Les Réalités
L'information qui s'oppose au papier toilettes "La Nation"
Dernière modification : le 13-Déc-2003 19:04 (GMT+1 / Bruxelles

 

Mr. Mahamoud Harbi - Mr. Mohamed Djama Elabeh.

These politicians had got for them the merit of the dignity.
They belong neither at the one, nor at the other ; they are the historic property of Djibouti Nation.

Amin

12/12/03 - Juges contraints, lois bafouées, ministre de la Justice inféodé à la loi ismaélienne ; tel est le triste spectacle qu'offre la Justice à Djibouti.

Par Bouh Warsama.

Si l'on essaie de trouver ce que l'on définit globalement comme étant la Justice à Djibouti pour la faire appliquer, alors autant chercher une pièce de 12,5 FD… dans l'immensité d'un désert meublé par la corruption de quelques Juges et par les incompétences notoires et financées de l'autorité de tutelle inféodée aveuglément à Ismaël Omar Guelleh.

Le formalisme en éthique - qu'elle soit en matière de justice ou dans un quelconque autre domaine - définit la moralité mais l'éthique a une ambition bien plus vaste, celle de maintenir ou de reconstruire tous les intermédiaires entre la liberté, qui est le point de départ, et la loi, qui est le point d'arrivée.

Nul ne nous contredira si l'on affirme que pour celui qui le détient, le portefeuille de la Justice à Djibouti nécessite tout à la fois des compétences de juriste et de médiateur de haut niveau mais aussi des qualités humaines pour faire évoluer cette Justice dans le bon sens et s'efforcer de défendre son indépendance par rapport au pouvoir politique en place ; aujourd'hui comme demain.

Ne nous leurrons pas, l'indépendance de la Justice - à Djibouti comme ailleurs - est bien plus à rechercher qu'une réalité constatée.

Cette formule rejoint l'intuition de Bar-Hillel, l'un de ses fondateurs, qui lança de son côté l'expression de "poubelle pragmatique" pour désigner le dépotoir théorique où l'on pourrait déverser tous les problèmes insolubles.

C'est une " discipline juridique " dont le domaine foisonnant est en train de conquérir son statut d'autonomie et de réalité.

Les principes directeurs qui sous-tendent les différentes "justices" - qu'elle soit civile pénale, etc.sont fondés sur un concept indivisible propre à la communauté qui est considérée ; seul l'objet différent que poursuivent ces diverses justices et permet d'expliquer - voire de justifier - certaines spécificités d'organisation et de fonctionnement.

De même, les éléments spécifiques de la justice politique - c'est-à-dire la qualité des justiciables, la nature des infractions constatées et, éventuellement, de la juridiction - ne sauraient la dissocier du contexte dans lequel elle s'exerce.

Les fonctions mêmes de la justice politique la rattachent donc étroitement à la communauté dont elle émane.

La justice politique est - en effet - la justice rendue à l'égard des actes ou des intentions portant le plus gravement atteinte, soit à la structure socio-économique, soit au régime politique, soit aux personnalités politiques de la communauté.

Les justiciables sont - par principe universellement admis - indifféremment les hommes au pouvoir, ou les citoyens qui se dressent contre le pouvoir ; on constate donc qu'il ne saurait être fait de distinction de traitement à l'égard des uns comme des autres.

Bien que la justice politique ait pour mission, de sanctionner - sans exception aucune tous les actes portant le plus gravement atteinte, soit à la structure socio-économique, soit au régime politique, le second volet de ses attributions est totalement occulté à Djibouti.

Cette Justice ne fait nullement intention ou démonstration d'autorité - en rien et en un quelconque moment - en sanctionnant le pouvoir actuel et en mettant en jeu la responsabilité pénale de ceux qui en ont l'exercice et s'en sont indûment approprié l'exercice ce qui d'évidence - par absence de légalité du pouvoir admise - conduit inévitablement Ismaël Omar Guelleh à tenter de se renforcer en réprimant sous diverses formes tous les actes d'opposition.

Ceci confirme que la Justice politique à Djibouti joue, de ce fait, le rôle de "révélateur du niveau de civilisation " atteint par la société politique.

Elle est à scruter comme une justice de " crise permanente "; or, à chaque état de tension, la réalité fait éclater les apparences malgré les images édulcorées et travesties que l'Etat veut en donner et c'est là que les vérités sont mises au grand jour.

Une fois encore nous sommes dans les falsifications largement médiatisées du " Paraître mais ne rien faire de constructif et tout promettre pour Demain … ou après ; inch'Allah..."

En matière de respect de l'éthique on est loin d'affirmer que le supposé Ministre de la Justice, M Ismaïl Ibrahim Houmed, en fasse une quelconque démonstration.

L'ancien aide-soignant et opposant au régime, devenu Ministre de la Justice par la grâce du " Grand Gourou " afin de s'attirer les sympathies qu'il finance au sein du FRUD, a vraisemblablement des qualités mais elles ne s'attachent pas à celles d'un Garde des Sceaux.

Le pouvoir politique s'appuie sur ses ignorances, sur un Procureur Djama " Monsieur Con.. tu.. mace " et sur quelques juges corrompus pour étouffer la grande majorité des Juges qui n'ont comme seule alternative que celle de se taire ou de s'exiler….

A la magistrature Debout et à celle qui est Assise, nous en rajoutons une troisième que l'on peut aisément décliner comme étant une " Magistrature Couchée " devant le pouvoir politique d'Ismaël Omar Guelleh.

Sur bien de ses aspects, on peut dire que la notion de Justice - telle qu'on l'enseigne dans toutes les Ecoles de la Magistrature - a été assassinée à Djibouti par le pouvoir monocratique et despotique.

Dès l'accession du pays à l'indépendance, le président Hassan Gouled Aptidon a veillé à respecter un fragile équilibre de représentativité des ethnies et des tribus importantes au sein des hautes instances de l'Etat djiboutien.

A cette époque, le pays n'était pas doté de structures humaines de haut niveau politique, administratif ou de technicité mais bon nombre de ces personnalités nommées Ministres ou Chefs de grands services de l'Etat ont - comme l'on dit - " appris leur métier sur le tas ".

Mais ce qui s'avérait nécessaire en 1977 ne l'était plus quelques 10 années plus tard et c'est vers les années 85 que commencèrent à émerger les premières contestations à cette pratique révolue qui a annihilé toute perspective d'évolution des concepts tout en maintenant l'Etat et ses instances dans un carcan fixiste et bien plus familial que tribaliste.

L'erreur fut de penser qu'ultérieurement les successions dans ces portefeuilles ministériels devaient systématiquement s'opérer à partir de l'appartenance à la famille proche des ministres en exercice en limitant volontairement ces choix à l'incompétence inféodée au pouvoir politique dominant, tout en pénalisant ainsi des générations de Cadres de haut niveau qui, de retour au pays après formation à l'étranger, étaient en droit de se positionner dans la société à partir des compétences acquises.

On a ainsi privilégié et imposé d'autorité un cousin sans aptitude plutôt que d'effectuer un choix judicieux se fixant sur un autre membre de la tribu - ou extérieur à la tribu - disposant de " savoir et du savoir faire " et pour certains et certaines de l'expérience vécue ailleurs ; on en mesure aujourd'hui toutes les conséquences catastrophiques induites.

Le constat consistant à affirmer que flairant le danger pour ses pratiques monocratiques Ismaël Omar Guelleh ne souhaite pas intégrer à haut niveau dans la fonction publique des Cadres djiboutiens de haut niveau est une réalité que chacun observe et dénonce depuis des années.

Ceci confirme cette défiance et ce refus qu'on lui connaît à l'égard des idées novatrices et prônant initialement l'instauration d'un Etat de bonne gouvernance dans le pays.

Si la Scylla djiboutiannisée n'est point - contrairement à la mythologie grecque - une créature surnaturelle elle possède bien plus que douze pieds et que six têtes juchées au bout de longs cous sinueux.

Autour de sa taille jaillissaient des têtes de chiens et de chiennes apparemment affables mais qui aboient avec exigence car aujourd'hui cette Scylla - importée de l'étranger puis djiboutianisée - a fort bien compris qu'elle est l'importance des avantages supplémentaires qu'elle peut obtenir d'Ismaël Omar Guelleh .

Elle n'habite point dans une caverne - comme dans la mythologie grecque - mais dans de belles demeures en bord de mer dans la capitale avec piscine et dévore tout ce qui passe à sa portée ; c'est ainsi qu'elle commence à dépasser les limites permises par le " Grand Gourou ", se constitue en opposition interne au sein de sa majorité et s'apprête à " faire festin " sans vergogne quitte à le dévorer le moment venu.

Dans la situation actuelle, il y a place à notre sens que pour deux facteurs essentiels, la coopération avec le pouvoir politique et la lutte pour que la Justice s'impose.

Il est clair, en effet, que les personnes en présence, que l'on désignera comme des joueurs politiques ou dépendants, ont des intérêts qui peuvent concorder sur certains terrains et s'opposer sur d'autres.

Dans le jeu de coopération à l'état pur, tous les joueurs ont des intérêts concordants pour que cette Justice ne s'exprime qu'à partir des volontés et des excès cautionnés au pouvoir politique, de sorte que ces joueurs vont s'ancrer dans leurs actes décisionnaires d'une Justice complaisante car financée pour former une coalition de pensée monolithique et se comportant comme un joueur unique.

L'étude de leurs décisions relève donc plutôt de l'intérêt personnel, de l'appât du gain, des avantages pour leur propre famille et des honneurs attribués que de ceux de la Justice.

Cependant l'étude des conditions dans lesquelles il est possible de dégager un intérêt général en dehors de l'intérêt politique imposé par Ismaël Omar auquel puisse se rallier un ensemble de joueurs relève de la théorie des jeux.

C'est le problème de l'agrégation des préférences individuelles, qui éclaire celui de la formation des alliances en dehors du pouvoir politique lorsqu'il atteint un niveau despotique devenu insupportable.

Dans les jeux de lutte à l'état pur, aucune possibilité de coopération n'existe entre les joueurs opposés.

Il en résulte que ces jeux sont des duels politiques , c'est-à-dire des jeux à deux joueurs principaux dont les intérêts sont strictement opposés (two-person zero-sum games ).

Par principe souvent par trop facile, si la Justice n'est pas rendue équitablement dans un pays, on en impute rarement la responsabilité au ministre de tutelle mais c'est dans les esprits forcément la faute des Juges.

Comment pourrait-il en être autrement dans un système qui est sans cesse à la recherche d'exutoires aux problèmes qu'il génère ; l'image du Juge en général est la victime des corruptions dont se rendent coupables quelques uns…comme l'huissier de Justice devient un être exécrable dans les esprits alors qu'il ne fait qu'appliquer des décisions de Justice que l'on considérera forcément injustes à son propre égard si l'on en subit les effets néfastes.

Le droit ismaélien actuel - qui est la pierre angulaire du régime - ne reflète en rien les idées fondamentales de la Justice qui, à une certaine époque et dans une société en évolution positiviste, devraient régir les rapports tant de l'individu vis-à-vis du groupe social que des classes et des couches sociales entre elles.

C'est donc au travers des champs successifs de leur expérience, d'être conscient de leur identité et de sa constance, c'est-à-dire d'être quelqu'un considéré pour ce qu'il est et représente pour les populations que les Juges djiboutiens doivent se définir et non pas à partir de ce que veut en faire l'Etat d'Ismaël Omar Guelleh.

Cette Justice là doit affirmer chaque jour un peu plus son indépendance par rapport au pouvoir politique, par rapport à tous les pouvoirs politiques d'aujourd'hui et de demain tout en faisant respecter les Droits de l'Homme tels que définis dans la Constitution djiboutienne.

 

" En vain le Roi sera aux armes invincible
S'il n'est juste et ne fait la justice garder " -
Joachim du Bellay.

 

Bouh Warsama.


Text and images free of right, not fixed to prior agreement of the author for any partial or integral copy.

Diffusion by E mall and telefaxes - 9 745 addresses.