




03/06/04
- Djibouti, la criminalité organisée en réseaux
d'Etat. On croirait entendre d'ici Ismaïl Omar Guelleh répliquer
" Il n'y a pas de corruption à Djibouti
! avec Kadra on fait de l'aménagement et de la répartition
de richesses ". Expliqué ainsi on comprend mieux
!.
Justicia.
Il
y a plusieurs sortes de crimes ; les plus spectaculaires sont ceux
qui défraient la chronique - quelle soit régionale ou
internationale - avec ces crimes fortement médiatisés
qui nous plongent parfois dans l'effroi et nous glacent le sang ;
ils ne sont pas nécessairement les plus dangereux globalement
pour les démocraties.
Plus
sournoisement qu'elle ne le laisse entrevoir, la criminalité
financière prospère.
Ignorant
celle-ci, l'opinion est surtout sensible à la montée
de la petite délinquance et à la multiplication des
zones de non droit sur lesquelles on focalise parfois médiatiquement
et un peu trop facilement son attention.
Réflexe
que l'on oserait dire " naturel ", presque conditionné
en ce sens que chacun est bien plus préoccupé par le
petit délit dont il est la victime que par les grandes escroqueries
en réseaux organisés qui mettent à mal une économie
et des finances publiques.
Le
petit voleur à la tire ne doit pourtant pas escamoter le truand
de haut vol, qui agit souvent en gants blancs, mais qui fait bien
plus de tort qu'il n'en paraît car cette " délinquance
de haut niveau " plus elle brasse de capitaux, plus elle menace
l'économie globale d'un pays.
Si
l'on veut résumer et simplifier le sujet, en matière
de délit criminel il convient de différencier trois
groupes principaux :
1
- La criminalité inorganisée,
dite simple, dont le mode d'organisation est souvent
très élémentaire et qui va utiliser les profits
qu'elle tire de ses délits pour une consommation immédiate.
Exemple de l'argent récupéré dans un sac ou
un portefeuille volé et qui va servir immédiatement
à acheter des victuailles, un objet ; l'argent est rarement
conservé plus de 8 jours et il n'y a pas de cumul des sommes
volées (mises sur un compte bancaire ou épargne)..
2
- La criminalité organisée dont les délits
seront élaborés, voire très élaborés
et qui a trait à ce que l'on appelle communément le
banditisme ou grand banditisme suivant le cas. Son mode d'organisation
criminelle concerne les bandes plus ou moins structurées,
dits gangs, qui définissaient entre eux - jusqu'à
il y a quelques années (les choses ont changé) - une
forme de hiérarchie des " compétences "
pouvant aller jusqu'au meurtre. Les profits financiers utilisés
sont moyennent accumulés et on les retrouve souvent dans
l'achat de bars, de discothèques ou de casinos.
3
- La criminalité organisée
en réseau dont on observe la sophistication dans des actes
collectifs de délinquance de haut vol, économique
et financière. Le but étant de trouver
une faille dans un système et d'y mettre en place des relais
du réseau ainsi constitué qui percevront une "
commission " au passage alors que le
plus gros des profits délictueux iront vers l'organisateur
et " chef d'orchestre " qui va ainsi capitaliser des millions
d'US dollars sans toutefois se trouver impliqué, de près
ou de loin. S'il venait à être impliqué,
il dispose de cabinet d'avocats de renom et spécialisés,
de juristes rompus à toutes les pratiques et aux "ficelles
du métier" ; utilisant tous les moyens pour agir légalement,
y compris par l'utilisation du vice de forme ou du vide juridique...etc,
pour obtenir soit un non lieu soit au pire une peine minimale et
si possible assortie du sursis.
Imaginez
un Ismaïl Omar, pourtant impliqué dans bien des délits
de criminalité organisée en réseaux que l'on
sait être structurés, se voir convoqué pour être
entendu sur telle ou telle "Affaire" par un quelconque juge
- y compris étranger .....!!!.
Impensable
car contraire aux usages..., aux usages "diplomatiques".
Vous avez bien saisi, il peut voler et faire
supprimer qui il veut !.
Il
y a encore quelques dizaines d'années, la délinquance
était vite identifiée et localisée. Elle vivait
en marge et constituait une part d'ombre de toute société.
La
délinquance économique a pris son essor et constitue
l'un des aspects marquants de la délinquance moderne et dite
de " haut niveau " comme c'est le cas à Djibouti
alors que son développement dans le pays a été
parallèle à celui du dirigisme étatique instauré
dès 1977 par le président Hassan Gouled Aptidon, renforcé
depuis sous la forme d'un despotisme qu'exerce librement Ismaïl
Omar Guelleh depuis les élections falsifiées d'avril
1999..
Cette
délinquance économique et financière comprend
toutes les infractions à la réglementation mise en place
par l'État mais qu'il ne respecte pas..
"
L'Etat c'est moi ! et je fais ce que je veux chez moi
! " on connaît, on ne connaît
que trop d'ailleurs !.
Ce
domaine de délinquance économique et financière
au niveau de l'Etat déborde sur le droit pénal général
avec des abus de confiance, trafics d'influence, les escroqueries
les plus diverses et censées être réprimés
par les articles du Code pénal.
La
délinquance économique, terme qui recouvre la plupart
des formes d'appropriation frauduleuse du bien d'autrui (spéculation,
escroqueries financières diverses notamment par dilapidation
frauduleuse des Fonds et des Biens publics), met en uvre des
mécanismes très complexes à Djibouti.
La
raison de la mise en uvre de mécanismes si complexes
est qu'elle est destinée à maquiller la fraude au plus
haut niveau de l'Etat à travers un dédale d'opérations
juridiques et financières en partie fictives et commises -
dans le cas présent - par de " hauts serviteurs "
récompensés au passage ; elle
est communément nommée "délinquance en col
blanc".
Un
audit diligenté auprès du Ministère des Finances
et de la Banque centrale serait édifiant. Inutile de chercher
longtemps tout est là !.
La
répression de cette forme particulière de délinquance,
répression que rendent souvent difficile la perfection des
camouflages employés et les limites posées par l'application
stricte du droit pénal, est censée être confiée
à des services spécialisés : section économique
et financière du Parquet du tribunal de Djibouti en l'espèce.
Oui
mais le problême de cette section économique et financière
est qu'elle n'existe que sur le papier.
La
notion du caractère "inopportun de la répression"
de cette délinquance s'exprime de par le simple fait de la
présence de concussions et de corruptions introduisant le partage
des profits détournés - à très haut niveau
de l'Etat - et qui annihile toute initiative de justice.
Que
le Procureur " Contumaceur "Djama Souleiman ait le courage
et l'honnêteté de publier dans le détail
le montant sa fortune et de ses biens immobiliers en justifiant de
leur provenance ! là et seulempent là nous pourrons
parler Justice.
Nous
savons très bien qu'il n'osera pas le faire ; chacun sait pourquoi
!.
Si
depuis 1981, en France la politique pénale met l'accent sur
la répression des infractions dites macro-économiques,
compromettant les intérêts collectifs essentiels dans
une République ; dans une République de non droit -
telle que l'est Djibouti - aucune personne djiboutienne
ou étrangère au pays et lésée (simple
consommateur, entreprise ou Trésor public) ne peut provoquer
la mise en uvre de la répression car confrontée
qu'elle serait à une justice locale - qui de justice ne porte
que le nom - et qui forcément exercerait un blocage et mettrait
immédiatement les plaignants au banc des accusés.
Cette
délinquance économique et financière comprend
toutes les infractions à la réglementation mise en place
par l'État mais qu'il ne respecte pas : le respect de la loi
c'est pour les "autres", pas pour ceux qui se sont accapérés
tous les pouvoirs et s'y sont maintenus par toutes les falsifications.
Ce
domaine déborde sur le droit pénal général
avec des abus de confiance, trafics d'influence, les escroqueries
les plus diverses et censées être réprimés
par les articles du Code pénal.
On
croirait entendre d'ici Ismaïl Omar Guelleh lancer " Il
n'y a pas de corruption à Djibouti ! avec Kadra on fait de
l'aménagement de richesses ".
Selon
une évaluation de la Banque mondiale, son montant total au
cours d'une année serait de 80 milliards de dollars à
l'échelle mondiale, en dehors des détournements de fonds
destinés au développement et de la petite corruption
pratiquée notamment dans les pays émergents, forme d'impôt
supplémentaire prélevé par les policiers, douaniers,
fonctionnaires, politiciens et autres, sur leurs concitoyens.
Dans
le commerce international, la pratique est ancienne, et pour tout
dire presque banale depuis l'invention du troc.
Samuel
Pepys, premier lord de l'Amirauté britannique (1633-1703),
considérait qu'un pot-de-vin n'en était pas un dès
lors qu'il était discrètement glissé " sous
la table ".
Cette
conception n'a pas véritablement changé car la corruption
reste une donnée économique au même titre qu'une
autre dans les échanges internationaux, même si le phénomène
s'est aggravé depuis la décolonisation française
en Afrique dans les années 60.
Les
milieux d'affaires occidentaux - comme certains milieux politiques
- ont d'ailleurs tendance à considérer la corruption
dans les pays du tiers-monde comme un fait culturel incontournable
; " il faut forcément être deux pour danser la
samba " lançait avec humour et avec un large sourire un
ancien ministre des finances du Tchad.
Selon
l'ONU, les revenus additionnés des organisations criminelles
transnationales sont de l'ordre de 6000 milliards de francs.
Un montant équivalent au PNB cumulé de l'ensemble des
nations les plus pauvres.
Ce
chiffre est encore en dessous de la réalité car il prend
en compte les détournements, les trafics, les rackets mais
ne mesure pas la part croissante des investissements réalisés
par les mafias dans l'économie mondiale.
Nous
aurons l'opportunité dans de prochains écrits d'élargir
le sujet, notamment en essayant de répondre à la question
suivante :
"Pourquoi
les investisseurs étrangers comme djiboutiens (y compris ceux
qui sont proches du pouvoir) fuient le pays et vont "faire des
affaires" ailleurs, comme à Dubaï.!!!".
Justicia.