L'ACTUALITÉ
Dernière modification : le 04-Oct-2003 13:35 (GMT+1 / Bruxelles)

 


 

04/10/03 - L'éternel débat sur la peine de mort en Afrique est relancé - Des organismes de Droits de l'Homme font appel au gouvernement éthiopien - dirigé par le Premier Ministre M Mélés Zénawi - pour qu'il soit procédé à la suppression de la peine de mort dans le nouveau Code Pénal éthiopien. Par Bouh Warsama.

"Tu donneras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure" (Exode, XXI, 24-25).

Telle est la loi du talion et son absolue réciprocité qui ont dominé tous les motifs de mises à mort durant des siècles et se perpétuent encore dans certains pays sous une forme non officialisée bien que les motivations et le sens soient identiques.

  • C'est un large et épineux débat que constituent l'application ou l'abolition de la peine de mort :

Ce débat pose cette éternelle question - " la société a-t-elle le devoir (et/ou) le droit de condamner à mort ceux qui violent ses lois et qui portent gravement atteinte à leur prochain et peut-on ainsi s'octroyer le droit de venger le crime illégal par le meurtre légalisé …?.

Pendant des dizaines de siècles la question ne s'est pas posée - ou peu ont osé y réfléchir et la poser - car la condamnation à mort était ressentie comme une réparation indispensable et inscrite dans " l'ordre des choses ".

On prétendait alors que le corps social ne trouvait que dans la crainte, inspirée par le châtiment, le garde-fou à sa propre sécurité ; à une forme de justice immanente ce qui ouvrira trop souvent la porte à tous les excès légalisés par les pouvoirs.

Au fur et à mesure que les sociétés évoluaient, la question " la justice n'a-t-elle pas aussi comme rôle de donner une nouvelle chance réparatrice à ceux qui ont violé ses lois ?... " s'est posée et passant d'une situation de protectrice des droits établis - il est vrai parfois aux méthodes radicales pour ne pas dire exterminatrices - elle a ouvert des Droits aux coupables en - quelque sorte - les protégeant.

C'était et l'est encore de nos jours une forme d'aveu de la part de la société et de sa supposée évolution, de son incapacité à corriger, au sens pédagogique du terme.

Chaque société a donc instauré son propre code pénal, les sanctions et les prisons qui la jugent elle-même.

  • L'Ethiopie - histoire récente.

  • Le 22 mai 1990, le quotidien gouvernemental Ethiopian Herald annonçait la l'exécution de 12 généraux, accusés d'avoir participé à la tentative de coup d'État de mai 1989 au cours de laquelle ces officiers généraux avaient voulu s'emparer du pouvoir en profitant d'une visite officielle de Menguistu Haïlé Mariam (Menguestou Haïlé Maryam) en République Démocratique d'Allemagne.

  • Le 21 mai 1991, le président Menguistu (Menguestou Haïlé Maryam) quittait l'Éthiopie pour se réfugier au Zimbabwe.

Au pouvoir depuis 1977, après avoir éliminé les autres responsables du coup d'État militaire qui avait renversé l'empereur Haïlé Sélassié en septembre 1974, il a instauré un régime de type socialiste qui s'est transformé en une dictature sanguinaire qui aurait fait - d'après diverses sources d'information - plus de trois millions de morts parmi les populations civiles.

De hauts fonctionnaires d'Etat - ayant servi sous le régime du président Menguistu (Menguestou Haïlé Maryam) et ayant participé activement à un véritable génocide organisé - notamment contre les populations hommes, femmes et enfants du Tigré - furent traduits devant les Tribunaux et pour certains furent condamnés à mort.

  • La loi du talion domine tous les motifs de mises à mort - Le sang de la victime crie vengeance sacrificielle contre celui qui l'a versé.

C'est cette forme de logique des sociétés anciennes, traditionnelles et dans la religion que l'on retrouve comme dans la Bible par exemple - Caïn, bien que coupable, est défendu contre ceux qui voudraient le tuer (Genèse, IV, 15) - alors qu'au contraire Lamek est le symbole d'une colère insatiable (Genèse, IV, 23-24).

Le code d'Hammourabi (2285-2242 av. J.-C.) énumère les diverses mises à mort par le feu, l'eau et le pal.

Le sang de la victime crie vengeance contre celui qui l'a versé et c'est pour l'honneur ou pour bien d'autres raisons, que la "vendetta"- qui prend d'autres appellations suivant les régions - est la réponse à ce cri.

Lorsque qu'il y a carence de l'Etat - jugée comme telle ou dont elle ne reconnait pas l'autorité suprême - la famille ou la tribu prend alors en charge de rétablir l'ordre rompu par le crime en accomplissant une justice compensatrice et réparatrice que les traditions, lois rituelles ou les dieux eux-mêmes sont censés réclamer ....

Mais peu à peu on voit les Codes et leurs lois réglementer cette vengeance familiale, afin d'approprier le châtiment au crime commis et du même coup de protéger aussi les coupables contre les éventuels excès d'une vengeance démesurée et interminable.

  • Quand naît l'État, la peine de mort est très fréquemment réglementée.

Mais il est un fait incontestable que dès que la société se sent menacée ( conflit politique, conflit idéologique, recrudescence de criminalité, fléau social : le trafic de la drogue par exemple et surtout les génocides et les meurtres d'enfants ), une grande partie de l'opinion publique s'élève en faveur de la peine de mort ; soit de son rétablissement, soit de sa mise en application.

On voit donc l'approche délicate et mesurée qu'il convient d'avoir lorsque l'on aborde le cas du maintien de l'application de la peine de mort dans certains pays - comme c'est le cas actuellement en Ethiopie - tout en se gardant de porter un jugement de valeur qui pourrait s'avérer par trop entier à l'égard du maintien de l'application de la peine de mort qui - soulignons le encore dans le cas présent - ne concerne que des hommes jugés et condamnés pour des faits assimilables à un génocide sous un régime despotique et sanguinaire.

 

  • Le dialogue dans un Etat en marche vers la démocratie.

Le large débat sous forme de dialogue qui doit s'instaurer sur la légitimité de la peine de mort en Ethiopie doit déboucher immanquablement sur une réflexion pratique concernant le sens profond des peines infligées par une société qui évolue à son rythme - a besoin de se protéger pour l'avenir pour que de tels régimes despotiques et sanguinaires - assimilables à celui de Menguistu - ne prennent le pouvoir dans le pays.

A ceci s'ajoutent tous les moyens d'aides internationales à affecter au pays pour le développement d'un régime pénitentiaire dont l'Ethiopie doit nécessairement disposer - humainement et financièrement - pour faire passer dans les actes ce sens d'évolution et pour le rendre crédible.

 

Bouh Warsama.




 

 

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