Les Réalités
L'information qui s'oppose au papier toilettes "La Nation"
Dernière modification : le 27-Déc-2003 3:29 (GMT+1 / Bruxelles

 

Mr. Mahamoud Harbi - Mr. Mohamed Djama Elabeh.

These politicians had got for them the merit of the dignity.
They belong neither at the one, nor at the other ; they are the historic property of Djibouti Nation.

Amin

27/12/03 - Djibouti - Chronique de 4 ans de solitude d'un pouvoir qui arrive à sa fin.

Par Bouh Warsama.

En cautionnant la prise de tous les pouvoirs par Ismaël Omar Guelleh, la France a fait le choix d'un homme autoritaire qui connaissait les hommes et tous les rouages.

Si Ismaël Omar Guelleh s'est entouré de " chèvres dociles " (comme il le dit si souvent) c'est qu'il a une bonne connaissance des perversités de l'âme humaine lorsqu'on la sort de son contexte culturel et tribal et que subitement on lui attribue un titre, un salaire et des avantages ainsi qu'à sa famille.

Il s'est ainsi façonné un univers immédiat sur lequel il règne en sachant utiliser au mieux de ses propres intérêts les perversités humaines qu'il a placées à divers échelons de responsabilités dans l'appareil d'Etat.

La féodalité se caractérise par la dissolution de l'autorité publique ; elle répond à un état de la société et de l'économie fondé sur l'exploitation de la paysannerie par l'aristocratie dans le cadre de la seigneurie.

Si la comparaison peut paraître a priori osée, sur la forme on peut affirmer que Djibouti vit dans un tel système de féodalité adaptée au monde moderne… et à la sauce locale.

L'absence d'Etat responsable et dirigeant le pays suivant des règles établies et respectées, Constitution, Lois … a fait de la féodalité d'Ismaël Omar Guelleh et peu à peu la seule armature des rapports sociaux, économiques et politiques.

Le pouvoir de commander, de punir à sa manière et suivant ses ordres (quand bien même fussent-ils contraires aux lois) de taxer les gens du commun, de racketter les commerces et les entreprises du secteur privé (imposant à leur tour des tarifs faramineux pour les prestations à l'égard des étrangers stationnés dans le pays) s'est réparti partiellement entre de petites cellules autonomes instaurées autour de son bureau du Palais de l'Escale.

Nous n'avons pas la certitude que tout ce qui fut fait en son nom le fut réellement avec son accord préalable ; la Kabyo, Mme Kadra Mahamoud Haïd et ses Kabri de frères ont une grande part de responsabilités dans les excès, les perversités tribalistes et xénophobes tout en s'instituant comme un " Etat Haïd dans l'Etat Ismaélien ".

Parmi les membres d'une forme d'aristocratie locale souvent ignorante, l'engagement vassalique et la concession du " fief " (ministère, grand service, privilège de monopole de commerce…) servent de cadre aux liens de subordination.

L'hommage fictif qui lui est dévolu et le serment de fidélité aléatoire, ayant essentiellement valeur de " respect d'un code mafieux " avec des obligations et des limites définies, instituent entre chaque vassal et son seigneur Ismaël Omar Guelleh des devoirs réciproques d'aides et de non-agression mais aussi de rétrocession à son profit d'une partie des sommes détournées dans chaque ministère ou grand service de l'Etat comme d'une partie des bénéfices générés par les commerces et les entreprises du secteur privé.

Le fait que le " code mafieux " implique l'exonération fictive pour chaque vassal de payer ses factures d'eau, téléphones…impôts, taxes diverses dont taxes d'importations, contributions et charges sociales sont autant de sommes faramineuses qui n'entrent pas dans les caisses des finances publiques mais sur les comptes bancaires à l'étranger du Seigneur Ismaël Omar Guelleh.

Contrairement à la féodalité des temps anciens et à une forme de code d'honneur, le lien ne réunit pas Ismaël Omar Guelleh et ses " vassaux " leur vie durant, car les manquements de la part de l'un ou des autres à leurs obligations convenues furent et sont monnaie courante.

Cette précarité de liens se vérifie lorsque Ismaël Omar Guelleh est prêt à faire sauter les " fusibles complices " qu'il a installés dans diverses affaires (Affaire Borrel) entre lui et la Justice comme avec les instances internationales du HCR dans l'affaire des détournements récurrents, financiers et en denrées de premiére nécessitée, à l'Office National des Réfugiés et Sinistrés (ONARS).... etc

Dans le premier cas, des hommes comme le Colonel Mahdi hésitent à quitter Djibouti pour se rendre en Europe car ils ont une véritable frayeur de la Justice étrangère et lorsqu'ils sont contraints de se déplacer, ils utilisent pour ce faire une fausse identité, un passeport diplomatique et transitent par … le Sénégal ou les Emirats…...

Dans le second cas et suivant un schéma éprouvé le haut fonctionnaire coupable de détournements constatés par le HCR ou la Croix Rouge internationale est démis de ses fonctions : quelques mois plus tard il se voit octroyer... par sanction administrative ...un poste d'Ambassadeur ou un portefeuille de ministre.

Pour les raisons du " diplomatiquement correct " et de par le chantage exercé, le passif de l'ONARS qui se chiffre épisodiquement en centaines de millions de FD est effacé. On repart sur de nouvelles directives du HCR et sur la base de nouvelles notes administratives du Ministère de tutelle qui ne seront pas respectées et conduiront à la même situation deux ou trois années plus tard.

Autre démonstration de la précarité de liens de vassalité, celui qui peut aller jusqu'au départ précipité de ministres, ambassadeurs, chefs de grands services ayant vidé les " caisses " et fuyant le pays pour s'installer en Europe, au Canada ou ailleurs et demander aussitôt l'octroi d'un statut de réfugié politique auquel ils ne peuvent prétendre mais qu'ils obtiennent pour des raisons de " subtilités diplomatiques ".

Ismaël Omar Guelleh a face à lui de nouvelles générations de Djiboutiens et de Djiboutiennes qui malgré qu'elles ne bénéficièrent pas par les autorités djiboutiennes de l'octroi de bourses d'études et de confortables avantages financiers réservés exclusivement aux " enfants du pouvoir " ont acquis une triple expérience de la vie.

Expérience qui façonne les êtres et qui consiste à souffrir en silence de la privation du contact affectif avec sa propre famille restée à Djiboutui, à trouver l'argent pour subsister dans un monde étranger pas toujours accueillant pour enfin réussir et malgré tout cela à acquérir des compétences, savoirs et savoirs faire, un diplôme valorisant et de haut niveau.

Ces jeunes générations de " self made men and women " ont choisi parfois d'opter pour la nationalité du pays d'accueil, de fonder famille et d'avoir des enfants mais ils et elles restent au fond des Djiboutiens appartenant à telle ou telle tribu et si quelques-uns se refusent dans leurs conversations à déclarer souhaiter revenir dans leur pays, Djibouti, c'est plus un réflexe de condamnation de ce qu'il s'y passe qu'une volonté profonde de couper des racines profondes qui les relient à leur pays et à leur famille, qu'ils et elles savent profondément ancrées en eux.

Ces générations nouvelles ont fait le bilan des erreurs du passé, les erreurs de leurs aînés d'avoir subi souvent par la menace et la contrainte bien plus que cautionné toutes les exclusions dont furent et sont encore victimes les véritables Djiboutiens et Djiboutiennes.

Sans vouloir faire démonstration d'une quelconque xénophobie, car telle n'est pas notre volonté, si l'évolution des consciences tend à l'acceptation d'un monde sans frontières on se doit d'admettre que " ce n'est pas encore pour demain " bien que l'idée soit omniprésente ; nous restons encore à cette notion d'immigration - émigration, a fortiori dans une région durement frappée par les guerres, les aléas climatiques et les exodes de masses qui s'ensuivent.

La force d'une Nation n'est pas dans l'uniformité de ses origines ethniques, linguistiques, traditions et religions mais bien au contraire dans la pluralité de ses représentations qui s'harmonisent.

Immigration - émigration liées aux exodes comme aux volontés de vivre dans une région implique l'acceptation par le pays de destination d'immigrants à la mesure de ses capacités d'accueil et pour autant que les étrangers qui s'installent sur une terre en acceptent les lois et les coutumes sans tenter d'en exclure les habitants.

Depuis plus d'un an nous informons les lecteurs du site du fait que M Ismaël Omar Guelleh souffre d'une grave maladie virale de dégénérescence sanguine pour laquelle la médecine, malgré les progrès importants constatés depuis une dizaine d'années dans ce domaine, avoue son impuissance et n'a pas trouvé un remède ce qui le condamne à plus ou moins brève échéance à quitter tous les pouvoirs, qu'il est vrai il s'est accaparés par la falsification des élections présidentielles de 1999 et qu'il a confirmés avec les mêmes pratiques lors des Législatives du 10 janvier 2003.

Bien qu'il ait à son actif la responsabilité de dizaines de milliers de morts par les ordres qu'il a donnés dans ce domaine ne serait-ce que lors du conflit Etat-FRUD des années 90, nous n'irons pas jusqu'à penser que nous devrions chanter et danser sur sa dépouille s'il venait à décéder dans les semaines à venir.

Nous ferons juste état d'une forme de justice divine ou de la nature qui en un jour passe pour faire son œuvre tout en effaçant toute trace dans l'esprit des populations qui d'évidence et dans le cas d'un despote ne prierons pas Allah ou Dieu pour regretter son départ mais pour le remercier d'avoir mis fin à des souffrances qu'elles subissent et qui durent depuis des années.

Ces populations ont un espoir en des jours meilleurs.

Au regard du progrès des connaissances positives en matière d'Institutions, l'avenir de Djibouti et de ses populations exprime le nécessaire concours de l'individu au fonctionnement de la société et signifie que la contrainte des institutions n'est efficace que dans la mesure où le concours des individus leur est assuré.

La contrainte entendue comme la force toute pure qui émanera des institutions dépend de leur légitimité, mais aussi de leur qualité pédagogique, c'est-à-dire de la capacité des normes qui les constituent à être enseignées et apprises.

Si ces institutions furent contraignantes allant jusqu'au sens vulgaire depuis l'accession du pays à l'indépendance et qu'elles se réduisirent à la force pure et simple et à l'imposition de mesures violentes, elles ne sont plus respectées aujourd'hui.

Leur maintien n'est plus compatible avec l'exigence d'autonomie et cessent rapidement d'être pratiquées en abandonnant les individus à la vaine agitation de leurs désirs et de leurs intérêts.

C'est à un affaissement de l'ordre institutionnel par épuisement de la légitimité acquise illégalement et par dépérissement de l'autonomie auquel nous assistons.

Penser que l'on pourrait remplacer un régime despotique qui a fait usage des tribalismes à son seul profit par un régime de tribalistes qui s'entredéchireraient pour s'accaparer le fauteuil de la présidence ce serait, comme l'on dit, " changer un borgne contre des aveugles ".

C'est aux populations djiboutiennes, aux nouvelles générations de cadres Djiboutiens et de Djiboutiennes ; militaires, gendarmes, policiers, juristes, fonctionnaires et enseignants… comme celles et ceux qui sont en situation d'exil de s'exprimer aujourd'hui ensemble et de dire quel Etat djiboutien et quel pays ils et elles veulent pour un demain proche car, plus que jamais, il y a urgence.

 

" S'il est vrai que vous n'avez que très rarement et partiellement respecté la légalité républicaine, la Constitution et les lois nationales comme internationales, il est certain que le temps est venu aujourd'hui d'envisager votre succession avec le soucis d'éviter qu'elle ne s'accompagne d'un soulèvement des populations et que les rues ne soient l'objet d'affrontements sanglants.

Faites en sorte que l'histoire n'ait pas à vous juger et à prononcer un réquisitoire de mise en accusation pour ce dernier acte présidentiel !.

Reconnaissez officiellement le génocide contre les populations Afars et décrétez qu'il sera procédé à une réparation des préjudices subis ; vous contribuerez ainsi à apaiser les discordes et les consciences de ceux qui avaient reçu ordre d'exécution et des familles Afars qui furent les victimes d'actes qui ne doivent plus se reproduire à Djibouti ".

 


Bouh Warsama.



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