ACTUALITÉS (bis)
Dernière modification : le 03-Mai-2005 8:26 (GMT+1 / Bruxelles)

 

 

http://www.gouv-exil.org/

 

 

 

D 272 - 03/05/05 - DJIBOUTI - Si l'autorité n'a pas d'oreille pour écouter les souffrances des populations, elle n'a alors pas de tête assez solide pour gouverner un pays et ses populations.

M Abdallah H. Ingénieur STE.Membre du GED.

 

Ces souffrances les nomades les supportent difficilement avec cette sécheresse qui a lentement détruit partie de leur cheptel et qui met aujourd'hui leur propre vie et celle de leur famille en danger.

Prévoir, anticiper c'est gouverner, mettre en œuvre tous les moyens pour anticiper sur les catastrophes dues à la sécheresse devrait être une absolue priorité de la part de nos gouvernants.

C'est une tâche qui aurait pu être entamée depuis longtemps. Nous serions aujourd'hui moins désemparés, moins incertains sur l'avenir immédiat.

Mais c'est toujours la même chose, toujours les mêmes habitudes instaurées et dont on a du mal de se défaire comme si la sécheresse faisait partie de je ne sais quel patrimoine ou fatalité ; on attend les effets de ses premiers ravages pour crier " Au secours ".

Nous succombons docilement aux sollicitations de l'accessoire et du vernis alors que l'essentiel nous échappe. Qui dit sécheresse et région semi désertique, dit l'eau.

Rien d'autre .Qui dit glaciers éternels, bords du lac Baïkal, embouchure du Mékong ou du Fleuve jaune, dit autre chose. Il est nécessaire de faire la distinction entre les problèmes qui se posent en nos régions et ceux qui se posent ou posent d'autres ailleurs et de prendre conscience, en conséquence, de la spécificité - de l'originalité - des solutions qui peuvent nous soulager. Il est même devenu urgent de faire la distinction entre nous-mêmes et les autres mais aussi de devancer les catastrophes où - tout le moins - d'en limiter les effets aux mieux des intérêts des populations surtout nomades qui sont les plus touchées. Et peut-être qu'il n'est plus superflu de s'inspirer du cas de cet homme qui mit à son cou l'inscription: "moi". Ce "moi" comme pour dire, j'anticipe et ne subis pas.

L'eau d'abord, l'eau essentiellement, l'eau toujours. Toute politique qui ignore, néglige ou considère ce problème comme un problème entre d'autres, est une politique qui n'a pas déterminé de logique cohérente d'hiérarchisation de ses objectifs. Nous en voyons aujourd'hui les conséquences alors que l'on ne peut pas encore mesurer l'ampleur du désastre sur le plan humain et économique.

L'EAU EN ABONDANCE

L'eau, seule, peut préserver ce qui existe ou pourrait exister dans l'avenir, par le reboisement à petite échelle, la création ou le maintien de terrains de cultures arrosées, la création de pâturages intensifs, la préservation des installations routières, portuaires, industrielles ou des villes des assauts des poussières.
Sans l'eau en abondance, l'homme ne peut pas se maintenir.
Des solutions de maintien, de vie, de vie durable et même de progrès et de sécurisation prospective de notre pays sont possibles. Mais il y faut l'imagination créative, la participation large, la volonté consciente, la détermination forcenée de ceux qui ont le dos au mur et le réalisme optimiste de ceux qui ne veulent pas s'en remettre au hasard et à la seule mendicité des pays occidentaux.

IL NE S'AGIT PAS DE REVERDIR DJIBOUTI

Un temps précieux a été perdu - presque 30 années. Le temps perdu ne se rattrape jamais. Mais il nous rattrape toujours. Chaque jour qui passe, s'il n'aggrave pas la situation - et comment pourrait-il ne pas le faire - est un jour perdu pour une situation meilleure, pour le bonheur que nos pensées construisent pour Djibouti.
Il ne s'agit pas de reverdir le pays. Il semble que pour ce faire la masse d'eau douce suffisante, la plus proche, serait sur les hauts plateaux d'Éthiopie. Il s'agit d'actions plus modestes, tout en paraissant cependant colossales pour nos moyens disponibles.

TANT DE PROJETS POUR SI PEU DE RÉSULTAIS !

Tant de noms de projets, tant de centaines de millions de FDJ, d'Euros, de USD investis évoquent des projets alléchants miroités de temps en temps et qu'on attend toujours, sans hâte.

"Pour bien apprécier la célérité, rien n'égale le paresseux", écrivit Shakerpeare.

L'eau existante, des mares temporaires ou permanentes, des nappes fossiles profondes, est suffisante pour créer les conditions minimales d'une vie sans peur excessive.

Il y a aussi les solutions nouvelles, radicales: la pluie artificielle, par exemple.
Scientifiquement, on nous dit depuis bien longtemps qu'elle est au point. Et c'est là où la science ne serait plus un vain mot. L'opération est coûteuse? Pas plus que le reste. C'est peut-être la seule chose pour laquelle tous les Djiboutiens accepteraient avec enthousiasme de s'endetter durablement dans leur pays.

Elle nécessiterait une aire géographique assez étendue, puisqu'on ne sait pas avec exactitude déterminer le lieu de chute des précipitions artificielles.
Nous avons aussi la ressource, pour multiplier les chances d'utilité intentionnelle et diviser les coûts, d'envisager l'ensemencement des nuages, en "pouls", avec nos voisins qui ont tous cruellement besoin de pluie, tout autant que nous et même bien plus. Sur un problème spécifique, si vital, on peut, peut-être, réanimer une coopération ponctuelle qui intéresserait tous les pays voisins, du Nord et du Sud et à l'Ouest.

D'autres solutions, soustraites au caprice des nuages, sont possibles : tirer profit, par exemple, de cette réserve d'eau intarissable qu'est l'océan mais aussi et surtout la recherche et la localisation de sources de résurgences d'eau douce tout au long de nos côtes et dont nous avons parlé il y a de cela plus de deux années.

Ce n'est pas une utopie mais une réalité. De l'Italie jusqu'en Afrique du Sud - en passant par le Maroc - nombreux sont les pays qui se sont lancés dans des études de faisabilité puis dans de tels projets et qui aujourd'hui en tirent profit avec de surcroît des frais d'exploitation très minimes.

Si le dessalement de l'eau de mer est lui aussi autre chose qu'une utopie, son coût et tout même très élevé. Nos amis occidentaux, ceux qui maîtrisent la technologie et ceux qui disposent des moyens financiers, devraient pouvoir nous y aider.

La coopération, elle aussi, aura ici un sens qui n'est pas fumeux. Comme tout, le dessalement de l'eau de mer et la localisation de sources d'eau douces sur nos côtes nécessitent des moyens, ils méritent tous les sacrifices et devraient réellement entrer dans une ambition nationale prioritaire.

En attendant la maîtrise de l'eau ou la pluie artificielle -ou naturelle- nous sommes, ces semaines-ci, devant une catastrophe programmée qui risque d'emporter une grande partie du cheptel et de réduire des dizaines de milliers de personnes au sort peu enviable que d'autres ont dramatiquement vécu ils y a plus de 10 ans. Dépouillés de tout, en quelques mois, ils sont venus tendre la main et grossir les rangs des miséreux qui ont tout perdu.

LE DJIBOUTI MENACE

Sans ce Djibouti profond des campagnes, menacé actuellement par la catastrophe, il est douteux que les villes continuent longtemps à se sentir à l'aise car "C'est la joie de la terre qui fait danser les collines".

Les effets dévastateurs de la sécheresse étaient une fatalité ce qui arrangeait bien certains, on sait maintenant qu'ils peuvent être jugulés, en tout cas limités.

Un cri d'alarme ou de détresse s'impose. Il vient des quatre coins du pays. Il doit être entendu et répercuté. Le chacal ne ricane pas par plaisir, dit le proverbe arabe.
Il y a là un problème concret et urgent à traiter d'une manière exceptionnelle, c'est-à-dire autrement que bureaucratique, autrement que par des déclarations….et des Communiqués de Presse dans lesquels on "se regarde le nombril"...

Un problème si grave mérite un traitement exceptionnel, des sacrifices exceptionnels de l'Etat, au moins une mobilisation de l'opinion nationale et internationale qui vient tout juste d'être entamée, et encore moins effective de la part d'un État qui a attendu le lendemain de résultats connus du " scrutin présidentiel " pour annoncer que les cheptels sont décimés par la sécheresse et que la vie de 30 000 personnes, dont pour le moins 6 000 enfants, est en péril.

Les prix des denrées essentielles augmentent… , fait du hasard ?.

Il y a 24 siècles, déjà, Lysias, l'homme politique athénien, nous éclairait sur ce sujet :

" quand font-ils le plus de bénéfice? Quand l'annonce d'un désastre leur permet de vendre cher. Ils voient vos malheurs d'un si bon œil que, tantôt ils le savent avant tout le monde, tantôt ils en inventent… Et leur hostilité va si loin que, dans les périodes critiques, ils conspirent contre vous, ni plus ni moins que les ennemis. Au moment où le blé fait le plus défaut, ils s'en saisissent et refusent de le vendre afin que nous ne discutions pas sur le prix - trop heureux de ne pas les quitter les mains vides et de leur avoir acheté à n'importe quel taux; et parfois, en pleine paix, c'est comme si nous étions assiégés par eux".

Le bon sens - pendant qu'on y est - veut que, face à cette année de sécheresse et pour l'avenir, on institue un véritable fonds de solidarité et de lutte contre les effets de la sécheresse. Chacun y contribuerait selon ses moyens : les citoyens et notamment les citadins et parmi ceux-ci ceux qui ont les moyens de le faire, bien qu'on ne doive rien négliger ou dédaigner. Les étrangers qui le veulent pourraient y participer, sans parler des États frères et amis et des organismes qui le souhaiteraient. Que tous aient un cadre pour exprimer leur solidarité concrète et qu'on les assure - par une saine et bonne gestion - que les aides financières ne vont pas - une fois encore - s'évaporer pour partie.

Une instance ad hoc et " bonne gestionnaire ", au niveau national, digne de confiance, ne serait pas de trop. Elle conseillerait le gouvernement et pourrait, éventuellement, être chargée de la supervision de ces fonds et des actions destinées aux éleveurs et à nos nomades, en cette année exceptionnelle où le jeu ne semble pas permis.

Des instances régionales, départementales et locales (à mettre en place dans le cadre de la régionalisation), devraient, si nécessaire -sûrement oui- la seconder et la compléter, d'autant plus que les autorités administratives dans la capitale ont gravement perdu la confiance des gens.
Beaucoup pensent, à tort ou à raison, que tout ce qui suit les canaux habituels constitue simplement la part des autorités administratives et des administrations intermédiaires, non celle des régions et de leurs habitants. Il faut croire que c'est une systématisation injuste. Les bons sont toujours couverts par le rideau de la rumeur publique.
Mais, finalement, l'essentiel en la matière, c'est le concret.

Dans les conditions actuelles, il semblerait plus que nécessaire que l'État institue un crédit exceptionnel aux éleveurs et nomades, payable sur une période raisonnable, avec une période de grâce d'un an, c'est-à-dire l'année de sécheresse 2005.

Ce crédit ne serait pas touché en espèces directement versées (sauf pour le rachat au niveau national des animaux pour la reconstitution de cheptels, en achats groupés d'où économie d'échelle), mais en nature, sous forme de d'aliment de bétail. Les éleveurs comme les nomades sont peu solvables, et pour beaucoup ils sont en faillite financière ou ils font face à une pénurie de liquidités. Le prix de session doit être examiné avec réalisme et indulgence.

L'endettement risquerait d'être pour eux exorbitant. Le fonds de solidarité ou toute autre ligne d'intervention adéquate devra couper la poire en deux.

C'est le barrage contre les flots d'un torrent impétueux de pauvreté qui risque de submerger la pauvreté ambiante, qu'on a déjà toutes les peines du monde à endiguer dans le pays.

C'est vrai, cette calamité nous vient du ciel. Mais le meilleur moyen d'y faire face, c'est de ne pas faire semblant qu'elle n'existe pas.

Quant à mendier sans cesse des aides internationales sans prendre des initiatives cohérentes nous amène à la réflexion suivante et qui sera notre conclusion.

On ne va pas mendier sa liberté aux autres. La liberté dans tous les sens du terme, il faut la prendre mais pour cela il faut du courage et non des palabres et des mots sans lendemain.

C'est ainsi que se construira Djibouti et pas autrement !.

 


Secrétariat général du Gouvernement en Exil de Djibouti.

50 Avenue des Roses - 54630 - Richardménil - France.

Téléphone et télécopie : 00 33 (0)3 83 25 77 26.

exildj@gouv-exil.org