La parole aux opposants
Dernière modification : le 03-Jui-2002 8:44 (GMT+1 / Bruxelles)

01/06/02 Au pays des braves, quel héritage laisserons-nous à nos enfants ?

L’appât du gain et les détournements pour les quelques uns ….la misère pour la grande majorité des autres Djiboutiens.

par Osman Ahmed Kahin dit Talabo

Comment expliquer ce djiboutien à double visage?
Il était souriant ne manquait de rien, ne se souciait que de ce qu'il allait manger, de ce qu'il allait porter et le voici maintenant transformé.

Il se pose des questions, ne sachant s’il ira manger chez lui ou chez le voisin, s’il aura ses affaires scolaires ou pas, s’il portera de nouveaux habits pour
la fête, s’il ira dormir sous le ciel ou à l'intérieur de son habitation, si son salaire sera versé à la fin du mois.

Les pannes d'électricité qui le préoccupent comme bien d’autres choses, il prend conscience des dures réalités, tout devient injustice ; comment se fait-il que chacun ait cette double vision successive de la vie ?

L'a-t-il choisie ou la lui à t-on imposée ?

Pourquoi nous jeunes parents ne nous sommes pas posés cette question plus tôt et pourquoi c'est à nos enfants de subir de plein fouet la situation actuelle qui compromet gravement leur avenir ? pourquoi cette prise de conscience subite des difficultés.

Vaste sujet de réflexion.

Nos parents étaient nomades, puis ils sont venus se sédentariser en ville car la vie était dure ; la sécheresse, le maigre bétail décimé par les épidémies ou le manque de pâturage, l’absence d’eau.

Ils ont compris qu’il leur fallait vivre autrement pour nous donner un meilleur avenir.

Puis nous sommes arrivés à notre tour, nous avons grandi et n’avions nul besoin de nous intégrer car nos parents s’étaient sédentarisés et aujourd'hui on nous impose à ce que ce soit nos enfants qui s'intègrent à ce monde.

Mais s’intégrer à quoi ? à cette misère qu’il observent chaque jour et à se poser sans cesse les mêmes questions ; aurais-je des fournitures scolaires, mon cartable, mes vêtements, que ferais-je après mon bac aurais-je une bourse ou pas trouverais-je du travail dans mon pays ou devrais-je m’exiler ?.

Nous jeunes parents, nous avons fait des études et si l’on suit la logique de l’évolution nous devrions être arrivés à un point tel que nos enfants devraient bénéficier des bienfaits du progrès, avoir une meilleure aisance de vie que nous n’avions.

L'imaginable arrive, 2 générations après nous ne parvenons même pas à nourrir convenablement nos enfants alors que l'avancée devrait être considérable parce-que nous pensions que nos parents avaient fait
le plus gros du trajet.

Il avaient acquis la Liberté en obtenant l’indépendance du pays et commencé la construction de la République de Djibouti.

Alors ne faudrait-il pas que chaque djiboutien se remette aujourd’hui en question sans même parler de politique ?.

il y va de la vie et du futur de nos enfants.

Prenons quelques minutes de notre temps et observons comment vivent nos enfants. C’est de notre responsabilité que de préparer leur avenir ; Ils ont été mis au monde non pour souffrir mais pour vivre.

Alors que nos anciens s’appuyaient sur des valeurs saines de solidarité de famille, tribale et ethnique, certains d’entre-nous les ont remplacées par l’appât exclusif du gain…. « Argent – Avoir toujours plus !!! ».

En imposant leurs propres lois, ceux qui se sont approprié le pouvoir, ont balayé toute idée de progrès et de bien être pour les autres.
Sans oser l’avouer, ils partent du principe que plus grande sera la misère du peuple moins il y aura de revendications car plus préoccupé il sera à trouver de quoi survivre qu’à manifester dans les rues contre le pouvoir.

Mauvais calcul, lorsque le peuple n’a plus rien et que l’on ne peut plus rien lui prendre, c’est à cet instant que le peuple et sa jeunesse s’expriment et peuvent mettre le « feu aux poudres ».

Lorsque le peuple a le ventre plein, il réclame ; lorsqu’il a le ventre vide, il exige et se révolte et rien ne peut l’arrêter.

Quelle éducation ces « nouveaux riches » transmettent-ils à leurs enfants ? Celle du profit exclusif et du dédain pour la pauvreté, pour la misère de nos enfants.

On voit poindre chez nos propres enfants une révolte que nous n’avions pas, une haine en réponse au dédain d’une richesse insultante qu’ils croisent chaque jour.

Nos enfants mûrissent bien plus vite que nous ne l’avons fait, très tôt ils se posent des questions que nous ne nous sommes pas posés ; l’équité et la justice sociale, le droit à une vie décente.

Ils souffrent bien plus qu’ils n’osent nous le dire en regardant le maigre repas dans leurs assiettes, les vêtements usés que l’on ne peut changer faute d’argent, le médecin et les médicaments que l’on ne peut payer, le vieux poste de télévision qui ne fonctionne plus depuis longtemps et que l’on ne peut faire réparer faute d’argent, toujours ce manque d’argent alors que le coût de la vie ne cesse d’augmenter.

D’un coté cette jeunesse très minoritaire qui grandit sans souci et peut accéder aux grandes Universités européennes et de l’autre l’immense majorité des jeunes qui prend très tôt conscience des injustices, de toutes les injustices.

Ils ont des exigences que nous n’avions pas à leur âge.

Nous étions chloroformés par les mots mensongers, par les promesses qui nous étaient faites, respectueux des lois et de la légalité du pouvoir de l’après indépendance ; nos enfants sont lucides et ont en eux une haine que nous ignorions, la haine des injustices, ils sont frondeurs et révoltés, ils n’ont plus de respect pour les institutions car ils les savent trompeuses.

Quel héritage le pouvoir en place va laisser à la jeunesse du pays ?

comment expliquer à un jeune qu'il ne peut avoir le nécessaire pour survivre ?

Dites-nous comment un père et une mère peuvent laisser endurer à
son enfant se qu'ils n’ont pas enduré eux-même ? faudrait-il se contenter de ce drapeau qui nous est cher et qu'on ne veut en aucun cas toucher ou salir ?

oui mais pour ce drapeau il faudrait que nos enfants en soient fiers et je ne pense pas que ce soit ça la solution de se taire et se contenter du peu qu’on leur octroie et de la misère dans laquelle on nous confine en nous disant « cela ira mieux demain ! ».

Ces pères qui sont humiliés parce qu'il ne peuvent répondre à leurs femmes sur le manque d’argent doivent-ils se laisser mourir à petit feu ou se battre pour leurs enfants et leurs familles ou s'exiler ?

Quant à toi Ismaël Omar Guelleh, dans ton palais présidentiel construit à coups de dizaines de millions tu devrais te poser un moment la question de savoir de quoi vivent les gens que tu prétends gouverner.

Où sont les braves ? où est notre dignité ? lorsque tu demandes à chacun de supporter les effets de tes erreurs et de tes malversations ?.

Quelles solutions proposes-tu pour mettre un terme aux retards considérables de versements des salaires et que fais-tu pour le pays dont tu vas fêter avec faste le 25ème anniversaire de son indépendance ?.

As-tu le courage de regarder toutes les injustices en face et d’y mettre un terme?.

Le proverbe dit « Qui sème le vent récolte la tempête » mais aux premiers grondements de la véritable tempête, celle du peuple et de nos enfants, peut-être ne seras-tu plus là pour en mesurer les effets.

Osman Ahmed Kahin dit Talabo

 

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