Les Réalités
L'information qui s'oppose au papier toilettes "La Nation"
Dernière modification : le 21-Nov-2003 18:14 (GMT+1 / Bruxelles)

 

Mr. Mahamoud Harbi - Mr. Mohamed Djama Elabeh.

These politicians had got for them the merit of the dignity.
They belong neither at the one, nor at the other ; they are the historic property of Djibouti Nation.

Amin

 

20/11/03 - Apprendre à partager - La pauvreté et le malheur ne sont ni fatalités ni vices.

Par Mahamoud Idriss Ahmed.

Le gouvernement éthiopien prévoit - avec un certain optimisme - de très bonnes moissons pour cette année qui succèdent à une catastrophe consécutive à une sécheresse qui a frappé de plein fouet plus de 13 millions d'Ethiopiens.

Ce phénomène n'est pas spécifique à l'Ethiopie et l'on mesure quelles peuvent être les difficultés des agriculteurs d'Afrique en ces régions défavorisées comme l'est la Corne Est qui sont tributaires des conditions climatiques et doivent produire en quantité suffisante sans pour cela voir les prix de leurs récoltes s'effondrer sur les marchés.

  • Les limites de la connaissance préalable que l'on peut avoir du climat.

D'une année sur l'autre c'est ainsi que l'existence de millions de personnes sont mises en jeu par le simple fait des aléas de conditions climatiques sur une région ; conditions climatiques sur lesquelles nul ne peut intervenir et tout au plus en est on réduit - de par les évolutions des techniques de lecture prévisionnelle en matière de météorologie - à pouvoir connaître à l'avance si l'on se situera à échéance d'un an en période de sécheresse ou d'abondance de pluies.

Cette lecture préalable que l'on peut avoir des futures conditions climatiques n'est pas une science exacte, elle constitue une vision globale et a ses limites ce qui hypothèque sa fiabilité et les conséquences.

  • Un Plan Prévisionnel annuel pour le meilleur et pour le pire.

Ce que l'on peut regretter et qui ne fut pas fait durant des années c'est l'absence de calendrier préventif d'application des mesures efficaces pour lutter dans un sens ou dans l'autre, c'est pourquoi nous souhaitons qu'un véritable Plan Prévisionnel - applicable à chaque région - puisse corriger cette lacune en déterminant des échéances précises et en définissant les responsabilités des acteurs nationaux et internationaux dans l'application des mesures pour pallier à ces situations qui - l'une comme l'autre - sont facteurs de crise.

A ceci s'ajoute la rapidité d'intervention des instances internationales qui doivent intervenir sous la forme " d'Actions Rapides " telles que les pratiques certaines unités militaires en cas de conflit.

Serait-on plus aptes à gérer des conflits armés entre factions ou pays plutôt qu'à prévenir l'émergence d'un conflit de la faim ?.

  • La Famine n'est pas une fatalité.

La famine est l'une des sources de discordes entre les tribus en nos régions avec cette sempiternelle recherche du bien précieux qu'est l'eau ; trop souvent difficile à partager. Face à une carence en eau, la raison comme toutes les bonnes intentions et les accords passés sont balayés car il convient avant tout de survivre et de préserver ses paturages, sa famille et sa tribu.

Apprendre à partager !.

Il est grand temps de rompre avec les pratiques d'antan, nul n'a le Droit d'attendre en ce début de millénaire que des hommes, des femmes et des enfants meurent alors qu'à quelques milliers de kilomètres de là et pour des raisons économiques on détruit des récoltes pour éviter une surproduction source de crise économique par baisse des prix…

Les experts en Economie mondiale et libérale …pourraient tenter de nous faire toutes les démonstrations sur ce sujet que nous leur opposerions un seul argument qui est que le fondement d'une vie humaine - ne serait-ce que d'une seule - justifie que tout soit fait pour la protéger face à des impératifs d'économie mondiale et de maintien des prix pratiqués.

Dans le cas de surproduction en nos régions de la Corne Est de l'Afrique comme ailleurs, c'est aux institutions du commerce national et international de procéder au rachat de ces surproductions pour ensuite en faire bénéficier ceux et celles qui à quelques centaines de kilomètres de là subissent les effets de la sécheresse.

S'il convient de réglementer ces déplacements d'une partie des surproductions - afin d'éviter tous les trafics qui ne manqueraient de poindre à l'horizon des " bonnes affaires " - les quelques déviances qui passeraient au travers de ces contrôles n'auraient pas comme conséquence des morts d'hommes, de femmes et d'enfant par manque de nourriture ; ce serait donc un moindre mal.

Nous ne devons pas inciter l'Homme à en revenir aux instincts naturels de l'Animal acculé dans ses derniers retranchements en cas de grave sécheresse, à savoir tuer tout ce qu'il peut trouver sur son chemin pour survivre ; lorsque l'on a faim il n'y a plus de bon sens ou de loi si ce n'est celle de survivre avec sa famille, sa tribu, son clan. Ceux qui n'ont pas vu ou connu la famine ne peuvent comprendre cela malgré toutes les bonnes volontés.

Vivre et survivre n'ont pas le même sens, or en nos régions bon nombre de tribus comme les agriculteurs en sont réduits à survivre ce qui se traduit épisodiquement par des conflits dont l'origine est très souvent l'appropriation d'espaces où on y trouve l'eau, de quoi faire paître les troupeaux et y survivre.

L'appauvrissement du milieu rural - tel que nous le constatons - se traduit aussi et pour partie par un exode massif des populations et des agriculteurs qui étant en situation de faillite financière en périodes de surproductions de céréales n'ont d'autres alternatives que de fuir les terres de leurs ancêtres pour se réfugier dans les villes importantes avec l'espoir - souvent déçu - d'y trouver un emploi pour faire vivre leur famille.

D'une survivance ils passent ainsi à une autre survivance qui n'apporte que des déboires et contribue - par certains aspects - à l'émergence de situations conflictuelles avec les citadins qui pour certains ont oublié qui ils étaient et d'où ils viennent.

Si nous avons une vision bien différente du problème des émigrés que ce à quoi il nous est donné d'assister actuellement dans notre pays c'est que nous considérons que - ne serait-ce par respect de nos ancestrales traditions d'accueil - nous sommes tous responsables de cette émigration.

Il convenait pour le gouvernement djiboutien actuel de faire preuve de plus de décence dans ses actes comme d'avoir une véritable politique préventive et non curative en matière d'émigration...alors qu'elle laisse aux instances internationales et aux autres pays le soin de gérer une crise grave et des responsabilités qu'elle est incapable d'assumer.

  • Soutenir l'agriculture locale en la fixant dans sa région d'origine

Afin de fixer ces agriculteurs dans leur région d'origine, on serait tenté de proposer que soit instauré un régime spécial par les Etats concernés tendant à minorer - sur une durée déterminée - les taux des prêts et crédits accordés à ces agriculteurs en situation difficile tout en accompagnant cette mesure par un report des charges et des autres taxes qu'ils doivent à l'Etat.

Bien d'autres mesures spécifiques sont à étudier dans ce domaine, le but étant de redonner confiance en l'avenir à ces hommes et à ces femmes qui ont - pour partie - en charge de produire l'essentiel des ressources alimentaires de base.

  • La pauvreté n'est pas un vice

Lorsque j'observe qu'un ministre djiboutien de l'Intérieur - M Abdoulkader Doualeh Waïss - ose porter jugement sur la misère humaine qui fouille dans les containers à ordures pour y trouver de quoi survivre, j'ai honte pour ce supposé ministre.

Avant de lancer de tels propos, il aurait dû en mesurer le caractère déplacé et insultants à l'égard de ceux qui n'ont pas sa chance d'avoir le ventre bien plein et de rouler en 4 X 4, ou de se faire soigner à l'hôpital Bouffard pour un " état permanent " de psychisme pour le moins particulier….

Les nomades qu'étaient nos ancêtres n'avaient guère de chance de survivre dans un milieu hostile et ceux qui s'en sont sortis et on donné naissance à une progéniture à laquelle nous appartenons, nous ont légué l'obligation de ne pas porter de jugement sur la condition du nomade, hier et aujourd'hui, comme sur la pauvreté et sur ce que l'on peut être contraint de faire lorsque la faim vous tenaille le ventre.

Les wc toilettes avec eau courante, ils ignoraient que ceci puisse exister car s'ils avaient eu les moyens de les utiliser ils l'auraient fait plutôt que d'aller dans la nature pour se soulager…

Le progrès dit moderne - dont nous bénéficions aujourd'hui des effets - ne justifie en rien que l'on puisse oublier que nos ancêtres ont existé et ont survécu et qu'ils avaient une autre manière pour survivre, une autre éducation, une culture différente héritée de la nuit des temps.

"Si l'on s'inspire de la pensée de Muhammad, les âmes grandes ne sont-elles pas toujours disposées à faire une vertu du malheur qui touchent leurs frères et leurs soeurs ?."

 

M Mahamoud Idriss Ahmed
Président du Gouvernement en Exil de Djibouti

 

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