15/11/03
- A l'heure des profonds bouleversements qui se dessinent dans la
société djiboutienne les mesures prises par l'administration
doivent sortir d'une schématique fixiste trop longtemps entretenue
et à laquelle elle est contrainte par le pouvoir de l'Etat
politique mafieux.
Par Ali Abdillahi
Iftin.

C'est
à ce prix que l'administration djiboutienne pourrait enfin
et véritablement acquérir une dimension sociale, et
réaliser la nécessaire complémentarité
entre l'économique et le social.
Ceci
signifie qu'il lui faut franchir une nouvelle étape en se
libérant d'une emprise politique d'intérêts
individuels, pour ne pas dire politicarde et faire en sorte qu'elle
se rapproche des citoyens.
Contre vents
et marées, cette administration doit tout mettre en oeuvre
pour développer l'emploi, lutter contre le chômage
qui participent à la poursuite de cet objectif, pour
construire une société plus participative, plus humaine
et plus en conformité avec les évolutions de ce monde.
Comme
le Respect de l'humain, lutter pour l'Emploi doit être un
véritable état d'esprit, une culture présente
dans l'esprit et à tous les niveaux des administrations concernées.
C'est par ces
quelques lignes d'introduction que nous avions insisté -
dans un article paru il y a de cela 4 mois - sur le fait qu'en matière
de création d'Emploi à Djibouti, l'administration
djiboutienne doit faire face à
un Etat dirigé par son "Al Capone local" et par
quelques hiérarques mafieux dignes du Chicago des années
30.
Depuis des mois
nous sommes les témoins de forums, réunions, symposiums,
colloques impliquant les discours des uns et des autres supposés
spécialistes en matière d'analyse et de création
d'Emploi mais ces longues palabres ne se sont limitées au
final qu'à de grandes " Déclarations d'intentions
" - y ajoutant même un échéancier - qui
ont versé une fois encore dans la futilité des mots
face à une situation de catastrophe au regard de l'emploi
et qui n'évolue pas dans l'amélioration.
Tous
ces actes gouvernementaux ont confirmé la profonde fracture
qui subsiste entre ce qui est annoncé par le gouvernement
en matière de lutte contre le chômage et l'absence
d'effectivité de résultats sur le terrain.
Or chacun sait
que si l'on veut prétendre agir de manière rationnelle
et durable sur l'Emploi il ne convient pas de persister dans de
grandes déclarations grandiloquentes
mais de prendre " à bras le corps "
toutes les formes de formation.
Formation
comme
l'intégration
des jeunes dans le monde du travail et la
création d'entreprises nouvelles - y compris dans
des secteurs novateurs - font partie des leviers
essentiels à activer dans l'urgence.
Les rapports
sur la situation économique et sociale de Djibouti - dont
seule une infime partie est portée à la connaissance
du public tant la situation est dramatique, tout particulièrement
pour notre jeunesse au regard de l'emploi - ne sauraient donc échapper
aux multiples critiques qui ne se limitent pas exclusivement au
pessimisme mais tentent d'infléchir une politique gouvernementale
qui est à double langage et qui
s'articule autour d'un point crucial qui est la " Monopolisation
" de tous les secteurs d'activités par quelques-uns
au détriment de tous les autres.
Il convient
d'établir un net distinguo entre " Faire du Commerce
" et " Monopoliser " tous les secteurs d'activités
économiques.
Par évidence,
Djibouti est une plate forme commerciale, chacun se doit donc de
commercialiser au mieux ses prestations ; ce qu'il revend, fabrique
ou transforme en se plaçant au mieux des intérêts
communs vis-à-vis de sa clientèle.
Par ailleurs
et au vu d'une " Monopolisation sauvage " - archaïque
et asphyxiante - de tous les secteurs d'activités nous
ne situons plus dans un système de " libre concurrence
" ce qui réduit quasiment à néant toutes
les initiatives locales et étrangères de grande importance,
créatrices d'emplois.
Ceux
qui osent prétendre investir et créer des emplois
dans le cadre des lois de notre pays, sont assujettis à toutes
les charges et taxes imposées par l'Etat alors
que ceux qui imposent et détiennent fermement tous les rouages
de la " Monopolisation sauvage " en sont exonérés
ce
qui constitue une nouvelle injustice et disparité de traitement
qui ne facilitent en rien " l'initiative individuelle "
mais bien au contraire l'asphyxie.
Les exemples
de chefs d'entreprises - affiliés au pouvoir d'Ismaël
Omar Guelleh - qui ne versent aucune cotisation
sociale, ne paient ni leurs factures d'eau, d'électricité
et de téléphone sont si nombreuses qu'il paraît
plus rapide de dresser la liste de ceux qui paient que de tenter
d'établir la liste de ceux qui ne paient pas.
Rien
a changé - Comment peut-on oser prétendre gouverner
un pays et en Réformer les institutions dans de telles conditions
?.
Par ailleurs,
il est un fait que quelques initiatives locales en matière
de création d'entreprises individuelles ont émergé
depuis une année et furent soutenues financièrement
par les micros crédits, mais elles ne sont pas le fait de
déterminations gouvernementales mais de volontés individuelles.
S'il est incontestable
que de telles initiatives doivent être fortement encouragées,
celles-ci ne constituent pas à elles seules les réponses
à l'amélioration de la situation au regard de l'Emploi
car elles n'ont qu'une incidence très limitée en matière
de création d'emplois.
Le reproche
que l'on peut faire aux initiatives gouvernementales est qu'elles
se limitent - lors des forums, réunions, symposiums, colloques
.-
à se concentrer en une définition de propositions
des leviers à mettre en uvre pour agir mais bien qu'ayant
défini une forme exhaustive de "
Tableau de bord pour la relance de l'Emploi " elles
n'en respectent pas les échéances alors que ledit
gouvernement se garde bien d'établir - en temps réel
- les indispensables constats d'évolution.
Ce faisant,
il nous semble bien éloigné du climat économique
et social marqué en tout premier
lieu par un véritable désarroi et par une forte inquiétude
quant à leur avenir clairement exprimés par les demandeurs
d'emploi.
Au regard des
statistiques récentes, le gouvernement djiboutien actuel
n'a pas de quoi pavoiser et peut aisément mesurer l'inefficacité
de sa démarche en faveur de l'Emploi.
Bien qu'il s'inspire
largement des mesures définies par le Gouvernement en Exil
de Djibouti en matière de création d'Emploi - sans
toutefois les mener au bout et sans s'attaquer véritablement
à la " Monopolisation sauvage" du secteur privé
car c'est là que se situe son problème - il est évident
que ce gouvernement démontre
les limites de son pouvoir par rapport à la " nomenklatura
" locale et contribue ainsi à la destruction d'emplois
dans tous les secteurs d'activités volontairement non concurrentiels
et ce depuis des années.
Comme nous l'avons
écrit et répété à de multiples
reprises, il convient d'AGIR avec détermination et de bousculer
les privilèges et les obstacles qui nuisent aux leviers que
sont :
La Formation
doit faire l'objet de larges débats avec les entreprises
du secteur privé - intégrant
nos enseignants - et appelle à
un nécessaire effort national d'investissement tant sur les
moyens pédagogiques et d'accompagnement humain que sur les
niveaux de qualification de notre jeunesse formée à
Djibouti qui ont cessé de progresser depuis quelques années.
Si ces niveaux
de qualifications de notre jeunesse formée à Djibouti
sont en régression c'est la conséquence de carence
en matière d'investissement tant sur les moyens pédagogiques
que sur l'accompagnement humain dont
se rend coupable un " gouvernement des incompétences
" et de la précarité des initiatives.
Il
nous faut donc trouver une véritable dynamique des politiques
de formation qui
sont l'un des enjeux d'une Décentralisation qui devrait donner
plus de pouvoirs à nos régions dans ce domaine prépondérant
et qui va définir l'avenir de notre pays et de ses populations.
On peut affirmer
que la situation actuelle de notre jeunesse face au chômage
est la résultante des dysfonctionnements
récurrents des dispositifs de formation qui sont incapables
d'orienter notre jeunesse vers l'emploi comme de préparer
ceux qui sont actifs à de nécessaires mutations professionnelles.
En
matière de Formation de notre jeunesse, nous en sommes restés
à des concepts vieux de plus d'un siècle et, le pire,
c'est que nous persistons dans l'erreur.
Il reste aussi
un atout à activer pour la République de Djibouti
et qui est le caractère quadruplement frontalier du pays
au sein de la région de la Corne Est de l'Afrique et qui
devrait constituer non pas un pari sur les conflits locaux mais
un pari sur la Paix entre les peuples, car seule la Paix apporte
le progrès économique et social.


Il
est prépondérant que Djibouti se singularise enfin
par une culture d'ouverture tout à la fois africaine et moyen
orientale.
Cette
bi culture étant un savant mélange qui en fait sa
force par sa diversité qu'il convient d'encourager et non
de combattre car c'est une réalité historique.