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Dernière modification : le 06-Mai-2005 3:56 (GMT+1 / Bruxelles)

 

 

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D 275 - 05.05/05 - DJIBOUTI - Le groupe en fusion au pouvoir n'a qu'une existence précaire car l'alerte passée, le danger diminuant, il court le risque de se défaire.

Libertyman.

 

Le grande erreur c'est de n'avoir fait ensemble que si peu de choses dans le passé et de vouloir en faire si peu encore dans l'avenir que par et pour de grands discours.

D'après ce que nous en avons appris, le mot art sous-entend " une manière habile, aisée, d'accomplir une forme spécifique d'action ". C'est ainsi que l'on peut avancer la thèse et la démontrer selon laquelle Ismaïl OMAR GUELLEH a l'art .. et la manière de la mystification dans bien des domaines et notamment de faire passer la dictature qu'il impose dans le pays en une République et un État de Droit qu'il voudrait faire lire ainsi de l'étranger.

L'art de la réflexion - quant à lui - signifie l'art de mener correctement une réflexion, en d'autres termes, l'art de bien conduire sa pensée en usant de ses propres possibilités latentes et de techniques correctes. La méthode peut s'apprendre et l'habileté se gagne au fur et à mesure de la pratique.

La philosophie, en tant que réflexion sur toutes les formes de l'expérience humaine, doit d'abord nous apprendre à voir ce qu'est cette expérience, à voir la réalité dans l'expérience, afin de pouvoir la décrire. Il faut concevoir la réflexion philosophique comme une investigation de la réalité, une enquête qui, se plaçant dans les choses-mêmes qu'elle étudie, produit une compréhension plus complète de ce qu'elle étudie. En tant que tel, le premier pas pour tenter de comprendre doit toujours être de nous ramener auprès des choses mêmes, au contact de ce qui est en question.

Si je veux comprendre l'exclusion, je dois voir ce qu'est l'exclusion, je dois apprendre à voir. Il faut sans cesse revenir aux choses mêmes, au travers des vécus dans lesquels elles se présentent à nous.

LA NOTION DE PEUR ET DE RASSEMBLEMENT

Quand des individus se sentent menacés, ils réagissent simultanément et d'une façon similaire, quoique chacun pour son propre compte. Leur objectif, qui est de se protéger, reste individuel, leurs intérêts se recouvrent sans pour autant être communs, chacun ne songe qu'à lui-même. Dans ce rassemblement effervescent, dans cette foule secouée par des bruits et avide de nouvelles, les phénomènes d'imitation et de contagion tiennent lieu d'apparente unité. Comme une multitude de réactions identiques se produisent à la fois, leurs effets s'additionnent à la façon d'une force.

Cette foule qui réagit sous l'empire de la crainte a bien une conduite collective.
En agissant, en se gonflant, cette foule découvre sa propre puissance.
Mais il faudra un événement nouveau, une rupture, un saut, un réel changement d'état, pour qu'apparaisse, dans cette masse divisée, dans ce rassemblement tumultueux mais amorphe qui constitue le moteur humain de l'histoire : le groupe.

DE LA NOTION DE RASSEMBLEMENT A CELUI DES GROUPES

Au sens large ou l'entendons, les groupes ne se fondent ni sur une origine familiale commune, ni sur le voisinage, ni sur la profession, ni même sur l'idéologie. Des individus qui naguère s'ignoraient se rassemblent sous l'effet d'un danger. Ils découvrent qu'un même sort (guerre, famine, oppression, restriction de leurs libertés) pèse sur eux.

Ils pourraient chercher à s'en sortir chacun de leur côté, mais ils sentent confusément que c'est sans espoir car leur dispersion fait leur impuissance.

Comme ils ont un même destin, ils constituent à eux tous l'un de "ces êtres sociaux inorganiques" que l'on appelle des "collectifs". Tels quels, ils deviennent, selon les circonstances, victimes ou bourreaux, puisque, devant un péril, ils subissent à la fois la peur de l'Autre et la tentation, pour survivre, de le supprimer. L'enfer, cet "enfer pratico-inerte", se reforme immédiatement, dès que les conditions sont réunies. Contre cette inhumanité renaissante, que propagent des reniements en chaîne, il n'est aucune parade individuelle.

Les hommes ne se sauvent qu'ensemble, ou pas du tout.

Quelques individus, au sein d'un collectif, décident de résister, de riposter, de lutter. Si la peur est contagieuse, si les foules cèdent aux élans irrationnels, une autre ductilité, de sens contraire, et qui nie radicalement la première, favorise la naissance des groupes : des individus, au même moment, éprouvent une même révolte, ont le même sursaut.

Il n'y a pas à proprement parler d'acte fondateur: soudain, le groupe est là, en pleine action, constitué par des individus qui, quelques instants plus tôt, fuyaient peut-être, ou désespéraient.

Sans qu'aucun chef se détache encore, le petit groupe agit ou, mieux, il n'est qu'ACTION . Face à l'Autre qui menace, et qui, tout à coup, rencontre une résistance, il prend un poids que, pour ses propres membres, il n'avait pas encore.

L'action dissout les différences individuelles, abolit les distances, sert de creuset. Ainsi émergent les acteurs réels de l'histoire d'un pays.

LE GROUPE EN FUSION AU POUVOIR N'A QU'UNE EXISTENCE PRÉCAIRE

Si l'on fait référence au groupe au pouvoir (dominant), l'alerte passée, le danger diminuant, il court le risque de se défaire, car il est travaillé par une tendance à l'atomisation, à la fragmentation, à la dispersion, ou à la "sérialité".

Le ciment qui liait les individus était la peur, une peur surmontée ou contrôlée ; quand elle s'estompe, la cohésion de l'ensemble s'effrite.

LA STRATÉGIE D'ISMAÏL OMAR GUELLEH EST DE CRÉER DES PEURS AU SEIN DES POPULATION ET DE LES RASSURER PAR DES ARTIFICES

De par tous les " aménagements électoraux " le résultat du scrutin étant connu par avance, il restait à sa propagande une mission d'importance consistant ;

d'une part à faire " passer la pilule " sur les échecs économiques et sociaux et de créer au sein des populations une " psychose du lendemain " si elle venait à le désavouer ;

d'autre part, de fabriquer du rêve dans lequel les populations se retrouvent ; à savoir la création d'emplois et un mieux vivre pour demain..

Faire rêver ! comme cela a été dit " Plus il sera dans le malheur et plus l'humain aimera à se faire des illusions, même quand il sait ce que valent ces illusions ". Si état dictatorial il y a, lorsque la misère s'est saisie à ce point de l'humain, il poursuit un rêve et veut seulement pouvoir continuer à rêver.

Pour conjurer ce mal interne du pouvoir, cette "solitude d'impuissance", il faut "l'invention pratique d'une permanence libre et inerte de l'unité commune en chacun". C'est à cette exigence que répond une forme de serment d'allégeance à Ismaïl OMAR GUELLEH qu'il entretient par la dévotion incitée par sa propagande : il tente ainsi d'exorciser le risque de dislocation mais ne prévient pas forcément de la trahison. Il constitue, au sens propre du terme, une conjuration. "La conduite du serment ne peut être que commune ; le mot d'ordre est IOG'".

LORSQUE LE "SOUVERAIN" APPARAÎT...

 


Jusqu'ici, nous avons considéré des individus, des rassemblements collectifs, des groupes. C'est à l'intérieur du groupe qu'il faut suivre pas à pas l'apparition du souverain mais comment se fait-il que le groupe, en s'institutionnalisant, laisse émerger un "souverain", qui détient des privilèges exorbitants ; y compris ceux de décider sur l'instant de la vie comme de la mort ?.

Au départ, à l'intérieur d'un groupe, le pouvoir n'a logiquement rien d'individualisé. Même par le serment, chacun n'obéit qu'à l'impératif commun, qui résulte de la conjonction d'intérêts individuels coalisés par un pacte non écrit. Ce dernier prend l'allure d'une loi extérieure, de la loi d'un Autre, car il constitue une exigence qui s'impose aux membres du groupe, et qui désigne ce lieu abstrait et encore vide, où sera placé le trône du souverain.

Celui-ci ne fait pas irruption du dehors et par la force: une transformation interne du groupe le suscite même s'il agit pour la faire émerger en écartant - à sa manière - les autres postulants. Sa légitimité ne lui vient pas de la délégation par les membres du groupe de leur souveraineté, mais de l'impuissance où ils se trouvent de ne pas le reconnaître.

Le souverain surgit pour conjurer le risque de dissolution du groupe: "Produit par la terreur, il doit devenir l'agent responsable de la terreur" . Cette terreur, attribut du groupe assermenté - c'est-à-dire dont les membres se sont liés par serment - lui revient sans que personne lui en ait confié véritablement l'usage.

Mais nous n'avons envisagé que l'émergence du souverain à l'intérieur d'un groupe. Dans les sociétés historiques, le champ social comprend des collectifs, des groupes et des institutions composites, mêlant ces deux types de structure. Chez "IOG souverain", il agit comme un organe d'intégration à sa seule autorité et met la main sur tous les instruments de pouvoir de l'État pour en faire un "monopole du groupe" mais avant toute chose " SON monopole ".

Un tel mécanisme du pouvoir met en jeu une sorte de Fuhrerprinzip. (principe du guide).


 

Le "souverain" n'entretient pas la fusion communautaire, il gouverne par le froid, il "régit l'ensemble pétrifié des hommes institutionnalisés". Comme il "se dilate à travers les multiplicités du groupe", il en monopolise les puissances et ne laisse plus rien subsister qui lui serait étranger. Toute "l'industrie du souverain" consiste à gouverner des ensembles complexes en exacerbant leurs facteurs de fragmentation. Pour asseoir son autorité, il s'appuie sur l'État, c'est-à-dire, dans cette perspective, sur "un groupe restreint d'organisateurs, d'administrateurs et de propagandistes se chargeant d'imposer les institutions modifiées ".

C'est ainsi qu'IOG a désagrégéles groupes et interdit aux contre-pouvoirs de se former ; il opère les changements d'état par lesquels les groupes s'altèrent en collectifs amorphes, plus simples à manipuler, et peu susceptibles de se dresser contre lui.

Il construit des séquences dramatiques en s'instituant tel le "guide qui va sauver le pays", invente des utopies opératoires, imagine des situations idéalisées dont il fait faire large publicité par sa propagande. Il mène de front son "œuvre philosophique et son œuvre théâtrale", laissant jouer de l'une à l'autre une secrète capillarité. De la sorte, il évite le défaut d'observation empirique où tout ne serait vu que de l'extérieur. Il pose en principe qu'il faut comprendre la réalité sociale de l'intérieur et dialectiquement. Ainsi, il analyse la bureaucratie à l'état pur, et comme une essence, sans aucun des contrepoids dont elle se leste en fait.

Dans une telle structure, chacun est confronté à une alternative : ou bien exercer son autorité sur ses subordonnés tout en se soumettant à ses supérieurs ; ou bien susciter la formation d'un groupe, mais en encourant les foudres du souverain.

La bureaucratisation prend consistance quand "chacun renie ses possibilités par méfiance envers ses égaux et par crainte d'être suspect à ses supérieurs". Dès lors, la cohésion - bien relative - d'un tel ensemble hiérarchisé ne se refait que par une identification au souverain, par une soumission fanatique et fatale : "ainsi chacun, se tournant vers l'étage supérieur, réclame du souverain une intégration perpétuelle" .

Une triple relation de pouvoir s'établit alors: le souverain gouverne "la multiplicité inférieure" à travers les dirigeants intermédiaires; les pairs entretiennent des rapports de "méfiance" et de "terreur"; enfin, les organes subordonnés sont annihilés "dans l'obéissance à l'organisme supérieur".

Tel est "ce qu'on appelle la bureaucratie qui est la matrice des enfers organisés ".
Dans ce cercle de l'enfer, le plus humain et le plus terrible, sévit une triade infernale:

"l'indissoluble agrégation de la bureaucratie, de la Terreur et du culte de la personnalité".

Le souverain - disons Staline, Hitler, Fidel Castro ou Ismaïl OMAR GUELLEH.. et d'autres - ne tire pas sa puissance des masses, tout en étant un chef. Ses associés, membres de sa conjuration, constituent un groupe. A ce titre, on a pu considérer la conception sartrienne de la prise de pouvoir comme un ultrabolchevisme.

Jamais le pouvoir n'émane du peuple, jamais le chef n'est véritablement porté sur le pavois mais mettra TOUT en oeuvre pour le laisser croire. Le totalitarisme s'appuie sur les masses, ou plutôt sur les "individus massifiés", réduits à l'état amorphe et atomisés.

Il ne tolère aucun contre-pouvoir, aucun groupe vivant, qu'il ne le traque, ne le noyaute ou ne le détruise. S'identifier au souverain devient pour les individus réduits à l'impuissance une aspiration d'autant plus forte qu'elle demeure la seule forme de sûreté ou de liberté qui leur reste.
Une telle organisation du pouvoir, cohérente et éclatée, tient par la peur. Loin de souffrir d'une fragilité interne, elle concentre et coordonne les puissances matérielles de la société. En même temps, elle fige et pétrifie les existences, leur interdit tout sursaut, tout dépassement.

Alors que le groupe avait pour vocation originaire d'"arracher à la matière travaillée son pouvoir inhumain", la stratégie totalitaire conduit "le groupe au bout de ses avatars, c'est-à-dire à se dissoudre dans la sérialité".

Ce faisant, le souverain libère une terrible énergie, celle de la passivité humaine, de la servitude. L'inertie, loin d'être inactive, "devient source d'énergie" à son seul profit. "Le groupe, praxis qui s'enlise dans la matière", y trouve "sa véritable efficacité".

Entre ses mains l'impuissance des individus se transforme en puissance de groupe réduit : "cette impuissance donne aux fonctions une force matérielle d'inertie, elle en fait des organes durs et pesants, qui peuvent frapper, broyer, etc."

Dans l'enfer organisé, la matière arme la puissance du souverain, tout en consolidant l'aliénation des hommes.

Alors, "les fins visées perdent leur caractère téléologique; sans cesser d'être des fins à proprement parler, elles deviennent des destins"

Le sort de chacun se scelle, la damnation se fait séquestration.

Comme l'écrivit Sartre:

"ce ne sont pas les choses qui sont impitoyables, ce sont les hommes".

 


 

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