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272 - 03/05/05 - DJIBOUTI - Si l'autorité
n'a pas d'oreille pour écouter les souffrances des populations, elle n'a
alors pas de tête assez solide pour gouverner un pays et ses populations.
M Abdallah H. Ingénieur STE.Membre du GED.
Ces
souffrances les nomades les supportent difficilement avec cette sécheresse
qui a lentement détruit partie de leur cheptel et qui met aujourd'hui leur
propre vie et celle de leur famille en danger.
Prévoir,
anticiper c'est gouverner, mettre en uvre
tous les moyens pour anticiper sur les catastrophes dues à la sécheresse
devrait être une absolue priorité de la part de nos gouvernants.
C'est
une tâche qui aurait pu être entamée depuis longtemps. Nous
serions aujourd'hui moins désemparés, moins incertains sur l'avenir
immédiat.
Mais
c'est toujours la même chose, toujours les mêmes habitudes instaurées
et dont on a du mal de se défaire comme si la sécheresse faisait
partie de je ne sais quel patrimoine ou fatalité ; on attend les effets
de ses premiers ravages pour crier " Au secours ".
Nous
succombons docilement aux sollicitations de l'accessoire et du vernis alors que
l'essentiel nous échappe. Qui dit sécheresse et région semi
désertique, dit l'eau.
Rien
d'autre .Qui dit glaciers éternels, bords du lac Baïkal, embouchure
du Mékong ou du Fleuve jaune, dit autre chose. Il est nécessaire
de faire la distinction entre les problèmes qui se posent en nos régions
et ceux qui se posent ou posent d'autres ailleurs et de prendre conscience, en
conséquence, de la spécificité - de l'originalité
- des solutions qui peuvent nous soulager. Il est même devenu urgent de
faire la distinction entre nous-mêmes et les autres mais aussi de devancer
les catastrophes où - tout le moins - d'en limiter les effets aux mieux
des intérêts des populations surtout nomades qui sont les plus touchées.
Et peut-être qu'il n'est plus superflu de s'inspirer du cas de cet homme
qui mit à son cou l'inscription: "moi". Ce "moi" comme
pour dire, j'anticipe et ne subis pas.
L'eau
d'abord, l'eau essentiellement, l'eau toujours. Toute politique qui
ignore, néglige ou considère ce problème comme un problème
entre d'autres, est une politique qui n'a pas déterminé de logique
cohérente d'hiérarchisation de ses objectifs. Nous en voyons aujourd'hui
les conséquences alors que l'on ne peut pas encore mesurer l'ampleur du
désastre sur le plan humain et économique.
L'EAU
EN ABONDANCE
L'eau,
seule, peut préserver ce qui existe ou pourrait exister dans l'avenir,
par le reboisement à petite échelle, la création ou le maintien
de terrains de cultures arrosées, la création de pâturages
intensifs, la préservation des installations routières, portuaires,
industrielles ou des villes des assauts des poussières.
Sans l'eau
en abondance, l'homme ne peut pas se maintenir.
Des solutions de maintien,
de vie, de vie durable et même de progrès et de sécurisation
prospective de notre pays sont possibles. Mais il y faut
l'imagination créative, la participation large, la volonté consciente,
la détermination forcenée de ceux qui ont le dos au mur et le réalisme
optimiste de ceux qui ne veulent pas s'en remettre au hasard et à la seule
mendicité des pays occidentaux.
IL
NE S'AGIT PAS DE REVERDIR DJIBOUTI
Un
temps précieux a été perdu - presque 30 années. Le
temps perdu ne se rattrape jamais. Mais il nous rattrape toujours. Chaque jour
qui passe, s'il n'aggrave pas la situation - et comment pourrait-il ne pas le
faire - est un jour perdu pour une situation meilleure, pour le bonheur que nos
pensées construisent pour Djibouti.
Il ne s'agit pas de reverdir le
pays. Il semble que pour ce faire la masse d'eau douce suffisante, la plus proche,
serait sur les hauts plateaux d'Éthiopie. Il s'agit d'actions plus modestes,
tout en paraissant cependant colossales pour nos moyens disponibles.
TANT
DE PROJETS POUR SI PEU DE RÉSULTAIS !
Tant
de noms de projets, tant de centaines de millions de FDJ, d'Euros, de USD investis
évoquent des projets alléchants miroités de temps en temps
et qu'on attend toujours, sans hâte.
"Pour
bien apprécier la célérité, rien n'égale le
paresseux", écrivit Shakerpeare.
L'eau
existante, des mares temporaires ou permanentes, des nappes fossiles profondes,
est suffisante pour créer les conditions minimales d'une vie sans peur
excessive.
Il
y a aussi les solutions nouvelles, radicales: la pluie artificielle, par exemple.
Scientifiquement,
on nous dit depuis bien longtemps qu'elle est au point. Et c'est là où
la science ne serait plus un vain mot. L'opération est coûteuse?
Pas plus que le reste. C'est peut-être la seule chose pour laquelle tous
les Djiboutiens accepteraient avec enthousiasme de s'endetter durablement dans
leur pays.
Elle
nécessiterait une aire géographique assez étendue, puisqu'on
ne sait pas avec exactitude déterminer le lieu de chute des précipitions
artificielles.
Nous avons aussi la ressource, pour multiplier les chances
d'utilité intentionnelle et diviser les coûts, d'envisager l'ensemencement
des nuages, en "pouls", avec nos voisins qui ont tous cruellement besoin
de pluie, tout autant que nous et même bien plus. Sur un problème
spécifique, si vital, on peut, peut-être, réanimer une coopération
ponctuelle qui intéresserait tous les pays voisins, du Nord et du Sud et
à l'Ouest.
D'autres
solutions, soustraites au caprice des nuages, sont possibles : tirer profit, par
exemple, de cette réserve d'eau intarissable qu'est l'océan mais
aussi et surtout la recherche et la localisation de sources de résurgences
d'eau douce tout au long de nos côtes et dont nous avons parlé il
y a de cela plus de deux années.
Ce
n'est pas une utopie mais une réalité. De l'Italie jusqu'en Afrique
du Sud - en passant par le Maroc - nombreux sont les pays qui se sont lancés
dans des études de faisabilité puis dans de tels projets et qui
aujourd'hui en tirent profit avec de surcroît des frais d'exploitation très
minimes.
Si
le dessalement de l'eau de mer est lui aussi autre chose qu'une utopie, son coût
et tout même très élevé. Nos amis occidentaux, ceux
qui maîtrisent la technologie et ceux qui disposent des moyens financiers,
devraient pouvoir nous y aider.
La
coopération, elle aussi, aura ici un sens qui n'est pas fumeux. Comme tout,
le dessalement de l'eau de mer et la localisation de sources d'eau douces sur
nos côtes nécessitent des moyens, ils méritent tous les sacrifices
et devraient réellement entrer dans une ambition nationale prioritaire.
En
attendant la maîtrise de l'eau ou la pluie artificielle -ou naturelle- nous
sommes, ces semaines-ci, devant une catastrophe programmée qui risque d'emporter
une grande partie du cheptel et de réduire des dizaines de milliers de
personnes au sort peu enviable que d'autres ont dramatiquement vécu ils
y a plus de 10 ans. Dépouillés de tout, en quelques mois, ils sont
venus tendre la main et grossir les rangs des miséreux qui ont tout perdu.
LE
DJIBOUTI MENACE
Sans
ce Djibouti profond des campagnes, menacé actuellement par la catastrophe,
il est douteux que les villes continuent longtemps à se sentir à
l'aise car "C'est la joie de la terre qui fait danser les collines".
Les
effets dévastateurs de la sécheresse étaient une fatalité
ce qui arrangeait bien certains, on sait maintenant qu'ils peuvent être
jugulés, en tout cas limités.
Un
cri d'alarme ou de détresse s'impose. Il vient des quatre coins du pays.
Il doit être entendu et répercuté. Le chacal ne ricane pas
par plaisir, dit le proverbe arabe.
Il y a là un problème concret
et urgent à traiter d'une manière exceptionnelle, c'est-à-dire
autrement que bureaucratique, autrement que par des déclarations
.et
des Communiqués de Presse dans lesquels on "se regarde le nombril"...
Un
problème si grave mérite un traitement exceptionnel, des sacrifices
exceptionnels de l'Etat, au moins une mobilisation de l'opinion nationale et internationale
qui vient tout juste d'être entamée, et
encore moins effective de la part d'un État qui a attendu le lendemain
de résultats connus du " scrutin présidentiel " pour annoncer
que les cheptels sont décimés par la sécheresse et que la
vie de 30 000 personnes, dont pour le moins 6 000 enfants, est en péril.
Les
prix des denrées essentielles augmentent
, fait du hasard ?.
Il
y a 24 siècles, déjà, Lysias, l'homme politique athénien,
nous éclairait sur ce sujet :
"
quand font-ils le plus de bénéfice? Quand l'annonce d'un désastre
leur permet de vendre cher. Ils voient vos malheurs d'un si bon il que,
tantôt ils le savent avant tout le monde, tantôt ils en inventent
Et leur hostilité va si loin que, dans les périodes critiques, ils
conspirent contre vous, ni plus ni moins que les ennemis. Au moment où
le blé fait le plus défaut, ils s'en saisissent et refusent de le
vendre afin que nous ne discutions pas sur le prix - trop heureux de ne pas les
quitter les mains vides et de leur avoir acheté à n'importe quel
taux; et parfois, en pleine paix, c'est comme si nous étions assiégés
par eux".
Le
bon sens - pendant qu'on y est - veut que, face à cette année de
sécheresse et pour l'avenir, on institue un véritable
fonds de solidarité et de lutte contre les effets de la sécheresse.
Chacun y contribuerait selon ses moyens : les citoyens et notamment les citadins
et parmi ceux-ci ceux qui ont les moyens de le faire, bien qu'on ne doive rien
négliger ou dédaigner. Les étrangers qui le veulent pourraient
y participer, sans parler des États frères et amis et des organismes
qui le souhaiteraient. Que tous aient un cadre pour exprimer leur solidarité
concrète et qu'on les assure - par une saine et bonne gestion - que
les aides financières ne vont pas - une fois encore - s'évaporer
pour partie.
Une
instance ad hoc et " bonne gestionnaire ", au niveau national, digne
de confiance, ne serait pas de trop. Elle conseillerait le gouvernement et pourrait,
éventuellement, être chargée de la supervision de ces fonds
et des actions destinées aux éleveurs et à nos nomades, en
cette année exceptionnelle où le jeu ne semble pas permis.
Des
instances régionales, départementales et locales (à mettre
en place dans le cadre de la régionalisation), devraient, si nécessaire
-sûrement oui- la seconder et la compléter, d'autant plus que les
autorités administratives dans la capitale ont gravement perdu la confiance
des gens.
Beaucoup pensent, à tort ou à raison, que tout ce
qui suit les canaux habituels constitue simplement la part des autorités
administratives et des administrations intermédiaires, non celle des régions
et de leurs habitants. Il faut croire que c'est une systématisation injuste.
Les bons sont toujours couverts par le rideau de la rumeur publique.
Mais,
finalement, l'essentiel en la matière, c'est le concret.
Dans
les conditions actuelles, il semblerait plus que nécessaire que l'État
institue un crédit exceptionnel aux éleveurs et nomades, payable
sur une période raisonnable, avec une période de grâce d'un
an, c'est-à-dire l'année de sécheresse 2005.
Ce
crédit ne serait pas touché en espèces directement versées
(sauf pour le rachat au niveau national des animaux pour la reconstitution de
cheptels, en achats groupés d'où économie d'échelle),
mais en nature, sous forme de d'aliment de bétail. Les éleveurs
comme les nomades sont peu solvables, et pour beaucoup ils sont en faillite financière
ou ils font face à une pénurie de liquidités. Le prix de
session doit être examiné avec réalisme et indulgence.
L'endettement
risquerait d'être pour eux exorbitant. Le fonds de solidarité ou
toute autre ligne d'intervention adéquate devra couper la poire en deux.
C'est
le barrage contre les flots d'un torrent impétueux de pauvreté qui
risque de submerger la pauvreté ambiante, qu'on a déjà toutes
les peines du monde à endiguer dans le pays.
C'est
vrai, cette calamité nous vient du ciel. Mais le
meilleur moyen d'y faire face, c'est de ne pas faire semblant qu'elle n'existe
pas.
Quant
à mendier sans cesse des aides internationales sans prendre des initiatives
cohérentes nous amène à la réflexion suivante et qui
sera notre conclusion.
On
ne va pas mendier sa liberté aux autres. La liberté dans tous les
sens du terme, il faut la prendre mais pour cela il faut du courage et non des
palabres et des mots sans lendemain.
C'est
ainsi que se construira Djibouti et pas autrement !.

Secrétariat
général du Gouvernement en Exil de Djibouti.
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