L'ACTUALITÉ
Dernière modification : le 27-Jui-2004 2:19 (GMT+1 / Bruxelles)

 

 

Tous unis vers un même but

27 ans après l'avènement de notre jeune République, point n'est besoin de rappeler que notre pays va mal, qu'il va très mal tout à la fois sur le plan économique, social dont forcément politique.

Trouver un emploi dans notre pays est un véritable parcours d'obstacle, faire survivre une famille et notre seule alternative actuelle.

Rares sont les Djiboutiens et les Djiboutiennes qui ne sont pas mal dans leur peau, mal dans leur conscience, mal de constater chez nos anciens que les grands rêves et les espoirs que nous formulions tous en ce jour tant attendu du 27 juin 1977 s'est transformé au fil des années en un horrible cauchemar.

Alors nos enfants se sont exilés et continuent de le faire car sur notre sol national ils n'ont guère de perspective d'avenir professionnel décent ; ils vont ça et là dans les démocraties occidentales les uns à la recherche d'un emploi, les autres pour tenter de prolonger leurs études souvent dans de mauvaises conditions d'existence.

Telle une mère qui doit donner naissance à un enfant, notre Patrie vit les douleurs d'enfantement d'un Etat censé être de droit et démocratique mais qui n'est point porteur de développement et de bien-être pour tous mais de récessions pour la majorité des populations alors qu'une minorité - souvent en provenance de l'étranger - s'est accaparé l'Etat et vit dans le luxe démesuré ; ce luxe souvent insultant et qui nous écrase de son dédain véhiculé et de son ignorance lorsque qu'il nous croise sur une avenue et nous oblige à monter précipitamment sur le trottoir.

Politologues, sociologues, juristes et historiens africains comme étrangers, qui ont eu la bonne fortune de porter leurs investigations sur Djibouti n'ont pas manqué d'observer de manière unanime que la " bonne gouvernance " dans notre pays est absente des mœurs politiques au pouvoir depuis l'aube de l'indépendance.

Le paradoxe est que, pendant ces presque trois décennies, chaque tournant de notre histoire politique fut toujours fertile en événements cruels et tristes avec la mort subite d'hommes de courage qui étaient tous porteurs de bien des espoirs, d'une volonté de lutter suivant les sacro saints principes de la démocratie et du respect des institutions nationales pour la conquête des libertés et des droits, aux fins d'établir dans notre société un nouveau genre de vie, prospère, et un nouvel ordre solidement ancré sur le pluralisme démocratique.

Un à un, ces hommes de courage ont disparu - souvent dans des conditions sujettes à caution - et avec eux nos rêves d'indépendance assumée en pleine responsabilité et de progrès social alors que l'Etat se singularisait par la violence en excluant telle ou telle tribu et qui fait que, malgré les apparences trompeuses, notre pays est devenu une terre des larmes et de sang, celle des injustices ; de toutes les injustices.

Restaurer la justice

En l'espace de presque trois décennies, les différentes rébellions, coups d'Etat et le refus d'un tel régime despotique ont obligé nos sœurs et frères Afars, Gadaboursis, Issas, Issaks, Arabes à fuir comme dans les temps anciens, entraînant ainsi la violation massive des droits de l'homme, le génocide déguisé, l'exclusion, le tribalisme, les viols des femmes, les pillages déguisés, notre exclusion de la terre de nos ancêtres, les extorsions et rackets, les arrestations arbitraires..........

Depuis un certain 27 juin 1977, la " loi de la jungle " a présidé au destin de notre Nation, plus que jamais elle est omniprésente.

Quand il faut dimensionner la crise politique à Djibouti force est de constater que celle-ci est superbement artificielle, entretenue malicieusement par l'homme politique qui a dirigé le pays en sous main de 1980 à 1999 s'autoproclamant depuis président et par quelques opposants minoritaires qui se sont hissés au premier plan et malgré une non reconnaisance actuelle du peuple mais avec la complicité du pouvoir en place qui s'est ainsi fabriqué une opposition consentante, édulcorée et contrôlée, financée à sa mesure ; tentant ainsi d'écarter ensemble toute velléité pour que s'instaure une véritable ouverture politique dans notre pays et un débat démocratique respectant les droits de toutes les ethnies et tribus djiboutiennes.

Cette situation est sous-jacente à la culture des anti-valeurs et à l'accumulation effrénée des richesses dans un égoïsme insolent dès lors qu'on est bénéficiaire d'une quelconque parcelle du pouvoir ou que l'on est " opposants de circonstances ", ramassant quant à eux au passage les miettes d'un grand festin national et en fermant les yeux sur ce qui les arrange comme sur ce qui leur procure des profits personnels sur le dos d'un peuple qui se meure lentement.

Cette situation de chaos spirituel et mental quasi généralisé, quoique générée par une mouvance dont l'histoire est mieux identifiée aujourd'hui, exige pour sa solution, la restauration de la justice pour sanctionner les égarements, pour instaurer la cohésion sociale, pour mettre en place dans les meilleurs délais un gouvernement de consensus national avec une volonté collective de changement afin de nous prendre politiquement en charge et mobiliser toutes nos ressources humaines - notamment celles des jeunes générations de cadres - et naturelles pour garantir le bien-être à tous et permettre aux Djiboutiens et aux Djiboutiennes de goûter aux fruits de la modernité.

Nous devons apprendre à lire les signes des temps afin de prévenir l'avènement du chaos au pays avec une explosion sociale soudaine dont on en discerne les prémices depuis des mois ne serait-ce qu'au travers d'une jeunesse que l'irresponsabilité de quelques uns contraint au chômage et à la révolte dans le coeur.

Entre autres signes palpables, nous citerons les troubles à répétition dans tous les quartiers de la capitale, les révoltes sourdes et contestataires de nos militaires, de nos gendarmes, de nos policiers, de nos enseignants et de nos fonctionnaires lassés d'attendre leurs soldes et salaires, lassés de constater que les promotions se fassent exclusivement suivant des critères de liens familiaux d'avec le pouvoir en place et non au mérite, lassés de constater que l'on prime l'irresponsabilité et l'indolence voire la démission de toutes les responsabilités.

La paix et la véritable unification de notre pays sont les grandes priorités du Mouvement de Libération Nationale et constituent un horizon très proche accessible par nos volontés mises en commun pour chasser l'oppression.


Education de la population

Aujourd'hui plus qu'hier, la prise de conscience en faveur de la paix comme un droit fondamental de chaque individu, de chaque famille, et de chaque communauté, est une nécessité inéluctable.

C'est ainsi qu'il y a lieu de mobiliser, par l'autorité de la transition que constituera à court terme le gouvernement d'Union et le consensus national pour faire face à l'impératif d'identité entre Etat et Nation.

Les futurs dirigeants de notre pays parviendront à faire cesser les causes des ethnocentrismes - quels qu'ils soient - comme soubassement du réflexe d'autodéfense lié au délit de faciès qui engendre les antagonismes ethniques, révélant ainsi une prédisposition à ne pas accepter autrui.

De par ses diversités ethniques et culturelles, notre pays est appelé à devenir un modèle de société ouverte dans le monde arabe et africain, de droit démocratique, solidaire et multiethnique.

Il va de soi que ce n'est ni l'ethnie, ni la morphologie physique ni un quelconque privilège individuel ou collectif qui fait la Nationalité djiboutienne.

Celle-ci est un lien qui unit une personne, un territoire ou une chose à un Etat déterminé.

Quant à la différence entre les personnes humaines, elle devrait être considérée et respectée à l'avenir comme étant à la fois un enrichissement dû à la diversité et à la splendeur de la création et non à un renoncement à une identité nationale individuelle ou collective.

Tous unis vers un même but

Le gouvernement en exil négocie depuis trois années un tournant historique qui devrait marquer la rupture entre un passé encore douloureux dans les cœurs et un avenir salué avec enthousiasme par l'ensemble de la population, mais dont la réalisation est aujourd'hui subordonnée au patriotisme et à la bonne volonté des acteurs politiques qui se veulent être démocrates, aujourd'hui comme demain.

L'avenir du régime démocratique en gestation est également lié à l'éducation de la population, au civisme véritable et à l'apprentissage de la pratique démocratique sous-jacents à la capacité du discernement du peuple à identifier dans les rangs des acteurs politiques les éléments les plus aptes à gouverner le pays.

La démocratie est une responsabilité d'hommes libres, or il n y a point de responsabilité ni de liberté dans l'obscurantisme et l'ignorance ; obscurantisme et ignorance auxquels le pouvoir actuel tente de contraindre les populations de notre pays..

Les règles du jeu démocratique doivent être connues par tout le peuple car, en définitive, sa réussite suppose sa participation active.

Le processus de démocratisation étant en cours, tel qu'il se déroule lentement depuis des mois, si les patriotes dévoués à la cause nationale ne répondaient pas par un pragmatisme politique à la mobilisation décrétée par le Mouvement de Libération Nationale, il ne tarderait pas à se traduire en une profonde déception pour le peuple.

Dès à présent, le rendez-vous est pris avec l'histoire et sera une occasion pour prendre ensemble le plus bel élan.

Le destin de notre pays n'est pas une fatalité nous en appelons donc à la conscience de tous - toutes ethnies et tribus confondues, sans exception aucune - pour un aboutissement heureux de notre Libération avec la mise en place à très court terme d'un gouvernement d'Union Nationale, responsable de ses actes.

 

M Mahamoud Idriss Ahmed
Président du Gouvernement en Exil de Djibouti

M Abdallah Deberkaleh Ahmed
Vice Président du Gouvernement en Exil de Djibouti


 

 

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