ACTUALITÉS (bis)
Dernière modification : le 06-Déc-2004 14:58 (GMT+1 / Bruxelles)

 

 

http://www.gouv-exil.org/

 

Le Général de Division (à titre temporaire)
M ALI ABDILLAHI IFTIN

Commandant le Mouvement Djiboutien
de Libération Nationale

 

 

06/12/04 - USA/KENYA- L'administration américaine retire un visa de séjour aux USA à M Nicholas Biwott, allié principal de l'ex président Daniel Arap Moï. Bref historique d'un régime qui s'est écroulé subitement alors que toutes ses corruptions sont mises à jour.

M Bouh WARSAMA.

Sous la présomption de corruption dont se serait rendu coupable le politicien M Nicholas Biwott - ex ministre considéré comme très puissant et le dauphin de l'époque sous le régime de l'ex président du Kenya Daniel Arap Moï - les autorités américaines viennent de lui retirer l'attribution d'un visa de séjour aux USA.

Cette même disposition concerne aussi les autres personnalités politiques appartenant au parti politique de la KANU ((union nationale africaine du Kenya).qui furent associées à l'ex président et qui sont l'objet depuis l'année 2003 de mises en accusation par les Tribunaux de Justice au Kenya pour des détournements de fonds publics notamment sur l'affaire "Goldenberg" d'un montant d'environ 700 millions d'USD entre 1990 et l'année 2000.

De l'extérieur du pays, on observe avec une grande attention l'évolution tout à la fois des dossiers de Justice - alors que de nouveaux noms de personnalités mises en accusation apparaissent - et celle des montants détournés par des ex ministres kenyans qui sont en augmentation permanente.

Chaque semaine apporte son lot de confirmations que le régime politique kenyan sous M Daniel Arap Moï était une vaste " affaire d'escroqueries et de corruptions " impliquant une partie de la haute société du pays.

Il aura fallu l'élection du nouveau président M Mwaï Kibaki pour que la Commission anti-corruption - qu'il a aussitôt créée et qui est dirigée par le juge à la retraite Aaron Ringera - dévoile enfin les dessous de bien des affaires de détournements de haut niveau mettant en cause bon nombre de ministres de l'ancien régime qui voient se fermer, les unes après les autres, toutes les portes censées s'ouvrir vers un exil possible.

D'après les estimations, ces détournements porteraient sur plusieurs centaines de millions, voire de milliards de dollars. Selon un article paru l'an dernier dans le Financial Times, le quotidien économique britannique, des hommes politiques et des fonctionnaires impliqués dans ces détournements auraient individuellement ainsi détourné directement ou reçu jusqu'à un milliard de dollars.

D'évidence le contenu de leurs comptes bancaires à l'étranger est " épluché " par une nouvelle Justice kenyanequi confirme sa détermination à mener à bien la mission qui lui a été confiée par M Mwaï Kibaki et qui n'a pas fini de surprendre agréablement les instances financières internationales, les investisseurs comme les observateurs économiques et politiques.

Bref historique d'un régime miné par des détournements faramineux de Fonds publics et qui s'est écroulé subitement alors que toutes ses corruptions sont mises à jour, les unes après les autres.

L'ex président Daniel Arap Moï qui doit aujourd'hui
s'expliquer devant la Justice de son pays

Daniel Arap Moi aura résisté vingt quatre années aux bouleversements de la région des Grands Lacs avant de plier devant la montée des mécontentements des populations et face à un opposant déterminé à " faire le ménage " à haut niveau de l'État..

Dictateur légitimé sur le plan international entre 1978 à 2002, il a dû tolérer - mais sans la reconnaître ni l'intégrer au jeu politique - une opposition que les bailleurs de fonds internationaux ne pouvaient plus ignorer tant la corruption et la violation des droits de l'homme comme les éliminations physiques d'opposants étaient devenues flagrantes dans le pays.

Manoeuvrant avec habileté, M Daniel Arap Moï va instaurer durant 10 années un pluralisme factice pour "donner le change" aux instances internationales..

Il instaurera par ailleurs une violence administrative qui sera une pratique courante vis à vis des opposants contre qui il va organiser - d'autre part et en utilisant ses médias interposés - de grandes "chasses" par l'usage de la manipulation médiatisée ( à défaut de fusil ) en essayant de les impliquer indirectement dans des scandales qu'il va créer..

La tactique du parti du président Moï, la Kanu, s'est rodée au fil des multiples élections partielles et falsifiées contraignant bien des membres de l'opposition à la défection sous la menace d'élimination physique ou en les corrompant par l'argent ou l'octroi de terres qu'offre le patronage politique de Moi aux " opposants repentis "..

Après ces défections, le scénario s'est inlassablement répété depuis 1993 : menaces du pouvoir contre d'éventuels troubles causés par l'opposition ; terreur développée par les militants Kanu, ou meurtres perpétrés par de mystérieux gangs que la police ne parviendra pas officiellement à identifier, localiser et à saisir.

Arrestations et violences contre l'opposition et ses sympathisants, les agressions et l'intimidation ayant comme conséquence de faire chuter la participation électorale et dissuaderont par la menace non voilée de voter pour l'opposition. Ces violences continueront, comme en témoignera la répression des émeutes de juillet 1997 ou celle de la grève générale du 8 août de la même année, ainsi que les violences à caractère "ethnique" - qui auront fait trente-sept morts à Mombasa - fief de l'opposition - et à Malindi.

Politiquement, les barons Kanu joueront à plein de la "victimisation" - habilement entretenue - des minorités qui se sentent marginalisées démographiquement et économiquement : les groupes kalenjin, massaï, turkana et samburu qui ont donné l'acronyme Kamatusa.

Le schéma est simpliste :

- aux populations kamatusa la riche Vallée ;

- aux côtiers, la Côte ;

- aux Kikuyu, la Province centrale ;

- aux Luo, les régions de l'Ouest.

A chaque ethnie son "jimbo", son "lieu naturel", sa propriété "tribale", au mépris des réalités historiques et sociologiques élémentaires.

A cette vision tribale et archaïque de la société, à cette mafia du pouvoir et des intérêts privés se conjuguera durant plus de 7 années une violence raciste qui ne cessera d'ensanglanter le Kenya depuis les clashs ethniques de 1991 et d'attiser les haines intercommunautaires fomentées et entretenues.

M Daniel Arap Moï fera sien le vieux diction "Diviser par l'utilisation de tous les moyens, pour régner en maître absolu sur le Kenya !".

Cette haine s'exercera essentiellement envers les groupes numériquement majoritaires Kikuyu et Luo, affiliés d'ailleurs à l'opposition. Les Kikuyu seront traités d'"envahisseurs", "d'occupants" de la Vallée du Rift qu'il faudra chasser par tous les moyens, y compris par les armes ; ce dont le régime en place ne va pas se priver..

Nicholas Biwott, ex-dauphin de Moi, les accusera à cette époque de "jouer le jeu du chameau et de la tente, voulant dominer maintenant ceux-là même qui, jadis, les ont accueillis dans la Vallée du Rift " alors que le ministre du gouvernement local d'alors, W. Ole Ntimama, dont les déclarations haineuses ont contribué au déclenchement des violences de 1993 à Enoosupukia (circonscription de Kajiado Nord) qui ont chassé dix mille personnes à la suite des attaques de guerriers massaï (ou supposés tels) contre des fermiers kikuyu, déclarera par la suite n'avoir "aucun regret concernant les morts d'Enoosupukia".

Cette idéologie majimbo formulée par la ligne dure de la Kanu constituera bien plus qu'une menace sérieuse contre la démocratie, elle tentera de la balayer des esprits.

Daniel Arap Moï lancera un simulacre de constitution d'unité nationale, prônant le respect des droits de l'homme, la liberté des élections, l'élaboration d'une démocratie plurielle, le respect du multipartisme, le libre accès - en tout lieu -, à tous les emplois et le respect de la diversité nationale dans la composition du gouvernement et de l'État alors qu'il rejettera tout dialogue avec ceux de l'opposition qui ne lui sont pas asservis politiquement et … financièrement.

Entretenant les factions, clivages et frictions, sous la houlette de M Daniel Arap Moï l'opposition restera divisée durant 10 années et subira la dérive "ethniciste" de la vie politique kenyane.

Quoi qu'il en fut, il est évident que la capacité de survie de ce régime rôdé à la violence et à toutes les corruptions - et si longtemps soutenu par la communauté internationale - sera mise à mal lors des présidentielles de décembre 2002 avec l'avènement d'un nouveau régime dirigé par M Mwaï Kibaki dont la plus grande préoccupation sera dès lors de restaurer les institutions et tout particulièrement la Justice au sein de laquelle il va faire procéder en préalable à un " nettoyage dans les règles ".