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Dernière modification : le 19-Mai-2005 16:34 (GMT+1 / Bruxelles)

 

 

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"Si nos mots sont dérisions à l'égard de la dictature, si nous la brocardons par nos dessins c'est pour tenter de rendre justice à la vérité".

 

D 299 - 19/05/05 - DJIBOUTI - La force de la dictature policière dans un pays n'est jamais assez forte contre l'information et la misère qui explose.

 

M Ahmed ABDI


Toute censure de la presse et des médias est un aveu d'impuissance : on tente ainsi de faire taire toutes les vérités à Djibouti.

Dans le monde, plu de 770 journalistes ont été tués depuis 15 ans ; quant à ceux qui ont pu survivre la liste est longue de ceux qui portent encore les séquelles psychologiques et physiques provoquées par les viols dans les prisons dont on sait qu'elles existent, où elles se trouvent et les méthodes qui y sont pratiqués. Interrogatoires et tortures les plus diverses par ce que vous avez voulu assumer votre liberté d'expression. Alors on tente de vous faire plier et on y réussira forcément - avec le temps et durant votre incarcération - par ces coups de bâton sur la plante des pieds, sur la tête, par le supplice de la baignoire, ou des semaines passées dans le noir, les mains attachées dans le dos.

Cette solitude dans le noir des journées entières dans une prison de Djibouti puis soudainement on est agrippé, extrait de la cellule et jeté en plein soleil pour quelques quelques heures passées sous une chaleur intense - assis sur le sol - avec cette lumière soudaine qui vous aveugle à en crier. Puis c'est de nouveau le noir le plus complet dans votre cellule, loin de tout, dans un autre monde. Et comme si cela ne suffisait pas l'administration de la prison interdit à votre famille de vous rendre visite.

LIBERTÉ D'EXPRESSION ET RÉALITÉ.

On pourrait faire remarquer que chacun est libre d'exprimer son opinion par la voie des journaux. La liberté de la presse est sans cesse proclamée à grand fracas dans tous les pays démocratiques et plus particulièrement par les dictatures les plus extrémistes, comme l'un des plus beaux fleurons de leur couronne.

QU'EN EST-IL DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE AUX USA ?.

" Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts dont il a à se plaindre. "

Le premier amendement à la Constitution des États-Unis, cité ci-dessus, est considéré, à juste titre, comme le fondement de la tradition américaine de liberté de la presse. Ses auteurs affirmaient ainsi le droit fondamental qu'ont les citoyens d'être informés de tous les aspects d'une question sans ingérence du pouvoir. Thomas Jefferson allait même jusqu'à déclarer : " S'il m'appartenait de décider si nous devrions avoir un gouvernement sans presse libre ou une presse libre sans gouvernement, c'est la seconde option que je préférerais. "

La conviction de l'importance d'une presse libre, exempte de toute intervention gouvernementale, est demeurée inébranlable tout au long de l'histoire des États-Unis. C'est l'une des raisons pour lesquelles les USA n'ont pas de ministère de l'information pour réglementer les activités des journalistes, pourquoi ces derniers ne sont tenus ni de se faire immatriculer ni d'appartenir à un syndicat.

Dans une démocratie dotée d'une économie de marché, c'est le peuple qui, en définitive, décide de la façon dont la presse de son pays devrait agir, affirme George Krimsky, ancien chef de l'actualité pour les services extérieurs de l'Associated Press et auteur de Hold the Press (The Inside Story on Newspapers).

De nombreux volumes ont été consacrés au rôle des médias dans une démocratie. À procéder à tous ces examens, on court le risque de noyer le sujet dans un marécage de platitudes. Savoir si une presse libre est le meilleur moyen de communication dans une démocratie est une question très importante qui mérite d'être examinée de manière impartiale.

Dans leur sens le plus vaste, les médias désignent l'industrie de l'audiovisuel (télévision et cinéma), toute la gamme des publications périodiques, voire les relations publiques et la publicité. La presse proprement dite passe pour un membre sérieux de cette famille, chargée de présenter les faits et non l'imaginaire, et de desservir le public le plus vaste possible. Un bon terme général, pour définir la presse à l'âge de l'électronique, est celui de " médias de l'information ". Dans cette définition, l'accent est mis sur le contenu et non pas sur la technique ou le moyen de transmission utilisé car la presse, du moins dans les pays industrialisés, peut être consultée à notre époque sur Internet, sur un télécopieur ou sur les ondes.

Une société autonome doit, par définition, prendre elle-même ses décisions, chose qu'elle ne peut faire sans informations sérieuses accompagnées d'un libre échange de points de vues. Abraham Lincoln exprimait avec concision ce concept quand il déclarait : " Informez le public, et le pays sera en sécurité. "

Certains pourraient juger quelque peu naïf le point de vue de Lincoln, compte tenu des complexités et des techniques du XXe siècle, mais la nécessité d'informer le public a toujours été la pierre angulaire du système américain, pratiquement depuis la naissance des États-Unis.

DJIBOUTI, TOUT LE MONDE EN PARLE !

Ceux qui en viennent aujourd'hui à se préoccuper de Djibouti et de ses populations, de leurs conditions d'existence, de leurs espoirs quant à l'émergence d'une amorce de liberté d'expression et de penser autrement, et pour ceux qui ont eu le privilège d'avoir des contacts avec les gens de ce pays, ce n'est pas seulement naturel, mais c'est inévitable.

Néanmoins, nous ferions une grave erreur si nous nous concentrions trop étroitement sur les événements récents des suites de " l'affaire Borrel " ou même simplement sur les clichés édulcorés livrés sur le plan international par la propagande du gouvernement actuel.

La question essentielle pour nous, c'est ce que nous devrions faire - nous Djiboutiens/Djiboutiennes - par rapport à ce qu'il se passe dans notre pays.

Ce serait vrai même si nous avons des choix et des responsabilités limités ; et encore plus lorsqu'ils sont énormes et décisifs. Ils le sont même plus parce que le déroulement de notre terrible histoire depuis l'accession du pays à l'indépendance était prévisible depuis longtemps (si nous n'avions pas manqué d'agir pour l'en empêcher). Et manquer d'agir, c'est ce que nous avons fait. Les leçons sont claires et tellement importantes qu'elles devraient être le sujet d'articles à la une des quotidiens de la presse libre.

Oui mais voilà, il n'y a AUCUNE presse libre à Djibouti, tout est son contrôle de la police politique (SDS) y compris le journal La Nation et d'une RTD aux ordres du pouvoir tenu fermement par un Ismaïl Omar Guelleh qui n'a ni évolué, ni changé de méthodes en plus de 6 années d'une présidence autoproclamé mais tente d'endoctriner toute une Nation..

La violence n'est pas toujours visible à Djibouti et, autant une mise en lumière d'une misère profonde peut révolter tout un peuple, autant les violences les plus quotidiennes peuvent continuer à être ignorées si elles ne sont pas montrées.

Il y a, cependant, une violence réelle ; celle qui entretient la misère, le chômage et toutes les injustices. Si cette violence n'est pas considérée, ce qui est le lot commun, elle finit toujours par déchaîner en réponse une autre violence qui peut ravager un pays.

Le fait premier ici est bien la présence de centaines de milliers de chômeurs (sur une population totales estimée à 600 000 personnes), un État irresponsable favorisant une société déstructurée ; nos anciens savaient déjà que c'est le germe des tyrannies.

28 années d'indépendance et nous en sommes encore au chômage de masse dont les effets désastreux frappent de plein fouet 85 % de la population dite en âge d'avoir un emploi. Si les révolutions sont considérées par tous comme de grandes catastrophes, elles ont commencé longtemps avant : dans un mépris trop longtemps toléré, elles ont commencé maintenant alors que l'on tente de nous faire taire.
Cette politique de la " chasse à l'exilé opposant " dont on ne peut acheter la conscience dévore même ceux qui la servent, à vouloir obstinément ignorer les causes courir en vain après leurs conséquences foisonnantes. La force d'un État policier n'est jamais assez forte contre la misère qui explose.

Il ne faut pas croire le discours officiel d'Ismaïl Omar Guelleh qui assure que tout est fait pour notre bien, et qu'il suffit de suivre le droit chemin ; celui de la pensée unique qu'il tente de nous imposer. Le Droit n'est pas encore réalisé mais seulement sa fiction. Il y a bien une justice partisane et corrompue, c'est-à-dire un manquement à la justice.

Si l'on se réfère au Contrat social de Rousseau, c'est la forme égalitaire qui justifie la validité du droit, et non pas un contenu théologique abstrait. Mais ce droit reste tout théorique, comme le "droit au travail" réclamé de plus en plus par les chômeurs...

Tout le monde sait bien qu'il n'y a pas de justice dans notre pays, on ne peut faire respecter ses droits si on n'a pas d'argent, à moins d'une détermination extrême ou d'avoir les moyens financiers " d'acheter " une décision de justice qui nous soit favorable, en dépit des lois. On sait comment les plus grands bandits locaux imposent leurs propres lois, comment les plus riches au pouvoir et leurs quelques amis échappent à l'impôt comme au paiement des taxes et des charges sociales. Enfin, cette justice, essentiellement " commerçante " au service pour pouvoir d'IOG et de ses amis, ne reconnaît que les écrits. Celui qui fait confiance à la parole ne peut faire valoir ses droits, on l'en accable par-dessus le marché car il ne s'est pas conformé au Droit.
Il reste donc une justice à faire soi-même, c'est ce que pensent beaucoup aujourd'hui qui en sont réduits à cette extrémité.
Améliorer le droit n'est cependant pas le supprimer.

L'idée d'une justice ne permet certes pas n'importe quoi et ne saurait justifier aucune injustice puisqu'elle doit se vouloir plus juste. Mais c'est l'injustice qui produit d'abord la violence du refus.

Pour Aristote "les passions sont produites par une inégalité, une injustice, qu'elles essaient de rétablir en juste égalité" (La rhétorique des passions). Pour Hobbes, au fondement du politique, il y a la possibilité pour tout homme de tuer tout autre homme. En tout cas, la violence est souvent nécessaire pour se manifester et défendre ses droits.

Pour Sorel la violence, qui signifie simplement violation de la loi et non pas brutalité, est l'expression du peuple dominé, la manifestation de son existence comme résistance à l'ordre qu'on lui impose. Mais il faut laisser parler les hommes et non pas les armes ; laisser la force à la justice, à la parole universelle, et non pas à la menace.

C'est pour cela que la grève est la véritable violence. Le chômeur doit choisir une autre violence, celle des manifestations est là pour rappeler à une calme opulence l'encombrante existence des délaissés de tous. Sinon qui s'en soucie ?

Face au terrorisme imposé par l'État d'Ismaïl Omar Guelleh, gardons-nous du terrorisme, aucune violence ne se justifie lorsqu'existe un mouvement de masse.

Ce mouvement de masse existe, renforçons-le ensemble !.

 


 

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