

Mr.
Mahamoud Harbi - Mr. Mohamed Djama Elabeh.
These
politicians had got for them the merit of the dignity.
They belong neither at the one, nor at the other ; they are the historic
property of Djibouti Nation.
Amin



17/11/03
- La régularité formelle d'un gouvernement ne suffit
pas à lui valoir l'obéissance car c'est dans le cadre
de la théorie démocratique, de la Constitution et
des Lois du pays qu'il faut examiner de plus près les rapports
de la légalité et de la légitimité.
Par Idriss
Abdi Korah
Le
terme de "légitimité" en politique est trop
souvent un refuge, on peut même affirmer qu'il est une protection
par trop facile qui évoque et justifie le fondement du pouvoir
- a fortiori lorsqu'il est obtenu par toutes les falsifications -
et la justification de l'obéissance qui est censée lui
être due.
Tout
pouvoir revendique normalement un titre quelconque qui l'impose aux
individus placés sous sa tutelle mais ce besoin de légitimation
est plus ou moins vif selon les époques mais
surtout selon le type de régime.
On
admet que la force d'une légitimité d'un pouvoir devrait
presque disparaître - de ce qu'il en transparaît dans
la vie courante - lorsque les institutions en vigueur paraissent,
du seul fait du bien-fondé
de leurs actes donc de leur existence, commander le respect des assujettis.
On
parlera dans ce cas d'Autorité
naturelle justifiée et admise par tous car elle a acquis
et conforté sa légitimité par
la pertinence à la fois de ses intentions mais surtout de ses
actes et de leurs conséquences bénéfiques pour
les populations concernées.
Alors
qu'au contraire de cela, dans certaines périodes troublées
comme c'est le cas présentement à Djibouti, le problème
de la légitimité se pose d'une manière aiguë
car l'autorité se trouvant discutée,
le pouvoir qui dirige l'Etat se trouve contesté et n'a
d'autre alternative que de se chercher une raison d'être.
C'est
ainsi qu'émergent toutes les incompréhensions consécutives
et aux contestations qui sont les conséquences des décalages
persistants entre " Intentions et Actes positivistes " et
qu'il règne en la matière beaucoup d'obscurité.
Les
mots légitime et légitimité sont entachés
d'une certaine imprécision donc susceptibles d'acceptions ou
de refus divers.
Diverses
questions se posent
"
En quoi légitime se distingue-t-il de légal ? "
et " Comment des pouvoirs légaux - ou légalisés
sur le plan international - peuvent-ils être illégitimes
? ".
Le
premier sens que l'on puisse donner littéralement au mot légitime
, c'est " qui a un caractère de loi " alors que le
premier sens que l'on donne du mot légitimité , c'est
"qualité de ce qui est légitime".
On
pourrait penser qu'il s'agit de l'autorité légale, des
pouvoirs légaux ; mais on introduit une idée qui dépasse
le droit positif.
La
légitimité consacrée par le temps, considérée
comme un facteur de stabilité et d'ordre, telle est en effet
la grande idée qui prévalut en fin du 19ème siècle
en Europe alors qu'en dehors d'elle, on considérait qu'il n'y
avait que le chaos révolutionnaire.
C'est
cette idée - faite tout à la fois de chaos et de Révolution,
donc qui entretient dans les esprits l'idée de véritable
cataclysme et de désordres dans le pays -
qui va être exploitée au fil des siècles pour
contraindre les populations assujetties et leur
imposer l'acceptation d'une " illégitimité légalisée
", empêchant ainsi qu'émergent
des mouvements d'expression qui - sur le fond - souhaitent une
plus large liberté dans le strict cadre des lois et de la Constitution
ce qui va parfois les mener aux diverses révolutions.
Si
une forme de " dynastie étrangère " djiboutiannisée
a pu s'implanter à Djibouti - dès l'accession du pays
à l'indépendance - c'est, de toute évidence,
parce que ce fut la volonté d'un Etat français d'alors
de privilégier fortement une minorité active et agissante
dans sa lutte pour l'indépendance alors que la masse silencieuse
dont la seule revendication et l'ambition fut alors la naissance de
la république de Djibouti et rien de plus.
Toutes
les traditions d'équilibre entre les ethnies et les tribus
furent ainsi momentanément abandonnées au profit d'une
gouvernance qui s'avèrera monopolisatrice de tous les pouvoirs
; une sorte de gouvernance de circonstances
sous influence française.
Il
est évident que l'influence française s'attachera à
privilégier - au moment de l'indépendance - l'instauration
d'un Etat fort et stable dans tous ses anciens territoires et Colonies
allant jusqu'à l'acceptation de régimes initialement
autoritaristes et monopolisateurs de tous les pouvoirs avec
toutefois le souhait clairement exprimé de l'émergence
- au fil des années - d'un Etat de droit et de bonne gouvernance.
Dans
le même temps ou presque, les fidèles à l'esprit
de l'indépendance de 1977, soutenaient la gouvernance d'Hassan
Gouled Aptidon en s'auto persuadant que les principes contenus - entre
autres - dans la loi " Der Issa " de l'alternance politique
seraient respectés sans chercher un autre fondement à
sa légitimité.
Le
fait que l'indépendance ait été acquise par les
Djiboutiens et solennellement jugée alors comme la grande priorité
sous les acclamations des députés de la nouvelle assemblée
nationale, justifient à leurs yeux les pleins
pouvoirs dévolus à Hassan Gouled Aptidon.
Il
n'est plus seulement légitime comme représentant d'une
tribu ; il n'est plus seulement national comme exprimant une tradition
locale. Il est légitime parce que investi d'une autorité
régulièrement établie et confirmée par
l'ancien colonisateur.
Il
est national parce qu'il est censé représenter la volonté
du pays.
Cet
effort pour assimiler la pleine autorité à la volonté
populaire est très visible en particulier dans la première
constitution qui rappela qu'il n'y a point en République de
Djibouti d'autorité supérieure à celle de la
loi et qu'Hassan Gouled Aptidon ne règne que par elle.
Conseillé
habilement et principalement par Ismaël Omar Guelleh et par
quelques personnes proches comme le seront Ismaël Guédi
et Moumin Bahdon Farah, le président Hassan Gouled Aptidon
va mener une politique intérieure de "
Concessions au compte goutte " dans lesquelles certains
rechercheront exclusivement l'octroi de privilèges - pour
eux et leurs familles - alors
qu'il convenait comme le fit Mohamed Djama Elabeh d'avoir une Ambition
et une vision de l'intérêt national en respectant les
droits de chaque composante.
Dès
lors Ismaël Omar Guelleh a parfaitement saisi comment va se
dessiner l'avenir du pays avec lui et par lui. Il
va intégrer à tous les niveaux de hautes responsabilités
de l'Etat (remplaçant un à un les titulaires
des postes ...) des hommes qui disposent d'une influence
et majoritairement en provenance de sa région d'origine.
Détenant
tous les pouvoirs de Sécurité Nationale et les autres
....,il pourra générer des fractions au sein du microcosme
politique local ( particulièrement parmi les cupides...)
ou tout simplement les entretenir en sachant parfaitement quelles
sont ses cibles prioritaires susceptibles de se placer sur
son long chemin vers le pouvoir présidentiel et qu'il conviendra
d'écarter avec la manière la plus appropriée
sans toutefois éveiller de réactions notables.
L'établissement
direct de toutes les falsifications d'Elections qui vont se succéder
à partir de 1977 et l'absence de consécration des gouvernements
par le suffrage universel, deviendront ultérieurement la base
de toute accusation pour illégitimité démocratique
alors que les contestations vont émerger lentement et ne porteront
que bien plus tard sur l'absence de liberté et la non sincérité
des consultations populaires.
La
thèse suivant laquelle la ligne de démarcation entre
légalité et légitimité du pouvoir est
parfois incertaine va se vérifier très tôt au
sein de la jeune république.
Tous
les gouvernements formés à Djibouti le furent initialement
selon les procédures de consensus locaux dans lesquels chacun
y trouvait - ses intérêts ; mais
aucun n'a reçu une consécration parlementaire par une
assemblée librement élue et imposée par le droit
positif.
Ils
sont donc illégitimes parce que vicieusement formés.
Ceux
qui - petit à petit - contestaient la légitimité
du gouvernement en place, outre l'irrégularité d'une
délégation du pouvoir constituant, lui reprochaient
d'incarner un esprit contraire aux traditions nationales en matière
d'alternance à la tête de l'Etat comme dans la répartition
des postes ministériels, mais aussi en politique intérieure
avec une politique intérieure d'abandon des régions
de l'arrière pays.
Seul
importait pour l'Etat, la région de la capitale jusqu'en limite
d'Arta ce qui va générer au fil des années un
déficit sans cesse grandissant
par une disparité de traitement pour les administrés
de l'arrière pays pour qui la capitale va devenir un refuge
et contribuer à une désertification
dramatique - d'activités et donc humaine.
En
l'absence d'une véritable politique de Régionalisation
menée de manière progressive, cette désertification
de l'arrière pays est très caractéristique de
notre époque, ce qui est vrai à Djibouti l'est aussi
dans bon nombre de pays d'Afrique.
On
voit donc qu'un gouvernement, établi selon cette norme fondamentale
et obsolète, voit sa légitimité contestée
par une majorité grandissante des administrés
C'est
ce qui est arrivé aux gouvernements Djiboutiens, qui ont reçu
pourtant, en de multiples circonstances, la consécration du
suffrage certes falsifiée mais existante.
En
d'autres termes, on ne se contente pas toujours de ce qu'on peut appeler
une légitimité tolérée comme formelle.
On passe à l'examen de l'inspiration générale
du gouvernement, et cette inspiration, même approuvée
par la masse, ne paraît pas légitimer son autorité
aux yeux de tous.
Il
semble certain que l'extension démesurée donnée
aux controverses sur la légitimité et l'illégitimité
des gouvernements est une caractéristique fâcheuse du
XXe siècle.
Faute
de pouvoir ignorer ce débat, peut-être convient-il de
le circonscrire en raison des dangers qui en découlent, car
l'illégitimité une fois admise conduit à l'exercice
de la résistance par la force, c'est-à-dire à
la guerre civile.
Dans
une société démocratique, un gouvernement peut
être tenu pour illégitime si son avènement est
entaché d'un vice fondamental comme c'est le cas à Djibouti
actuellement.
C'est
l'illégitimité formelle.
On
ne saurait aller plus loin qu'avec la plus grande prudence.
La
question a été posée sur le terrain de la liberté.
De par les règles internationales et leurs évolutions
vers plus de liberté et de démocratie, les
gouvernements oppresseurs sont censés être considérés
comme illégitimes.
Saint
Thomas pensait que c'était le tyran qui était séditieux
et non ceux qui se révoltaient contre lui mais, si l'on admet
le critère de l'adhésion populaire comme fondement de
la légitimité formelle, le problème dans la plupart
des cas ne se pose plus, car le suffrage universel
est peu enclin à avaliser l'oppression s'il est librement consulté
; il convient d'insister sur les termes de " librement
consulté
"
Non
seulement il est bien évident que les consultations
à Djibouti furent - sans exception aucune - entachées
de vices qui en ont détruit la valeur sur le plan national,
mais il faut tenir compte du " diplomatiquement correct "
qui sur le plan international ne peut que lui apporter sa " caution
" sous peine de créer un précédent et une
supposée ingérence dans les affaires intérieures
d'un Etat indépendant.
Nous
nous situons pleinement dans l'illégalité légitimée..que
l'on couvrira par la sempiternelle "Raison d'Etat ..." et
pour le supposé "bien des populations"..!!!
Si
désireux que l'on soit de ne pas s'écarter de la légitimité
formelle, on est contraint dans de telles situations d'Elections falsifiées
de faire appel à un autre critère pour justifier ou
contester le respect dû au pouvoir.
Ce
critère ne pourra être que d'ordre moral.
Un
gouvernement qui violerait systématiquement les droits de la
personne humaine, en faisant bon marché de la liberté
et de la vie des citoyens (ou de certaines catégories d'entre
eux, en vertu par exemple d'une doctrine raciste), devrait
être justement tenu pour illégitime ( en Théorie
...), quelles que soient les acclamations populaires et les images
idylliques - montées de toutes pièces - dont il puisse
bénéficier
officiellement.
Un
gouvernement, soutenu par les falsifications des scrutins et non par
les populations, qui se comporte au mépris des traditions nationales
et qui rabaisse le pays vis-à-vis de lui-même comme vis-à-vis
de l'étranger, peut
et doit être combattu par l'élite éclairée
avec la dernière énergie.
Il
s'ensuit que celle-ci, qui le considère à juste titre
comme odieux, est qualifiée pour le déclarer illégitime.
Un
gouvernement est réputé illégitime, au sens matériel
et non plus formel du mot, que dans le cas où il
contrevient ouvertement à des règles morales incontestées
qui sont les bases mêmes de toute civilisation.
Loin
de nous l'idée par trop large et trop vague dans son contenu
et selon laquelle "Est illégitime tout gouvernement qui
ne tend pas au bien commun, la poursuite du bien commun étant
la seule raison d'être de l'autorité publique".
Nul
ne peut contester que c'était
à l'élite éclairée au sein de l'opposition
politique de l'UAD au régime d'Ismaël Omar Guelleh
- lors des dernières Elections législatives de janvier
2003 - de porter l'affaire devant les
Instances internationales pour ce qui concernait la préparation
de toutes les falsifications dont se rendait coupable le pouvoir en
place dès janvier 2002 ....
En
contestant a posteriori les résultats du scrutin - après
y avoir participé - sans porter l'affaire au plus niveau
des instances internationales tout en apportant les preuves matérielles
de leurs allégations, les représentants
des diverses composantes de l'UAD ont confirmé ainsi qu'ils
confortaient le régime d'Ismaël Omar Guelleh sans
exprimer une grande énergie pour le déclarer illégitime.
C'est
que dans ce domaine que les conceptions les plus hétérogènes
s'affrontent et qu'il n'est pas plus possible de les départager
d'une manière indiscutable qu'il ne l'est de
départager les croyances de certains qui souhaitent constituer
une opposition à la mesure de leurs ambitions
personnelles ou claniques.
Ce
qui reviendrait à remplacer un régime borgne par des
aveugles
qui se chamailleraient pour le trône
...le moment venu.
Cependant,
moins en ce qui concerne la philosophie sociale prise à sa
racine qu'en ce qui concerne le gouvernement dirigé par Ismaël
Omar Guelleh, incarnation momentanée du pouvoir, une théorie
de la légitimité peut engendrer des conséquences
redoutables, comme la rébellion violente et de graves troubles
civils.
Faute
pour une certaine " opposition de complaisance " de ne pas
assumer pleinement son rôle et de servir de " caution "
au pouvoir politique en place
on ne peut qu'être sceptique quant à sa fiabilité.
Une
opposition doit tenir compte de la disparité de ses composantes
et de leurs sensibilités mais
surtout des droits de la personne humaine, les individus étant
à la fois la cause efficiente et la cause finale de ce que
sera Djibouti demain.
Idriss
Abdi Korah
Ancien Haut Fonctionnaire - Exilé au Royaume Uni
Membre du Conseil du Gouvernement en Exil de Djibouti.
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