs plus proches d'eux, ils
voient une fraction de leurs clients potentiels ne plus les considérer
comme leur conseiller privilégié ou le premier juge de leurs procès.
Dans
la magistrature -- nombre d'avocats, de juriste et de magistrats, souvent de grand
talent, ont été contraints à l'exil en raison de l'opprobre
qui s'attachait à leur profession mal perçue par la population djiboutienne
alors que la situation s'est aggravée en quelques 5 années.
Certains
qui ont refusé l'exil ont passé un " compromis " avec
le régime actuel et exploitent un savoir ésotérique à
leur seul bénéfice personnel
.
Rôle social et formation
sont ainsi étroitement liés. Il est grand temps que les juristes
djiboutiens - y compris ceux qui s'ont en situation d'exil - reconstruisent la
Justice suivant un modèle éducatif et leur savoir ; d'évidence
dans un " Etat de Droit ".
Nous pensons qu'on ne reconstruira un
édifice étatique solide et authentiquement djiboutien et tourné
vers l'avenir qu'en prenant en compte les droits de TOUTES les populations, lla
grande masse des justiciables pour lesquels il est devenu totalement étranger,
si ce n'est comme mécanisme exogène d'oppression.
L'image qu'ils
se font de l'État les Djiboutiens et les Djiboutiennes et de la production
du droit ne manque, a priori, pas d'intérêt. Et, dans la mesure où
il s'agit bien d'images qui se construisent dans leur esprit comme autrefois et
encore aujourd'hui celle de la France dans celui du général de Gaulle,
la manière dont celles-ci se mettent progressivement en place au cours
de leurs études est essentielle. Il n'est jamais trop tard pour bien faire
et mieux vaut s'y prendre le plus tôt possible. Une autre conception de
la Justice, une autre façon d'envisager le Droit à Djibouti, le
retour de se nos juristes en exil sont parmi les premières exigences concomitantes
à une reconstruction de l'État djiboutien.
