Les
rebondissements judiciaires sur la mort mystérieuse du juge Bernard Borrel,
il y a dix ans à Djibouti, suscitent des remous à Radio France Internationale
(RFI). Mercredi 18 mai, les syndicats CFDT, SNJ et CGT, ainsi que la Société
des journalistes (SDJ) ont dénoncé un cas de "censure"
dans les informations diffusées par cette radio.
Selon
les syndicats et la SDJ, la direction de RFI a déprogrammé, le 30
mars, une heure avant son passage à l'antenne, un reportage consacré
au combat de la femme du juge Borrel pour faire reconnaître "l'assassinat"
de son mari. Selon la SDJ, Bernard Brigouleix, directeur de l'information, a déprogrammé
ce reportage car il souhaitait en changer la fin qui demandait "si les services
secrets français étaient impliqués" dans la mort du
juge.
Alertée,
la SDJ a obtenu que le reportage soit reprogrammé le 27 avril avec, comme
c'est l'usage à RFI, la mise en ligne d'un article sur le site Internet
de la radio. M. Brigouleix a validé l'article dont la fin a été
reformulée avec l'accord de l'auteur, David Servenay, et le chef du service
Internet, Philippe Couve. Or trois jours plus tard, l'article a été
soudainement retiré du site. M. Couve, qui n'a obtenu aucune explication
de ce retrait, a demandé à être relevé de ses fonctions.
Sa demande a été acceptée et l'article n'a pas été
remis en ligne.
Pour
la SDJ et les syndicats, ce retrait est un cas avéré de censure.
"Vient-elle du PDG de RFI ? De la direction de l'information ? Du Quai
d'Orsay ? Ou bien du président djiboutien, réélu à
96 % ?", interroge-t-elle dans un communiqué. Selon la CFDT, la
nouvelle direction de RFI arrivée en juin 2004 avec le PDG Antoine Schwarz
, est "aux ordres du Quai d'Orsay" et estime que l'indépendance
rédactionnelle de l'antenne est "une fois de plus menacée".
De leur côté, le SNJ et la CGT se demandent dans un communiqué
commun si l'affaire Borrel est "interdite d'antenne à RFI" et
si "les affaires africaines empêchent toujours la rédaction
de prouver son indépendance".
MOTION
VOTÉE À L'UNANIMITÉ
Réunis,
jeudi 19 mai, en assemblée générale à l'appel de tous
les syndicats, les journalistes de RFI ont voté à l'unanimité
une motion qui "condamne et dénonce la censure exercée à
l'encontre de la rédaction dans l'affaire Borrel". Ils exigent également
"la remise en ligne, dans les vingt-quatre heures, de l'article de David
Servenay, tel qu'il a été validé, le 29 avril 2005, par le
directeur de l'information" et "dénoncent l'attitude des directions
dans cette affaire qui porte atteinte aux principes déontologiques du journalisme
et qui va à l'encontre de la Charte de RFI". Enfin, les journalistes
expriment leur "défiance vis-à-vis de la présidence
et de l'ensemble de la direction".
Sollicitée
jeudi après-midi par Le Monde, la direction de l'information de RFI n'a
pas donné suite à notre demande d'entretien.