




16/02/04
- Le Yémen demandait une aide internationale pour combattre
la pollution du superpétrolier français Limburg, qu'en
est-il aujourd'hui ?.
Mohamed
Soultan Dini.
Le Yémen
tente d'obtenir une aide internationale pour combattre la pollution
de ses côtes du Sud-Est provoquée par le brut qui s'est
échappé du superpétrolier français Limburg,
endommagé par une explosion.
"
Nous avons demandé l'aide de l'Organisation maritime internationale
basée à Londres ainsi que de l'Organisme régional
de la protection de l'environnement de la Mer Rouge et du Golfe d'Aden,
basé à Djeddah (Arabie Saoudite) ", avait
déclaré à l'AFP le ministre yéménite
des Transports et des Affaires maritimes Saïd Al Yaffi.
"
Il faut en priorité nettoyer les côtes ou de grandes
quantités de brut ont échoué. Nous ne pouvons
en revanche pas faire grand chose en ce qui concerne le brut qui s'est
dispersé au large, loin des côtes ",
avait il ajouté M. Yaffi, interrogé dans la ville d'Al
Moukalla, sur le Golfe d'Aden.
Lors d'une
conférence, M. Yaffi avait affirmé que "
des grandes quantités de poissons morts ont été
trouvées près des côtes et que des oiseaux avaient
été englués dans le pétrole et ne pouvaient
plus voler.
La zone polluée est une des régions piscicoles les plus
riches du Yémen ", avait-t-il
affirmé.
Selon M.
Yaffi, le Yémen envisage de demander des compensations aux
propriétaires du bateau et aux compagnies d'assurance "
quelles que soient les causes de l'explosion, car il s'agit de dommages
civils ".
" Nous recueillons des informations
auprès des pêcheurs et du ministères des Affaires
piscicoles pour déterminer la valeur des dégâts
", a-t-il dit.
M. Yaffi
avait, en outre, déploré les déclarations de
certains membres de l'équipage du navire sinistré, attribuant
l'explosion à un attentat, affirmant qu'elles nuisaient à
l'économie yéménite.
"
Les compagnies de transport maritime commencent à éviter
les ports yéménites, notamment celui d'Aden (Sud), préférant
celui de Djibouti notamment.
Ces compagnies ont été dissuadées par l'augmentation
allant jusqu'à 300%, des primes d'assurance pour les bateaux
se rendant au Yémen ", avait affirmé
le ministre.
Le ministre
du Pétrole, Rachid Barbaâ, avait affirmé que
" quelque 50.000 barils " de brut
s'étaient échappés du Limburg, qui en transportait
400.000 au moment de l'explosion dimanche. Sa capacité est
de 2 millions de barils.
Les autorités
yéménites récusent la thèse qu'un attentat
ait pu être à l'origine de l'explosion à bord
du pétrolier, qui s'est produite près du terminal d'Ash-Shihr,
à une trentaine de kilomètre d'Al-Moukalla.
Selon le
directeur du département de la protection de l'environnement
au ministère du Pétrole, Nasser Al-Baydani, l'unique
bateau yéménite équipé pour combattre
la pollution était à pied d'oeuvre dans le secteur affecté.
"
Mais cela n'est pas suffisant pour lutter contre une pollution de
cette ampleur, car ce bateau ne dispose que d'équipements modestes
",
dit-il à l'AFP.
" De grandes quantités de poissons
ont péri et de larges portions de la côte ont été
polluées ", affirme-t-il.
Selon lui
" la situation requiert qu'une assistance
internationale soit accordée au Yémen, car c'est un
pays qui n'a pas assez de moyens et cette fuite pétrolière
a provoqué d'importants dégâts, notamment dans
cette région qui dépend économiquement de la
pêche ".
" Des associations de pêcheurs
yéménites et des organisations locales de protection
de l'environnement attendent également le feu vert des autorités
pour contribuer au combat contre la pollution pétrolière
", avait-il ajouté.
Le Limburg
a été éloigné des côtes au lendemain
de l'explosion et se trouve à présent immobilisé
à une vingtaine de kilomètres au large du Yémen.
Ndlr
:
Elles sont de
3 ordres :
- Ecologiques
- espèces
gravement touchées, marine comme oiseaux des bords de mer -
le pétrole bouche les interstices où se cachent les
crustacés notamment sur les massifs coralliens, il provoque
un bouleversement dans la chaîne alimentaire sous marine et
désertifie d'importantes zones. Observons qu'il introduit des
matières organiques indésirables qui bouleversent les
milieux marins locaux comme les espèces d'oiseaux touchés
dont les effets ne se vérifient pas toujours dans l'immédiat.
-
Economiques -
met en péril
l'économie d'une région, les populations locales comme
le tourisme en ont souffert et en souffrent encore,
-
Esthétiques -
le spectacle est désolant - la côte sauvage est souillée
même si le pétrole ne fait pas que défigurer les
côtes.
La prévention
des pollutions et la protection des eaux marines constituent une priorité
pour le ministère de l'écologie et du développement
durable car les conséquences écologiques des marées
noires sont le plus souvent catastrophiques. Suite à une pollution
marine, le ministère de l'écologie et du développement
durable s'attache en priorité :
- à
gérer le fonds POLMAR qui finance l'effort de nettoyage ;
-
à veiller à ce que le nettoyage restaure, autant que
possible, la qualité du littoral touché.
Le ministère
de l'écologie et du développement durable veille ainsi
à ce que les opérations de nettoyage ne se fassent pas
au détriment de l'environnement et que la reconquête
de la biodiversité soit au cur des préoccupations
de chacun ;
-
à s'assurer du traitement approprié des éventuels
déchets.
Mis en place en
1977, le fonds POLMAR est un fonds d'intervention destiné à
financer les opérations de prévention et de lutte contre
les pollutions marines accidentelles. Ce fonds a pour vocation de
permettre aux préfets, maritimes et de département,
de faire face immédiatement à la situation en engageant,
dans les délais les plus brefs, des moyens de prévention
et de lutte appartenant non seulement aux administrations mais aussi
au secteur privé.
Les dépenses
exceptionnelles des services de l'État , ainsi que celles des
collectivités territoriales et des associations, peuvent, selon
les cas et sur décision du préfet, être prises
en charge par ce fonds d'intervention.
D'une manière
générale, ces dépenses, éligibles au fonds
POLMAR, sont affectées aux opérations destinées
à écarter le danger, à maîtriser la source
de la pollution, à protéger les personnes, les biens
et l'environnement, et à récupérer et éliminer
les hydrocarbures rejetés.
Plus précisément,
sans que cette liste soit limitative, les principales dépenses
potentiellement éligibles sont :
-
les commandes de services à des entreprises et les frais de
réquisition ;
-
les commandes de matériels non disponibles dans les stocks
POLMAR
-
le remplacement des matériels endommagés ;- les dépenses
exceptionnelles des diverses unités d'intervention ainsi que
les frais de fonctionnement des bénévoles ;
-
le recours à des personnels sous contrat à durée
déterminée ;
-
l'appel à des moyens étrangers ;- les frais de sauvetage
des oiseaux engagés par les associations et les centres de
soins ;
-
les frais d'expertise préalables aux opérations de nettoyage
ou de réhabilitation des sites.
Le fonds POLMAR
est actuellement régi par une instruction du Premier ministre
du 4 mars 2002.
Suite au long
travail interministériel accompli depuis de naufrage de l'Erika,
les nouvelles instructions (instructions opérationnelle et
financière) POLMAR ont été signées le
4 mars 2002 et publiées au journal officiel le 4 avril 2002.
Cette instruction
autorise le recours au fonds d'intervention en dehors du déclenchement
du plan POLMAR pour permettre l'engagement et la réalisation
de toute mesure de prévention et de lutte contre les pollutions.
Dorénavant,
il n'est donc plus indispensable de déclencher le plan POLMAR
terre pour mobiliser les moyens POLMAR, sous réserve qu'il
s'agisse tout de même d'une pollution (ou d'un risque de pollution)
d'ampleur exceptionnelle.
Ce fonds est alimenté
par les lois de finances et par des actes réglementaires budgétaires
pris en urgence sur le rapport du ministre chargé du budget
pour les catastrophes comme le " Prestige " lorsque le plan
POLMAR est déclenché.
Dans le cadre
du projet de budget 2004 du ministère de l'écologie
et du développement durable, 700 000 € ont été
inscrits en autorisations de programme et en crédits de paiement
pour traiter immédiatement les pollutions plus limitées,
hors déclenchement du plan POLMAR, comme le " Tricolor
".
Ceci
concerne bien évidemment toutes les pollutions qui touchent
les côtes de la France métropolitaine et d'outre mer
mais rien n'est indiqué quant aux actions menées par
mme la Ministre de l'écologie et du développement durable
lorsqu'un superpétrolier français est concerné.
Deux
ans plus tard le gouvernement yéménite attend que l'on
veuille bien s'intéresser à cette catastrophe écologique
et économique qui pénalise gravement cette région.
Ce
qui concerne nos voisins du Yémen en matière de marée
noire nous concerne aussi quelque part car le malheur des uns ne fait
pas forcément le bonheur des autres.
Nous
ne sommes pas à l'abri d'une telle catastrophe !.
Mohamed
Soultan Dini
Haut fonctionnaire - Djibouti