Les Réalités
L'information qui s'oppose au papier toilettes "La Nation"
Dernière modification : le 27-Jui-2003 20:26 (GMT+1 / Bruxelles)

 

 

27/07/03 - Un peuple chloroformisé - Chronique de mon voyage au pays. En 4 années la misère "d'en bas" a fait des ravages. par Anissa M.B

De retour d'un voyage au pays, l'une d'entre-nous a convoyé jusqu'ici la formule de Raffarin, en disant qu'elle avait visité le "Djibouti d'en bas" : bas-fond de la société djiboutienne ; lie d'un développement où n'arriveraient par saccades que les miettes échappées d'une supposée modernité retenue par en-haut. La misère.

Alors et en passant par un autre trajet j'ai voulu revoir ma famille, mes amies dans mon pays. Moi aussi, j'ai peine à parler d'un Djibouti d'en-bas et tout simplement d'un Djibouti que je n'ai pas reconnu.

Non pas qu'il n'existerait pas ! Non pas que le bonheur suintant aurait gagné toutes les couches de notre société (si seulemment c'était le cas)! Non que le lait et le miel se mettraient à couler dès le bas de sa natte : non !.

Ce que je veux dire est plus vrai et plus grave : tout un pays suinte la misère ; absolument tout ! sauf quelques hiérarques qui ne se déplacent qu'accompagnés d'une cohorte de gardes du corps armés.

Au point qu'on a un peu le vertige, en constatant que cette misère se décline sous des formes terribles et inattendues. Mais on la trouve absolument partout !

Elle est dans les conditions de vie ; dans cette voisine endormie à une veillée, qui protège son enfant par une serviette incolore et puante, alors qu'on peut compter jusqu'à neuf moustiques bien repus, sur ses mollets dénudés !.

Elle est dans cette rue au sol aux rigoles stagnantes où se mêlent toutes les eaux les plus nauséabondes, dans cette décharge improvisée un peu plus loin et à quelques mètres d'amas de planches et de tôles servant d'habitation.

Elle est dans ce quartier bien connu car celui de mon enfance pourtant que je découvre comme étranger tant il s'est dégradé en quelques années, elle est dans ce dispensaire où je venais me faire soigner et laissé à l'état d'abandon, sans toit, ni porte, ni fenêtre.

Elle est dans ces mendiants pas forcément étrangers qui ont envahi les rues de la capitale et qui attendent devant chaque porte de super marché qu'on leur adresse un regard ; juste un regard pour qu'ils puissent croire, ne serait-ce qu'un instant, qu'ils existent en cette terre.

Elle est dans les yeux de cet enfant mal nourri, dont la seule richesse est un tee shirt troué qui fut vraisemblablement blanc en un moment, un short dont nul ne voudrait pour en faire un chiffon d'essuyage, une paire de tongs élimés et rafistolés à l'aide de fil de fer et qui vous tend sa paume de main en disant " s't plait madame .. argent! ".

Elle est dans une télévision où la pauvreté de l'image vous abîme encore plus la vue avec les mêmes mots, les mêmes images qui tentent de vous persuader que tout va bien dans le pays grâce à son Excellence alors que quelques minutes plus tard e son et l'image disparaissent subitement avec la panne d'électricité récurrente.

Elle est dans cette longue fille d'attente des vieux travailleurs qui espèrent cette fois ci percevoir leur modeste pension.

Ils sont là depuis des heures sous le soleil, imperturbables mais dans leurs yeux se lit la lassitude, l'acceptation , le renoncement à se battre pour se faire matraquer par les " mercenaires du pouvoir " alors que dans la rue passent de gros 4 X 4 flambants neufs, aussi gros que leurs occupants repus et qui les écrasent de leur indifférence.

Elle est dans un bureau de ministère où le carton qui remplace le carreau de la fenêtre tombe et laisse passer une chaleur de fournaise dans un bureau où " on a vu pire, vous savez ! ".

Elle est dans ce couloir poussiéreux ou traînent sur le sol pèle mêle papiers gras et enveloppes de paquets de cigarettes, elle est dans ces WC toilettes bouchés et rendus inutilisables depuis des mois et dont nul n'ose s'approcher.

Elle est dans ce fonctionnaire las d'attendre son salaire et les arriérés se décidant à " récupérer " le climatiseur du bureau d'à coté pour lui substituer celui de son domicile, en panne depuis des mois. Qui pourrait l'accuser de vol alors que c'est l'Etat ismaëlien qui est le premier voleur du pays… et qui ne lui verse plus de salaire.

Elle se love même dans la mosquée où on rit de la subite coupure d'électricité, là où il faut se révolter et jurer ses mille dieux contre les mauvais gestionnaires de l'Etat qui vous parlent de "délestage" sans vous expliquer où sont passés les millions d'USD affectés à l'EDD pour en changer un groupe électrogène.

Elle est dans le sachet dans lequel on vous sert aussi bien le pétrole, l'huile, le coca que le riz ou les pâtes : sachet non bio-dégradable... détail insignifiant !

Elle est dans cette femme amaigrie et sans âge qui vient acheter un verre de lait pour son enfant serrant fébrilement une pièce de monnaie pour ne pas la perdre.

Elle est dans ces êtres que vous croisez et qui vous proposent tout, drogue, enfant et le reste alors qu'à quelques pas de là le policier détourne la tête. Il ne voit pas !

Elle est ici dans mon pays où elle est telle aujourd'hui que TOUT se vend, TOUT s'achète même les enfants !.

Elle est dans les discours de ces responsables politiques, pauvres en espérances mais pleins de bilans et de chiffres, "croissance raffermie", perspectives et prospectives….. sans lendemain.

Elle est dans ces pratiques inouïes d'un Président de l'Assemblée nationale ou de Ministres venant chercher auprès du staff communication le discours qu'ils doivent prononcer et dont ils ne comprennent un traître mot….. …

Et dans ces journalistes qui remballent leur matériel, dociles à la parole de l'oracle, rompus au jeu de la pensée unique, tel ce chef de rédaction du journal la Nation sortant d'un bureau à reculons en faisant de grandes courbettes condescendantes, ridicule et qui surpris de vous entendre gueuler " Ici, c'est comme ça ! " vous a à l'œil ; il est prêt à vous dénoncer à son ministre de tutelle…..et aux hommes du SDS d'Hassan Saïd madobé.

Le Djibouti d'en-haut est très haut par ce que le Djibouti d'en-bas est très bas.

Une manière d'émousser les indignations et de vous voir hausser les épaules, pour continuer à (sur)vivre, sans vous plaindre.

D'ailleurs à qui, puisque le juge, si vous réussissez à en trouver un, vous demandera le crayon de sa signature. Et que le policier n'aura pas le papier de son formulaire, et/ou que vous devrez, en plus, le ramener chez lui dans votre propre voiture ?.

Combien de temps vas-tu tenir ainsi mon pays ?

Où est le pays des braves du temps de mes ancêtres ?

 

par Anissa M.B
Membre du Comité Citoyen
du Renouveau Démocratique
sympathisante du GED

at