Les
Réalités
L'information qui s'oppose au papier toilettes "La Nation"
Dernière
modification : le
27-Nov-2003 13:56
(GMT+1 / Bruxelles)
Mr. Mahamoud Harbi - Mr. Mohamed Djama Elabeh.
These
politicians had got for them the merit of the dignity.
They belong neither at the one, nor at the other ; they are the historic property
of Djibouti Nation.
Amin
"Le pari sur l'enfance et sur la jeunesse est le plus beau et le plus sain pari qu'il soit au sein d'une Nation ; c'est celui de l'Avenir !".
27/11/03 - Ce que ressent et exprime notre jeunesse est le meilleur indicateur qu'il soit d'une Société car elle exprime souvent ce que nous n'osons pas dire et faire.
par Souleiman
Saleh Ali.
Une étude réalisée par la SOFRES - parue le 20 novembre sous la plume d'Héléne Valasde pour Radio-France et le CERA (Centre d'échanges et de réflexions sur l'avenir) - auprès des 15-24 ans permet de comprendre leur système de valeurs, leur rapport à la norme, leur appétence à l'engagement et leurs réactions à l'actualité.
En voici la retranscription intégrale qui est édifiante, à laquelle nous avons souhaité ajouter quelques considérations d'ordres personnelles émanant des réflexions de travail sur ce sujet émises par les membres de la Commission "Jeunesse pour Demain" du Gouvernement en Exil de Djibouti.
Les
15-24 ans apparaissent ainsi comme une génération homogène,
pragmatique et rationnelle, qui dissimule néanmoins des lignes de clivage,
notamment selon le sexe et l'origine des parents.
Si cette étude concerne les jeunes vivant en France, il serait intéressant de pouvoir établir des comparaisons avec la jeunesse djiboutienne.
Peut-être
y trouverions-nous bon nombre de points de convergences ce qui n'aurait rien
de surprenant.
Un
système de valeurs organisé autour de la sphère privée
et relationnelle
Les valeurs
des jeunes, les systèmes d'attitude avec lesquels ils abordent le monde
qui les entoure mettent en évidence la prégnance des valeurs de
la sphère privée et relationnelle, sur les valeurs de la sphère
sociale et de son fonctionnement.
Cette hiérarchie
de valeurs reflète ainsi le recentrage des jeunes sur un réel
proche et palpable ; l'environnement personnel direct avec lequel on interagit
directement, plutôt que les grands enjeux de société ; la
dimension humaine, plutôt que des principes normatifs de fonctionnement.
Les
priorités des jeunes : famille, travail, amis
Interrogés
sur les choses qui comptent le plus pour eux dans la vie aujourd'hui, les 15-24
ans répondent dans l'ordre : la famille (52%), trouver un métier
intéressant (38%) et les amis (37%), avant le fait de se développer
intellectuellement (18%), la liberté (10%), ou le fait d'avoir des responsabilités
(10%).
Ces priorités varient peu en fonction de l'âge, mais diffèrent sensiblement en fonction que l'on soit fille ou garçon.
C'est avec beaucoup plus
d'intensité que les filles citent comme priorité la famille (59%
contre 44% chez les garçons), le fait de trouver un métier intéressant
(44% pour 33% chez les garçons) ; tandis que les garçons accordent
plus d'importance au sport (31% contre 7% pour les filles) et à la musique
(22% contre 11% chez les filles).
L'importance
de la sociabilité amicale
Interrogés sur leurs loisirs préférés, les jeunes mettent à nouveau les amis en tête de la hiérarchie (52%), même si les loisirs amicaux comptent davantage pour les filles (56%), que pour les garçons (47%), et plus entre 15 et 20 ans (54%), qu'après 20 ans (47%).
L'importance de cette sociabilité amicale trouve ses fondements dans le partage d'une expérience commune, plus que dans celui d'un idéal ou d'idées communes : ainsi les jeunes déclarent que ce qui les rapproche le plus de leurs amis, c'est d'abord le fait d'avoir fait ses études ensemble (43%) ou de " bien s'amuser ensemble " (41%).
Le fait
de " partager les mêmes idées politiques ou intellectuelles,
les mêmes valeurs ", ne recueillent que 19% des opinions. En revanche
le sentiment d'appartenir à une même génération existe
puisqu'il est cité par plus d'un tiers des jeunes comme socle de la sociabilité
amicale.
Après
les amis, dans la hiérarchie des loisirs, viennent le sport (38%, 50%
chez les garçons et 26% chez les filles), la musique (37%), la fête
(33%). A noter, que " faire des courses, acheter des vêtements ",
est considéré comme un loisir à part entière, notamment
pour les filles (41%)
Un
idéal de vie centré sur la réussite individuelle
56% déclarent
ne pas avoir d'idéal dans la vie, et notamment les garçons (61%),
les moins de 20 ans (60%), ou les jeunes issus de milieux aisés (49%).
Autrement dit l'idéal, c'est majoritairement de ne pas en avoir, c'est-à-dire
de ne pas être enfermé dans un quelconque projet ou engagé
sur une voie toute tracée.
44% expriment
en revanche un idéal qui concerne avant tout la vie personnelle, qu'elle
soit professionnelle (22%) ou privée (21%).
Pour autant, une génération qui n'est pas exempte de générosité,
et qui est prête à se mobiliser de manière concrète
Les 15-24
ans sont fâchés avec les grandes idéologies et les organisations
qui s'en réclament, (ils rejettent les mots de politique, de partis politiques,
et mettent en dernière position de leurs personnalités préférées,
les hommes politiques). Pour autant, ils ne sont pas indifférents à
la dimension collective des choses, à la condition que le collectif soit
compatible avec leur subjectivité personnelle. Là encore, plusieurs
signes en témoignent.
Quête
de sens et générosité
Invités à citer les personnalités qu'ils admirent le plus, les 15-24 ans citent en premier Jamel Debbouze (42%, dont 53% parmi ceux dont les parents sont originaires du Maghreb) et Zinedine Zidane (39%, dont 60% parmi ceux dont les parents sont originaires des pays du Maghreb), deux personnalités qui renvoient à des valeurs fortes chez les jeunes : le rire, le sport et le métissage.
Deux autres
personnalités arrivent très vite derrière : le Dalaï-Lama
(22%) et l'Abbé Pierre (20%).
Elles sont
emblématiques de la quête de sens et de la générosité
qui habitent cette génération (notamment à partir de 20
ans), et qui se traduisent aussi par un autre signe fort : 65% des 15-24 ans
(un pourcentage qui monte à 70% chez les jeunes filles) se disent prêts
à créer une association.
Un
esprit d'initiative revivifié
Créer
une association, mais également créer sa propre entreprise : 60%
l'envisagent de manière tout à fait possible ou possible dans
les mois à venir, et notamment les garçons (63%), issus de familles
modestes (62%) et aisées (59%) et de parents d'origine du Maghreb (77%).
D'autres résultats témoignent de cet esprit d'initiative : 39%
pourraient envisager de monter un groupe de musique, 43% d'adhérer à
un syndicat étudiant.
Le
respect de certains interdits
Les 15-24
ans ont fortement intégré un certain nombre de normes, tout en
se construisant leurs propres tabous au premier rang duquel on trouve le racket
(83% le jugent inadmissible), mais également la vente de drogue ou la
prise d'ecstasy et l'irrespect sous toutes ses formes : 71% jugent inadmissible
de " traiter quelqu'un, même en plaisantant, de sale Juif ou de sale
Arabe ", 62% d'insulter un professeur, 60% de manquer de respect à
ses parents. Notons que sur toutes ces dimensions qui stigmatisent l'intolérance,
les jeunes filles sont beaucoup plus sévères que les garçons.
En revanche,
les jeunes dans des proportions non négligeables acceptent la transgression
des règles ou des normes en ce qui concerne :
- le travail au noir : 59% ne le jugent pas grave,
- le fait de ne pas payer les transports en commun: 37% déclarent que
ce n'est pas grave.
De la même
façon, et génération du portable oblige, qui demande à
réinventer toute une sociabilité et un nouveau rapport au temps,
entre 40 et 50% des jeunes estiment qu'il n'est pas grave, ni d'arriver en retard
à un rendez-vous, ni de ne pas débrancher son portable au cinéma
ou au restaurant.
n'interdit pas le goût du risque
71% des
15-25 ans envisageraient de pratiquer un sport extrême, et parmi eux notamment
les garçons (79%) entre 15 et 20 ans.
Par ailleurs,
plus d'un quart des jeunes interrogés n'excluraient pas de participer
à une rave party, ni de fumer du haschisch : sur ce dernier point, le
plaisir ne vient pas de la transgression ; en effet, 39% des jeunes estiment
qu'il n'est pas grave de fumer du haschisch.
Le
rapport au corps : la modification de l'apparence
En écho à la fois au progrès scientifique, et notamment à celui de la bioéthique qui a avalisé l'idée de modifier le corps, et de la volonté très présente dans la société française d'afficher sa maîtrise du corps, le piercing et le tatouage son entrés dans les murs des jeunes : 43% envisageraient de se faire poser un piercing, 43% également de se faire tatouer un motif indélébile sur la peau.
Les jeunes
filles sont plus enclines à ce genre de pratique que les garçons
: 59% sont pour le piercing (contre 27% des garçons) ; 47% pour le tatouage
(contre 39% chez les garçons).
Des
opinions fortement constituées sur les grandes questions d'actualité
Les 15-24
ans ne se retrouvent pas dans l'image des jeunes telle qu'elle est donnée
par les médias : ils le disent très fortement, à 80%. Sans
doute ne se sentent-ils pas représentés, sans doute aussi la société
n'accorde-t-elle pas assez d'attention à ce que pense cette génération.
Et pourtant
ses opinions sur les grands sujets d'actualité d'aujourd'hui sont structurées
:
- soucieux plus précocement de leur santé que les générations
précédentes, les jeunes sont en train de contribuer à renverser
la norme en ce qui concerne le tabagisme : 80% d'entre eux sont favorables à
l'interdiction de vendre des cigarettes aux moins de 16 ans, 68% à celle
de fumer dans les établissements scolaires ; 53% sont également
favorables à la hausse du prix du tabac ;
- attentifs
au débat sur la retraite, 66% se déclarent aujourd'hui défavorables
à la réforme des retraites, telle qu'elle a été
mise en uvre par le gouvernement, tandis que 74% rejettent la suppression
des aides pour les chômeurs en fin de droits ;
- sur la
constitution européenne, les jeunes estiment avoir leur mot à
dire : 77% sont favorables au principe d'un référendum ;
- sur l'interdiction
du port du voile à l'école, les jeunes sont en revanche plus partagés
: 58% sont favorables à l'interdiction du port du voile, contre 42% ;
parmi eux seuls 38% des jeunes d'origine musulmane se déclarent favorables
à une telle interdiction.
Une
génération rationnelle et pragmatique
Le système
de valeurs des 15-24 ans est assez homogène, ce qui autorise à
parler de génération : une génération rationnelle,
pragmatique, voire grave.
Cette homogénéité
dissimule tout de même des lignes de clivage :
- Selon
le sexe d'abord : les filles s'avèrent dans cette enquête beaucoup
plus soucieuse que les garçons de trouver un métier intéressant,
et de réussir leur vie professionnelle. Cela ne les empêche pas
de s'investir, là encore plus que les garçons, au sein du cercle
familial et amical. Elles ne badinent pas, par ailleurs, avec les règles,
notamment celles qui concernent le rapport à l'autorité.
- Selon l'origine des parents : TNS Sofres a introduit une question sur l'origine des parents (pays du Maghreb, pays européen, France) qui a servi à ventiler les résultats, et qui permet de mettre en lumière la spécificité du point de vue des jeunes issus de l'immigration.
Ces derniers sont bien plus nombreux que la moyenne à avoir un idéal qu'ils axent prioritairement sur la réussite professionnelle, et ils y mettent les moyens : leurs priorités, dans la vie c'est le fait de trouver un métier intéressant à égalité avec la famille, puis arrive en troisième position la religion.
Les jeunes issus de l'immigration envisagent également, plus que la moyenne, de s'engager, soit en adhérant à un parti politique, soit en participant à des rassemblements, du type de ceux organisés par José Bové dans le Larzac.
" Si l'on en est réduit
à juger notre jeunesse sans la comprendre, à la critiquer pour
se venger de ne rien savoir d'elle, fasse qu'Allah (ou Dieu ce qui revient au
même) ait pitié de nos âmes de vieillards ".
M Souleiman Saleh Ali
Fonctionnaire
à Djibouti
Président la Commission " Jeunesse pour Demain "
du Gouvernement en Exil de Djibouti