
21/06/03
- L'autorité est une nécessitée pour autant qu'on
ne la confonde pas avec la tyrannie et le despotisme qui sont les
seules réponses d'êtres déstructurés qui
se refusent à lire en eux. par
Ilsan et Osman Ahmed Kahin dit Talabo
A
quoi sert l'autorité ?
L'autorité
est devenue l'un des grands sujets de discussion mais aussi de contestation
Le thème est récurrent dans l'éducation tout
comme dans les administrations y compris dans l'Education nationale.
Enseignants
et parents se trouvent tour à tour accusés de manquer
d'autorité, ailleurs comme à Djibouti, alors que chacun
sait que dans notre pays le "bon exemple" ne vient pas d'en
haut et que cette autorité est souvent sappée par le
pouvoir politique au niveau de la hiérarchie intermédiaire,
quelle que puisse être l'administration, l'Armée nationale,
la Gendarmerie Nationale ou au sein des Forces Natiionales de Police.
Le fait de
supposer "manquer d'autorité" n'a pas bonne presse
au point que les politiques dans certains pays d'Europe entendent
même sanctionner les parents qui ne feraient pas leur preuve
en la matière !
Mais l'autorité
est souvent mal comprise, parfois contestée ou confondue avec
le pouvoir, l'autoritarisme, la tyrannie et le despotisme destructeur.
Mais
qu'est-ce au juste que l'autorité et à quoi sert-elle
dans le domaine de l'éducation d'un enfant ?
Lorsque
l'enfant naît, " l'autorité parentale " est
un des premiers droits acquis de fait. En termes juridiques, "
les parents bénéficient d'un ensemble de droits et devoirs
résultants de la filiation et ayant pour finalité l'intérêt
de l'enfant. ".
Cette
reconnaissance légale, notamment aujourd'hui partagée
à part égale en France, entre le père et la mère,
est essentielle, également sur le plan psychologique.
L'autorité
des parents est nécessaire pour que l'enfant grandisse et s'épanouisse.
Encore faut-il qu'elle soit bien comprise
En
quoi consiste l'autorité ?
L'autorité
n'est évidemment pas un état d'humeur. Il s'agit d'une
attitude, d'une posture d'une personne disposant des pouvoirs.
- Elle consiste
à poser clairement des limites en chaque chose et avec.
- Elle nécessite
de savoir refuser une demande de l'enfant lorsque celle-ci dépasse
le cadre pré-défini par le parent. Une autorité
bien exercée suppose que le parent, idéalement le
couple parental, soit très clair sur les limites qu'il souhaite
poser à l'enfant et les raisons pour lesquelles il fait ce
choix.
- L'autorité
nécessite de la cohérence et de la souplesse
- L'autorité
nécessite de la part du parent une grande cohérence,
car elle perd tout son sens, si le parent remet en question les
limites posées, face à l'insistance de son enfant
ou si le cadre change à chaque instant, sans raison.
- L'autorité
demande aussi de la souplesse.
- Les limites
posées doivent pouvoir être remises en question en
fonction du cadre de vie et de l'évolution de l'enfant. Une
limite posée un jour peut changer, à condition que
le parent explique à l'enfant cette modification et que dans
tous les cas le dialogue permette de bien apprécier et de
respecter les besoins des uns et des autres.
- L'autorité
est une des plus belles preuves d'amour
- L'autorité
sert essentiellement offrir à l'enfant un cadre sécurisant,
à lui donner des repères qui l'aident à grandir
en toute quiétude.
- Savoir être
autoritaire, bien au-delà de ce que certains parents et enfants
imaginent, est une des plus belles preuves d'amour.
Donner
un cadre repérable à l'enfant permet en effet de lui
transmettre la sensation d'être " contenu " dans
cet espace. L'absence de cette sensation de " contenu "
étant génératrice d'angoisse.
L'expérience
des limites et de la frustration doit commencer dès le plus
jeune âge.
Dans cet espace-là,
l'enfant doit composer avec son sentiment de toute puissance de ses
toutes premières années (l'enfant imagine qu'il peut
tout obtenir du monde extérieur et se voit comme maître
du monde) et avec les frustrations nombreuses, générées
par tout ce qu'il n'obtient pas en se frottant à la réalité.
Si petit, il ne
fait pas cette expérience des limites et de la frustration,
il risque fort à l'adolescence, d'adopter des comportements
dangereux, pour tester ces propres limites et celles d'allure illimitée
de l'environnement.
Quand
l'autorité verse dans l'autoritarisme
Pour les parents,
le juste exercice de l'autorité n'est pas chose facile.
Les uns, rarement,
tombent dans un autoritarisme à outrance. En adoptant ce comportement,
ils n'exercent en fait pas une autorité saine, mais une forme
de pouvoir sur leurs enfants. Or on sait
ce qu'il advient de l'excès de pouvoir à défaut
d'autorité reconnue et naturelle.
Ils ne tiennent
pas compte d'un cadre défini dans lequel l'enfant peut évoluer,
mais ils tendent à marquer à chaque instant leur "
autorité " dans la vie quotidienne de leur enfant, sans
que nécessairement cette marque de pouvoir ait une signification
réelle pour l'enfant.
Quand
l'autorité se dilue dans le laxisme ou se noie dans la culpabilité
D'autres parents,
la majorité, ont du mal à faire avec l'autorité.
Peut-être eux-mêmes ont-ils été victimes
d'une trop grande rigidité éducative et craignent de
reproduire cette erreur. Mais de fait, par opposition, ils tombent
parfois dans un certain laxisme, qui en réalité n'est
pas satisfaisant pour l'enfant.
Dans d'autres
cas, comme pour les couples séparés ou dans les familles
où les deux parents travaillent, la culpabilité vis-à-vis
des enfants vient " polluer " l'autorité.
Le parent n'ose
plus affirmer son autorité et tend à " gâter
" à l'excès son enfant, comme pour se faire pardonner
ses choix de vie.
Dans d'autres
situations encore, les adultes trouvent plus gratifiants d'adopter
des attitudes plus permissives.
Mais
là encore, si le lien paraît plus gratifiant à
court terme, les enfants risquent rapidement de manifester des troubles
du comportement témoignant de leur recherche de limites.
par
Ilsan et Osman Ahmed Kahin dit Talabo
Membres du Gouvernement en Exil de Djibouti