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04/10/03
- L'éternel débat sur la peine de mort en Afrique est
relancé - Des organismes de Droits de l'Homme font appel au
gouvernement éthiopien - dirigé par le Premier Ministre
M Mélés Zénawi - pour qu'il soit procédé
à la suppression de la peine de mort dans le nouveau Code Pénal
éthiopien.
Par Bouh Warsama.
"Tu
donneras vie pour vie, il pour il, dent pour dent, main
pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure
pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure" (Exode, XXI, 24-25).
Telle
est la loi du talion et son absolue réciprocité qui
ont dominé tous les motifs de mises à mort durant des
siècles et se perpétuent encore dans certains pays sous
une forme non officialisée bien que les motivations et le sens
soient identiques.
Ce débat
pose cette éternelle question - "
la société a-t-elle le devoir (et/ou) le droit de condamner
à mort ceux qui violent ses lois et qui portent gravement atteinte
à leur prochain et peut-on ainsi s'octroyer le droit de venger
le crime illégal par le meurtre légalisé
?.
Pendant
des dizaines de siècles la question ne s'est pas posée
- ou peu ont osé y réfléchir et la poser - car
la condamnation à mort était ressentie comme une réparation
indispensable et inscrite dans " l'ordre des choses ".
On prétendait
alors que le corps social ne trouvait que dans la crainte, inspirée
par le châtiment, le garde-fou à sa propre sécurité
; à une forme de justice immanente ce
qui ouvrira trop souvent la porte à tous les excès légalisés
par les pouvoirs.
Au fur
et à mesure que les sociétés évoluaient,
la question " la justice n'a-t-elle pas aussi comme rôle
de donner une nouvelle chance réparatrice à ceux qui
ont violé ses lois ?... " s'est posée et passant
d'une situation de protectrice des droits établis - il est
vrai parfois aux méthodes radicales pour ne pas dire exterminatrices
- elle a ouvert des Droits aux coupables en - quelque sorte - les
protégeant.
C'était
et l'est encore de nos jours une forme d'aveu de la part de la société
et de sa supposée évolution, de son incapacité
à corriger, au sens pédagogique du terme.
Chaque
société a donc instauré son propre code pénal,
les sanctions et les prisons qui la jugent elle-même.
-
Le
22 mai 1990, le quotidien gouvernemental Ethiopian Herald annonçait
la l'exécution de 12 généraux, accusés
d'avoir participé à la tentative de coup d'État
de mai 1989 au cours de laquelle ces officiers généraux
avaient voulu s'emparer du pouvoir en profitant d'une visite officielle
de Menguistu Haïlé Mariam (Menguestou Haïlé
Maryam) en République Démocratique d'Allemagne.
-
Le
21 mai 1991, le président Menguistu (Menguestou Haïlé
Maryam) quittait l'Éthiopie pour se réfugier
au Zimbabwe.
Au
pouvoir depuis 1977, après avoir éliminé les
autres responsables du coup d'État militaire qui avait renversé
l'empereur Haïlé Sélassié en septembre
1974, il a instauré un régime
de type socialiste qui s'est transformé en une dictature
sanguinaire qui aurait fait - d'après diverses sources d'information
- plus de trois millions de morts parmi les populations civiles.
De hauts
fonctionnaires d'Etat - ayant servi sous le régime du président
Menguistu (Menguestou Haïlé Maryam) et ayant
participé activement à un véritable génocide
organisé - notamment contre les
populations hommes, femmes et enfants du Tigré - furent traduits
devant les Tribunaux et pour certains furent condamnés à
mort.
C'est
cette forme de logique des sociétés anciennes, traditionnelles
et dans la religion que l'on retrouve comme dans la Bible par exemple
- Caïn, bien que coupable, est défendu contre ceux qui
voudraient le tuer (Genèse, IV, 15) - alors qu'au contraire
Lamek est le symbole d'une colère insatiable (Genèse,
IV, 23-24).
Le
code d'Hammourabi (2285-2242 av. J.-C.) énumère les
diverses mises à mort par le feu, l'eau et le
pal.
Le sang
de la victime crie vengeance contre celui qui l'a versé et
c'est pour l'honneur ou pour bien d'autres raisons, que la
"vendetta"- qui prend d'autres appellations suivant les
régions - est la réponse à ce cri.
Lorsque
qu'il y a carence de l'Etat - jugée comme telle ou dont elle
ne reconnait pas l'autorité suprême - la famille ou la
tribu prend alors en charge de rétablir l'ordre rompu par le
crime en accomplissant une justice compensatrice et
réparatrice que les traditions, lois rituelles ou les dieux
eux-mêmes sont censés réclamer ....
Mais
peu à peu on voit les Codes et leurs lois réglementer
cette vengeance familiale, afin d'approprier le châtiment au
crime commis et du même coup de protéger aussi les coupables
contre les éventuels excès d'une vengeance démesurée
et interminable.
Mais
il est un fait incontestable que dès que la société
se sent menacée ( conflit politique, conflit idéologique,
recrudescence de criminalité, fléau social : le trafic
de la drogue par exemple et surtout
les génocides et les meurtres d'enfants ), une
grande partie de l'opinion publique s'élève en faveur
de la peine de mort ; soit de son rétablissement, soit de sa
mise en application.
On voit
donc l'approche délicate et
mesurée qu'il convient d'avoir lorsque l'on aborde le
cas du maintien de l'application de la peine de mort dans certains
pays - comme c'est le cas actuellement en Ethiopie -
tout en se gardant de porter un jugement de valeur qui pourrait s'avérer
par trop entier à l'égard du maintien de l'application
de la peine de mort qui - soulignons le encore dans le cas présent
- ne concerne que des hommes jugés et
condamnés pour des faits assimilables à un génocide
sous un régime despotique et sanguinaire.
Le
large débat sous forme de dialogue qui doit s'instaurer sur
la légitimité de la peine de mort en Ethiopie doit déboucher
immanquablement sur une réflexion pratique
concernant le sens profond des peines infligées par une société
qui évolue à son rythme - a besoin de se protéger
pour l'avenir pour que de tels régimes
despotiques et sanguinaires - assimilables à celui de Menguistu
- ne prennent le pouvoir dans le pays.
A ceci
s'ajoutent tous les moyens d'aides internationales à affecter
au pays pour le développement d'un régime pénitentiaire
dont l'Ethiopie doit nécessairement disposer - humainement
et financièrement - pour faire
passer dans les actes ce sens d'évolution et pour le rendre
crédible.
Bouh
Warsama.
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