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Le
Général de Division (à titre temporaire)
M ALI ABDILLAHI
IFTIN
Commandant
le Mouvement Djiboutien
de Libération Nationale

02/12/04
- DJIBOUTI - Une autre conception de la
Justice, une autre façon d'envisager le Droit à Djibouti, le retour
de se nos juristes en exil sont parmi les premières exigences concomitantes
à une reconstruction de l'État djiboutien.
Par
Hussein BOULALEH ABDILLAHI
Depuis
bien des années, il est devenu presque banal de dénoncer les dysfonctionnements,
la crise économique et sociale, le dépérissement, les carences
en matière de Justice voire la disparition de l'État en tant que
tel dans notre pays.
Si
nous donnons parfois l'impression de nous répéter c'est que rien
n'a changé, bien au contraire, alors que le régime protectionniste
de la " Pensée unique " et des " Artifices de façade
" perdure en se maintenant dans l'erreur..

L'héritage
des incohérences entretenues .
La
facture est lourde de par les " mauvaises habitudes " qui se sont instaurées
tel que le recours à une forme de " mendicité de l'État"
vis-à-vis des pays étrangers :
Le
tableau - hélas du désastre constaté - ne serait pas achevé
si l'on oubliait de mentionner notre Éducation nationale et la Formation
professionnelle avec des milliers d'enfants sans école, des écoles
publiques laissées à l'abandon par l'État et qui sont sans
cesse réhabilitées par des unités militaires étrangères,
installées dans notre pays..
A
l'instar des autres secteurs de la fonction publique et de par l'immobilisme récurrent
de quelques ministres se confortant dans l'irresponsabilité et l'incompétence,
notre Éducation nationale et la Formation professionnelle sont au fond
du gouffre de toutes les incohérences.
Aux
arriérés de versement des soldes et des salaires, impayés
depuis des mois dans toute la fonction publique, s'ajoutent les conditions d'existence
et notamment de logement de nos fonctionnaires, militaires, gendarmes et policiers.
Rien
de change ? si, mais en pire !!!.
Aucune
amélioration à espérer dans ce domaine, le pire étant
que l'on ne peut guère en attendre d'un tel régime politique qui
- malgré ses discours aussi mensongers qu'anesthésiques - privilégie
quelques uns et quelques unes au détriment de tous les autres.
Face
un immobilisme politique avec une opposition sans droit de parole et servant de
caution internationale à toutes les élections falsifiées
par le pouvoir, il convenait d'agir.
Pour
de multiples raisons ayant trait à la situation à Djibouti - notamment
l'absence de Droit d'expression et toutes les atteintes aux Droits de l'Humain
- des hommes et des femmes se sont rassemblés dès l'année
2000.
Deux années
plus tard et sur la base d'un programme de substitution - largement discuté
- pour proposer le moment venu une alternative au diktat politique imposé
par Ismaël OMAR GUELLEH associé à un quarteron d'affairistes
mafieux qui pillent les patrimoines et les " caisses de l'État"
comme ils le font avec toutes les Aides internationales dans un pays placé
sous perfusions financières externes et constantes.
La
conséquence de ce rassemblement en sera l'émergence officialisée
du Gouvernement en Exil qui dés lors va introduire dans les esprits quatre
postulats synchroniques qui seront :
changement
de régime politique sous la pression constante exercée par
le Mouvement Djiboutien de Libération Nationale,
mise
en place d'un Gouvernement d'Union Nationale privilégiant par priorité
les compétences de tout en harmonisant au mieux les représentativités
ethniques et tribales,
restaurer
l'autorité de l'État, la Justice et toutes les institutions
nationales.
faire
en sorte que chacun retrouve sa place donc sa dignité,
appliquer
un programme de " bonne gouvernance " dans un État de Droit et
Républicain, respectant les libertés publiques.

Le
bilan des échecs doit inciter à la réflexion. Changement
de régime, ne pas produire les mêmes erreurs qui auraient indubitablement
les mêmes conséquences ?
Est-ce
dire pour autant que la société djiboutienne devrait entrer dans
une " liberté à outrance " ou qu'il y régnerait
demain et avec ce gouvernement d'Union nationale, comme certains pourraient le
penser, la "loi de la jungle" avec tout ce que le terme implique de
péjoratif pour les Djiboutiens qui passeraient ainsi de Charybde en Scylla
?.
À l'évidence,
non. Sans poser en postulat, comme le font certains, que le droit est la discipline
sociale par excellence, nous sommes cependant tentés
d'affirmer le constat que les sociétés - y compris la société
djiboutienne - ont besoin d'une certaine mesure " de respect de droit
comme de pain ".
On
constate donc - et le constat est presque unanime - que dans le Djibouti d'aujourd'hui,
des réseaux normatifs se sont créés au fil des ans, fondés
sur toutes espèces de solidarités et d'intérêts personnels
et sur l'émergence de personnalités vers lesquelles les individus
se sont tournés plus ou moins spontanément pour satisfaire leur
besoin d'une forme de tentative de rétablir une justice sociale pour leur
survie quotidienne et celle de leur famille.
Se
sont juxtaposés ainsi et depuis ces dernières années un grand
nombre de réseaux " normatifs ", complémentaires ou concurrents
sous la mainmise de l'État de la " pensée
unique " vouée à un seul homme s'étant arbitrairement
investi de tous les pouvoirs - publics comme privés - qui, précisément,
n'ont en rien contribué à la constitution d'une Justice responsable
et oeuvrant dans l'intérêt de la société djiboutienne
dans son ensemble.
Un
tel système mis au banc de la société - qui fait fi de la
Constitution nationale comme de nos lois - contredit non pas seulement la législation
introduite par le colonisateur, mais encore un certain ordre public ou une certaine
idée de la justice, voire de la morale, qui sont propres aux valeurs universellement
reconnues tout comme celle sur lesquelles s'appuie la Francophonie.
Passe
encore que ce " système Ismaïlien " ait été
condamné pour lui-même, si, au moins, il n'avait eu, sur l'État,
à travers l'administration de la justice qui relevait de lui, un
effet désastreux de caution à tous les excès de l'un vis-à-vis
de l'autre ; vice et versa.
Dans
un tel système de " monopole étatique "
de la pensée comme de l'action uniques, les hommes
et les femmes ayant la responsabilité d'appliquer les lois - donc les juges
-- se sont vus discrédités d'abord, ignorés ensuite par les
justiciables ; qu'ils soient Djiboutiens ou Étrangers au pays..
Dire
le Droit a, dans le modèle juridique importé par le colonisateur
en Afrique, toujours été tellement associé a la fonction
étatique, qu'il était impossible que le déclin de l'un fût
sans incidence sur l'autre et vice-versa.

La
reconstruction de l'État djiboutien passe par la restauration de la Justice..
Il serait
totalement erroné de croire que l'État djiboutien ou son organisation
judiciaire ait totalement disparu ou encore que l'on puisse s'en passer. D'une
part certains champs particuliers du droit étatique continuent à
exister; tel est le cas, par exemple, de certaines parties du droit administratif
et du contentieux qui s'y attache.
Il
conviendra de voir dans le " nouvel État"
un outil permettant de sortir les populations de la condition -- n'ayons
pas peur des mots -- de grande misère matérielle et morale dans
laquelle la société se débat à l'heure actuelle.
L'État
demeure l'interlocuteur de la communauté internationale organisée
et il serait difficile même d'imaginer qu'il abandonne ce rôle.
Sans
doute les ambassades et consulats, les sièges dans les organismes internationaux,
les participations aux grands forums mondiaux peuvent-ils paraître vains,
voire offensants, face à la situation des populations, mais il est, dans
l'état actuel des choses, impossible de les ignorer.
Le
faire serait définitivement condamner la République de Djibouti
au silence sur une scène où se joue en partie l'avenir de ses populations.
Même si son rôle y est réduit, elle se doit d'y être
présente pour y faire entendre sa voix. Il ne viendrait donc à l'esprit
d'aucun pluraliste de faire disparaître l'État.
Reste
à voir de quel État il pourrait s'agir.
Au
vu de plus d'un demi-siècle d'évolution et de l'état actuel
tant de la conjoncture que des ressources disponibles, nous avons la conviction
intime que les défis qui attendent les " futurs gouvernants "
sur le simple plan de la survie matérielle des populations sont tels qu'il
sera difficile à cet État convalescent de consacrer une partie significative
de ses ressources à l'administration de la justice.
Ce
ne sont d'ailleurs sans doute pas les complexes organigrammes de cours et tribunaux
ou les élaborés statuts de la magistrature concoctés par
des experts débarquant avec des solutions d'importation clefs en main qui
permettront de restaurer la confiance perdue des justiciables dans les juridictions
d'État.
On
en reviendrait dans ce cas au droit de papier qui a causé tant de dégâts
après avoir si bien démontré sa totale inefficacité.
Le travail -- pour ne pas dire le véritable labeur -- à accomplir
est autrement complexe et de longue haleine.
Oserais-je
dire qu'il faut avoir le courage de demander à la plupart des juristes
djiboutiens, formés -- si l'on peut parler ainsi-- à notre image,
de renouveler entièrement la conception que nous leur avons présentée
du droit et de sa mise en oeuvre.
N'est-il
pas temps de les convaincre que notre système actuel
est en crise profonde particulièrement depuis 5 années.
L'encombrement
des rôles, avec son corollaire, l'extrême lenteur de la justice civile
ou la saturation des établissements pénitentiaires, au sujet desquels
on tend de plus en plus à convenir qu'ils contribuent bien peu à
une éventuelle réinsertion sociale, quand ils ne sont pas criminogènes,
de même que la pauvreté des moyens consentis à la justice
avec la conséquence
que ses services sont souvent en retard d'une guerre
par rapport à certaine délinquance dans le champ financier, n'en
sont que des exemples.
Et,
face à ces constats d'échec, apparaît le recours de plus en
plus fréquent à des modes de règlement alternatif des litiges,
au premier rang desquels figurent les diverses formes que peut prendre la médiation
ou encore le recours à des solutions originales susceptibles de resocialiser
le processus pénal.
Le
rôle de certains piliers traditionnels du système juridique positif
tend ainsi à être remis en question ou redéfini. On en trouve
un exemple dans la manière dont, par exemple, les notaires en viennent
à repenser leur place dans la société.
Si
les notaires, symboles pendant des siècles d'une certaine tradition juridique
européenne, en viennent à trouver nécessaire un aggiornamento
de leur profession, plus particulièrement en direction de la médiation,
n'est-il pas temps d'encourager les juristes africains à repenser leur
rôle social ?
Nous
serions en effet tentés de croire qu'à l'instar de certains notaires
français que leurs clients abandonnent pour des interlocuteurs plus proches
d'eux, ils voient une fraction de leurs clients potentiels ne plus les considérer
comme leur conseiller privilégié ou le premier juge de leurs procès.
Dans
la magistrature -- nombre d'avocats, de juriste et de magistrats, souvent de grand
talent, ont été contraints à l'exil pour diverses raisons
dont celle de l'opprobre qui s'attachait à leur profession
mal perçue par la population djiboutienne alors que la situation s'est
aggravée en quelques 5 années.
Certains
qui ont refusé l'exil ont passé un " compromis " avec
le régime actuel et exploitent un savoir ésotérique à
leur seul bénéfice personnel
.
On
constate que rôle social et formation sont ainsi étroitement liés.

Il
est grand temps que les juristes djiboutiens - y compris ceux qui s'ont en situation
d'exil - reconstruisent la Justice suivant un modèle éducatif et
leur savoir ; d'évidence dans un " État de Droit ".
Nous
pensons qu'on ne reconstruira un édifice étatique
solide et authentiquement djiboutien et
tourné vers l'avenir qu'en prenant en compte les droits de TOUTES les populations,
la grande masse des justiciables pour lesquels il est devenu totalement étranger,
si ce n'est comme mécanisme exogène d'oppression depuis 5 années.
L'image
qu'ils se font de l'État les Djiboutiens et les Djiboutiennes et de la
production du droit ne manque, a priori, pas d'intérêt. Et, dans
la mesure où il s'agit bien d'images qui se construisent dans leur esprit
comme autrefois et encore aujourd'hui celle de la France dans celui du général
de Gaulle, la manière dont celles-ci se mettent
progressivement en place au cours de leurs études est essentielle.

Il
n'est jamais trop tard pour bien faire et mieux vaut s'y prendre le plus tôt
possible.
Une
autre conception de la Justice, une autre façon d'envisager le Droit à
Djibouti, le retour de se nos juristes qui sont hélas en exil sont parmi
les premières exigences concomitantes à une reconstruction de l'État
djiboutien.
