







Tous
unis vers un même but
27
ans après l'avènement de notre jeune République,
point n'est besoin de rappeler que notre pays va mal, qu'il va très
mal tout à la fois sur le plan économique, social dont
forcément politique.
Trouver un emploi
dans notre pays est un véritable parcours d'obstacle, faire
survivre une famille et notre seule alternative actuelle.
Rares sont les
Djiboutiens et les Djiboutiennes qui ne sont pas mal dans leur peau,
mal dans leur conscience, mal de constater chez nos anciens que les
grands rêves et les espoirs que nous formulions tous en ce jour
tant attendu du 27 juin 1977 s'est transformé au fil des années
en un horrible cauchemar.
Alors nos enfants
se sont exilés et continuent de le faire car sur notre sol
national ils n'ont guère de perspective d'avenir professionnel
décent ; ils vont ça et là dans les démocraties
occidentales les uns à la recherche d'un emploi, les autres
pour tenter de prolonger leurs études souvent dans de mauvaises
conditions d'existence.
Telle une mère
qui doit donner naissance à un enfant, notre Patrie vit les
douleurs d'enfantement d'un Etat censé être de droit
et démocratique mais qui n'est point porteur de développement
et de bien-être pour tous mais de récessions pour la
majorité des populations alors qu'une minorité - souvent
en provenance de l'étranger - s'est accaparé l'Etat
et vit dans le luxe démesuré ; ce luxe souvent insultant
et qui nous écrase de son dédain véhiculé
et de son ignorance lorsque qu'il nous croise sur une avenue et nous
oblige à monter précipitamment sur le trottoir.
Politologues,
sociologues, juristes et historiens africains comme étrangers,
qui ont eu la bonne fortune de porter leurs investigations sur Djibouti
n'ont pas manqué d'observer de manière unanime que la
" bonne gouvernance " dans notre pays est absente des murs
politiques au pouvoir depuis l'aube de l'indépendance.
Le paradoxe est
que, pendant ces presque trois décennies, chaque tournant de
notre histoire politique fut toujours fertile en événements
cruels et tristes avec la mort subite d'hommes de courage qui étaient
tous porteurs de bien des espoirs, d'une volonté de lutter
suivant les sacro saints principes de la démocratie et du respect
des institutions nationales pour la conquête des libertés
et des droits, aux fins d'établir dans notre société
un nouveau genre de vie, prospère, et un nouvel ordre solidement
ancré sur le pluralisme démocratique.
Un à un,
ces hommes de courage ont disparu - souvent dans des conditions sujettes
à caution - et avec eux nos rêves d'indépendance
assumée en pleine responsabilité et de progrès
social alors que l'Etat se singularisait par la violence en excluant
telle ou telle tribu et qui fait que, malgré les apparences
trompeuses, notre pays est devenu une terre des larmes et de sang,
celle des injustices ; de toutes les injustices.

Restaurer
la justice
En l'espace de
presque trois décennies, les différentes rébellions,
coups d'Etat et le refus d'un tel régime despotique ont obligé
nos surs et frères Afars, Gadaboursis, Issas, Issaks,
Arabes à fuir comme dans les temps anciens, entraînant
ainsi la violation massive des droits de l'homme, le génocide
déguisé, l'exclusion, le tribalisme, les viols des femmes,
les pillages déguisés, notre exclusion de la terre de
nos ancêtres, les extorsions et rackets, les arrestations arbitraires..........
Depuis
un certain 27 juin 1977, la " loi de la jungle " a présidé
au destin de notre Nation, plus que jamais elle est omniprésente.
Quand il faut
dimensionner la crise politique à Djibouti force est de constater
que celle-ci est superbement artificielle, entretenue malicieusement
par l'homme politique qui a dirigé le pays en sous main de
1980 à 1999 s'autoproclamant depuis président et par
quelques opposants minoritaires qui se sont hissés au premier
plan et malgré une non reconnaisance actuelle du peuple mais
avec la complicité du pouvoir en place qui s'est ainsi fabriqué
une opposition consentante, édulcorée et contrôlée,
financée à sa mesure ; tentant ainsi d'écarter
ensemble toute velléité pour que s'instaure une véritable
ouverture politique dans notre pays et un débat démocratique
respectant les droits de toutes les ethnies et tribus djiboutiennes.
Cette situation
est sous-jacente à la culture des anti-valeurs et à
l'accumulation effrénée des richesses dans un égoïsme
insolent dès lors qu'on est bénéficiaire d'une
quelconque parcelle du pouvoir ou que l'on est " opposants de
circonstances ", ramassant quant à eux au passage les
miettes d'un grand festin national et en fermant les yeux sur ce qui
les arrange comme sur ce qui leur procure des profits personnels sur
le dos d'un peuple qui se meure lentement.
Cette situation
de chaos spirituel et mental quasi généralisé,
quoique générée par une mouvance dont l'histoire
est mieux identifiée aujourd'hui, exige pour sa solution, la
restauration de la justice pour sanctionner les égarements,
pour instaurer la cohésion sociale, pour mettre en place dans
les meilleurs délais un gouvernement de consensus national
avec une volonté collective de changement afin de nous prendre
politiquement en charge et mobiliser toutes nos ressources humaines
- notamment celles des jeunes générations de cadres
- et naturelles pour garantir le bien-être à tous et
permettre aux Djiboutiens et aux Djiboutiennes de goûter aux
fruits de la modernité.
Nous
devons apprendre à lire les signes des temps afin de prévenir
l'avènement du chaos au pays avec une explosion sociale soudaine
dont on en discerne les prémices depuis des mois ne serait-ce
qu'au travers d'une jeunesse que l'irresponsabilité de quelques
uns contraint au chômage et à la révolte dans
le coeur.
Entre autres signes
palpables, nous citerons les troubles à répétition
dans tous les quartiers de la capitale, les révoltes sourdes
et contestataires de nos militaires, de nos gendarmes, de nos policiers,
de nos enseignants et de nos fonctionnaires lassés d'attendre
leurs soldes et salaires, lassés de constater que les promotions
se fassent exclusivement suivant des critères de liens familiaux
d'avec le pouvoir en place et non au mérite, lassés
de constater que l'on prime l'irresponsabilité et l'indolence
voire la démission de toutes les responsabilités.
La paix et la
véritable unification de notre pays sont les grandes priorités
du Mouvement de Libération Nationale et constituent un horizon
très proche accessible par nos volontés mises en commun
pour chasser l'oppression.

Education
de la population
Aujourd'hui plus
qu'hier, la prise de conscience en faveur de la paix comme un droit
fondamental de chaque individu, de chaque famille, et de chaque communauté,
est une nécessité inéluctable.
C'est ainsi qu'il
y a lieu de mobiliser, par l'autorité de la transition que
constituera à court terme le gouvernement d'Union et le consensus
national pour faire face à l'impératif d'identité
entre Etat et Nation.
Les
futurs dirigeants de notre pays parviendront à faire cesser
les causes des ethnocentrismes - quels qu'ils soient - comme soubassement
du réflexe d'autodéfense lié au délit
de faciès qui engendre les antagonismes ethniques, révélant
ainsi une prédisposition à ne pas accepter autrui.
De par ses diversités
ethniques et culturelles, notre pays est appelé à devenir
un modèle de société ouverte dans le monde arabe
et africain, de droit démocratique, solidaire et multiethnique.
Il va de soi que
ce n'est ni l'ethnie, ni la morphologie physique ni un quelconque
privilège individuel ou collectif qui fait la Nationalité
djiboutienne.
Celle-ci est un
lien qui unit une personne, un territoire ou une chose à un
Etat déterminé.
Quant à
la différence entre les personnes humaines, elle devrait être
considérée et respectée à l'avenir comme
étant à la fois un enrichissement dû à
la diversité et à la splendeur de la création
et non à un renoncement à une identité nationale
individuelle ou collective.

Tous
unis vers un même but
Le
gouvernement en exil négocie depuis trois années un
tournant historique qui devrait marquer la rupture entre un passé
encore douloureux dans les curs et un avenir salué avec
enthousiasme par l'ensemble de la population, mais dont la réalisation
est aujourd'hui subordonnée au patriotisme et à la bonne
volonté des acteurs politiques qui se veulent être démocrates,
aujourd'hui comme demain.
L'avenir du régime
démocratique en gestation est également lié à
l'éducation de la population, au civisme véritable et
à l'apprentissage de la pratique démocratique sous-jacents
à la capacité du discernement du peuple à identifier
dans les rangs des acteurs politiques les éléments les
plus aptes à gouverner le pays.
La démocratie
est une responsabilité d'hommes libres, or il n y a point de
responsabilité ni de liberté dans l'obscurantisme et
l'ignorance ; obscurantisme et ignorance
auxquels le pouvoir actuel tente de contraindre les populations de
notre pays..
Les règles
du jeu démocratique doivent être connues par tout le
peuple car, en définitive, sa réussite suppose sa participation
active.
Le processus de
démocratisation étant en cours, tel qu'il se déroule
lentement depuis des mois, si les patriotes dévoués
à la cause nationale ne répondaient pas par un pragmatisme
politique à la mobilisation décrétée par
le Mouvement de Libération Nationale, il ne tarderait pas à
se traduire en une profonde déception pour le peuple.
Dès
à présent, le rendez-vous est pris avec l'histoire et
sera une occasion pour prendre ensemble le plus bel élan.
Le
destin de notre pays n'est pas une fatalité nous en appelons
donc à la conscience de tous - toutes ethnies et tribus confondues,
sans exception aucune - pour un aboutissement heureux de notre Libération
avec la mise en place à très court terme d'un gouvernement
d'Union Nationale, responsable de ses actes.
M
Mahamoud Idriss Ahmed
Président du Gouvernement en Exil de Djibouti
M
Abdallah Deberkaleh Ahmed
Vice Président du Gouvernement en Exil de Djibouti
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