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275 - 05.05/05 - DJIBOUTI - Le
groupe en fusion au pouvoir n'a qu'une existence précaire car l'alerte
passée, le danger diminuant, il court le risque de se défaire.
Libertyman.
Le
grande erreur c'est de n'avoir fait ensemble que si peu de choses dans le passé
et de vouloir en faire si peu encore dans l'avenir que par et pour de grands discours.
D'après
ce que nous en avons appris, le mot art sous-entend " une manière
habile, aisée, d'accomplir une forme spécifique d'action ".
C'est ainsi que l'on peut avancer la thèse et la démontrer selon
laquelle Ismaïl OMAR GUELLEH a l'art .. et la manière de la mystification
dans bien des domaines et notamment de faire passer la dictature qu'il impose
dans le pays en une République et un État de Droit qu'il voudrait
faire lire ainsi de l'étranger.
L'art
de la réflexion - quant à lui - signifie l'art de mener correctement
une réflexion, en d'autres termes, l'art de bien conduire sa pensée
en usant de ses propres possibilités latentes et de techniques correctes.
La méthode peut s'apprendre et l'habileté se gagne au fur et à
mesure de la pratique.
La
philosophie, en tant que réflexion sur toutes les formes de l'expérience
humaine, doit d'abord nous apprendre à voir ce qu'est cette expérience,
à voir la réalité dans l'expérience, afin de pouvoir
la décrire. Il faut concevoir la réflexion philosophique comme une
investigation de la réalité, une enquête qui, se plaçant
dans les choses-mêmes qu'elle étudie, produit une compréhension
plus complète de ce qu'elle étudie. En tant que tel, le premier
pas pour tenter de comprendre doit toujours être de nous ramener auprès
des choses mêmes, au contact de ce qui est en question.
Si
je veux comprendre l'exclusion, je dois voir ce qu'est l'exclusion, je dois apprendre
à voir. Il faut sans cesse revenir aux choses mêmes, au travers des
vécus dans lesquels elles se présentent à nous.
LA
NOTION DE PEUR ET DE RASSEMBLEMENT
Quand
des individus se sentent menacés, ils réagissent simultanément
et d'une façon similaire, quoique chacun pour son propre compte. Leur objectif,
qui est de se protéger, reste individuel, leurs intérêts se
recouvrent sans pour autant être communs, chacun ne songe qu'à lui-même.
Dans ce rassemblement effervescent, dans cette foule secouée par des bruits
et avide de nouvelles, les phénomènes d'imitation et de contagion
tiennent lieu d'apparente unité. Comme une multitude de réactions
identiques se produisent à la fois, leurs effets s'additionnent à
la façon d'une force.
Cette
foule qui réagit sous l'empire de la crainte a bien une conduite collective.
En agissant, en se gonflant, cette foule découvre sa propre puissance.
Mais il faudra un événement nouveau, une rupture, un
saut, un réel changement d'état, pour qu'apparaisse, dans cette
masse divisée, dans ce rassemblement tumultueux mais amorphe qui constitue
le moteur humain de l'histoire : le groupe.
DE
LA NOTION DE RASSEMBLEMENT A CELUI DES GROUPES
Au
sens large ou l'entendons, les groupes ne se fondent ni sur une origine familiale
commune, ni sur le voisinage, ni sur la profession, ni même sur l'idéologie.
Des individus qui naguère s'ignoraient se rassemblent sous l'effet d'un
danger. Ils découvrent qu'un même sort (guerre, famine, oppression,
restriction de leurs libertés) pèse sur eux.
Ils
pourraient chercher à s'en sortir chacun de leur côté, mais
ils sentent confusément que c'est sans espoir car leur dispersion fait
leur impuissance.
Comme
ils ont un même destin, ils constituent à eux tous l'un de "ces
êtres sociaux inorganiques" que l'on appelle des "collectifs".
Tels quels, ils deviennent, selon les circonstances, victimes ou bourreaux, puisque,
devant un péril, ils subissent à la fois la peur de l'Autre et la
tentation, pour survivre, de le supprimer. L'enfer, cet "enfer pratico-inerte",
se reforme immédiatement, dès que les conditions sont réunies.
Contre cette inhumanité renaissante, que propagent des reniements en chaîne,
il n'est aucune parade individuelle.
Les
hommes ne se sauvent qu'ensemble, ou pas du tout.
Quelques
individus, au sein d'un collectif, décident de résister, de riposter,
de lutter. Si la peur est contagieuse, si les foules cèdent aux élans
irrationnels, une autre ductilité, de sens contraire, et qui nie radicalement
la première, favorise la naissance des groupes : des individus, au même
moment, éprouvent une même révolte, ont le même sursaut.
Il
n'y a pas à proprement parler d'acte fondateur: soudain, le groupe est
là, en pleine action, constitué par des individus qui, quelques
instants plus tôt, fuyaient peut-être, ou désespéraient.
Sans
qu'aucun chef se détache encore, le petit groupe agit ou, mieux, il n'est
qu'ACTION . Face à l'Autre qui menace, et qui, tout à coup,
rencontre une résistance, il prend un poids que, pour ses propres membres,
il n'avait pas encore.
L'action
dissout les différences individuelles, abolit les distances, sert de creuset.
Ainsi émergent les acteurs réels de l'histoire d'un pays.
LE
GROUPE EN FUSION AU POUVOIR N'A QU'UNE EXISTENCE PRÉCAIRE
Si
l'on fait référence au groupe au pouvoir (dominant), l'alerte passée,
le danger diminuant, il court le risque de se défaire, car il est travaillé
par une tendance à l'atomisation, à la fragmentation, à
la dispersion, ou à la "sérialité".
Le
ciment qui liait les individus était la peur, une peur surmontée
ou contrôlée ; quand elle s'estompe, la cohésion de l'ensemble
s'effrite.
LA
STRATÉGIE D'ISMAÏL OMAR GUELLEH EST DE CRÉER DES PEURS AU SEIN
DES POPULATION ET DE LES RASSURER PAR DES ARTIFICES
De
par tous les " aménagements électoraux " le résultat
du scrutin étant connu par avance, il restait à sa propagande une
mission d'importance consistant ;
d'une
part à faire " passer la pilule " sur les échecs économiques
et sociaux et de créer au sein des populations une " psychose du lendemain
" si elle venait à le désavouer ;
d'autre
part, de fabriquer du rêve dans lequel les populations se retrouvent ; à
savoir la création d'emplois et un mieux vivre pour demain..
Faire
rêver ! comme cela a été dit " Plus il sera dans
le malheur et plus l'humain aimera à se faire des illusions, même
quand il sait ce que valent ces illusions ". Si état dictatorial
il y a, lorsque la misère s'est saisie à ce point de l'humain, il
poursuit un rêve et veut seulement pouvoir continuer à rêver.
Pour
conjurer ce mal interne du pouvoir, cette "solitude d'impuissance",
il faut "l'invention pratique d'une permanence libre et inerte de l'unité
commune en chacun". C'est à cette exigence que répond une
forme de serment d'allégeance à Ismaïl OMAR GUELLEH qu'il entretient
par la dévotion incitée par sa propagande : il tente ainsi d'exorciser
le risque de dislocation mais ne prévient pas forcément de la trahison.
Il constitue, au sens propre du terme, une conjuration. "La conduite du serment
ne peut être que commune ; le mot d'ordre est IOG'".
LORSQUE
LE "SOUVERAIN" APPARAÎT...






Jusqu'ici,
nous avons considéré des individus, des rassemblements collectifs,
des groupes. C'est à l'intérieur du groupe qu'il faut suivre pas
à pas l'apparition du souverain mais comment se fait-il que le groupe,
en s'institutionnalisant, laisse émerger un "souverain", qui
détient des privilèges exorbitants ; y compris ceux de décider
sur l'instant de la vie comme de la mort ?.
Au
départ, à l'intérieur d'un groupe, le pouvoir n'a logiquement
rien d'individualisé. Même par le serment, chacun
n'obéit qu'à l'impératif commun, qui résulte de la
conjonction d'intérêts individuels coalisés par un pacte non
écrit. Ce dernier prend l'allure d'une loi extérieure,
de la loi d'un Autre, car il constitue une exigence qui s'impose aux membres du
groupe, et qui désigne ce lieu abstrait et encore vide, où sera
placé le trône du souverain.
Celui-ci
ne fait pas irruption du dehors et par la force: une transformation interne
du groupe le suscite même s'il agit pour la faire émerger en écartant
- à sa manière - les autres postulants. Sa légitimité
ne lui vient pas de la délégation par les membres du groupe de leur
souveraineté, mais de l'impuissance
où ils se trouvent de ne pas le reconnaître.
Le
souverain surgit pour conjurer le risque de dissolution du groupe: "Produit
par la terreur, il doit devenir l'agent responsable de la terreur" . Cette
terreur, attribut du groupe assermenté - c'est-à-dire dont les membres
se sont liés par serment - lui revient sans que personne lui en ait confié
véritablement l'usage.
Mais
nous n'avons envisagé que l'émergence du souverain à l'intérieur
d'un groupe. Dans les sociétés historiques, le champ social comprend
des collectifs, des groupes et des institutions composites, mêlant ces deux
types de structure. Chez "IOG souverain", il agit comme un organe
d'intégration à sa seule autorité et met la main sur tous
les instruments de pouvoir de l'État pour en faire un "monopole du
groupe" mais avant toute chose " SON
monopole ".
Un
tel mécanisme du pouvoir met en jeu une sorte de Fuhrerprinzip. (principe
du guide).




Le
"souverain" n'entretient pas la fusion communautaire, il gouverne par
le froid, il "régit l'ensemble pétrifié des hommes institutionnalisés".
Comme il "se dilate à travers les multiplicités du groupe",
il en monopolise les puissances et ne laisse plus rien subsister qui lui serait
étranger. Toute "l'industrie du souverain"
consiste à gouverner des ensembles complexes en exacerbant leurs
facteurs de fragmentation. Pour asseoir son autorité, il s'appuie sur l'État,
c'est-à-dire, dans cette perspective, sur "un groupe restreint d'organisateurs,
d'administrateurs et de propagandistes se chargeant d'imposer les institutions
modifiées ".
C'est
ainsi qu'IOG a désagrégéles groupes et interdit aux contre-pouvoirs
de se former ; il opère les changements d'état par lesquels les
groupes s'altèrent en collectifs amorphes, plus simples à manipuler,
et peu susceptibles de se dresser contre lui.
Il
construit des séquences dramatiques en s'instituant tel le "guide
qui va sauver le pays", invente des utopies opératoires, imagine des
situations idéalisées dont il fait faire large publicité
par sa propagande. Il mène de front son "uvre
philosophique et son uvre théâtrale", laissant
jouer de l'une à l'autre une secrète capillarité. De la sorte,
il évite le défaut d'observation empirique où tout ne serait
vu que de l'extérieur. Il pose en principe qu'il faut comprendre la réalité
sociale de l'intérieur et dialectiquement. Ainsi, il analyse la bureaucratie
à l'état pur, et comme une essence, sans aucun des contrepoids dont
elle se leste en fait.
Dans
une telle structure, chacun est confronté à une alternative : ou
bien exercer son autorité sur ses subordonnés tout en se soumettant
à ses supérieurs ; ou bien susciter la formation
d'un groupe, mais en encourant les foudres du souverain.
La
bureaucratisation prend consistance quand "chacun renie ses possibilités
par méfiance envers ses égaux et par crainte d'être suspect
à ses supérieurs". Dès lors, la cohésion
- bien relative - d'un tel ensemble hiérarchisé ne se refait que
par une identification au souverain, par une soumission fanatique et fatale :
"ainsi chacun, se tournant vers l'étage supérieur, réclame
du souverain une intégration perpétuelle" .
Une
triple relation de pouvoir s'établit alors: le souverain gouverne "la
multiplicité inférieure" à travers les dirigeants
intermédiaires; les pairs entretiennent des rapports
de "méfiance" et de "terreur"; enfin, les
organes subordonnés sont annihilés "dans
l'obéissance à l'organisme supérieur".
Tel
est "ce qu'on appelle la bureaucratie qui est la matrice des enfers organisés
".
Dans ce cercle de l'enfer, le plus humain et le plus terrible, sévit
une triade infernale:
"l'indissoluble
agrégation de la bureaucratie, de la Terreur et du culte de la personnalité".
Le
souverain - disons Staline, Hitler, Fidel Castro ou Ismaïl OMAR GUELLEH..
et d'autres - ne tire pas sa puissance des masses, tout en étant un chef.
Ses associés, membres de sa conjuration, constituent un groupe. A ce titre,
on a pu considérer la conception sartrienne de la prise de pouvoir comme
un ultrabolchevisme.
Jamais
le pouvoir n'émane du peuple, jamais le chef n'est véritablement
porté sur le pavois mais mettra TOUT en oeuvre pour le laisser croire.
Le totalitarisme s'appuie sur les masses, ou plutôt sur les "individus
massifiés", réduits à l'état amorphe et atomisés.
Il
ne tolère aucun contre-pouvoir, aucun groupe vivant, qu'il ne le traque,
ne le noyaute ou ne le détruise. S'identifier au souverain devient pour
les individus réduits à l'impuissance une aspiration d'autant plus
forte qu'elle demeure la seule forme de sûreté ou de liberté
qui leur reste.
Une telle organisation du pouvoir, cohérente et éclatée,
tient par la peur. Loin de souffrir d'une fragilité interne, elle concentre
et coordonne les puissances matérielles de la société. En
même temps, elle fige et pétrifie les existences, leur interdit tout
sursaut, tout dépassement.
Alors que le groupe avait pour vocation originaire d'"arracher à la
matière travaillée son pouvoir inhumain", la
stratégie totalitaire conduit "le groupe au bout de ses avatars, c'est-à-dire
à se dissoudre dans la sérialité".
Ce
faisant, le souverain libère une terrible énergie, celle de la passivité
humaine, de la servitude. L'inertie, loin d'être inactive, "devient
source d'énergie" à son seul profit. "Le groupe, praxis
qui s'enlise dans la matière", y trouve "sa véritable
efficacité".
Entre
ses mains l'impuissance des individus se transforme en puissance de groupe réduit
: "cette impuissance donne aux fonctions une force matérielle d'inertie,
elle en fait des organes durs et pesants, qui peuvent frapper, broyer, etc."
Dans
l'enfer organisé, la matière arme la puissance du souverain, tout
en consolidant l'aliénation des hommes.
Alors,
"les fins visées perdent leur caractère téléologique;
sans cesser d'être des fins à proprement parler, elles deviennent
des destins"
Le
sort de chacun se scelle, la damnation se fait séquestration.
Comme
l'écrivit Sartre:
"ce
ne sont pas les choses qui sont impitoyables, ce
sont les hommes".